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ISBN : 2072689074
Éditeur : Gallimard (19/04/2018)

Note moyenne : 3.88/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Lambeau, subst. masc. 1. Morceau d'étoffe, de papier, de matière souple, déchiré ou arraché, détaché du tout ou y attenant en partie. 2. Par analogie : morceau de chair ou de peau arrachée volontairement ou accidentellement. Lambeau sanglant ; lambeaux de chair et de sang. Juan, désespéré, le mordit à la joue, déchira un lambeau de chair qui découvrait sa mâchoire (Borel, Champavert, 1833, p. 55). 3. Chirurgie : segment de parties molles conservées lors de l'amputat... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
froidurep
  10 avril 2018
Attention, livre important, hanté par le souvenir, la perte progressive des repères, la dissolution d'un moi dans un autre : celui d'avant le 7 janvier. Et celui d'après.
Philippe lançon est un des survivants de la boucherie terroriste à Charlie Hebdo. Ce livre est plus qu'un témoignage, bien plus qu'un livre d'ailleurs, puisque Lançon a failli perdre la vie ce jour là, et que des balles lui ont arraché la bouche et la quasi totalité du menton. Il a donc toute légitimité pour dire la souffrance, les longs mois de rééducation, dans une espèce de no man's Land hospitalier qui lui tiendra lieu de point d'équilibre dans le déchaînement de violence tout autour.
7 janvier 2015, peu avant midi. Lançon montre un beau livre sur le jazz à Cabu. Elsa cayat pousse tout à coup un cri mêlé d'injures dans le couloir . Quelque chose se passe . Deux hommes vêtus de noir pénètrent dans la salle de rédaction ou Wolinski dessine de jolies gonzesses à poil et ou Maris défend , vent levé contre tous, le dernier livre de Houellebecq qui sortira ce jour là , et qui s'appelle -comme la réalité est puissante - : "Soumission."
2 hommes en noir, peu de mots. 2 minutes pendant lesquelles les balles crépitent et ou chaque corps abattu est célébré d'un "A A! " .
2 minutes suffisent , et le chaos s'abat, suivi d'un silence de fin du monde. Le corps de Maris effondré,qui colle à la peau de Lançon dans le choc , et le souvenir de sa mort là, tout à côté de lui, ne cessera de lui revenir en mémoire ensuite dans le récit..
Lancon accuse au détour de plusieurs pages ceux qui ont décidé , un jour de 2006, de tourner le dos au journal qui bravait la tempéte en publiant les caricatures du prophète. Ces gens là, ils ne les nomment pas, mais nous les connaissons bien évidemment...Se reconnaitront -ils?
Ce livre , par sa densité et son ton, trés proustien par endroits, fera date.
Achetez ce livre ou empruntez le. Vite!
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Agathethebook
  24 avril 2018
Le chef d'oeuvre est écrit avant le premier mot. Trois années à penser et ressentir l'ont précédé. Cinq cent pages autour desquelles nous percevons l'écho de la lente et profonde inspiration que Philippe Lançon a prise avant d'entamer le récit. Voilà comment naît un chef d'oeuvre : d'un souffle.
Ce roman est le récit de la reconstruction mentale et physique de ce journaliste blessé le 7 janvier 2015 à Charlie Hebdo. Il vient couper court à tout ce qui a été dit avant, pendant et après. Peu importent les livres et les hommes qui ont pressenti l'évènement, les commémorations et les honneurs, ce récit rassemble tout ce qui n'a pas été dit ou vu. de la haine contre les terroristes, vous n'en lirez pas. Ce livre a stupéfait ses premiers lecteurs par son absence totale de colère. Il n'y a pas de joie non plus, pas de projet de vengeance, rien de tout cela : une victime n'a de la force que pour sa propre réparation.
Réparation grâce aux proches, à la musique, aux souvenirs et la littérature bien sûr. Kafka, Proust, Shakespeare. Ce récit est le journal sincère d'un homme incapable de juger ou de haïr, là où toute son énergie est dévolue à la cicatrisation partielle de son être et de son âme.
Ce jour-là, son dernier propos avec Charb concerne le dernier livre de Houellebecq, Soumission. Une petite blague, une périphrase s'interrompent brutalement sous le bruit des coups de feu. Des cris, un garde du corps qui dégaine, puis les « jambes noires » des tueurs dans la pièce… Une scène tellement rapide qu'elle donne l'impression d'avoir été vécue au ralenti. Faisant semblant d'être mort, allongé face à la cervelle de Bernard Maris décédé, Philippe Lançon aperçoit dans le reflet de son téléphone le trou qui lui fait désormais office de menton et de mâchoire. Après dix-sept passages au bloc, il se surnommera l'homme-lambeau.
De la Salpêtrière aux Invalides, constamment sous surveillance rapprochée, neuf mois d'opérations et de rééducation vont jalonner son existence, mettre en péril son couple. Ecrire sur une ardoise, attendre sur des brancards, s'alimenter par sonde gastrique, s'endormir grâce aux somnifères, devenir dépendant des soignants et accroc de sa chirurgienne, écrire avec trois doigts le menton qui fuit et la bouche qui coule, tendre son front pour se faire embrasser. Se repasser le film de ce qui a été, de ce qui aurait pu se produire si. Se focaliser sur des détails, sur son téléphone portable perdu le jour des attentats, son vélo abandonné dans la rue, son billet d'avion à annuler. Se créer des obsessions pour déplacer la sidération. Refaire le film de la veille, de l'avant-veille, de tout ce qui a contribué à ce qu'il se trouve dans cette pièce, à ce moment-là, un livre à défendre, un album de jazz à montrer. Jouer avec le conditionnel du destin.
Gueule-cassée, miraculé, mutilé. le corps passe avant l'esprit. Survivre de ses blessures est devenu la priorité numéro une de Philippe Lançon. Quelques mois après l'attentat, il n'a rien à penser de l'Islam et du gouvernement : incapable de parler, de boire et de s'alimenter, l'homme a déserté le journaliste, il fuit les médias, la sur-information.
Extrêmement seul bien qu'entouré de son frère, ses parents, sa petite amie, ses amis, l'homme-lambeau est comme désolidarisé de l'événement dont il est issu. Lorsque les frères Kouachi sont tués, son frère bondit gaiement dans sa chambre d'hôpital pour lui annoncer, « Ils sont morts ces connards! » Philippe a alors un mouvement de recul : il n'y a plus de place en lui, ni dans sa chambre, pour la violence.
Après le temps de la chirurgie vient le temps de l'indépendance : la réhabilitation sociale est vécue comme une épreuve hautement difficile, parce qu'il n'est plus protégé ni réconforté comme au début, il ne bénéficie plus de l'aura initiale là où il en a le plus besoin, il lui faut réapprendre à vivre et se débrouiller seul, se déplacer sans protection policière, ne pas avoir peur dans le métro et reprendre ses projets.
Pourquoi faut-il lire ce livre ?
La plupart des avis sont unanimes : il faut lire ce livre. Bien sûr, c'est un petit pavé, et l'on ne peut garantir de passer « un bon moment » tant les sujets abordés sont graves. Toutefois, il fait désormais —hélàs !— partie de notre histoire, il est un pan de l'Histoire-même, ce premier attentat islamiste en France a malheureusement marqué un tournant sociologique. Depuis nous vivons dans la crainte, même si nous continuons à vivre. C'est le témoignage d'un homme au coeur du désastre, et sa reconstruction est la nôtre. Son histoire conceptualise la blessure collective, nous devons en prendre connaissance, c'est un livre sublime et nécessaire. C'est une oeuvre unique, au souffle puissant ; l'esthétique remplace l'horreur grâce à l'Art et la littérature placés autour de la guérison.
Merci aux éditions Gallimard pour cette lecture.

Lien : https://agathethebook.com/20..
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sorcierebienaimee
  20 avril 2018
C'est l'histoire d'un homme dont la vie va basculer le 7 janvier 2015.
Un livre de jazz lui sauvera la vie mais il sortira de l'attentat contre Charlie Hebdo avec une gueule cassée.
Des terroristes, il ne verra que des jambes noires et n'entendra qu'à multiples reprises "Allah Akbar"
Philippe Lançon, commence par nous raconter sa soirée du 06 janvier, la pièce théâtre qu'il est allé voir et ses projets futurs. Puis assez vite, on passe à cette matinée fatale pour certains de ses collègues.
Le reste du récit va concerner ses longs mois de reconstructions avec les multiples opérations qu'il subira. Il nous parle de ses relations avec le personnel médical, avec ses proches et les policiers chargés de sa protection.
On vit avec Philippe Lançon, il nous parle des femmes de sa vie de ses amis, de ses grands- mères. On ressent ses peurs, ses cauchemars. On comprend sa douleur et ses larmes. Parfois, il doute, il s'interroge mais jamais n'abandonne.
Il s'agit d'un livre écrit par un journaliste et romancier d'où cette belle écriture soignée mais surtout celui d'un homme plein d'humilité. Il nous fait partager ses lectures, les musiques qu'il écoute, les expositions qu'il découvre et qui accompagnent cette période de reconstruction.
Ce n'est pas un livre sur l'attentat en tant que tel, c'est un livre sur un homme qui a subi un traumatisme physique et psychique comme d'autres avant et après lui et qui nous raconte son parcours.
Ce n'est ni triste, ni larmoyant juste authentique.
Lien : https://justelire.wordpress...
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critiques presse (3)
LaLibreBelgique   24 avril 2018
Philippe Lançon, survivant de la tuerie à "Charlie Hebdo", "gueule cassée", raconte sa lente remontée à la vie. Un an, 17 opérations, un récit splendide de ses sentiments.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LaCroix   23 avril 2018
Grièvement blessé dans l’attentat terroriste contre le journal satirique, Philippe Lançon livre un récit impressionnant de l’attaque et de l’enfer qui a suivi
Lire la critique sur le site : LaCroix
LeMonde   12 avril 2018
Philippe Lançon, miraculé de l’attentat contre « Charlie Hebdo », raconte dans « Le Lambeau » ce qu’il a vécu depuis janvier 2015. Magistral.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
FleurDuBienFleurDuBien   25 avril 2018
Cette colère montait à mesure que le départ approchait. Deux jours plus tard, j'ai écrit à mes parents qui proposaient de m'apporter des compotes :
Compotes inutiles, ils me gavent comme une oie, je ne peux finir aucun de mes repas, qui me prennent un temps interminable (sans parler de la saleté). Mais enfin on ne va pas se plaindre, c'est un retour vers la vie.
La plupart des mails des jours suivants sont acides, presque rageurs. Manger de nouveau, quoique à peine, me faisait prendre conscience de ma régression et de mes limites. Pour la première fois, je devenais impatient. Il était temps de quitter un lieu où j'avais épuisé les raisons de lutter en étant fier de moi.
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FleurDuBienFleurDuBien   25 avril 2018
J'allais savoir à quoi je ressemblais. J'ai pris le miroir et j'ai découvert, à la place du menton et du trou, cernée par d'épaisses sutures noires ou bleues sombres, une grosse escalope sanguinolente et vaselinée de couleur claire, entre jaune et blanc, d'une surface lisse, glabre et unie comme celle d'un jouet en plastique. C'était ça, mon menton ? C'était pour ça qu'on m'avait opéré pendant dix heures, retiré un os de la jambe et mis dans cet état ? J'étais accablé.
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MaquartMaquart   25 avril 2018
Le 7 janvier 2015 vers 10h30, il n'y avait pas grand monde en France pour être Charlie. L'époque avait changé et nous n'y pouvions rien. Le journal n'avait plus d'importance que pour quelques fidèles, pour les islamistes et pour toutes sortes d'ennemis plus ou moins civilisés, allant des gamins de banlieue qui ne le lisaient pas aux amis perpétuels des damnés de la terre, qui le qualifiaient volontiers de raciste.
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FleurDuBienFleurDuBien   25 avril 2018
Le soir, Hossein m'a expliqué, d'un ton paisible, que je devais renoncer à l'idée de retrouver le visage et les sensations que j'avais eus pendant cinquante ans. "Vous en aurez, me dit-il, mais elles seront différentes et il faudra du temps pour qu'elles vous paraissent naturelles." Trois ans après, au moment où j'écris ces lignes, elles ne le sont toujours pas.
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AgathethebookAgathethebook   24 avril 2018
« La tentation du chirurgien est d’aller le plus loin possible, de s’approcher de retouche en retouche du visage idéal. Evidemment, on n’y arrive jamais et il faut savoir s’arrêter. » C’est pareil avec un livre, lui avais-je répondu. On essaie de rapprocher celui qu’on écrit de celui qu’on imaginait, mais jamais ils ne se rejoignent, et il arrive un moment où, comme vous dites, il faut savoir s’arrêter. Le patient reste avec sa gueule tordue, ses cicatrices, son handicap plus ou moins réduit. Le livre reste seul avec ses imperfections, ses bavardages, ses défauts. Nous en avions banalement conclu que l’horizon n’est pas fait pour être atteint.
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