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ISBN : 2072782902
Éditeur : Gallimard (17/01/2019)

Note moyenne : 3.48/5 (sur 192 notes)
Résumé :
Elle est célèbre dans le monde entier mais combien connaissent son nom ? On peut admirer sa silhouette à Paris, New York ou Copenhague, mais où est sa tombe ? On ne sait que son âge, quatorze ans, et le travail qu’elle faisait, car c’était déjà un travail, à cet âge où nos enfants vont à l’école. Dans les années 1880, elle dansait comme petit rat à l’Opéra de Paris ; mais comme elle était pauvre et que son labeur ne suffisait pas à la nourrir, elle ni sa famille, el... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (101) Voir plus Ajouter une critique
Piatka
  28 novembre 2017
Elle est insolite cette petite danseuse, affichant un calme détaché, une nonchalance étudiée, les mains jointes dans son dos. Sculpture habillée de vrai tulle, je me souviens de notre première rencontre, au Jeu de Paume qui abritait alors les impressionnistes. Elle et Olympia m'avaient ce jour de sortie scolaire subjuguée par leur présence évidente, naturelle.
Alors depuis la rentrée (littéraire), je tourne je vire j'hésite autour de ce bouquin. Est-il bien nécessaire de décrypter encore une trajectoire d'artiste, Edgar Degas, l'origine d'une oeuvre d'art aussi célèbre soit-elle, la sculpture de la Petite Danseuse de quatorze ans, achevée en 1881 ?
Si vous lisez ce billet, c'est bien sûr que j'ai craqué. Il faut dire qu'une exposition « Degas Danse Dessin » commence aujourd'hui au musée d'Orsay (un des mes préférés), que la danse m'a toujours passionnée, et surtout, après Celle que vous croyez, son dernier roman très apprécié, j'avais envie de lire Camille Laurens dans un autre registre.
Résultat : un texte court et passionnant, fruit d'une véritable enquête de plus de deux ans extrêmement bien documentée. Camille Laurens est partie sur les traces ténues de Marie van Goethem, petit rat inconnu à l'Opéra de Paris, qui fût le modèle pour cette sculpture, tout en s'efforçant, elle le précise en fin d'ouvrage, « de ne pas séparer le modèle de l'artiste, d'attraper si possible un peu de leur lien, d'où est né l'une des grandes oeuvres modernes. »
L'intérêt de ce récit est double. Il est à la fois très érudit ET néanmoins personnel, sans doute parce que au-delà de l'étude sociologique du milieu de la danse au XIXe siècle, du destin couramment tragique des danseuses le plus souvent réduites à se prostituer pour survivre, l'auteur éprouve une affection particulière pour Marie, pour sa pénible vie minuscule. « Chaque détail prend une place démesurée dans l'esprit, tout fait signe comme dans une histoire d'amour, tout est matière à interprétation, à obsession. »
C'est aussi ce qui fait que ce récit est original, prenant, comme le fut cette sculpture en son temps, dérangeante et résolument moderne.
Je sais que la petite danseuse m'attend à Orsay. Je sais aussi que je ne la regarderai plus de la même façon grâce à vous Madame Laurens. C'est bien cela, le pouvoir de l'art, déranger, faire réfléchir, emmener plus loin, émouvoir.
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fanfanouche24
  14 septembre 2017
Quelle rentrée... pleine de pépites et de promesses... dont cet ouvrage de Camille Laurens, où j'ai eu d'emblée un coup de coeur pour le sujet !
Je méconnais cette auteure , j'ai lu il y a fort longtemps "Dans ces bras-là", avais assisté à une rencontre avec l'écrivaine à cette parution, mais je n' en ai guère de souvenirs; en revanche, j'ai lu plus tard un texte qui m'avait passionnée, il s'agit du "Grain des mots",
une réflexion vivante, jubilatoire, poétique sur les mots et la langue....
Dans ce dernier texte captivant , le sujet interpelle vivement le lecteur !
En plus des informations sur l'histoire de l'art, et plus spécifiquement sur une sculpture de Edgar Degas, "La petite danseuse"... Il est à la fois question des codes, des normes esthétiques de l'époque, mais aussi de tout le contexte social , dont les conditions de vie terrible pour les enfants pauvres qui doivent travailler, ou plus exactement "trimer" ... Nous prenons connaissance des coulisses des modèles qui posent sur les artistes, dont cette adolescente, marie van Goethem, petit rat à l'Opéra de Paris, existence quotidienne qui se situe bien loin des paillettes !!
"Marie van Goethem n'est qu'une jeune ouvrière de la danse et une petite fille seule, solitaire. Personne ne se soucie de son sort. Degas la modèle dans sa simplicité, dans son dénuement. La sculpture permet de figurer le vide autour d'elle : pas de décor, pas de compagnie. (...) Degas désire abattre le stéréotype, asséner une vérité que la société ignore- veut ignorer. La danse n'est pas un conte de fées, c'est un métier pénible. Cendrillons sans
marraine, les petits rats ne deviennent pas des princesses, et leurs cochers sans carrosse restent des souris grises comme le coutil de leurs chaussons." (p. 47)

Très bel ouvrage... qui ne me fera plus jamais regarder une sculpture de la même manière. J'aimais cette sculpture de Degas... mais après la lecture du texte incroyable de Camille Laurens, je me rends compte que mon regard manquait d'attention et de véritable profondeur...Je regardais, admirais sans vraiment voir ni comprendre la densité de cette oeuvre !
Comme son auteure... j'ai du mal à quitter ce livre et cette jeune danseuse si vaillante...

En plus des côtés artistique et sociologique, c'est aussi l'occasion pour l'écrivaine d'évoquer des souvenirs plus intimes, sa grand-mère [ qui aurait pu rencontrer
cette petite danseuse], issue aussi des classes pauvres, pour qui elle éprouvait beaucoup de tendresse, comme ses souvenirs d'enfance, ses propres leçons de danse avec sa soeur, prises avec un horrible professeur, plutôt "tortionnaire" qu'enseignant bienveillant !!

J'ai du mal à terminer ce livre, car j'ai du mal à quitter Marie. Je ne pensais pas formuler jamais une telle phrase. "Je suis triste de quitter mon personnage. Il m'obsède. Je continue
de penser à lui, à elle..." D'habitude, les auteurs qui prétendent cela m'exaspèrent, je les trouve
conventionnels, hypocrites, ridicules. Pourtant, c'est ce que j'éprouve aujourd'hui avec la petite danseuse, avec -ma- petite danseuse, ai-je failli écrire.
c'est peut-être parce qu'elle a un corps; fût-il en cire ou en bronze sous mes yeux, ce corps a existé, il a traversé des rues de Paris où je peux suivre sa trace aujourd'hui (p. 149)"
Une lecture très riche, multiple... que je trouve pleine d'émotion et d'informations sur une période de l'histoire de l'art et sur ce peintre-sculpteur, au caractère complexe, intransigeant, que Camille Laurens a appris , à défaut d'aimer sans réserve, du moins à le comprendre mieux dans ses exigences et dans son art !
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Jmlyr
  13 décembre 2017

Je viens de découvrir les coulisses pas lisses du tout de l'Opéra, et les rats ne sont pas toujours ceux que l'on pense.
Ah les petits tutus qui ont fait fantasmer bien des messieurs, la bonne société se tait, et dans l'arrière-salle il se passe des choses bien sales. Enfin, à l'époque de Degas, et de sa « petite danseuse ». Ce monde ne m'a jamais fait rêver petite, alors je ne m'y suis jamais intéressée plus que ça, mais les pastels de l'artiste, si, et depuis fort longtemps.
Camille Laurens a écrit là un essai des plus justes et complets possible sur cette muse qui n'amuse pas du tout tant sa vie a semblé sordide, et sa mort anonyme. Elle s'est documentée jusqu'à l'obsession pendant plus de deux ans pour lui rendre hommage, et tenter de percer son mystère… fallait-il le taire ? Enfants misérables, exploitées pour des dessous de ballets de l'Opéra, puis d'un coup de balai, allez ouste, dehors les rats, répandre la syphilis ailleurs.
Elles prenaient la pose pour trois sous de plus et l'honneur en moins.
La statue de Marie Geneviève van Goethem aux USA, et ses copies de bronze sont de bien tristes compensations... mais l'Art est à ce prix. Quant à Degas, on ne sait pas trop ce qu'il a fait avec sa poupée au juste.... 14 ans à peine qui en paraissait 12.
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Ziliz
  13 mars 2019
La première fois que j'ai entendu parler de 'la Petite danseuse de quatorze ans' d'Edgar Degas, c'était fin janvier, grâce à Artips, ma dose d'art tri-hebdo. Comme souvent, l'article m'a donné envie d'en savoir davantage sur l'oeuvre, l'artiste et son modèle, Marie Geneviève Van Goethem.
Dans cet ouvrage passionnant, Camille Laurens évoque la famille de la jeune fille, les conditions des petits rats de l'Opéra d'alors - également appelées 'marcheuses', ce qui en dit long sur leur boulot d'appoint ou leur reconversion si elles n'ont pas le talent nécessaire pour devenir danseuses. Issues de familles pauvres, elles répètent une dizaine d'heures par jour. Et c'est d'autant plus difficile qu'elles sont affaiblies par le manque d'hygiène (nourriture, soins...). Leurs mères sont de véritables maquerelles puisqu'elles espèrent, en les inscrivant à l'Opéra, que des hommes leur proposent des 'extras', voire qu'un riche devienne leur 'protecteur', et leur assure une rente à vie. Cela dit, si elles sont proxénètes, elles ne sont pas au service de pédophiles, juridiquement parlant, malgré la jeunesse de leurs filles : « La majorité sexuelle a été fixée à treize ans par la loi de 1863 - elle l'était auparavant à onze. » Affreux !
L'auteur s'interroge aussi, bien sûr, sur Edgar Degas - l'artiste, mais aussi l'homme « seul, intransigeant, sarcastique, tendre rarement », sur les relations qu'il a pu entretenir avec Marie Geneviève et ses autres jeunes modèles (chastes, apparemment, mais froides et distantes). Elle se demande ce qui l'a conduit à façonner cette sculpture, de cette façon-là, qui a tant choqué à l'époque. Pour cela, Camille Laurens situe le contexte socio-historique, artistique (réalisme en littérature), scientifique (anthropologie criminelle, thèses sur la supériorité de certaines 'races'). On découvre le 'beau monde' élitiste, misogyne et friand de chair fraîche de la fin du XIXe siècle…
Cet ouvrage documenté et riche se lit comme un roman, d'autant qu'on y sent la passion et la fascination de l'auteur pour ses sujets.
Accessible sans pré-requis, pour tous les curieux.
▪️ Merci à Babelio, Gallimard et Folio.
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Lolokili
  28 décembre 2017
Je m'attendais à un roman. Nenni, c'est un peu plus compliqué. Cette récente publication de Camille Laurens tiendrait plutôt de l'essai, de l'enquête, et accessoirement de l'autofiction.
Une enquête avant tout, axe essentiel du cheminement de ces pages. Une réhabilitation aussi, comme un hommage envers celle qui servit de modèle à Edgar Degas, Marie, dont l'existence minuscule et laborieuse affleure sous cette sculpture hyperréaliste du maître, la célèbre « Petite Danseuse de quatorze ans ».

J'attendais donc le roman de Marie, petit rat de l'Opéra de Paris, mais au fur et à mesure de ses recherches Camille Laurens a pris le parti de ne pas romancer à outrance le destin de cette enfant dont elle a fébrilement suivi la trace, jusqu'au vertige de bouleversantes convergences avec sa propre histoire. Et finalement c'est Camille qui s'adresse à Marie, en un tête-à-tête particulier et infiniment touchant.

La fillette pourtant conserve encore des bribes de mystère, mais au fil de cette rencontre qui insensiblement monte en puissance, l'on découvre aussi l'énigmatique Degas et les moeurs de son époque dans une passionnante évocation de notre capitale en ce début de vingtième siècle.
Inévitablement l'on contemplera la Petite Danseuse d'un oeil différent désormais. D'ailleurs aussitôt dit aussitôt fait, je vous laisse, je file au musée d'Orsay.

Lien : http://minimalyks.tumblr.com/
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critiques presse (2)
LePoint   27 novembre 2017
Dans un texte, aussi court que passionnant, Camille Laurens part avec empathie sur les traces de Marie van Goethem, qui fut le modèle de Degas.
Lire la critique sur le site : LePoint
LeMonde   04 septembre 2017
L’écrivaine – de soi, de romans, d’essais – tient à aller, de livre en livre, à l’essentiel. Ainsi de son nouveau récit, où elle explore l’émotion que suscite en elle une fameuse sculpture d’Edgar Degas.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (114) Voir plus Ajouter une citation
JmlyrJmlyr   10 décembre 2017
Ça lui aurait fait une belle jambe, c’est le cas de le dire, de savoir qu’un siècle après sa mort on tournerait encore autour d’elle dans les hautes salles des musées comme ces messieurs au foyer de l’Opéra, qu’on la considèrerait de haut en bas et de bas en haut comme ses clients dans les bouges où elle vendait son corps sur ordre de sa mère — son corps frêle devenu bronze.

Page12
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ZilizZiliz   14 mars 2019
[…] première danseuse afro-américaine de l'histoire à avoir été nommée danseuse étoile (c'était à l'American Ballet Theatre of New York en juin 2015, après un parcours semé d'embûches), Misty Copeland a tenu à reprendre sur les planches les principales postures des tableaux de Degas. Il est encore plus frappant de la voir, en trois dimensions, imiter parfaitement la pose de 'La petite Danseuse de quatorze ans', dont elle a la morphologie. Comme Marie Van Goethem, Misty Copeland vient d'une famille nombreuse pauvre. Elevée par sa mère, elle a vécu d'aides sociales avant d'intégrer l'école de danse et de tracer son destin malgré l'opposition virulente de certains responsables considérant la couleur de sa peau comme incompatible avec une grande carrière de ballerine. Dans la pose du jeune modèle de Degas, elle fait plus que simplement rappeler l'œuvre. Elle évoque aussi le malheur des esclaves noirs dont des mannequins en cire représentaient l'effigie lors des expositions coloniales ; sa démarche prend une portée universelle pour dénoncer, à travers la Petite Danseuse et sa propre histoire, tous les obstacles qu'il faut franchir pour refuser l'exclusion, et qu'on ne franchit pas toujours.
(p. 119-120)
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fanfanouche24fanfanouche24   14 septembre 2017
J'ai du mal à terminer ce livre, car j'ai du mal à quitter Marie. Je ne pensais pas formuler jamais une telle phrase. "Je suis triste de quitter mon personnage. Il m'obsède. Je continue de penser à lui, à elle..." D'habitude, les auteurs qui prétendent cela m'exaspèrent, je les trouve conventionnels, hypocrites, ridicules. Pourtant, c'est ce que j'éprouve aujourd'hui avec la petite danseuse, avec -ma- petite danseuse, ai-je failli écrire. c'est peut-être parce qu'elle a un corps; fût-il en cire ou en bronze sous mes yeux, ce corps a existé, il a traversé des rues de Paris où je peux suivre sa trace aujourd'hui (p. 149)
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JmlyrJmlyr   12 décembre 2017
Le célèbre baron Haussmann par exemple, défraie la chronique par la liaison scandaleuse qu’il entretient avec une jeune ballerine. Dans cette époque vénale et jouisseuse, il est de bon ton d’« avoir sa danseuse ». Des fils de famille se ruinent pour elle, se suicident, sont ravagés par la syphilis.

Page44
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fanfanouche24fanfanouche24   04 septembre 2017
Marie Van Goethem n'est qu'une jeune ouvrière de la danse et une petite fille seule, solitaire. Personne ne se soucie de son sort. Degas la modèle dans sa simplicité, dans son dénuement. La sculpture permet de figurer le vide autour d'elle : pas de décor, pas de compagnie. (...) Degas désire abattre le stéréotype, asséner une vérité que la société ignore-veut ignorer. La danse n'est pas un conte de fées, c'est un métier pénible. Cendrillons sans marraine, les petits rats ne deviennent pas des princesses, et leurs cochers sans carrosse restent des souris grises comme le coutil de leurs chaussons. (p. 47)
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