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ISBN : 2070367266
Éditeur : Gallimard (21/07/1976)

Note moyenne : 3.32/5 (sur 211 notes)
Résumé :
Certes c'était une fille des plus communes. Pour Aimery, pour l'auteur de ces pages, pour la plupart des hommes, ce sont des êtres de rencontre, auxquels on s'attache un instant, seulement un instant, parce que la beauté, la paix qu'on y trouve ne sont pas de celles qu'on avait imaginées pour soi ; parce qu'elles ne sont pas où l'on s'attendait à les trouver. Et ce sont de pauvres filles. Elles savent elles-mêmes qu'elles sont de pauvres filles. Mais pauvres seuleme... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
michfred
  19 juillet 2015
On a tous connu des êtres qui ne participent au monde que par la grâce et la justesse de leurs gestes,la densité de leur présence physique. Ils n'ont pas le pouvoir de dire en mots leurs sentiments, leurs émotions. Et on les juge banals, peu intéressants ou vides.
Pomme est des ces êtres-là: comme son nom l'indique, elle a une espèce de rondeur posée, concrète qui est sa façon à elle d'être là. Elle a du sens pratique, ses gestes sont habiles, précis, harmonieux, rassurants. Mais Aimery, jeune noblion et étudiant désargenté, qui en fait sa maîtresse et sa compagne, s'il est d'abord frappé par la grâce innée de ses mouvements au point de la surnommer,de ce fait, "la dentellière" , devient très vite irrité et agacé par son silence, prend son assentiment tranquille pour un conformisme désolant, sa timidité respectueuse pour de la sujétion presque servile et son mutisme pour un manque de curiosité et d'intelligence.
Il la quitte. Et Pomme retourne dans son petit milieu simple où les gestes étaient un langage suffisant pour dire je t'aime, je suis là...Mais le ver est dans le fruit, et...Pomme ne sortira pas indemne de s'être frottée aux sphères de la culture et de la parole..
Une écriture classique, faussement froide, toute en retenue et en extériorité voulue, trace, comme une épure, le portrait tragique de celle à qui les mots ont manqué et qui en meurt, lentement dévorée par les mots qu'elle n'a pu dire...
Un beau livre, cruel et juste, adapté au cinéma avec une Isabelle Huppert bouleversante.
J'ai reconnu en Pomme une autre petite silhouette, disparue à 20 ans, parce qu'elle non plus n'avait pas les mots pour le dire, pour se dire, pour leur dire...Chaque fois que je relis une page du livre ou revois le film, ma gorge se serre d'un chagrin inconsolable, car il n'est pire injustice que de ne pas entendre le silence des dentellières...

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lecassin
  04 juillet 2012
« La dentellière », c'est d'abord et surtout l'histoire de Pomme, une jeune fille du Nord. Son père ? Il y a belle lurette qu'il a quitté le navire… Sa mère ? Une « serveuse montante » dans un bar…
On les retrouve habitant un petit appartement en banlieue parisienne. Pomme a maintenant dix-huit ans et travaille dans un salon de coiffure où elle se lie d'amitié avec sa collègue, Marylène, une femme d'une trentaine d'années qui lui propose de l'accompagner en vacances à Cabourg. Sa mère est désormais crémière.
Sur place, à Cabourg, Pomme se retrouve plus ou moins délaissée par Marylène. Elle rencontre Aimery de Béligné en villégiature lui aussi, sur la côte normande ; Aimery, un étudiant aisé touché par la « beauté fragile » de la jeune fille.
Malgré le gouffre social qui les sépare, Aimery et Pomme vivront une expérience commune avant qu'elle ne sombre doucement dans la folie…
Un court roman, Prix Goncourt 1974, tout en demi-teinte … Touchant.
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monito
  01 février 2010
Ce court roman, prix Goncourt en 1974, est étonnant.
C'est l'histoire de Pomme, jeune fille un peu paumée comme tombée de son arbre fruitier sans jamais avoir été ramassée.
Elle naît dans le Nord de la France dans un bled sans nom, sans histoires et sans vie, d'un père qui partira sans jamais trouver le chemin du retour et d'une mère serveuse qui mettra aussi son corps au service pour mettre du beurre dans les épinards.
Et Pomme grandit, vit des choses tellement insignifiantes que rien ne la révèle ou ne la réveille au monde. Elle fait des shampoings dans un salon de coiffure, rencontre Marylène et évolue dans son ombre, puis Aimery et là c'est pareil puis rien. Toujours rien.
L'exergue du roman est de Musil et je ne résiste pas à la citer :
« Un être qui ne peut ni parler ni être exprimé, qui disparait sans voix dans la masse humaine, petit griffonnage sur les tables de l'Histoire, un être pareil à un flocon de neige égaré en plein été, est-il réalité ou rêve, est-il bon ou mauvais, précieux ou sans valeur ? »
C'est de Pomme dont il parle et ce faisant elle est presque insupportable et quasi sainte.

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araucaria
  09 mai 2019
Roman qui m'aura beaucoup ennuyée, à cause de l'écriture et de l'histoire. Je n'ai eu aucune empathie pour les personnages qui se fourvoient dans une fausse histoire d'amour... un leurre, en fait deux solitaires qui se rencontrent et vivent ensemble on ne sait trop pourquoi. Une erreur de casting, deux personnes qui n'ont aucuns points communs et comble de malheur ne sont pas du même milieu social... donc l'idylle prend un grand coup dans l'aile... En couple s'apprécier un tout petit peu ne suffit pas surtout lorsque l'un des protagoniste est aristocrate fils de châtelain et l'autre fille d'une prostituée et banlieusarde... Un grand gâchis pas si imprévisible.
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brigittelascombe
  07 octobre 2011
Quel triste avenir que celui de cette petite Pomme!
Un bien joli roman que La dentelière(prix Goncourt 1974) de Pascal Lainé(agrégé de philosophie auteur, entre autres, de L'irrévolution prix Médicis).
Après lecture, cette jeune fille aux gestes de dentelière,à l'humeur égale, maléable et soumise,dont les joues rondes lui ont donné le surnom de Pomme m'a évoqué le meilleur des mondes d'Aldous Huxley, ce qui m'a d'ailleurs choquée.
Bêta travailleuse,Gamma populaire,Epsilon simiesque (gourde mais jolie tout de même!!),tout et une à la fois, Pomme, la dentelière qui n'est pas vraiment dentelière, mais à une autre époque aurait pu être lingère ou porteuse d'eau, est comme programmée,conditionnée pour un terne destin où les Alpha cultivés et intellectuels(comme Aimery, l'étudiant, futur conservateur, rencontré à Cabourg) ou plus évolués(comme la perfide Marylène "au style Juan les pins" du salon de coiffure où Pomme balaye les cheveux) lui sont barrés car porteurs de déceptions.
L'image fait-elle toujours office de vérité?
Le nord ouvrier qui cloque sur l'horizon,le père parti sans laisser d'adresse,la mère serveuse- prostituée et qui, même après l'arrivée dans une cité de la banlieue parisienne et son dur labeur de femme de ménages, va garder la fâcheuse habitude de lancer 'A vot' service' à ses interlocuteurs, le manque de goût, de bonnes manières,de culture,de vivacité,les trop grandes maléabilité et soumission,la présence un peu frustre, le manque "d'aptitude à l'oisiveté" sont-ils de pesants facteurs dans l'inexistence de Pomme, sont-ils porteurs des ressentiments éprouvés à son égard et causes de ses propres déceptions?
Un enchainement de circonstances qui monte crescendo jusquau rejet et la déchéance.
Une vision bien pessimiste d'une certaine classe sociale, qui loin de se révolter s'enlise dans la mal bouffe bien éloignée des Nourritures terrestres et de la bourgeoisie odieuse qui garde des oeillères avec ses fréquentations.
Et l'ambition dans tout ça?La "gnaque"? L'envie de s'en sortir malgré tout? Un beau portrait émouvant, une fine description psychologique mais qui n'est pas à généraliser!
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Citations et extraits (36) Voir plus Ajouter une citation
araucariaaraucaria   06 mai 2019
Pomme ne savait ni friser, ni couper, ni teindre. On l'employait surtout à ramasser les serviettes. Elle nettoyait les instruments. Elle balayait les cheveux par terre. Elle remettait en pile les Jours de France éparpillés. Elle s'essuyait le bout du nez avec un mouchoir à carreaux.
Elle faisait aussi les shampoings, massant le cuir chevelu de la clientèle avec la tendre application qui lui était due. Elle aurait été capable de plus d'application encore. Il aurait seulement fallu lui demander.
C'étaient des dames d'un certain âge, les clientes, et riches, et fort bavardes. En fait elles étaient tout ça d'un seul bloc. Vieux caquetages péremptoires!
Mais ni les lunettes en brillants, ni les lèvres couleur de lavande sous l'azur clairsemé de la chevelure, ni les doigts historiés de pierres précieuses et de taches brunes, ni les sacs de crocodile ne semblaient toucher l'attention de Pomme, tout entière absorbée dans la composition sur le dos de sa main d'une eau ni trop chaude ni trop froide, à l'usage de cheveux qui, mouillés, seraient semblables à tous les cheveux.
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michfredmichfred   19 juillet 2015
Il y avait quelque chose de poignant dans ce silence qui vivait à côté de lui. Exprimait-il seulement, mais avec une impressionnante, une presque brutale ingénuité, que les âmes sont des univers inéluctablement parallèles, où les embrassements, les fusions les plus intimes ne révèlent que le désir à jamais inassouvi d'une vraie rencontre? Il semblait alors au jeune homme que chacune de ses paroles avec Pomme était un rendez-vous manqué. Il regrettait ses confidences, que personne en vérité n'avait entendues.
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araucariaaraucaria   09 mai 2019
Quand on s'est séparés, la Dentellière et moi, ça n'a pas été ce qu'on appelle une rupture. On ne s'était rien dit là-dessus. On ne parlait jamais d'avenir.
Je l'aimais bien, la Dentellière. On vivait l'un à côté de l'autre mais on n'avait pas les mêmes moeurs ni les mêmes heures; on ne se voyait pas beaucoup. On ne s'était jamais disputés. Il n'y avait pas de raison qu'on se dispute. On a seulement quitté la chambre.
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luis1952luis1952   27 février 2013
Et un jour il s'aperçut qu'il ne pouvait plus supporter de l'entendre se laver les dents, ni le contact de ses orteils dans le lit;
Il ne dort pas. Il ne peut plus dormir depuis qu'il la regarde dormir elle. Elle resplendit de son sourire intérieur. Elle ne doit rêver à rien. C'est au néant qu'elle sourit, qu'elle se livre comme à un amant.
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michfredmichfred   19 juillet 2015
Certes, c'était une fille des plus communes. Pour Aimery, pour l'auteur de ces pages, pour la plupart des hommes, ce sont des êtres de rencontre, auxquels on s'attache un instant, seulement un instant, parce que la beauté, la paix qu'on y trouve ne sont pas de celles qu'on avait imaginées pour soi; parce qu'elles ne sont pas où on s'attendait à les trouver. Et ce sont de pauvres filles. Elles savent elles-mêmes que ce sont de pauvres filles. Mais pauvres seulement de ce qu'on n'a pas voulu découvrir en elles. Quel homme n'a pas dans sa vie commis deux ou trois de ces crimes?
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