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ISBN : 284344943X
Éditeur : Le Bélial' (18/10/2018)

Note moyenne : 4.07/5 (sur 7 notes)
Résumé :
Imaginez : les extraterrestres sont là ! Sur Terre. À côté de chez vous... Et d'emblée se pose la question cruciale qui accompagne l'extraordinaire événement : comment leur parler ? Comment s'en faire comprendre ? Le langage, sans conteste au coeur de ce qui nous définit en tant qu'espèce pensante, sera d'une importance cruciale. La science-fiction, domaine réflexif par essence, l'a compris depuis ses origines et en a fait l'un de ses sujets de prédilection, tant au... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
nebalfr
  16 novembre 2018
Dans la revue Bifrost, la rubrique « Scientifiction », animée depuis… longtemps par Roland Lehoucq, astrophysicien et plus récemment Big Boss des Utopiales, vise à dresser des passerelles entre science et science-fiction, dans une entreprise salutaire et en tout cas très instructive pour le lecteur moyen – une entreprise éventuellement prolongée en dehors des seules pages de Bifrost, avec des livres comme Faire des sciences avec Star Wars. S'il s'agit probablement de vulgarisation, dans l'ensemble, les thèmes explorés, aussi passionnants soient-ils, débordant plus qu'à leur tour de sense of wonder (car « expliquer » tel roman ou tel film au prisme de la science ne revient en rien à le désenchanter – bien au contraire, parfois), peuvent cependant demeurer hermétiques pour ledit lecteur moyen, ou du moins est-ce le cas pour le lecteur moyen Nébal, régulièrement largué dans tous tyeu-les machins scientifiques, là… O l'est que j'faisions au mieux dans les sciences mol', moué…

Or les Éditions du Bélial' viennent de lancer une nouvelle collection, « Parallaxe », dédiée à des essais de vulgarisation scientifique de cet ordre. La collection est forcément placée sous le patronage de Roland Lehoucq, par ailleurs co-auteur avec le paléontologue Jean-Sébastien Steyer d'un de ses deux volumes inauguraux, La Science fait son cinéma (émanation directe, pour autant que je sache, de la rubrique « Scientifiction »). Je ne m'y suis pas risqué, même si je suis certain de la qualité et de la pertinence de cet ouvrage ; mais j'étais très intéressé par l'autre titre inaugural, dans une optique de sciences humaines et sociales : Comment parler à un alien ? Langage et linguistique dans la science-fiction – dû au linguiste Frédéric Landragin. Et qu'importe si je ne m'y connaissais pas beaucoup plus en linguistique qu'en astrophysique ou en chimie : le sujet m'attirait vraiment, et me paraissait, à tort ou à raison, plus abordable au regard de mon bagage.

Le titre de cet essai évoque d'emblée au lecteur bien des romans ou nouvelles, bien des films aussi, qui jouent du thème fascinant du premier contact – où la question centrale de la communication implique d'avoir recours aux outils scientifiques de la linguistique, outils que manient les auteurs, parfois (souvent) en connaissance de cause, parfois sans bien s'en rendre compte, peut-être – à la Monsieur Jourdain. Pour m'en tenir à quelques exemples que j'ai lus ou vus, Solaris de Stanislas Lem (et ses adaptations par Andreï Tarkovski et Steven Soderbergh), le Moineau de Dieu de Mary Doria Russell, « L'Histoire de ta vie » de Ted Chiang (et son adaptation par Denis Villeneuve sous le titre Premier Contact), Rencontres du troisième type de Steven Spielberg… Cependant, cette problématique est loin d'être la seule étudiée dans cet essai, qui aborde au moins autant des oeuvres un peu différentes, où la linguistique fournit un substrat essentiel au récit, fond et forme, sans qu'il soit nécessaire de faire intervenir la figure de la rencontre avec des aliens – ce qui peut inclure aussi bien 1984 de George Orwell ou Orange mécanique d'Anthony Burgess (et son adaptation par Stanley Kubrick) que Les Langages de Pao de Jack Vance, voire, si on s'éloigne un peu du seul champ de la science-fiction au sens strict, la majeure partie du corpus tolkiénien, carrément émané des inventions linguistiques (ou peut-être plus exactement philologiques) de l'auteur, ce qui en fait une passerelle de choix pour traiter de la question des langues artificielles (voire de fausses langues naturelles ?), en fiction et hors fiction.

La problématique de cet ouvrage est donc plus vaste qu'il n'y paraît – d'autant plus, en fait, que, si le lien avec des oeuvres précises de science-fiction (et éventuellement, sous-genre certes assez rare dans sa forme la plus pure, de « linguistique-fiction ») est permanent, Comment parler à un alien ? implique en même temps d'intégrer le b.a.-ba de la discipline, si j'ose dire, les fondations indispensables à la compréhension du reste.

Ceci étant, Frédéric Landragin nous immerge immédiatement dans le thème, en consacrant l'essentiel du premier chapitre (après quelques définitions indispensables) au roman de Ian Watson L'Enchâssement – dont le titre même renvoie à un procédé linguistique riche de dérivations science-fictives intéressantes ; bon sang, cela fait des années que je dis qu'il faut que je le lise, celui-ci… En fait, à ce que j'ai cru comprendre, ce premier chapitre repose pour une bonne part sur une postface que Frédéric Landragin avait composé pour la réédition de ce roman aux Editions du Bélial'. Quoi qu'il en soit, cette étude permet d'envisager certains traitements courants des thématiques linguistiques dans la science-fiction : l'hypothèse de Sapir-Whorf, tout spécialement, qui postule en gros que les catégories linguistiques déterminent les représentations mentales (ou, autrement dit, que la langue que l'on parle influe sur la représentation du monde que l'on se fait), a été beaucoup travaillée par la science-fiction (ainsi, pour reprendre les exemples cités, dans 1984, Les Langages de Pao, « L'Histoire de ta vie » et Premier Contact), même si, aujourd'hui, elle paraît à peu près unanimement infondée aux linguistes – mais on peut aussi parler des théories très influentes de Noam Chomsky, par exemple ; si la SF est un laboratoire, il n'y a au fond rien de surprenant à ce qu'elle soit portée à extrapoler les conséquences les plus extrêmes des hypothèses scientifiques – c'en est un procédé essentiel, même.

Maintenant, l'étude de la linguistique en science-fiction, ce dont le « premier contact » n'est qu'un aspect, certes particulièrement visible voire envahissant, implique d'abord d'appréhender comment les langues vivent, évoluent, meurent le cas échéant. Dès lors, les deux chapitres suivants sont consacrés (même si, là encore, il y a toujours un lien avec telle ou telle oeuvre de science-fiction), d'abord aux langues naturelles, ensuite aux langues artificielles. Dans le premier cas, s'il faut seulement les distinguer, c'est l'occasion d'envisager comment les langues naissent, quelles sont leurs structures, mais aussi comment elles ont évolué et pourraient évoluer encore – quoi qu'en pensent les conservateurs prompts à prophétiser la fin du monde si on se met à écrire « nénufar » au lieu de « nénuphar », ou les Superdupont académiques qui brandissent haut le mot-dièse contre les pollutions anglicisantes, sans même parler des guerres de tranchées de la féminisation des professions ou de l'écriture inclusive.

(Ne fais pas trop le malin, Nébal, toi qui es incapable d'écrire « évènement », qui ne portes pas exactement dans ton coeur la start-up nation qui se disrupte, et qui trouves l'écriture inclusive « quand même un peu moche » alors que ce n'est vraiment pas le propos…)

L'étude des langues artificielles, quant à elle, porte notamment sur leurs raisons d'être, souvent idéologiques – ce qui tient autant, par exemple, au souhait d'une langue internationale facilitant la communication, la compréhension et la paix, qu'à la conviction d'ordre philosophique de la prééminence absolue de la logique et de son caractère universel. C'est tout à fait passionnant dans absolument tous les cas – y compris quand l'analyse se prolonge au regard de spécificités de la science-fiction, sense of wonder, sense of reading et novum.

On passe ensuite à l'étude des éléments constitutifs d'une langue. Ce chapitre est probablement le plus technique de l'essai – ou du moins ai-je eu ce sentiment –, mais Frédéric Landragin l'a conçu astucieusement de sorte qu'il ne soit jamais indigeste. Pour ce faire, il a choisi une oeuvre « principale » destinée à illustrer chaque notion (d'autres oeuvres pouvant soutenir le discours à l'arrière-plan) : par exemple, l'étude de la phonétique se fait au travers d'Épépé de Ferenc Karinthy, tandis que celle de la prosodie passe par 2001 l'odyssée de l'espace (peut-être plutôt le film de Stanley Kubrick que le roman d'Arthur C. Clarke, pour le coup)... et Yoda la syntaxe explique (forcément). Ces choix s'avèrent très pertinents, et la technicité du chapitre n'est donc pas le moins du monde un frein pour le lecteur.

Ce n'est qu'alors, en fin de volume du coup, que l'on peut vraiment aborder la question titre : Comment parler à un alien ? Les exemples science-fictifs abondent, comme dans chaque chapitre, mais deux oeuvres qui ont servi de fil rouge, et presque de prétexte (plus encore que L'Enchâssement ?), à l'ensemble de l'essai, s'avèrent ici plus que jamais essentielles : la fabuleuse nouvelle de Ted Chiang « L'Histoire de ta vie », et le film de Denis Villeneuve Premier Contact, qui s'en est inspiré (et qui est beaucoup, beaucoup moins subtil et bluffant, néanmoins plutôt réussi dans son genre). Et, disons-le, si tout ce qui précède est passionnant, cette étude approfondie et érudite du « premier contact » relève du fantasme le plus orgasmique pour tout lecteur de SF. Toutes les difficultés sont examinées, et nombre d'entre elles sont colossales – l'absence de lexique, ainsi que de référents culturels, la possibilité d'une physionomie différente qui pourrait avoir son impact notamment sur la gestuelle, l'éventualité d'une communication non verbale mais qui pourrait emprunter plutôt, par exemple, les odeurs ou même les champs magnétiques, la nécessité pas moins ardue de mettre en place une communication minimale à base de « oui » et de « non » (et, bon sang, comment exprimer les notions les plus abstraites ?!), sans même parler des innombrables confusions qu'un échange mal assuré pourrait susciter (« Gavagai ! »), avec le risque que ces confusions puissent entraîner des conséquences… aheum… « diplomatiques » ? À vrai dire, de tous les scénarios exposés, ceux où l'incompréhension demeure totale, en dépit de bien des efforts, peuvent paraître les plus crédibles – Stanislas Lem semble s'en être fait une spécialité, au-delà du seul Solaris qui en est probablement la plus fameuse illustration…

Pourtant le rêve demeure – et l'enthousiasme. En fait, c'est une chose que j'ai particulièrement appréciée dans cette lecture : Frédéric Landragin fait preuve d'une passion débordante, pour la science comme pour la science-fiction, et qui se montre irrésistiblement communicative. C'est aussi en cela que ce Comment parler à un alien ? est une vraie réussite – au-delà de sa dimension déjà appréciable de vulgarisation solidement étayée d'exemples science-fictifs pour la plupart accessibles et qui font vraiment envie.

Je vous recommande donc chaudement ce titre inaugural de la collection Parallaxe – et ai hâte d'en découvrir de futurs volumes, tout particulièrement (parce que moi) dans les domaines des sciences humaines et sociales, parfois un peu le parent pauvre de la SF. Et ceci sans douter le moins du monde de la qualité des publications davantage tournées vers les sciences dites « dures ». Vraiment une très belle initiative !
Lien : http://nebalestuncon.over-bl..
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LeCombatOculaire
  09 janvier 2019
Frédéric Landragin consacre une très grande partie de son livre à d'abord poser les bases de la linguistique, à établir des définitions, à étaler le catalogue des différentes langues humaines, ce qui en fait donc un ouvrage d'abord très technique qui démontre que même au sein de l'humanité, le langage peut constituer une barrière immense à la compréhension (d'ailleurs même au sein de groupes qui parlent la même langue). Ce qui est donc très intéressant, avant de se poser la question de comment parler à un alien, c'est de se rendre compte de la grande complexité de nos moyens de communication verbale ou écrite. Les plus grandes théories exposées sont celles de Sapir-Whorf et celles de Noam Chomsky, qui seront beaucoup développées ici, mais également reprises dans plusieurs romans de SF.
L'auteur s'attarde sur quelques livres en particulier, qui peuvent se targuer d'être presque des "linguistiques-fiction", qui reviendront souvent tout au long de l'ouvrage, mais il n'hésite pas à poser en exemple de nombreux autres récits, voire la passion de certains auteurs pour la langue - comme J.R.R. Tolkien - qui n'est pas forcément une langue alien mais simplement une tentative d'invention d'un nouveau langage. Néanmoins, la SF passe presque en second plan, et il est possible que ce livre soit plus attractif pour les amoureux•ses de la langue ou les fans de SF pointilleux•ses sur les détails. Car, au final, nous n'en savons pas vraiment plus sur la façon la plus appropriée de communiquer avec les aliens. Plein de théories plausibles ont été étudiées dans la fiction, mais toutes doivent forcément passer par un certain anthropomorphisme ou des raccourcis évidents pour ne pas alourdir les récits. le plus simple restant de passer par des choses supposées universelles comme les mathématiques, les chiffres, les codes binaires...
C'est un livre relativement pointu et plutôt érudit, très pragmatique et rationnel, qui croise science de la langue et science-fiction, qui m'aura au final appris plus de choses sur nos propres langues que sur celles des extraterrestres, mais qui s'inscrit bien dans la lignée des livres qui viennent valider ou invalider les théories, propos ou intrigues de la SF, que ce soit dans les livres ou au cinéma. En quelque deux cent pages, il aurait été difficile d'approfondir encore plus, même si j'aurais apprécié de faire un tour d'horizon plus large des tentatives de communication alien en SF. le livre est très bien documenté, avec une annexe fournie concernant la bibliographie, qui regroupe à la fois études sur le langage, livres et films de science-fiction. Au lecteur ou à la lectrice ensuite d'approfondir avec ces données et de faire fonctionner son esprit critique à la prochaine tentative de connexion avec les autres mondes !
Lien : https://lecombatoculaire.blo..
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Aliseya
  28 octobre 2018
Me revoici avec un petit ovni. je ne sais pourquoi, je m'imaginais un autre contenu que celui que j'ai découvert. je m'attendais à des exemples d'écriture, de structure de textes, des tableaux mais non, rien de ceci ne se trouve dans ce livre.
Au départ, on nous explique la structure de nos langues et leurs variantes suivants les pays, on a aussi droit à des explications sur les phonèmes et compagnie, la différence entre langage et langue et comment des auteurs de SF et de fantasy comme J.R.R.Tolkien et aussi des linguistes ont travaillés sur le comment et le pourquoi de la formations des langues, la constructions de langues fictives, les recherches et les méthodes propres à chacun avec bon nombres d'exemples. Cette partie-là est bien plus intéressante qu'un cours de français sur la conjugaison...
Donc, j'ai poursuivi ma lecture à petite vitesse car, il y a tellement d'informations à intégrer que cet ouvrage a beau être petit, c'est une mine documentaire très étayée et complète. On nous dit bien que sans sources écrites, un contacte avec des "extraterrestres" sera la chose la plus difficile à faire car il faudra trouver des indices de langage pour apprendre à communiquer avec eux, ce sera un travail de longue haleine qui peu au final ne mener à rien.
L'auteur aborde aussi des théories qui ont encore du succès à notre époque comme celle de Chomsky ou Sapir-Whorf.
Pour finir, cet ouvrage est un énorme exposé sur la linguistique utilisé dans le domaine de la science-fiction avec ses tenants et ses aboutissants, riche en informations et en exemples. Et je me dis qu'il y a encore beaucoup de travail en amont si un jour on espère communiquer au-delà de notre petite planète. Bref, ce livre a été une bonne surprise, avec un contenu très intéressant.
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IreneAdler
  02 novembre 2018
Que dire à un alien, si d'aventure il s'en présentait un au coin de la rue ? Et surtout, comment le lui dire ? Quel langage utiliser ? Quelle langue parlerait-il ? Et puis d'ailleurs, serait-il intelligent ?
Autant de questions que se pose l'auteur, connaisseur à la fois de SF et de linguistique. Si la question de savoir concrètement comment s'adresser à un extra-humain n'occupe en réalité qu'un seul chapitre, tout le reste de l'ouvrage concerne surtout la vulgarisation de la discipline par le prisme de la SF. le lecteur en saura donc autant sur le langage et ses composantes, que sur la SF et les expérimentations littéraires et filmiques du genre. Ce qui fait en fait une double vulgarisation, et aucune des deux ne perd le lecteur : l'auteur est clair, parle à l'intelligence de son lecteur, ne se perd pas dans du jargon abscons,présente et explique beaucoup d'exemples, s'appuie sur de nombreuses sources... Et en plus (ou bien est-ce le but initial et non avoué ?) cela place la SF comme un vrai genre littéraire, ce que savait ses lecteurs et qui arrivera à convaincre les sceptiques (car oui, il s'en trouve encore... les pauvres). Et franchement, c'est une idée de génie !
Le tout est accompagné d'une copieuse bibliographie : essais de linguistique, essais autour de la SF et surtout, romans et nouvelles.
Et en plus, la couverture est chouette (sauras-tu retrouver toutes les références ?)
Merci à Babelio et aux éditions du Bélial' pour cet envoi !
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ambre1961
  19 mars 2019
comment croire à ce que tu écrit dans ton livre ? Ce ne sont que des chimères, des fantasmes ! même si tu as vu ou lu pas mal de films ou de livres ou fait des études là-dessus, tu n'es jamais allé toi-même dans l'espace, tu n'as jamais croisé d'extra-terrestres, tu ne sais même pas s'ils existent et à quoi ils pourraient ressembler.
Ne prétends pas que c'est une étude basée sur telle ou telle vérité.
personne ne sait rien là-dessus, on n'a aucunes preuves.
Alors avoues tout simplement que tu as voulu mettre tes fantasmes sur papier pour faire parler de toi !!!! redescends sur terre !
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
deuxquatredeuxdeuxquatredeux   09 janvier 2019
Enfin, ça y est ! Des aliens ont débarqué sur Terre, en plein Paris ! À moins que ce ne soit l'inverse : une mission d'exploration humaine aurait découvert une planète lointaine et habitée, au-delà de l'épaule d'Orion. Ce pourrait aussi être une rencontre dans l'espace intersidéral, non loin de la porte de Tannhäuser. Peu importe, en fait, car ces situations posent le même problème : comment parler à ces aliens ? Comment arriver à s'en faire comprendre sans commettre d'impair ? Comment saisir ce qu'ils cherchent à nous dire, sans se tromper et provoquer involontairement un conflit irrattrapable ? Et puis, à quoi peut bien ressembler une langue alien ? Reflète-t-elle les caractéristiques extraordinaires de la morphologie des aliens, de leur culture ? Tels les explorateurs d'antan rencontrant pour la première fois une population indigène, il faudra lever la barrière de la langue avant de pouvoir communiquer, car il y a des chances pour que les aliens ne parlent pas l'anglais américain, comme un certain cinéma nous y a habitués. Et même si les linguistes humains se penchent sans relâche sur le problème, le langage recèlera toujours une part de mystère, une facette aussi obscure et indéchiffrable qu'un code secret. Mais que peuvent faire des linguistes face à un tel défi ? Les méthodes classiques des explorateurs peuvent-elles s'appliquer ? Qu'apportent les méthodes modernes, les ressources en ligne comme Wikipédia et les connaissances récentes sur l'oral et l'écrit ? Ne peut-on pas créer une langue universelle, ou une extension de l'espéranto pour aliens ? Un linguiste est-il vraiment indispensable pour un premier contact ? Ces questions sont l'objet de ce livre dédié au langage et aux langues dans la science-fiction. Il s'intéressera aussi à toutes celles que vous avez dû vous poser en lisant Isaac Asimov, Philip K. Dick, Jack Vance, Greg Egan ou Ted Chiang. Nous verrons dans quelle mesure ce qu'ils décrivent est scientifiquement possible, déjà réalisé, ou totalement fictionnel. Plus que cela, ce livre vous fournira des connaissances de base en linguistique afin de vous permettre de mieux apprécier vos auteurs préférés et d'aller au cinéma avec une oreille plus avertie. Car Steven Spielberg, James Cameron, Ridley Scott ou Denis Villeneuve flirtent avec la linguistique de manière parfois pertinente, souvent exagérée, mais aussi totalement improbable. Quel rapport la SF entretient-elle donc avec la linguistique ? A-t-elle quelque chose à en apprendre, ou a-t-elle déjà prévu toutes les situations possibles, toutes les bizarreries linguistiques qui puissent être imaginées ? En route pour la galaxie du langage !

Avant-propos, pp. 13-14
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LeCombatOculaireLeCombatOculaire   09 janvier 2019
On doit au linguiste Roman Jakobson (1896-1982) d'avoir décortiqué la question de la communication en proposant six fonctions du langage (...) : la fonction expressive (...) la fonction conative (...) la fonction poétique (...) la fonction métalinguistique (...) la fonction référentielle (...) enfin, la fonction phatique (...) En revanche, aucun linguiste n'a jamais proposé de fonction « magique » du langage, fonction fictive qui a fait couler beaucoup d'encre - c'est La Septième Fonction du langage de Laurent Binet - notamment en SF. Ursula Le Guin (1929-2018) dans Terremer, Arthur C. Clarke (1917-2008) dans « Les Neuf Milliards de noms de Dieu », Frank Herbert (1920-1986) dans Dune avec la « Voix », Greg Egan (1961-) avec sa nouvelle « LAMA », ou plus récemment Erik L'Homme (1967-) dans Le Livre des étoiles : ces auteurs et bien d'autres mettent en scène des mots capables d'avoir une action directe sur le monde ou sur les humains. Connaître le nom secret des choses ou le nom secret de Dieu a des conséquences concrètes.
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LeCombatOculaireLeCombatOculaire   09 janvier 2019
Mais c'est Lancelot Hogben (1895-1975), spécialiste de statistiques, qui proposa d'utiliser les ondes radio pour communiquer. Essayant de se glisser dans la peau de Martiens recevant un message, il met au point un code très simple pour transmettre des chiffres, puis des opérations sur les chiffres comme l'addition. Il enchaîne avec des mots-phrases comme "oui", "non", "compris", puis va de plus en plus loin, fondant ainsi l' « astraglossa » sur laquelle nous reviendrons. Il ira même jusqu'à imaginer comment jouer aux échecs avec les Martiens !
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LeCombatOculaireLeCombatOculaire   09 janvier 2019
Commençons la pragmatique du troisième degré par le principe des performatifs décrit dans l'introduction en citant un passage de « L'Histoire de ta vie » de Ted Chiang : « le langage ne sert pas qu'à communiquer : il s'agit aussi d'une forme d'action. Selon la théorie des actes de langage, "Vous êtes en état d'arrestation", "Je baptise ce navire" ou "Je vous le promets" était un énoncé performatif : le locuteur n'effectuait l'action qu'à condition de prononcer les mots. Pour ces actes, savoir ce qui serait dit ne changeait rien. Au cours d'un mariage, chacun s'attendait à entendre la phrase "Je vous déclare unis par les liens du mariage", mais, jusqu'à ce que l'officiant les prononce, la cérémonie ne comptait pas. Dans un langage performatif, dire égalait faire. Pour les heptapodes, toute langue était performative. Au lieu d'utiliser le langage pour informer, ils s'en servaient pour réaliser. Bien sûr, ils savaient déjà ce qui allait se dire durant une conversation ; mais, afin que ce savoir s'avère, la conversation devait avoir lieu. »
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LeCombatOculaireLeCombatOculaire   09 janvier 2019
Plus plausible est la situation décrite dans le roman La Forêt Sombre de Liu Cixin : après une hibernation de presque deux siècles, le personnage de Luo Ji, un « colmateur », se réveille dans le futur où les termes techniques sont passés d'une langue à l'autre : « En l'entendant parler, le regret éprouvé plus tôt par Luo Ji de voir la langue chinoise unilatéralement envahie de concepts occidentaux s'évanouit aussitôt, car l'anglais de Jonathan était lui aussi entremêlé de termes en chinois, tels que par exemple "programme Colmateur", prononcé dans sa langue. Ainsi donc, l'anglais - la langue la plus répandue de par le monde - et le chinois mandarin - la langue parlée par le plus grand nombre de locuteurs - s'étaient interpénétrées et fondues en un langage commun. Luo Ji apprendrait plus tard que toutes les autres langues du monde connaissaient elles aussi ce même phénomène de fusion. » En restreignant le processus de fusion de langues aux mots techniques, l'auteur ne fait finalement qu'extrapoler une situation courante.
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