AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio

Michel Lee Landa (Traducteur)
EAN : 9782081218758
332 pages
Éditeur : Flammarion (08/09/2008)
3.99/5   48 notes
Résumé :

“Le propos est simple : élucider le paradoxe qui veut que la contestation des valeurs bourgeoises débouche sur le renforcement inégalé de cette classe sociale. (…) Il n’est pas un théoricien qui n’ait été influencé par ces analyses au cours des vingt dernières années.” Pascal Bruckner, Le Nouvel Observateur.
--Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible ... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
MarianneL
  24 décembre 2013
Publié initialement en 1979, cet essai passionnant de Christopher Lasch n'est pas du tout une analyse de plus de l'égocentrisme ou de l'égoïsme, mais une étude de la façon dont l'évolution de la société et de la culture américaine, en particulier depuis les années soixante avec le règne des sociétés multinationales et le culte de la consommation, ont contribué à transformer la structure de la personnalité de l'homme américain - et par extension occidental -, avec des traits de caractère narcissiques de plus en plus développés (narcissique devant être compris au sens psychanalytique du terme).
Dans un monde perçu comme un endroit dangereux et terrifiant, avec la menace nucléaire, l'épuisement des ressources naturelles, le désastre écologique annoncé, croire en l'avenir est devenu difficile, d'autant plus que les medias, rapportant de manière arbitraire les désastres du monde, renforcent le sentiment d'insécurité et de discontinuité de l'histoire.
En parallèle, la perte d'expertise et d'autonomie de l'individu dans le travail avec le développement des grandes entreprises, la compétition accrue dans le travail (où ce qui compte désormais est moins la compétence que l'habileté dans les relations interpersonnelles), le déclin de l'autorité parentale en partie usurpée par l'école et surtout par les grands moyens de communication, l'érosion de la transmission et du lien avec le passé, la prolifération des images dans notre «société du spectacle», le développement d'une civilisation dominée par les apparences, le culte de la consommation, les désirs infantiles stimulés par la publicité, créent une faille béante entre le vide d'une routine quotidienne largement vide de sens et la frustration née de désirs de consommation et de gratification immédiate impossibles à assouvir.
«De fait, le narcissisme semble représenter la meilleure manière d'endurer les tensions et anxiétés de la vie moderne.»
Avec l'érosion de la crédibilité des figures d'autorité, et en particulier la figure paternelle, avec l'envahissement de la sphère privée par les forces de domination organisées, le nouveau Narcisse - soumis aux pressions de la peur de vieillir et de mourir, de la fascination pour la célébrité, à l'obsession de sa propre représentation, soumis à la peur de la compétition, au déclin de l'esprit de jeu, à la détérioration des relations entre hommes et femmes, et à la banalité de la vie quotidienne - vit dans un état de désir inquiet et perpétuellement inassouvi ; il est assailli par l'anxiété et par un sentiment d'inauthenticité et de vide intérieur, et se refugie dans un détachement cynique pour être moins vulnérable à ces pressions qui l'assaillent.
«Vivre dans l'instant, et pour soi-même, devient la préoccupation dominante.»
Voici en quelques mots un début d'aperçu (très partiel) de cet essai extrêmement riche, toujours très pertinent et sainement dérangeant, qui dresse un portrait pessimiste de l'homme occidental contemporain ayant renoncé à transformer le monde, avec une critique en creux d'une gauche américaine qui se trompe de cible, et de mouvements radicaux n'ayant pas cessé de mener des batailles périmées, face à un capitalisme particulièrement agile pour récupérer et exploiter toute frustration et désir potentiel que recouvre un combat, y compris ceux des mouvements contestataires.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          242
Bouteyalamer
  21 septembre 2020
La préface de ce livre le place sous l'invocation de Marx et de Freud, références obligées d'un intellectuel de gauche des années 70, un rapprochement que certains percevront avec amusement. Il annonce que le monde américain vit une crise où « la société bourgeoise semble avoir épuisé sa réserve d'idées créatrices » ; que « la crise politique du capitalisme reflète une crise générale de la culture occidentale » ; que « celle-ci, dans sa décadence, a poussé la logique de l'individualisme jusqu'à l'extrême de la lutte de tous contre tous, et la poursuite du bonheur jusqu'à l'impasse d'une obsession narcissique de l'individu par lui-même ».
Admettons, avec le regard de 1979, la proximité d'une crise du capitalisme, et voyons dans cette crise la responsabilité du narcissisme. Les premiers chapitres évoquent l'Adam Américain, le Moi impérial, l'Âge thérapeutique, « l'homme psychologique de notre temps », le repli sur la sphère privée, etc. Mais le narcissisme ? On attend la définition annoncée p 65 : « Il importe d'être précis sur le plan théorique concernant le narcissisme, d'abord parce que l'idée peut être facilement manipulée à des fins moralisantes, mais aussi parce que le considérer comme synonyme de tout ce qui est égoïste et désagréable contredit l'évidence historique. Les hommes ont toujours été égoïstes, et les groupes toujours ethnocentriques ; on ne gagne rien à affubler ces traits d'un masque psychiatrique ». Mais non, pas de définition. On va lire des attaques contre le flou des autres usagers du narcissisme et décliner ses variants : narcissisme primaire, secondaire, tertiaire, narcissisme de l'enfant et du malade, narcissisme selon Freud et Durkheim, personnalité narcissique de notre temps. Rien de précis ne vient et pour simplifier, le narcissisme et sa culture sont remplacés par le Narcisse, au masculin singulier majuscule. Ce dernier trouve le succès partout : « Si Narcisse attire l'attention des psychiatres pour certaines raisons, ce sont ces mêmes raisons qui lui font atteindre des positions en vue, non seulement dans les mouvements “de prise de conscience” et dans les autres mouvements religieux ou parareligieux, mais aussi dans les grandes entreprises, les organisations politiques et la bureaucratie gouvernementale » (p 81).
Il y a beaucoup à lire, de bonnes pages et d'autres peu convaincantes, sur l'évolution capitaliste de la présentation des névroses, sur « publicité et propagande », la politique comme spectacle, le sport et l'industrie du divertissement, l'éducation comme marchandise, ou la révolution sexuelle : « Le célèbre rapport Master et Johnson sur la sexualité féminine ne fait qu'accroître cette angoisse : les femmes y sont présentées comme sexuellement insatiables, dotées d'une capacité orgasmique telle qu'elles paraissent littéralement infatigables » (p 306). En réalité, le livre de ces auteurs (La réponse sexuelle), précis et quantitatif, décrit l'absence de phase réfractaire chez la femme et non une sexualité insatiable. La déformation de Lasch rappelle le débat sur la jouissance rapporté — avec humour chez les anciens — dans la légende de Tirésias. Mêmes déformations sur le féminisme où se confirme que Narcisse, « rongé par ses propres appétits », est un homme. D'autres chapitres sont surprenants : le capitalisme comme paternalisme (p 343) : « La plupart des méfaits discutés dans ce livre ont pour origine une nouvelle forme de paternalisme, qui s'est développée sur les ruines de l'ancienne, celle des rois, des prêtres, des pères autoritaires, des esclavagistes, et des grands propriétaires terriens ». Voilà qui met la transition culturelle plutôt loin en arrière. Surprenante aussi sa conception de l'authenticité (ibidem) : le capitalisme « a donné naissance à une nouvelle culture, la culture narcissique de notre temps, qui interprète l'individualisme prédateur de l'Adam américain dans un jargon à résonances thérapeutiques ; celui-ci vante le solipsisme plutôt que l'individualisme, et justifie l'absorption en soi-même comme “une prise de conscience” révélant une véritable “authenticité”. Ou encore la peur de vieillir : “Pour les Américains, le 40e anniversaire symbolise le début de la fin”.
Lasch surprend par sa méthode plus que par sa thèse. On attend d'un historien contemporain ou d'un sociologue des faits, généralement datés et quantifiés. On ne trouve rien de précis dans ce livre. Les citations sont nombreuses mais concernent généralement les personnes (name dropping) sans référence à leurs écrits. On y trouve aussi des notes de bas de page et de fin de livre, et encore des italiques, des guillemets, puis des phrases en retrait et petits caractères dont on ne sait si elles sont la pensée de l'auteur ou des extraits de ses lectures. Mon édition (Champs Essais 2006) est suivie d'une postface apologétique de 20 pages, datée de 1991, où Lasch se défend d'avoir écrit une jérémiade et revient sur sa thèse sans apporter de nouvelle précision. de fait, pour que le narcissisme soit la cause unique de si nombreuses conséquences, il est préférable qu'il soit vaguement défini.
Bref, je suis déçu par cette lecture et ne la recommande pas. Mon erreur était de prendre Lasch pour un historien sociologue et son livre pour un argumentaire. C'est un chroniqueur prolixe, ce qu'on appelle en 2020 un influenceur. Un sujet voisin est traité avec brio en deux fois moins de pages par Charles Taylor, où “Le malaise de la modernité” remplace “La culture du narcissisme” avec trois thèmes dominants, l'individualisme, la technologie et la bureaucratie, suivis d'une éthique de la représentation de soi.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          90
amarauggg
  23 février 2021
Pour comprendre comment une société profondément malade affecte psychologiquement un individu, « La culture du Narcissisme » est un ouvrage essentiel. le caractère actuel de l'oeuvre est par ailleurs à peine croyable : écrit en 1979, il aurait pu être publié hier !
Ce livre met des mots sur la personnalité de l'individu narcissique moderne, en retraçant l'évolution pris par la société capitaliste de consommation contemporaine. Il permet de diagnostiquer les maux qui habitent chacun d'entre nous, et ce n'est pas une introspection des plus agréables. Je dresserai ici le portrait psychologique de l'individu narcissique laschien.
Narcisse est caractérisé par son repli dans la sphère privé et personnel : il ne voit le monde qu'en fonction de lui-même. Les synonymes du narcissisme au sens de Lasch sont égocentrisme et individualisme.
Ainsi, il est radicalement déraciné, et à un rapport au temps particulier. Alors qu'autrefois, les gens avaient conscience de leur héritage et de leur appartenance, et qu'ils prenaient à coeur leur devoir de transmission à la postérité, Narcisse est complètement détaché de l'Histoire, sa vie est une singularité temporelle et sa perception du temps est discontinu. Il ne se sent ni lié au passé, ni au futur. Il est profondément nihiliste, car il ne croit souvent en rien qui le transcende : ni une religion, ni une cause, ni une idée, ni une philosophie.
Par conséquent, il a une peur maladive de vieillir, et encore plus de mourir. Il entretient un culte de la jeunesse et du changement, et a horreur de la maturité et de la stabilité. le développement et la mobilité sont au centre de ses préoccupations, par peur de la stagnation.
Narcisse se place dans une optique de conservation et de protection personnelle absolue. Ainsi, il a beaucoup de mal à s'engager pleinement dans quoi que ce soit, notamment dans les relations amicales et amoureuses. Les relations interpersonnelles qu'il entretient servent uniquement ses intérêts, à savoir principalement la reconnaissance et l'admiration. Il craint la dépendance et la trahison. Cette protection de soi passe également par l'impossibilité du « lâcher-prise » qu'on peut trouver via l'art, la religion ou la sexualité.
Narcisse est individualiste, agit et pense en fonction de ses intérêts. Produit de la société de la consommation, il est insatiable et vit pour voir ses besoins immédiatement satisfaits. Il recherche la reconnaissance et l'admiration d'autrui, d'où une fascination pour la célébrité.
Narcisse observe une surveillance accrue et anxieuse de lui-même, joue un rôle superficiel en société, porte une attention maladive aux détails de son caractère (ce qui n'est, selon l'auteur, pas équivalent, à une auto-analyse calme de soi).
Face à une perte de sens dans son travail et dans sa vie quotidienne, Narcisse tente d'échapper à l'inauthenticité de sa vie par le détachement ironique, la désinvolture et la démythification, tout en ne changeant rien à leur condition. Cette distanciation rassure Narcisse et le conforte dans sa supériorité et sa sophistication intellectuel face à un environnement qui, dans les faits, le domine complètement.
Narcisse est avant tout profondément nihiliste : il ne croit plus en rien. Les progrès scientifiques ont permis progressivement d'expliquer l'inexplicable, et ont entrainé dans le même temps le déclin de la religion (« Dieu est mort », disait Nietzsche au XIXe siècle). Plus récemment, le sens de la patrie et de l'attachement à l'histoire a drastiquement chuté, et très peu d'occidentaux seraient aujourd'hui prêts à sacrifier leur vie au nom d'une nation plus grande qu'eux. La famille et les communautés se disloquent également : autrefois plusieurs générations cohabitaient dans une grande demeure, située dans un village où tous les habitants entretenaient des liens forts ; désormais, les générations les plus anciennes meurent à petit feu dans des maisons de retraite, les plus jeunes partent étudier ailleurs, et les parents divorcent de plus en plus. Narcisse, ne pouvant plus s'attacher à quelques croyances ou principes que ce soit, se replie sur sa propre personne, et cherche à tout prix à affirmer au monde entier qu'il existe, dernière certitude à laquelle il peut se raccrocher.
Lasch n'incrimine pas l'individu moderne : il condamne la société et le sens pris par l'Histoire. L'individu est déterminé par les conditions objectives et matérielles, et ne peut échapper aux évolutions socio-économico-culturelles lorsque sa personnalité se construit. Lasch ne donne pas véritablement de remède à ces maux contemporains, excepté à la fin du livre : « Les meilleures défenses contre les terreurs de l'existence sont les conforts simples de l'amour, du travail et de la vie familiale qui nous relient à un monde indépendant de nos désirs et répondant pourtant à nos besoins. » (p.388), mais ces remèdes sont justement ceux desquels Narcisse est privée par sa pathologie. La première étape de la guérison est certainement la compréhension et l'acceptation des symptômes.
J'exprimerai néanmoins quelques réserves sur les analyses psychanalytiques de l'auteur, que j'ai souvent mal digéré (l'enfant narcissique a peur de sa mère car elle aurait castré son père avec son « vagin plein de dents » …). Je tiens également à signaler que j'ai préféré la première partie de l'ouvrage à la seconde. Dans la seconde partie, Lasch rejette en bloc l'Etat providence et l'intrusion de l'Etat dans les moeurs, ce qui s'entend tout à fait, mais critique parallèlement l'incitation à la pratique sportive et au soin ; critiques qui, selon moi, sont infondées et n'aboutissent pas forcément à la dégradation de la famille dépeinte par l'auteur.
Cet ouvrage reste néanmoins un coup de coeur, pour avoir changé mon regard sur la société, sur les individus modernes, sur moi. L'auteur signe de merveilleuses pages sur le déracinement historique, la peur de vieillir, la société de consommation, le travail, le marquis de Sade et la société du désir.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
enzo92320
  28 janvier 2020
Une référence absolue pour la mise en contexte de l'individualisme dans la société contemporaine.
Lectures complémentaires :
La fatigue d'être soi : Dépression et société de Alain Ehrenberg
L'invention de soi. Une théorie de l'identité de Jean-Claude Kaufmann
Commenter  J’apprécie          10
fannyguayle
  26 février 2013
incontournable, inratable, indispensable!!
Lien : http://decitre.fr
Commenter  J’apprécie          10

Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
FawkrillFawkrill   13 janvier 2016
La critique de la “privatisation”, bien qu’elle continue à maintenir en éveil le besoin d’une existence plus communautaire, devient fallacieuse alors que diminue la possibilité d’une authentique vie privée. Il se peut qu’à l’instar de ses prédécesseurs, l’Américain contemporain se montre incapable d’établir aucune sorte de vie commune, mais les tendances à la concentration de la société industrielle moderne n’en ont pas moins sapé son isolement. Ayant livré ses compétences techniques aux grandes entreprises, il ne peut plus pourvoir lui-même à ses besoins matériels. La famille perd non seulement ses fonctions de productions, mais même certains aspects de sa fonction de reproduction ; hommes et femmes ne parviennent plus à élever leurs enfants sans l’aide d’experts certifiés. L’atrophie des anciennes traditions d’autonomie a érodé notre compétence à conduire les affaires de notre vie quotidienne dans un grand nombre de circonstances, et nous a rendus dépendants de l’Etat, de la grande entreprise et autres bureaucraties.
Le narcissisme représente la dimension psychologique de cette dépendance. Malgré ses illusions sporadiques d’omnipotence, Narcisse a besoin des autres pour s’estimer lui-même ; il ne peut vivre sans un public qui l’admire. Son émancipation apparente des liens familiaux et des contraintes institutionnelles ne lui apporte pas, pour autant, la liberté d’être autonome et de se complaire dans son individualité. Elle contribue, au contraire, à l’insécurité qu’il ne peut maîtriser qu’en voyant son « moi grandiose » reflété dans l’attention que lui porte autrui, ou en s’attachant à ceux qui irradient la célébrité, la puissance et le charisme. Pour Narcisse le monde est un miroir ; pour l’individualiste farouche d’antan, c’était un lieu sauvage et vide qu’il pouvait façonner par la volonté.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
DesmodromiqueDesmodromique   27 août 2014
Loin de considérer le passé comme un fardeau inutile, je vois en lui un trésor politique et psychique d'où nous tirons les richesses (pas nécessairement sous forme de "leçons") nécessaires pour faire face au futur. L'indifférence de notre culture envers ce qui nous a précédés - qui se mue facilement en refus ou hostilité militante - constitue la preuve la plus flagrante de la faillite de cette culture. L'attitude qui prévaut aujourd'hui, aussi enjouée et dynamique qu'elle paraisse, tire son origine d'un appauvrissement narcissique du psychisme, ainsi que d'une incapacité à distinguer nos désirs selon la satisfaction qu'ils nous donnent. Au lieu d'en juger par notre propre expérience, nous laissons les experts définir nos besoins à notre place ; après quoi nous nous étonnons que ceux-ci semblent incapables de jamais nous assouvir.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
stekasteka   03 décembre 2012
Dans la mesure où travailler ne représente guère plus qu'une agitation sans grande signification, (..), le salarié cherche à échapper au sentiment d'inauthenticité qui en résulte en créant une distanciation ironique par rapport à sa routine journalière. Il tente de transformer le rôle qu'il joue en une évaluation symbolique de la vie quotidienne, et se réfugie dans la plaisanterie, la moquerie, le cynisme.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          120
PhilippeKadicPhilippeKadic   02 janvier 2020
Si nous demandons à l'homme de la rue ce qu'il pense de ses perspectives d'avenir, sa réponse confirme l'impression que le monde moderne, en effet, regarde le futur sans espoir ; toutefois, nous apercevons, aussi, un autre aspect qui vient nuancer cette impression et donne à penser que la civilisation occidentale est peut-être encore capable d'engendrer les ressources morales susceptibles de transcender sa crise actuelle. La méfiance de la population à l'égard de ceux qui exercent le pouvoir a rendu la société de plus en plus difficile à gouverner — ainsi que s'en lamente constamment la classe dirigeante — sans comprendre qu'elle en est, en partie, responsable. Pourtant, cette même méfiance pourrait donner naissance à un comportement nouveau, une aptitude nouvelle à se gouverner soi-même, qui finiraient par abolir les conditions produisant, en premier lieu, le besoin d'une classe dirigeante. Ce qui apparaît comme apathie des électeurs aux yeux des adeptes des sciences politiques, peut constituer, en fait, un scepticisme justifié à l'égard d'un système politique dans lequel le mensonge public est devenu endémique et banal. La défiance que l'on constate à l'endroit des experts pourrait contribuer à diminuer la dépendance à leur égard, qui limite notre autonomie.

[…]

Ce que les élites politiques et dirigeantes qualifient « d'indifférence à la politique » pourrait bien signifier un refus grandissant des citoyens, de participer à un système politique qui les traite en consommateurs de spectacles préfabriqués. Ce comportement, en d'autres termes, pourrait indiquer non pas un retrait de la chose politique, mais bien plutôt le début d'une révolte politique générale.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
lrntvlrntv   26 juillet 2020
Le nouveau Narcisse est hanté, non par la culpabilité mais par l’anxiété. Il ne cherche pas à imposer ses propres certitudes aux autres , il cherche un sens à la vie. Libéré des superstitions du passé, il en arrive à douter de la réalité de sa propre existence. Superficiellement détendu et tolérant, il montre peu de goût pour les dogmes de pureté raciale ou ethnique , mais il se trouve également privé de la sécurité que donne la loyauté du groupe et se sent en compétition avec tout le monde pour l’obtention des faveurs que dispense l’État paternaliste. Sur le plan de la sexualité, il a une attitude ouverte plutôt que puritaine, bien que son émancipation des anciens tabous ne lui apporte pas la paix pour autant dans ce domaine. Il se montre ardemment compétitif quand il réclame approbation et acclamation, mais il se défie de la compétition car il l’associe inconsciemment à une impulsion irrépressible de destruction. Il répudie donc les idéologies fondées sur la rivalité, en honneur à un stade antérieur du capitaliste, et s’en méfie même lorsqu’elles se manifestent de façon limitée dans les sports et les jeux. Il prône la coopération et le travail en équipe tout en nourrissant des impulsions profondément antisociales. Il exalte le respect des règlements, secrètement convaincu qu’ils ne s’appliquent pas à lui. Avide, dans la mesure où ses appétits sont sans limites, il n’accumule pas les biens et la richesse à la manière de l’individu âpre au gain de l’économie politique du XIXe siècle, mais il exige une gratification immédiate, et vit dans un état de désir inquiet et perpétuellement inassouvi.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20

Video de Christopher Lasch (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Christopher Lasch
Christopher Lasch et le Progrès, 1991. En anglais.
Dans la catégorie : Pratiques culturellesVoir plus
>Sciences sociales : généralités>Culture et normes de comportement>Pratiques culturelles (225)
autres livres classés : états-unisVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Freud et les autres...

Combien y a-t-il de leçons sur la psychanalyse selon Freud ?

3
4
5
6

10 questions
352 lecteurs ont répondu
Thèmes : psychologie , psychanalyse , sciences humainesCréer un quiz sur ce livre