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ISBN : 2365694020
Éditeur : Editions Les Escales (09/01/2020)

Note moyenne : 4.4/5 (sur 25 notes)
Résumé :
Après le succès de Et soudain, la liberté, coécrit avec Evelyne Pisier, voici le nouveau roman de Caroline Laurent. Au coeur de l'océan Indien, ce roman met à jour un drame historique méconnu. Et nous offre aussi la peinture d'un amour impossible.



Certains rendez-vous contiennent le combat d'une vie.
Septembre 2018. Pour Joséphin, l’heure de la justice a sonné. Dans ses yeux, le visage de sa mère...
Mars 1967. Marie-Pier... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
palamede
  22 décembre 2019
En 1967, les Mauriciens sont appelés aux urnes pour décider de leur indépendance après 157 ans de présence coloniale britannique. Mais si l'archipel des Chagos dépend de Maurice, il ne va pas bénéficier du même sort. L'indépendance de Maurice étant conditionnée au « détachement » de l'archipel des Chagos, les Chagos vont rester aux mains des Anglais. Dont Diego Garcia, que les Anglais ont loué aux Américains pour cinquante ans reconductibles. le but étant d'en faire une base militaire, qui plus est, vierge de tout habitants autochtones.
Le jour où Les îlois de Diego Garcia l'apprennent, ils ont une heure pour faire leurs bagages. Rassembler le peu de choses qu'ils peuvent porter (leurs chiens seront gazés avant même qu'ils aient quitté leur île). Parmi eux, Marie, une basse-classe, une fille-mère chagossienne tombée amoureuse de Gabriel, un créole mauricien bon teint qui travaille pour le gouverneur. Marie et sa famille qui, malgré cet amour, comme beaucoup de Chagossiens, vont se retrouver après une traversée éprouvante exilés à Maurice, livrés à eux-mêmes, sans espoir de retour.
Partant d'une histoire d'amour impossible, Caroline Laurent nous plonge dans le drame historique des Chagossiens — vendus aux Anglais par le gouvernement mauricien. Un drame qui dure encore. En 2000, la Haute Cour de Londres a reconnu le dépeuplement des Chagos « illégal », accordant (en théorie du moins) aux Chagossiens le droit de retrouver leurs îles sauf Diego Garcia. Droit auquel, en 2004, deux décrets de la Reine Elisabeth ont mis un terme. Par la suite des procès ont eu lieu qui leur ont donné raison, mais comme les îlois n'ont pas encore retrouvé leurs terres, ils continuent à se battre. Nul doute que dans leur juste lutte ils peuvent compter sur le beau talent de Caroline Laurent pour porter leur parole.
Caroline qui raconte que ce magnifique roman a eu pour origine une histoire que lui racontait sa mère. Celle de sa famille qui a fait partie des derniers visiteurs libres des Chagos, alors qu'ils allaient aux Seychelles où son grand-père venait d'être nommé.
« C'est une histoire que me racontait ma mère. Pas un conte pour enfants, non, une histoire vraie, qu'elle grattait de temps en temps comme une vilaine plaie. Une tragédie insulaire. Les mères connaissent les berceuses et les sortilèges. Parfois aussi, d'une lumière dans le regard, d'une fêlure dans la voix, elles se trahissent. L'enfant devine un secret. ... ce secret c'est celui d'une souffrance. D'un arrachement. Une fille ne laisse pas sa mère souffrir. Alors, elle écrit. »
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hcdahlem
  11 janvier 2020
Et soudain l'indépendance (volée)
Avec son second roman Caroline Laurent confirme l'étendue de son talent découvert avec Et soudain la liberté et nous livre une partie tragique de son histoire familiale. Éblouissant!
C'est un petit paradis sur terre, un bout d'île oublié de tous où la vie s'écoule au rythme de la nature. La pêche et les noix de coco assurant aux quelques mille personnes peuplant l'archipel des Chagos de quoi vivre. En vendant l'huile de coprah, ils peuvent gagner de quoi améliorer leur ordinaire. Aussi quand arrive le bateau ravitailleur, c'est jour de fête. Surtout en ce mois de mars 1967, car le Sir Jules  est non seulement chargé de riz ou de farine, mais aussi d'un boeuf dont la viande viendra donner à la noce qui se prépare une saveur supplémentaire. Et, pour couronner le tout un beau jeune débarque qui embrase aussitôt l'imagination de Marie Ladouceur.
Gabriel vient seconder l'administrateur et n'est pas insensible à la sensualité sauvage de cette jeune fille aux pieds nus. Irrésistiblement attirés l'un par l'autre, ils vont s'unir sans se soucier du qu'en dira-t-on, s'aimer ardemment et au bout de quelques mois découvrir que le fruit de leur passion grandit dans le ventre de la belle autochtone.
C'est à ce moment que L Histoire - celle avec un grand H - vient s'abattre sur eux. Nous sommes en août 1967, la date fixée par le Royaume-Uni pour le vote sur l'indépendance de l'île Maurice. Pas plus à Diego Garcia que sur les autres îles de l'archipel l'annonce de la victoire des indépendantistes ne trouble le quotidien des habitants. Seul Gabriel, qui a été contraint à signer une déclaration l'obligeant au secret, comprend ce qu'implique cette victoire. Car elle est assortie d'un accord secret conclu avec la couronne britannique qui donne l'archipel aux Anglais et stipule que Diego Garcia sera cédé aux États-Unis pour qu'ils y installent une base militaire. Les jours passent, faits de privation et d'incitations au départ jusqu'à ce jour de 1970 où toute la population est sommée de quitter l'île en une heure.
Caroline Laurent parsème son récit de réflexions de cet enfant arraché à son paradis et dont toute la vie n'est qu'un long combat – qui n'a toujours pas trouvé son épilogue – pour réparer cette injustice.
Car rien n'est fait à Maurice pour accueillir les réfugiés. Dans la troisième partie du roman, qui va de 1973 à 1975, on suit ces hommes, ces femmes et ces enfants quasiment livrés à eux-mêmes. La plupart se retrouvent dans un bidonville, contraints à se battre pour un bout de toit, pour trouver de quoi manger, pour que les autorités daignent enfin s'intéresser à eux. Marie espère retrouver sa soeur, partie avant elle et dont on a annoncé la mort. Pour un petit groupe d'hommes commence alors le combat de toute une vie. Ceux dont Caroline Laurent se fait la porte-parole. Et si le 25 février 2019 la Cour internationale de justice de la Haye a estimé que le Royaume-Uni avait «illicitement» séparé l'archipel des Chagos de l'île Maurice après son indépendance en 1968, cet avis n'était que consultatif. le combat continue !
Lien : https://collectiondelivres.w..
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MarcelineBodier
  09 janvier 2020
Rivage de la colère est une fiction qui fait la lumière sur une partie importante de l'histoire du 20ème siècle : lorsque l'île Maurice a accédé à l'indépendance en 1967, la Grande-Bretagne lui a racheté un archipel distant en prétendant qu'il n'était pas habité, afin d'en faire une base militaire dans l'océan indien. En réalité, il était habité, et ses habitants ont été expulsés brutalement. Ils ont été déportés vers des bidonvilles sur l'île Maurice. Ils ont essayé de se battre, mais n'ont pas pu retourner dans leur île, même s'ils ont obtenu des éléments de reconnaissance du fait que le traitement qu'ils ont subi était violent et illégal.
Rivage de la colère a été écrit par une auteure franco-mauricienne. L'histoire des Chagos a frôlé la sienne : sa mère lui a raconté son passage par l'île lorsqu'elle était enfant, lors d'une escale sur un des derniers voyages qui a pu passer par les îles. Passage ébloui, goût de paradis terrestre... mais déjà, deux côtés de la barrière ; sa mère était du bon côté.
Septembre 2018 : deux symboles. D'abord, les deux côtés sont réunis. Caroline Laurent est associée à la délégation des descendants chagossiens menés par Olivier Bancoult, qui vont cette fois plaider leur cause à la Cour internationale de justice de la Haye. Ensuite, en février 2019, l'ONU a reconnu que le droit des peuples à l'autodétermination avait été bafoué et que le Royaume-Uni devait mettre fin à son administration de l'archipel. Certes, dit l'auteure, « jusqu'à présent, chaque procès gagné par les chagossiens a été renversé ensuite par l'administration britannique ». Toutefois, aujourd'hui, au moment où sort le livre de Caroline Laurent, c'est la dernière étape en date.
Mais le livre est aussi une fiction. Il raconte l'histoire de Marie Ladouceur, chagossienne ensorcelante, simple et fière, de son amour avec Gabriel, venu de l'île Maurice, de leur fils, Joséphin. Il raconte un paradis perdu, qui, comme tout paradis perdu, n'a peut-être jamais été paradisiaque et subsistait sous le joug d'un colonialisme qui ne prévoyait rien pour éduquer les enfants, mais avait sa culture, son histoire, sa cuisine, ses rites, ses joies et ses peines, qui ont pris après coup la poignante couleur de l'irremplaçable et sont ressuscités dans le livre. C'est un livre qui se lit comme une histoire, frappe comme un documentaire, et rend une part de lumière à une population qu'on a précipitée dans l'ombre.
Caroline Laurent n'est pas seulement une auteure qui a déjà été remarquée quand elle a co-écrit Et soudain, la liberté, avec Evelyne Pisier : elle a aussi lancé la collection Arpège chez Stock et a édité Belle infidèle de Romane Lafore, dont j'ai déjà dit quel coup de foudre il a été pour moi. Une auteure qui lance les autres, écrit avec les autres, soutient les autres et transcrit leur combat : plus encore qu'à la construction d'une oeuvre, c'est à celle d'un parcours et d'une personnalité que nous assistons !
Lien : https://www.20minutes.fr/art..
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SeriallectriceSV
  18 décembre 2019
7 août 1967. le peuple avait posé son doigt sur la carte du monde - et ce monde avait cessé de tourner un instant.
Caroline Laurent braque les projecteurs sur un événement marquant et peu connu de l'Histoire coloniale : les dommages collatéraux dramatiques qui ont suivi la déclaration d'Indépendance de l'île Maurice. La sortie de l'emprise du pouvoir britannique a été outrageusement négociée et a entraîné la réquisition manu militari de l'archipel des Chagos, son évacuation immédiate de toutes vies humaines et animales. Les habitants ont été vendus, contraints de quitter leur île et jetés ensuite dans la misère d'un bidonville. « Quand on a été forcés de partir, on a perdu tout ça. On a perdu nos biens matériels et immatériels ; on a perdu nos emplois, notre tranquillité d'esprit, notre bonheur, notre dignité et on a perdu notre culture et notre identité. » Les paysages de Paradis laisseront la place à un paysage de désolation, bétonné et froid, où les chiens de militaires ont le droit à une véritable sépulture alors que les tombes des Chagossiens sont, elles, laissées à l'abandon.

À l'instar de son récit co-écrit avec Évelyne Pisier, l'autrice mêle la petite histoire dans la Grande Histoire, d'une plume sensible qui égratigne les coeurs, bouleverse les âmes et laisse une empreinte indélébile.
Des personnages attachants, et une Marie aux grands pieds que je ne suis pas prête d'oublier.
Roman des combats.
Roman des doutes.
Roman de la souffrance.
Roman du courage.
Roman de l'amour.
Roman de l'espoir.
Roman profondément humain.
Queen Elisabeth a du sang sur les mains, comme beaucoup trop d'autres décisionnaires pilleurs de richesses, dirigeants de nations aux passés coloniaux meurtrier et tortionnaire et qui ont bâti les nations sur le sang. [...] le XXème siècle avait choisi son camp et ce serait celui du mensonge, de l'effroi et de la haine.
À lire pour le devoir de mémoire. Une mémoire pleine de ces déchirants événements, dont on ne semble tirer, à l'échelle mondiale, aucune de leçon bénéficiant à l'humanité.
Gardons espoir pour faire que la lumière revienne.
Je dirai aux juges d'où je viens.
Je leur parlerai d'un pays qui laissait vivre ses enfants, qui ne les affamait pas, qui respectait leur mémoire. Mon pays volé.
Je leur ferai entendre la fêlure dans la voix de ma mère.
Je leur dirai pourquoi ma vie n'est pas de vivre, mais seulement de me battre. Pas une vie gâchée, non. Une vie donnée. Dédiée.
Je lutte depuis le premier jour. C'est inscrit en moi.
Un petit bémol dans cette lecture, une petite gêne apparue dans le troisième tiers du roman, qui m'a donné l'impression par moment de lire une romance qui piétine, à la "je t'aime, moi non plus" mais je vous rassure tout de suite, cela n'enlève rien à la grandeur et à la qualité de ce récit.
Merci aux éditions Les Escales que j'ai découvertes avec un roman de Dominique Fortier, et grâce à qui je passe de très bons moments de lectures.
Merci à Caroline Laurent pour cet émouvant témoignage, cet éclairage sur un pan de l'Histoire du colonialisme méconnu, et le clin d'oeil à son précédent roman.
Enfin, merci à Babelio, vous êtes au top !
Lien : https://seriallectrice.blogs..
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Agathethebook
  08 janvier 2020
L'île Maurice vous évoque sans doute le voyage d'une vie, une eau transparente et le sable au sept couleurs. On connaît un peu moins les îles aux alentours. Franco-mauricienne, Caroline Laurent est née près de Paris. À dix ans, assise devant la table de la cuisine, sa mère évoque l'archipel des Chagos, annexé brutalement par le Royaume-Uni. À l'époque, Caroline ne perçoit ni les contours ni les enjeux de l'exil. Une chose cependant s'inscrit en elle : la colère dans la voix de sa mère.
Avant le combat, la paix. le paradis sur terre existait et les Chagossiens y habitaient. Lorsque le bateau de ravitaillement dépose un jour Gabriel sur le rivage, son regard croise celui d'une jeune femme. Marie-Pierre Ladouceur est à peine plus âgée que Gabriel, elle élève seule sa fille Suzanne, aux côtés de sa soeur et de sa tante. Aucun homme n'a jamais fait d'elle une épouse et encore moins une femme heureuse. Libre et incandescente, elle danse pieds nus devant Gabriel le soir de son arrivée. Peu importe la classe sociale, à ses côtés, Marie apprend à lire et à écrire, elle rayonne de joie et son ventre enfle rapidement.
Le bonheur abonde jusqu'au jour où Gabriel signe un étrange document, classé confidentiel. Les Chagossiens vont être chassés de l'île. Suite à l'indépendance de l'île Maurice, l'archipel appartiendra désormais au Royaume-Uni, deviendra une base militaire américaine stratégique, les îlois des exilés, et leurs enfants des apatrides. Tenu au secret, Gabriel est pris au piège. Marie et sa famille vont devoir quitter leur terre, chassés comme des malpropres, sans savoir ce qui les attend au bout du voyage.
Y aura-t-il un jour réparation pour le traumatisme infligé à cette population, qui jamais n'a pu retourner chez elle ? Une deuxième voix s'élève dans le récit. Celle de l'enfant à peine né et arraché à sa terre et à son père. Cet enfant a vu sa mère se battre toute sa vie ; pour elle et tous les Chagossiens, il continue la lutte. Une question revient : si ce peuple avait été instruit, aurait-il pu déjouer la manigance ? Combien coûte l'ignorance ?
Un livre à la fois passionnant et révoltant, c'est un bébé caché, une histoire tue pendant des années. Puisse la littérature par ce magnifique roman immortaliser l'archipel des Chagos et apporter la résilience à la mémoire de son peuple.
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critiques presse (3)
LaCroix   17 janvier 2020
Chaque vie compte sur cette terre. Ce roman le prouve, mettant en lumière, pour la première fois, l’injustice faite aux 2 000 habitants de l'archipel des Chagos. [...] Caroline Laurent tisse une intrigue amoureuse autour de la lutte de ce peuple.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LeFigaro   16 janvier 2020
Une manière efficace d’incarner l’histoire des habitants d’un «paradis perdu aux franges de l’océan, broyé un jour par les mâchoires d’un monstre».
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Culturebox   16 janvier 2020
Tout en finesse, Caroline Laurent nous embarque dans son roman écrit comme une fresque, et l'on suit avec avidité ses personnages attachants, et terriblement touchants, écrasés par l'Histoire, qui peu à peu vont retrouver leur dignité dans le combat.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (42) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   11 janvier 2020
Sauvage. Sagouin. Nègre-bois. Voleur. Crétin. Crevard.
Fils de rien.
Chagossien, ça voulait dire tout ça quand j’étais enfant. Notre accent? Différent de celui des Mauriciens. Notre peau? Plus noire que celle des Mauriciens. Notre bourse, vide. Nos maisons, inexistantes.
Méprise-les, oublie-les, me répétait ma mère. Mais comment oublier la honte? 
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hcdahlemhcdahlem   11 janvier 2020
INCIPIT
Ce n’est pas grand-chose, l’espoir.
Une prière pour soi. Un peu de rêve pilé dans la main, des milliers d’éclats de verre, la paume en sang. C’est une ritournelle inventée un matin de soleil pâle.
Pour nous, enfants des Îles là-haut, c’est aussi un drapeau noir aux reflets d’or et de turquoise. Une livre de chair prélevée depuis si longtemps qu’on s’est habitués à vivre la poitrine trouée.
Alors continuer. Fixer l’horizon. Seuls les morts ont le droit de dormir. Si tu abandonnes le combat, tu te trahis toi-même. Si tu te trahis toi-même, tu abandonnes les tiens.
Ma mère.
Je la revois sur le bord du chemin, la moitié du visage inondée de lumière, l’autre moitié plongée dans l’ombre. Ma géante aux pieds nus. Elle n’avait pas les mots et qu’importe ; elle avait mieux puisqu’elle avait le regard. Debout, mon fils. Ne te rendors pas. Il faut faire face. Avec la foi, rien ne te sera impossible… La foi, son deuxième étendard. Trois lettres pour dire Dieu, et Dieu recouvrait sa colère, son feu, sa déchirure, la course éternelle de sa douleur.
Je n’ai pas la foi. Je préfère parler d’espoir. L’espoir, c’est l’ordinaire tel qu’il devrait toujours être : tourné vers un ailleurs. Pas un but ni un objectif, non, un ailleurs. Un lieu secret dans lequel, enfin, chacun trouverait sa place. Un lieu juste.
Le mien existe.
Une île perdue au large de l’océan Indien, une langue de sable exagérément plate, et vide, et calme ; une certaine transparence des flots. La mer comme un pays. Cette île que personne ne connaît, c’est chez moi, c’est ma terre.
Tu vois, ton absence n’y change rien. Même sans toi, Maman, je continue. Je suis prêt.
Douze heures de vol jusqu’à Paris. Puis un train pour La Haye, changement à Rotterdam. Je n’aurai pas le temps de visiter la tour Eiffel. J’aurais aimé pourtant. Grimper au sommet et que pour une fois, ce soit moi qui regarde les autres de haut.
Pardon.
Je ne pars pas en touriste. Je n’ai jamais été un touriste. C’est quoi un touriste ? Un Blanc en bermuda et en tongs qui vient oublier à Maurice qu’il gagne de l’argent ?
Pas de promenade non plus à La Haye. Des Pays-Bas je ne verrai que la Cour internationale de justice. Le monde posera ses yeux sur nous.
Un duel.
La justice est la méchante sœur de l’espoir. Elle vous fait croire qu’elle vous sauvera, mais de quoi vous sauvera-t-elle puisqu’elle vient toujours après le malheur. Un verdict, ça ne répare rien. Ça ne console pas. Parfois tout de même, ça purge le cœur. La seule délivrance que je vise est celle-là : la purge. Mettre à terre les coupables. Renverser l’ordre établi. Tu n’en demandais pas tant, Maman. Cette colère-là, c’est seulement la mienne.
Quand les gens devant moi s’émerveillent – Ton courage vraiment, ta force, depuis toutes ces années… –, je ne sais que répondre. Le courage est l’arme de ceux qui n’ont plus le choix. Nous serons tous, dans nos pauvres existences, courageux à un moment ou un autre. Ne soyez pas impatients.
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hcdahlemhcdahlem   11 janvier 2020
Bateau là!»
Les hommes sortirent de l’entrepôt, intrigués, elle ne s’arrêta pas, fila jusqu’à la parcelle où les femmes écalaient les cocos. Sa sœur était courbée en deux, occupée à tourner la chair blanche des noix vers le soleil. « Josette ! » La silhouette se redressa, déploya son corps rond de bonbonnière, posa les poings sur les hanches. Le coupe-coupe suspendu, toutes les femmes tournèrent la tête vers Marie. Son cœur battait vite après cette longue course. Elle se laissa tomber sur le muret, savoura l’instant. Ce sentiment d’être celle qui savait, celle qui avait vu – celle, aussi, qui apporterait la joie –, la grisait comme une lampée de rhum. « Bateau là… » répéta-t-elle dans un souffle. Josette ouvrit grand la bouche. Vrai? Le Sir Jules? Marie acquiesça en brandissant le poulpe. L’expression de doute sur le visage de sa sœur céda la place à un franc sourire. Elle traversa la parcelle, se hissa gaiement par-dessus le muret. « Alalila! » Toutes les femmes l’entourèrent en chantant et frappant dans leurs mains. Josette minaudait – le navire ferait d’elle la reine de l’île, l’élue éclatante. « Prête? » lui demanda Marie en pressant son bras. Elle jeta à nouveau le poulpe sur son épaule et entraîna Josette. L’odeur forte et iodée, semblable à celle des entrailles de poisson en décomposition, se mêla aux effluves sucrés du coco.
Sur la terre face à elle, les noix s’accumulaient comme des seins coupés qu’on aurait vidés de leur lait.
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AgathethebookAgathethebook   08 janvier 2020
Nous serons tous, dans nos pauvres existences, courageux à un moment ou un autre. Ne soyez pas impatients.
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AgathethebookAgathethebook   08 janvier 2020
Elle tonnait, griffait, se débattait, elle était la tempête, elle était tous les cyclones, la mer en furie, la révolte d’une île, elle tendait sa peau déchirée au-dessus de l’océan, elle frappait les idoles de son coupe-coupe et les déposait sanglantes sur le rivage. Gabriel comprit qu’il l’aimait toujours.
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Entretien avec Caroline Laurent à l'occasion de la rencontre entre l'auteur et les lecteurs de Babelio.com le 18 décembre 2019. Découvrez les mots choisis par l'auteur pour évoquer son roman 'Rivage de la colère', paru aux éditions Les Escales.
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