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ISBN : 2868535259
Éditeur : Le Temps qu'il fait (22/10/2009)

Note moyenne : 3.67/5 (sur 3 notes)
Résumé :
L'ombre d'un étudiant des années trente — le survivant de la Place Monge — erre dans les rues du quartier latin. Il a été orphelin dans un internat gris de province. Il sera prisonnier dans une froide région d'Allemagne. Dans ses pas, son fils imagine ce que fut sa jeunesse à partir de photographies, de poèmes, d'anecdotes. Il le rejoint au bout du chemin, où le présent se confond avec le mythe.
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
nadejda
  09 janvier 2012
Alors que dans «Place Monge» le narrateur faisait revivre son grand-père Jean L. que la guerre de 14 a enlevé à sa famille, «Les pas de l'ombre», eux, raniment le souvenir de son père, le petit garçon resté orphelin, qui grandira en Corrèze près de ses grands parents, pensionnaire dans un austère lycée de province où un professeur de philosophie le «pousse vers l'aventure parisienne».
Il poursuivra donc ses études à Paris où «il eut pour maître Alain, Nabert... La tête dans les mains, il progressait dans les ronciers des savoirs avec la ténacité qui lui venait de ses ancêtres, issus de vieilles terres qu'il avait fallu de siècle en siècle arracher aux griffes d'une nature sans aménité.»
"Il (le narrateur) finit par se lever, sentant l'envahir une torpeur qui lui vient des espaces et des temps traversés. Il passe devant l'ancienne entrée du collège Sainte-Barbe (où son père occupa un poste de répétiteur), descend la rue Cujas, croit encore apercevoir l'ombre qui se perd dans la foule du boulevard Saint-Michel. Sur la petite place envahie d'étudiants, il contemple un moment la fontaine monumentale, l'écoulement des eaux sur la jeunesse de son père."
Ce père qui, rattrapé par la guerre, sera fait prisonnier et passera cinq ans dans un camp en Allemagne.
Jean-Yves Laurichesse par la douceur de son écriture ranime des scènes anciennes en les effleurant, puis les entourant et les enrobant avec précaution, pour les faire remonter à la surface afin de pouvoir les évoquer avant qu'elles se brisent et disparaissent comme le font les rêves.
Ces deux livres, que j'ai lu à peu de temps d'intervalle, forment un beau diptyque plein de tendresse, à la poursuite des jours et des êtres enfuis. La couverture des «Pas de l'ombre comme celle de «Place Monge», pour souligner harmonieusement leur lien, s'orne d'une reproduction d'un tableau de Hammershoï.
Merci à Couperine qui a su me donner envie de les lire.
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LydiaB
  13 novembre 2011
L'auteur revient pour notre plus grand plaisir avec un roman qui fait suite au premier. C'est toujours avec ce style admirable, feutré, délicat, qu'il nous parlera ici de son père, fait prisonnier pendant la seconde guerre mondiale et qui s'attachera, pour survivre intellectuellement, à ses lectures et à cette langue qu'il aime par-dessus tout.

Prouesse technique mais également prouesse narrative, ce livre est d'autant plus admirable que l'auteur retrace une histoire, que son père a gardé enfouie en lui, à travers des documents.

Un grand moment de lecture.

Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
LydiaBLydiaB   13 novembre 2011
On le voit sur les photos, dans ses vingt ans, front haut, menton volontaire, lèvres sensuelles, regard intelligent derrière les petites lunettes rondes. Il arpenta le quartier des écoles au long des années trente. Il venait de la province, presque de la campagne, et d’abord s’habitua mal à Paris, son fleuve de pierre, ses arbres trop rares, ses petits messieurs poussés dans les grands lycées du Ve arrondissement. Il y était né pourtant, non loin de là, mais n’aimait pas s’en souvenir. Et même les quelques séjours qu’il avait faits enfant dans la capitale avec ses grands-parents n’avaient pu le raccorder à ces premiers mois de vie que la guerre avait tranchés. Il avait été remarqué au lycée par un jeune professeur de philosophie qui emmenait le jeudi quelques internes hors de la ville, pour de longues promenades si animées qu’ils en oubliaient l’heure et rentraient souvent trop tard pour le dîner. C’était lui qui l’avait poussé vers l’aventure parisienne. Il eut au début la nostalgie des collines aux épaisses châtaigneraies parmi lesquelles il avait grandi. Sur la pente de cette fausse montagne depuis si longtemps déboisée et murée, les eaux vives qui couraient le matin au long des trottoirs lui rappelaient parfois d’autres ruisseaux. Il habita d’abord chez son parrain, un oncle du Cantal qui exerçait le métier de représentant, au cinquième étage d’un bel immeuble du XIIe arrondissement donnant sur un square orné d’un kiosque à musique. Le souvenir de ses parents disparus resserrait autour de lui la sollicitude familiale. La cuisine de la marraine ressemblait à celle qu’il avait si souvent goûtée dans le petit hôtel-restaurant de campagne où il avait passé des vacances heureuses avec ses cousins. Ce cocon de bourgeoisie demeurée provinciale lui fut au début un réconfort. Mais il ne tarda pas à étouffer dans ce milieu aux vues étroites, entre ces deux êtres sans enfant qui l’aimaient et ne le comprenaient pas, alors qu’autour de lui se déployait un monde nouveau.
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LydiaBLydiaB   13 novembre 2011
Pour un jeune homme fraîchement débarqué dans la capitale, ayant grandi dans des vallées étroites, celle du village d’enfance, puis celle de la préfecture grise, l’horizon s’était brusquement élargi. Il eut pour maîtres Alain, Nabert, Lavelle, dont on voyait les livres à la vitrine des libraires, ce qui leur conférait, en même temps que le prestige de la pensée, une forme d’irréalité. Il s’accrochait à l’étude, soucieux de ne pas décevoir ceux qui, là-bas, pensaient à lui avec la fierté inquiète des familles demeurées au port. Parfois la force lui manquait, mais l’image d’une vieille femme agenouillée sur un prie-dieu lui redonnait courage, et il se replongeait dans les livres, les dictionnaires, les notes de cours étalés sous la lampe. La tête dans les mains, il progressait dans le roncier des savoirs avec la ténacité qui lui venait de ses ancêtres, issus de vieilles terres qu’il avait fallu de siècle en siècle arracher aux griffes d’une nature sans aménité. Par la fenêtre ouverte sur la nuit de juin, la rumeur de la ville lui parvenait, pleine d’un mystère confus, et son cœur se gonflait comme une voilure qu’il lui fallait réduire durement pour qu’elle ne l’emporte pas trop loin des pages grises, car le cœur toujours en lui le disputait à l’esprit. Très tard enfin il se couchait et abandonnait son corps aux rêves.
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LydiaBLydiaB   13 novembre 2011
Les passants se font plus rares dans les rues étroites. Il s’oriente sans trop savoir, remontant d’instinct vers les sources. Il s’attarde un moment devant la vitrine d’un magasin de livres anciens dont on distingue mal l’intérieur déjà obscur, où dort l’infini des pages. Il reconnaît, défraîchies par le temps et l’usage, les couvertures blanches à fin liseré rouge de laNouvelle Revue Française, les brochures à prix modique du « Livre moderne illustré » ou du « Livre de demain », ornées de bois gravés aux clairs-obscurs anguleux. Un exemplaire de La Condition humaine est exposé sur un présentoir, surmonté d’un bristol : Édition originale. 300 €. Il se souvient de ses quêtes d’adolescent dans la bibliothèque familiale, de ces livres portant en diagonale sur la page de garde le même nom inscrit à l’encre noire, le lieu et la date soulignés d’une torsade, comme la trace même de la jeunesse de son père. Il imagine la petite bibliothèque d'étudiant composée mois après mois, l’étagère se remplissant, débordant sur une autre, puis une autre encore, mur de papier construit de haut en bas, édifiant peu à peu autour de lui une demeure habitable.
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Vidéo de Jean-Yves Laurichesse
Un écrivain dans le monde .Pierre Schoentjes,Karin Holter,Luc Lang,Jean-Yves LaurichesseCC-BY-NC-ND 2.0Table ronde animée par Pierre Schoentjes, professeur à l?université de Gand, spécialiste de Claude Simon et de littérature contemporaine. Avec Karin Holter, professeur émérite, université d?Oslo, auteur de "Texte et réalité. Ouvertures dans les romans de Claude Simon" ; Luc Lang, écrivain ; Jean-Yves Laurichesse, universitaire et écrivain, auteur de "La bataille des odeurs : l?espace olfactif des romans de Claude Simon", éditeur scientifique de "Claude Simon géographe".
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