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ISBN : 2364130565
Éditeur : Vents d'ailleurs (19/05/2015)

Note moyenne : 4.75/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Que deviennent nos quêtes d’adolescent ? A 45 ans, Antoine n’a jamais oublié la sienne : l’inconnue croisée par hasard, qui soutiendrait son regard 10 secondes, serait la femme de sa vie. Et si ce rêve jamais abouti ne l’a pas empêché de vivre sa vie d’homme, il décide pourtant un jour, d’y croire à nouveau. Poète extravagant, ou guetteur d’absolu, Antoine va rencontrer dans la station de métro « Filles du Calvaire » une inconnue qui, depuis le quai d’en face, sout... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
PhilippeSAINTMARTIN
  04 novembre 2016
Héliodore d'Émèse, l'abbé Prévost et Goethe le savaient, Balzac, Mme de Lafayette et Marivaux le savaient, Stendhal, Austen, Zweig… Et Flaubert aussi : " dans l'éblouissement que lui envoyèrent ses yeux." Comme un pari libératoire sur un destin agrippé par les serres du quotidien, le regard échangé est la moelle du genre romanesque : quelques secondes de regards entrecroisés contre une vie entière qui rêve de basculer.
Laurent LD Bonnet relève lui aussi ce défi littéraire avec son roman 10 SECONDES : dix secondes seulement, au moins dix secondes pour triompher de la frontière et tutoyer le trio sentimental foudroyant de Jean Rousset : I'effet, I'échange, le franchissement.
Dans ce roman, Laurent LD Bonnet aborde le chavirage amoureux volontaire avec la passion qu'on lui connaît : si tu veux l'horizon, éloigne-toi des accalmies de tes rives et accepte le jeu du large pour y être sculpté. Ce n'est ni l'architecte naval, ni le charpentier de marine, ni le navigateur qui façonnent l'âme d'un navire : c'est la traversée. Antoine, son héros, est ce navire.
Tel un poétique Ludovic Janvier ("Toi qui cherches des yeux les yeux des femmes…"), Antoine, protagoniste à la fois romantique et provoquant, est un chercheur de regards féminins depuis l'adolescence : le jeune Antoine rêve de dix secondes, au moins dix secondes de regards échangés et soutenus avec une inconnue pour enfin aborder le sublime. Quête amoureuse effrénée, arithmétique, passant du jeu à la dérive : impudence romantique puis impudeur passionnée, les années passent sans qu'aucun regard ne relève le défi sentimental d'Antoine, seulement un ou presque, un regard en manteau rouge, cette croisade amoureuse inaboutie restant suspendue aux entrailles de son âme.
Son existence fait semblant d'avancer : mariage, enfant, divorce, alors qu'elle n'est qu'un ressac de marée ; les vagues toujours reviennent, là où sur du sable Antoine aura bâti. C'est à 45 ans qu'il fait soudain chavirer sa vie, renouant avec sa quête insensée d'adolescent : Antoine franchit l'obstacle des quais du métro comme on se lance à la recherche d'une nouvelle route des Indes. Car face à lui, enfin, vent debout, la regardée regardeuse est là, deux yeux comme on crie ces deux mots : terre, terre ! Et voici son Amérique, Léa : dix secondes d'Amérique.
Se regarder, se parler, s'ouvrir puis échapper, disparaître, chercher, aimer, renoncer : son Amérique devient une mythique Iracéma, puis une quête d'Eldorado intérieur aux énigmatiques accents guématriques.
D'une théorie du regard qu'il met à l'épreuve du feu jusqu'à l'immolation, Antoine bifurque vers l'obsession initiatique, tenu autant par ses renoncements que par ses espérances et ses convictions. Sa quête d'une Léa disparue prend des airs de théâtre grec, où acteurs et spectateurs, tous regardeurs et regardés, seraient eux-mêmes la tragédie. Où sont la vérité, l'absolu et la liberté dans l'amour et ses apparences : dans l'instant instinctif du regard, dans des dérives sentimentales qui se prétendent sans entraves ? Ou dans la littérature d'un carnet à la couverture noire, écrit puis relu par Antoine, où nous-mêmes, complices de la lecture du héros, devenons regardeurs de protagonistes eux-mêmes regardeurs et regardés ? Entre humour et douce amertume, Laurent LD Bonnet cambriole à pas feutrés une allégorie de caverne platonicienne sentimentale, quasi cabalistique, ne dévoilant qu'à l'ultime page qui est l'illusionniste projetant les ombres sur les parois et qui est l'illusionné.
Laurent LD Bonnet est un écrivain voyou : pister ce rusé renard littéraire mène vers des territoires inattendus. Dans ce livre, sa belle écriture de conteur, telle une subtile miniature persane, recèle une histoire au parfum de ghazal qui interrogerait enfin : si aimer n'est pas rencontrer, alors aimer est-ce reconnaître ? Tel un Hafez dans son divan, cette quête du regard fait naître et grandir l'amour, justifiant le poète : l'absolu de l'être aimé est dans l'absence que promet déjà son apparition.
Esthétique de profusion autant qu'ouverture au monde pour accueillir le vide et ses questions, 10 SECONDES est semblable aux dômes d'Esfahan : un espace intermédiaire entre réalité et imaginaire, avec ses allées de jardin ésotérique, architecturé en univers des possibles.
Enfin, lire Laurent LD Bonnet c'est accepter cette belle déferlante : dans notre Robinson intérieur recroquevillé sur ses rivages patiente un Vendredi en marche.
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pintorbook
  11 juin 2015
Dix Secondes
Laurent Bonnet
Vents d'Ailleurs
18 euros

Après Salone, qui a obtenu le Prix Senghor 2013 du premier roman et le Grand Prix du salon du livre de la Rochelle 2012, Laurent Bonnet revient, avec le même éditeur, sur les présentoirs des librairies dans un tout autre registre. On peut constater que Vents d'Ailleurs a confiance en leur poulain car le roman Dix Secondes a peu de chose à voir avec la ligne éditrice de la maison. Après la grande épopée lyrique à plusieurs voix, ce nouveau roman est une oeuvre intimiste centrée sur un seul personnage. On retrouvera bien les phrases ciselées, le choix têtu de mots déroutants et même quelques néologismes, mais nous découvrons un autre auteur dans ce court texte de 120 pages. Il vous faudra un peu plus de 10 secondes pour le lire, mais guère plus, même si la fin vous obligera probablement à reprendre les premières pages. Antoine est un presque quinquagénaire qui a gardé un regard adolescent à la François Truffaut et le prénom n'est probablement pas une coïncidence. Comme tous les adolescents des années post-68, il a été un garçon timide, tiraillé entre le respect des traditions et l'explosion de libertés sociales qui caractérise la période. Comme tous les garçons de son âge, l'approche des filles ou des femmes est un processus difficile à enclencher et il se refuse à profiter des booms et des slows dans les lumières tamisées pour avancer ses pions. Nous le retrouvons bien plus tard en adolescent éternellement attardé. Bien qu'il ait (et les notations sont brèves) avancé dans la vie, s'est marié, a eu un enfant, a divorcé, a un métier rémunérateur, Antoine voit les années passer mais reste convaincu de la martingale concoctée quand il avait 17 ans. Personne ou presque ne peut supporter un regard plus de 10 secondes et celle qui le fera sera l'amour passionnel et éternel. Sur le quai de la station de métro de Filles du Calvaire (et est-ce encore une coïncidence que cette station soit celle du Lycée François Truffaut?), il rencontre enfin celle qui ose soutenir son regard autant de secondes. C'est un fait que, dans notre civilisation, soutenir le regard d'un étranger plus de quelques secondes est un acte de bravoure ou d'inconscience, et, pour une femme, une provocation. Il en serait différemment si la scène se passait, par exemple, sur les trottoirs de Buenos Aires. Avec l'aide de Jacques, le serveur du bistrot qu'il fréquente à proximité, il concocte un message sibyllin pour la retrouver, et, fidèle à une mode surannée, le passe dans les petites annonces de Libé. S'ensuit un cours de numérologie où les dates de rencontre s'échelonnent sans succès. Cette connivence du regard doit mener Antoine au succès mais les aléas sont trop grands et il trouvera de l'aide en chemin.
Dix Secondes est une nostalgie du temps qui passe. Calculé en secondes, ce temps semble infini et pourtant l'adolescence, ses rêves, ses utopies, son sentiment d'être unique, incompris laisse place à la réalité qui est souvent banale et triviale. C'est ce contre quoi, Antoine s'insurge à sa manière. Sous les pavés, existe toujours la plage? Dix Secondes est une tentative de suspendre le temps, de retrouver ces jeux, parfois absurdes, que l'on s'est inventé quand, comme Rimbaud, nous pensions être voleur de feu. Mais on n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans et Rimbaud, grand voyageur comme Laurent Bonnet après ses frasques de poète, ne pourrait pas contredire que les espoirs d'Antoine risquent d'être déçus.
L'attitude du héros envers son défi reste ambiguë tout au long du livre. Il continue de vivre sa vie sans se focaliser sur cet exercice d'attraction. Il croit que c'est possible et il le pense improbable, il multiplie les obstacles mais il cherche à le rendre possible en faisant intervenir des comparses. Il pourrait, sans trop de difficultés, trouver d'autres méthodes pour retrouver Léa mais il préfère jouer sur une combinaison de numéros. Et l'auteur sait se moquer de son personnage: le pastiche du sketch d'Yves Montand et Simone Signoret, l'interaction avec l'étrange Roland de Louviny (Houdini?), les fréquentes remarques qu'il s'adresse in petto dénotent un scepticisme de bon aloi.
"Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà, De ta jeunesse?", Laurent Bonnet nous livre ici sa réponse, mi-candide et mi-amère.
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ledefricheur
  21 mai 2015
Pascal Thuot : Libraire à Vincennes : On est parfois si sérieux quand on a dix-huit ans. Pourquoi choisir de faire tenir sa future vie amoureuse dans un regard échangé de dix secondes, ni plus ni moins ? C'est le pari fou d'Antoine, un jeune homme diablement romantique, qui n'aura de cesse, sa vie durant, de poursuivre sa chimère aux yeux doux. Jusqu'au jour où Léa soutient son regard sur le quai du métro Filles du calvaires... Avec ce deuxième roman, Laurent LD Bonnet, Prix Senghor 2013 pour "Salone", confie la tendresse de sa plume à la poésie des chiffres et à la rondeur des mots. "Dix secondes" exalte le sentiment amoureux sous la forme originale d'une énigmatique carte du tendre.
Nathalie Couderc Libraire à Caussade : Je ne savais pas ce que j'allais lire et la première réflexion qui m'est venue en lisant c'est : quelle écriture ! Ca fait du bien de lire un texte avec une écriture subtile, sensible et surtout d'une justesse incroyable par moment. Et quel final ! Je ne m'y attendais pas et j'avais vraiment envie de savoir si Antoine allait retrouver Léa ! le territoire de la séduction est assez vaste. C'est ici concentré sur quelque chose de terrible, de sensible : le regard. C'est vrai qu'il se passe toujours 10 000 choses dans le regard. D'ailleurs la théorie du regard évoqué dans les pages 55 et 57 , c'est tellement çà...Finalement le point de vue des hommes et des femmes se rejoignent énormément, la seule chose qui diffère (et encore) ce sont les mots que nous y mettons pour l'exprimer. Dans l'écriture de Laurent Bonnet , rien n'est laissé au hasard, les tournures, les virgules, les respirations, la sémantique. C'est assez rare ces derniers temps chez les auteurs masculins. L'écriture aérienne ressemble à une écriture féminine ! Et cette fin magnifique, que le lecteur n'attend pas, presque philosophique et qui fait réfléchir et relativiser. Bravo et surtout merci pour ce très bon moment de lecture, cette respiration.
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lesdefricheurs
  01 juillet 2015
Nathalie Libraire à Caussade : Dans l'écriture de Laurent Bonnet , rien n'est laissé au hasard, les tournures, les virgules, les respirations, la sémantique, et cette fin magnifique, presque philosophique qui fait réfléchir et relativiser.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
lesdefricheurslesdefricheurs   01 juillet 2015
La saveur âcre de l'expresso glissa sous sa langue et le rassura. Il leva la tête, considérant la confusion qui l’entourait : des bouteilles rangées sans logique évidente, des marques de vins inconnus, les petits drapeaux du stade toulousain, une affiche écornée vantant un beaujolais passé, une autre qui l'amusait : Faut garder la pression... Et le ton vieille ambiance suggérée par les lustres art-déco, tout ce désordre, mais juste ce qu'il fallait, pour lui donner soudain l’envie de rester ici un bout de jour, à siroter des cafés, lire le journal jusqu'au dernier article, jusqu'à la dernière annonce, fumer sur le trottoir en bavardant avec Moammar aux pieds gelés, lui acheter un magazine, et se plonger dans une enquête du genre « comment trouver la femme de sa vie », remplir quelques grilles de sudoku en dégustant un steak-frites, discuter avec un voisin de tablée de la parano grippale, noyer le bouquet d'un camembert dans une gorgée de la cuvée maison, parler franchouillard avec Jacques après le service et s’assoupir dans cette caverne pour enfin ne plus penser à rien. « Mince alors, je ferais bien ça ! » Et il partit retrouver sa place habituelle dans l’angle de la véranda. Des rais de pluie fine se précipitaient sur la verrière. Devant lui, derrière la vitre, il observa le vendeur de jeans dérouler son auvent pour couvrir ses porte-cintres. « Allez Antoine tente le coup, tu verras bien. Qu’as-tu à perdre ? Tu t’es fait rembarrer ? Pas vraiment. Non pas vraiment . Tu as été lourd, très lourd. Mais tu vois bien que Léa... Enfin tu le sais bien. C'est elle, forcément. » La vieille femme de la station émergeait en haut de l’escalier, s'accrochant à la rampe, crapahutant en traînant son cabas en cuir fauve, veiné de nombreuses cassures. « Elle a dû se faire virer. » Il la suivit des yeux. Elle marquait une pause, soufflait un peu en posant son sac en équilibre sur un vélo cadenassé à la grille, et semblant se perdre un instant dans la contemplation d’une publicité SNCF apposée au verso du plan des lignes : Prenez le train, le ciel vous le rendra... Puis elle repartit en secouant la tête, clopina vers l’arrêt de bus et disparut.Dans l'écriture de Laurent Bonnet , rien n'est laissé au hasard, les tournures, les virgules, les respirations, la sémantique, et cette fin magnifique, presque philosophique qui fait réfléchir et relativiser.
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ledefricheurledefricheur   21 mai 2015
Extrait : Elle leva la main, index tendu.
— Vous êtes obligé d’être aussi rationnel ?
— Attendez ! S’il vous plaît ! Ce n’est déjà pas facile.
— Pardon. Continuez.
Elle sourit en se frottant le nez du bout des doigts. Antoine aima ce geste.
— Je disais donc, au cours de circonstances totalement hasardeuses, il arrive que les regards d’un homme et d’une femme se croisent. Parfois ce n’est rien. L’envie d’effleurer, comme ça, pour jouer. Et parfois ils s’accrochent et c’est le désir de rester, d’explorer. Moi je pense que c’est plus que ça. Beaucoup plus. Toujours on lâche, on n’ose pas, on se retient, on passe, après on se bouffe la vie avec une nostalgie médiocre. En fait on est mort de trouille. Mais il faut aller voir plus loin. Jusqu’où ? Mystère.
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