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Jean-Luc Steinmetz (Éditeur scientifique)
EAN : 9782253160731
446 pages
Le Livre de Poche (15/01/2001)
  Existe en édition audio
4.12/5   296 notes
Résumé :
Les Chants de Maldoror (Les Chants de Maldoror) est un roman poétique (ou un long poème en prose) composé de six chants. Il a été écrit et publié entre 1868 et 1869 par le Comte de Lautréamont, pseudonyme de l'écrivain français d'origine uruguayenne Isidore-Lucien Ducasse. Beaucoup de surréalistes (Salvador Dalí, André Breton, Antonin Artaud, Marcel Duchamp, Man Ray, Max Ernst, etc.) au début du 20ème siècle ont cité le roman comme une inspiration majeure pour leurs... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
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sur 296 notes
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Sachenka
  12 juillet 2018
« Il n'est pas bon que tout le monde lise les pages qui vont suivre ; quelques uns seuls savoureront ce fruit amer sans danger. » (p. 7) Ces paroles de l'auteur, le comte de Lautréamont, avertissent le lecteur dès le début du premier chapitre des Chants de Maldoror. Je n'en ai pas tenu compte et bien mal m'en prit. Oh, je me suis rendu jusqu'à la fin et je n'en ai pas été traumatisé, mais je n'en ai pas tiré profit non plus. À l'occasion, un extrait, une phrase ont attiré mon attention, parfois ma curiosité, mais c'est tout. Ainsi, je peux reconnaître le génie mais il n'est pas dans mes goûts, malgré toute l'originalité et l'ingéniosité avec laquelle le comte de Lautréamont manie la langue. Dire que j'ai attendu si longtemps pour lire cette oeuvre !
Peut-être aurais-je dû lire les Chants de Maldoror, un peu comme je le ferai pour n'importe quel oeuvre d'Emil Cioran. Mais la violence et la monstruosité du propos sont poussés à des niveaux extrêmes que j'en ai été détourné. Pourtant, je ne suis ni prude ni choqué facilement, j'aime bien un polar sanglant à l'occasion. Dans les Chants de Maldoror, la dépravation morale et la suite d'actes immoraux commis par le protagoniste sont tellement gratuit que même le le marquis de Sade en rougirait ! À cela s'ajoute que je ne suis pas fan de ces romans trop obscurément surréalistes, malgré tout le génie dont leurs auteurs font preuve. Par exemple, je n'ai jamais accroché aux Gargantua et Pantagruel. Un rendez-vous littéraire manqué.
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Nelcie
  21 mars 2016
Bon. Vous parler de ce livre ne va pas être aisé, car son contenu est fichtrement obscur, aussi bien par son contenu que par sa forme. Obscur et complexe, certes, mais une oeuvre que j'ai trouvée génialissime.
Maldoror, c'est l'histoire du mal, de la cruauté, de la perversité. Au début, tu ne sais pas trop ce qu'il est ou qui il est, car il semble prendre différentes figures, se métamorphose d'une fois sur l'autre. Est-il un homme ? Est-ce une sorte d'âme du mal ? A la fin, tu n'en sais pas plus qu'au début, en fait… Et en plus, une fois il s'adresse directement au lecteur, en utilisant le Je, n'hésitant pas à partager avec son lectorat ses pensées les plus sombres. Et la fois suivante, le récit est raconté à la troisième personne, faisant de Maldoror un personnage plus distant, et donnant ainsi une impression de juger ou d'analyser les actes de Maldoror.
Un conseil, ne cherchez pas une intrigue dans ces chants, car il n'y en a pas. chaque chapitre raconte des bribes d'histoires, tour à tour cruel, tyrannique, sauvage…(ajoutez ici tous les synonyme du mot Mal). Ces hauts méfaits, qui parfois semblent n'avoir ni queue ni tête, sont entrecoupés des réflexions, bien souvent négatives, de Maldoror. Ou de l'auteur lui-même… on peut se poser la question, tant la frontière entre les deux apparaît par moment bien fine.
Alors voilà, Les chants de Madoror c'est sombre au possible, c'est une lecture qui ne se laisse pas apprivoiser facilement, mais c'est quand même vachement bien, parce que c'est diablement bien écrit.
D'abord ça s'appelle des chants, et le titre est juste, car il s'agit bien ici d'une épopée racontée en proses. C'est une sorte de chanson de gestes, un peu comme la chanson de Roland, mais avec un héros qui, au lieu de sauver des vies, fait le mal autour de lui.
Le texte part dans tous les sens, c'est vrai. Plusieurs fois, enfin, presque tout le temps, je me suis demandée où voulait en venir l'auteur, avec toutes ces digressions, avec ces actes d'une barbarie sans nom. J'ai été non pas choquée, mais abasourdie par les détails foisonnants de scènes macabres, dont les descriptions font tout simplement froid dans le dos. C'est une non-histoire obscure, mais bon sang qu'elle est bien écrite, cette non-histoire !! Même les passages les plus sordides sont emplis de poésie. Les mots sonnent beau et cru en même temps. Je me suis surprise à apprécier cette apologie du Mal, comme une vile tentation que l'on répugne à bannir. Je savais que les monstres étaient omniprésents, prêts à surgir à tout moment de cette lecture, mais je ne pouvais lâcher ce livre, parce que la prose de Lautréamont est belle, qu'il use de mille et unes façons pour tenir le lecteur en alerte. Quand ce n'est pas une description machiavéliquement belle d'un crime, mettant en avant toute son horreur, ce sont les pensées de Maldoror, et ses digressions intellectuelles qui prennent forme, et là encore, on se laisse porter par la prose. Enfin, il y a ces moments de pure poésie, où l'on se dit qu'enfin, Lautréamont laisse tomber son obscurantisme pour nous offrir quelques moments de répits. Avant de réaliser qu'en réalité, ce n'est que pour mieux prendre le lecteur à revers, et lui balancer de manière plus subtile la part sombre de Maldoror.
Essayer de comprendre Les chants de Maldoror, c'est limite impossible. Mais c'est quand même génial. En réalité, c'est génial par ce que c'est complètement tordu… et faut être tordu de vouloir absolument tout comprendre à cette oeuvre.
Lien : http://voyageauboutdelapage...
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LaFeePetee
  06 septembre 2019
Mes parents m'ont bercée avec Thiéfaine, chantant quelques airs pour m'endormir le soir comme Je t'en remets au vent ou Stalag-Tilt.
Petite, les textes du chanteur résonnaient comme des comptines :
La Cancoillotte, Anaïs, Maison Borniol ou encore l'agence des amants de madame Muller me faisaient tout autant rire que La famille Tortue et Pirouette Cacahuètes.
A l'adolescence, la poésie de ses paroles me bouleversait, sorte de mode d'emploi idéal à la mélancolie et les contradictions qu'englobe l'âge ingrat. J'ai usé jusqu'à la corde le vinyle de l'album Soleil recherche Futur .
Adulte, j'embrassais toute la culture, les références, la maîtrise de la langue et la complexité de l'univers de l'artiste. Je serais incapable de faire un classement de mes chansons préférées de Hubert-Felix mais s'il y en a une qui m'a profondément touchée, c'est Les dingues et les Paumés.
Elle m'initiait à tant de sentiments, posait des mots sur des émotions et m'ouvrait tant de livres, dont un qui me troublait : Les Chants de Maldoror du Comte de Lautréamont.
L'ouvrage paraît en 1869, dans un relatif anonymat. Il est rapidement oublié, de même que son auteur, mort quelques années plus tard. Philippe Soupault, Aragon ou encore Andrée Breton en font un manifeste du mouvement surréaliste et lui donnent ses lettres de noblesse. Magritte, Dali, Modigliani seront bouleversés par les chants du Compte.
Les chants de Maldoror est une oeuvre poétique, en prose, composée de six chants où l'on fait connaissance avec un héro négatif, cruel et pervers. La structure des chants donne le sentiment qu'ils ne sont pas liés entre eux alors qu'ils servent tous un même but ; celui de conter le Mal, l'ironie et le blasphème. On s'abîme dans les réflexions de Maldoror ou dans celles de l'auteur, perte de repères volontaire qui permet à l'imagination de s'exprimer sans aucune limite.
Ce recueil est difficile à aborder mais la noirceur du verbe côtoie la luminosité de la plume et vous enveloppe dans une couverture passionnelle. Je n'ai jamais lu de description aussi sordide qui contenaient autant de poésie. Parce que là est la force du Compte : il est poète au sens le plus noble. Il vous enchaîne à ses mots, vous livre des réflexions d'une intensité rare tout en mettant en avant l'horreur, dans une apologie du Mal qu'on se surprend à apprécier.
Apprécier ? Que dis-je à adorer. le compte s'est affranchi des codes, tant sur la forme que sur le contenu et a cessé de poser des limites à son imagination. Il ouvre grand la porte de son âme pour nous la livrer sans concession. Une lecture qui vous transporte, vous anéanti et vous délivre dans une mélopée dévastatrice.
« Il n'est pas bon que tout le monde lise les pages qui vont suivre ; quelques uns seuls savoureront ce fruit amer sans danger. » Voici comment l'auteur vous accueille en tout début de recueil. J'y ajouterais que si seuls certains seront rassasiés par le récit, tout lecteur sera touché par la grâce des mots. Les chants de Maldoror sont une folie littéraire, une fulgurance, un diamant noir.
Écouter l'ami Thiefaine est une exercice de poésie à lui seul. Tant ses mélodies vous électrisent, tant ses rimes et références vous interrogent. Il manie si bien la langue française qu'on doute souvent de ce qu'on entend et donc de ce qu'on comprend. Hubert-Felix joue avec la culture et nourrit la vôtre au-delà de la satiété. Dans cette unique chanson, le chanteur vous renvoie à Baudelaire, Hölderlin ou encore Cervantes. Chacune de ses créations vous ouvre des portes, personnellement j'ai franchi ses seuils avec délices et n'ai certainement pas terminer mon périple. Par lui je me suis initiée à la philosophie cynique par Diogène, aux moralistes par Plutarque et aux écrits de Nietzsche. J'embrassais les oeuvres d'Antonin Artaud, Charles Belle, Edward Hopper, Fra Angelico, Fantin-Latour ou encore Ingmar Bergman.
Mes lectures s'agrandissaient avec celles de Lord Byron, Aloysius Bertrand, Dante, Rimbaud, François Villon, Nerval et John Milton. Je me passionnais pour Lilith, Eurydice, Savonarole , Antigone, l'alchimie, les mythologies et l'Inquisition.
Longtemps artiste intimiste, Thiefaine est enfin mis en lumière sur la scène francophone. Fort d'une trentaine d'album studio et Live, je ne peux que vous inviter, voir vous sommer de plonger dans l'univers foisonnant de Thiéfaine !
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Pitchval
  20 juillet 2021
Je ne lis pour ainsi dire presque jamais de poésie, et c'est sans doute un grand tort que j'ai de négliger cet art majeur. Encore faut-il en trouver qui vaille la peine. J'ignore d'ailleurs s'il existe encore de la bonne poésie publiée. Probablement, mais bien à la marge. Car qui en lirait encore de nos jours ? le contemporain habitué aux délassements de lecture, au dépaysement et aux divertissements faciles, la bouderait et la mépriserait. La poésie n'est-elle pas une insulte ? Une provocation ? Une pédanterie qui lui crache à la figure qu'il est incapable de la lire et de la comprendre ?
N'importe, je ne vaux guère mieux, parce que j'en lis peu ( je lis tout de même un poème ou deux, et de très bonne facture pour ne pas dire excellents, chaque semaine). Je me promets d'en trouver et d'en élire.
«Il n'est pas bon que tout le monde lise les pages qui vont suivre, quelques-uns seuls savoureront ce fruit amer sans danger.»
Les Chants de Maldoror est un recueil de poèmes en prose. S'il existe six parties (chants), j'ai choisi un ouvrage qui ne comporte que les deux premières, ce qui est un grand tort, puisque c'est à peine assez pour se faire une idée. Je n'entends d'ailleurs pas qu'on ait ainsi divisé les chants.
Maldoror, seul protagoniste d'épisodes féroces indépendants les uns des autres, est un personnage bien étrange. Il était pourtant un adolescent comme les autres, il fut bon et vécut heureux. Cependant au fond méchant, il s'efforça de dissimuler ce trait de caractère tant qu'il put. Enfin, quand cette duplicité lui devint insupportable, il épousa la « carrière du mal ». Qui, comme Maldoror l'adolescent, ne dissimule pas une sorte de férocité, d'agressivité intérieure ? Il y a une dizaine d'années, je me faisais parfois cette réflexion : « je suis méchante ». Par contraste avec ce que j'entendais et voyais autour de moi ou plus loin. Plus jeune, j'imaginais que j'étais une étrangeté. le monde me paraissait bon et altruiste, empathique et tolérant. Gentil, en quelque sorte. Tandis que moi, je me fichais assez de la misère du monde tant qu'elle ne m'atteignait pas. Il me fallut des années pour comprendre que l'autre se donnait des apparences de bonté, pour sa conscience ou pour paraître, et surtout pour rester bien assorti au monde. Maldoror s'efforçait d'être bon et de dissimuler sa nature jusqu'à l'adolescence. Et puis il a mûri. On devient adulte quand on cesse de feindre et d'agir par conformisme. Et je songe soudain - puisque l'on est dans la poésie - à Chateaubriand : "Si tu pouvais, par un seul désir, tuer un homme à la Chine et hériter de sa fortune en Europe, avec la conviction surnaturelle qu'on n'en saurait jamais rien, consentirais-tu à former ce désir ?" ». Qui ne consentirait pas ?
Maldoror est le mal. Cruel, pervers, et gratuit. Il est le mal qui invite à le suivre, à le lire, à l'apprécier. Il entraîne le lecteur en des chemins inexplorés de la poésie : ceux du sadisme et de la dépravation. Est-ce grave ? Non. Si l'homme n'est pas ostensiblement méchant, il est malfaisant, ce qui est bien pire que la cruauté pure, parce qu'il avance ainsi à couvert. L'homme se trompe, il se ment. Il veut se croire bon. Maldoror veut le redresser à coups de vérités sur ce qu'il est/serait sans imprégnation.
L'amour universel est un mythe, une légende que se racontent les médiocres. Maldoror ne se raconte rien. Il se contente de suivre son instinct, de vivre selon sa nature, d'obéir à ce que lui dictent ses pulsions, fussent-elles impitoyables.
La forme est assez ique paradoxalement. Voire très conventionnelle. Je pense notamment à « Je te salue, vieil Océan », assez similaire au « Ô, Océan » de Withman notamment. Ce qui est d'autant plus déroutant quant au contenu des poèmes. Il n'est pourtant pas question de pastiche ou de parodie. Lautréamont est un poète. Que son oeuvre soit une célébration de la cruauté, une provocation, n'empêche rien.
Ces chants sont une démesure assumée, un recueil de violence et de délires. On se croirait dans la tête d'un fou, mais pas de n'importe quel fou: c'est excellent d'écriture. le fou est poète. Et vérité. J'avais profondément aimé le personnage du fou dans le roman La fenêtre panoramique, de Richard Yates. le fou dit ce qu'il pense et énonce des vérités. N'ayant pas intégré les codes sociaux, rien ne l'en empêche. À la différence près que le fou n'a aucune volonté de scandaliser. Lautréamont, lui, choque et horrifie à dessein. Il revendique ses actions malveillantes et se place en ennemi assumé d'une société judéo-chrétienne. L'idée du fou s'impose à nouveau par une confusion narrateur/personnage. Maldoror est tantôt « il », tantôt « je », comme s'il était à la fois en dehors du narrateur et en lui, ce qui évoque évidemment une double personnalité, une sorte de schizophrénie. Cette manière de causer le trouble est très habile. On ne sait plus bien si, par extension, Maldoror n'est pas l'auteur lui-même. Impression de folie, de double personnalité, renforcée par le fait qu'après avoir fait souffrir volontairement des dizaines de victimes, Maladoror sauve une vie, et trouve cela « beau ». le bien et le mal, l'auteur et le malfaisant, la cruauté et la pitié, se superposent, se mélangent, ne font qu'un. Maldoror compatit au sort de la prostituée, puis veut enfoncer ses doigts dans les lobes de son cerveau. Il est multiple. Mais tout homme n'est-il pas multiple ? Cette folie apparente n'est-elle pas plus proche de l'esprit humain que n'importe quel univers manichéen ? Un homme n'est-il que vertueux ou que malfaisant ? Ce qui apparaît comme une incohérence psychologique reflète très bien les contradictions et conflits intérieurs de chaque être humain. Toutefois, la folie prend d'autres formes encore, notamment celle de la bouffée délirante. Maldoror enfante des poux à l'aide d'un cheveu dressé qu'il brandit comme un sexe. Une armée de poux né de son phallus-cheveu, conquérante et grandiose.
Par contraste, son chant sur les mathématiques est d'une rationalisation implacable. Maldoror fait l'éloge des mathématiques. Après le délire, voici la froideur de la pensée pure qui est louée. Les mathématiques n'ont nul besoin de sentimentalisme. de même que la morale ou la bienséance n'influent jamais sur leur vérité. C'est la science suprême, celle qui ne laisse aucune place à des affects, à des considérations émotives. Et l'on y retrouve encore la double personnalité qui fascine : après le délire à son paroxysme et les visions troublantes et ahuries, l'apologie de la logique pure.
Lautréamont a un qui fait savourer les passages sordides. le méchanceté, la cruauté, la transgression sont pour ainsi dire sublimées. le mal, admirablement conté, devient si pur qu'il éblouit.
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lebelier
  06 septembre 2021
« Je me propose, sans être ému, de déclamer à grande voix la strophe sérieuse et froide que vous allez entendre. Vous, faites attention à ce qu'elle contient, et gardez-vous de l'impression pénible qu'elle ne manquera pas de laisser, comme une flétrissure dans vos imaginations troublées. »
Étonnement ou choc, tels sont les mots qui viennent à l'esprit à la lecture des chants de Maldoror.
L'étonnement d'abord qu'un si jeune homme dont on ne sait presque rien sinon qu'il est mort à 24 ans, puisse avoir un tel souffle épique, souffle qu'il met au service de sa révolte par le biais de son héros, Maldoror –Nom paraît-il composé par le « mal » et « horreur » - contre ce qu'il appelle le Créateur et ses créatures.
« Ma poésie ne consistera qu'à attaquer, par tous les moyens, l'homme, cette bête fauve, et le Créateur, qui n'aurait pas dû engendrer une pareille vermine. »
Choc d'une poésie en prose et en plusieurs chants, c'est-à-dire que c'est sous une forme antique que Maldoror s'attaque au Créateur et à ses créatures passant par des mots où l'esthétisme se dispute à l'horreur : les meurtres sont nombreux et rappellent les détails sanglants de la guerre de Troie dans « l'Iliade», où l'horreur même devient esthétique, la morale n'a pas cours et la seule morale qui prime est celle qu'impose Maldoror, excroissance maladive et imaginative de son auteur –créateur en second- dans ses choix de tuer, d'admirer, de dénoncer,. Comme Chateaubriand, on sent partout qu'on «lui a infligé la vie» et qu'il va le faire payer à Celui par qui tout est arrivé. Il apparaît d'ailleurs à un moment puisque Maldoror le provoque quasiment en combat singulier :
« Mais je ne me plaindrai pas. J'ai reçu la vie comme une blessure et j'ai défendu au suicide de guérir la cicatrice. Je veux que le Créateur en contemple, à chaque heure de son éternité, la crevasse béante. C'est le châtiment que je lui inflige. »
Maldoror participe du surhomme nietzschéen, le lion de Zarathoustra, celui qui s'impose, se révolte, et c'est par un cri en six chants qu'il le fait. La poésie en est extrêmement fouillée, imaginative, Lautréamont a absorbé les leçons de Baudelaire et du Rimbaud d'une Saison en Enfer et l'adapte en poésie lyrique, un peu hugolienne, où l'on sent que le souffle est infini tant la phrase est longue, il crée un monde nouveau à mi-chemin entre enfer et Eden fait de créatures qui ont une psychologie toute instinctive et poétique et constamment, il s'adresse au lecteur de 1874 (date de parution de l'ouvrage) soit pour s'excuser de son style parfois, soit pour le prévenir de ce qui va se passer. En ce sens, le début des Chants, renvoie un peu au début de la Divine Comédie où l'on dit en gros : « attention où vous mettez les pieds ! » car un guide va vous mener vers un gouffre, des régions encore inexplorées, dans un monde à part, un monde enfin à l'image de l'homme car la première création fut vraisemblablement une erreur.
Ne cherchons pas, dans les chants de Maldoror, une ligne narratrice ou même continue, chaque chant suffit sa peine et son lot de visions et de vitupérations, lisons le pour la beauté des mots choisis, le souffle absolu qui le parcourt pour nourrir notre propre révolte de notre condamnation à vivre.
«On ne me verra pas, à mon heure dernière (j'écris ceci sur mon lit de mort), entouré de prêtres. Je veux mourir, bercé par la vague de la mer tempétueuse ou debout sur la montagne… »

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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
marinos22898marinos22898   13 septembre 2016
Vieil océan, tu es si puissant, que les hommes l’ont appris à leurs propres dépens. Ils ont beau employer
toutes les ressources de leur génie...incapables de te dominer. Ils ont trouvé leur maître. Je dis qu’ils ont
trouvé quelque chose de plus fort qu’eux. Ce quelque chose a un nom. Ce nom est : l’océan ! La peur que tu
leur inspires est telle, qu’ils te respectent. Malgré cela, tu fais valser leurs plus lourdes machines avec grâce,
élégance et facilité. Tu leur fais faire des sauts gymnastiques jusqu’au ciel, et des plongeons admirables
jusqu’au fond de tes domaines : un saltimbanque en serait jaloux. Bienheureux sont-ils, quand tu ne les
enveloppes pas définitivement dans tes plis bouillonnants, pour aller voir, sans chemin de fer, dans tes
entrailles aquatiques, comment se portent les poissons, et surtout comment ils se portent eux-mêmes.
L’homme dit : «Je suis plus intelligent que l’océan.» C’est possible ; c’est même assez vrai ; mais l’océan lui
est plus redoutable que lui à l’océan : c’est ce qu’il n’est pas nécessaire de prouver. Ce patriarche observateur,
contemporain des premières époques de notre globe suspendu, sourit de pitié, quand il assiste aux combats
navals des nations. Voilà une centaine de léviathans qui sont sortis des mains de l’humanité. Les ordres
emphatiques des supérieurs, les cris des blessés, les coups de canon, c’est du bruit fait exprès pour anéantir
quelques secondes. Il paraît que le drame est fini, que l’océan a tout mis dans son ventre. La gueule est
formidable. Elle doit être grande vers le bas, dans la direction de l’inconnu ! Pour couronner enfin la stupide
comédie, qui n’est même pas intéressante, on voit, au milieu des airs, quelque cigogne, attardée par la
fatigue, qui se met à crier, sans arrêter l’envergure de son vol : «Tiens !... Je la trouve mauvaise ! Il y avait
en bas des points noirs ; j’ai fermé les yeux, ils ont disparu.» Je te salue, vieil océan !
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gavarneurgavarneur   03 janvier 2016
Depuis Racine, la poésie n' a pas progressé d'un millimètre . Elle a reculé. Grâce à qui? aux Grandes-Têtes-Molles de notre époque. Grâce aux femmelettes, Châteaubriand, le Mohican-Mélancolique ; Sénancourt, l'Homme-en-Jupon ; Jean-Jacques Rousseau, le Socialiste-Grincheur ; Anne Radcliffe, le Spectre-Toqué ; Edgar Poë, le Mameluck-des-Rèves-d'Alcool ; Mathurin, le Compère-des-Ténèbres ; Georges Sand, l'Hermaphrodite-Circoncis ; Théophile Gauthier, l'Incomparable-Epicier ; Leconte, le Captif-du-Diable ; Goethe, le Suicidé-pour-Pleurer ; Sainte-Beuve, le Suicidé-pour-Rire ; Lamartine, la Cigogne-Larmoyante ; Lermontoff, le Tigre-qui-Rugit ; Victor Hugo, le Funèbre-Echalas-Vert ; Misçkiéwicz, l'Imitateur-de-Satan ; Musset, le Gandin-sans-Chemise-Intellectuelle ; et Byron, l'Hippopotame-des-Jungles-Infernales.
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VACHARDTUAPIEDVACHARDTUAPIED   08 avril 2013
Au clair de la lune, près de la mer, dans les endroits
isolés de la campagne, l'on voit, plongé dans d'amères
réflexions, toutes les choses revêtir des formes jaunes,
indécises, fantastiques. L'ombre des arbres, tantôt vite,
tantôt lentement, court, vient, revient, par diverses formes,
en s'aplatissant, en se collant contre la terre. Dans le
temps, lorsque j'étais emporté sur les ailes de la jeunesse,
cela me faisait rêver, me paraissait étrange; maintenant, j'y
suis habitué. Le vent gémit à travers les feuilles ses notes
langoureuses, et le hibou chante sa grave complainte, qui
fait dresser les cheveux à ceux qui l'entendent. Alors, les
chiens, rendus furieux, brisent leurs chaînes, s'échappent
des fermes lointaines; ils courent dans la campagne, çà et
là, en proie à la folie.
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VACHARDTUAPIEDVACHARDTUAPIED   08 avril 2013
Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu
momentanément féroce comme ce qu'il lit, trouve, sans se
désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les
marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison;
car, à moins qu'il n'apporte dans sa lecture une logique
rigoureuse et une tension d'esprit égale au moins à sa
défiance, les émanations mortelles de ce livre imbiberont
son âme comme l'eau le sucre. Il n'est pas bon que tout le
monde lise les pages qui vont suivre ; quelques-uns seuls
savoureront ce fruit amer sans danger
+ Lire la suite
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thedoorsoftheperceptionthedoorsoftheperception   05 juin 2016
Il faut que la critique attaque la forme, jamais le fond de vos idées, de vos phrases. Arrangez-vous.
Les sentiments sont la forme du raisonnement la plus incomplète qu'on ne puisse imaginer
Toute l'eau de la mer ne suffirait pas à laver une tâche de sang intellectuelle
C'est le poète qui console l'humanité !

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Videos de Comte de Lautréamont (24) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Comte de Lautréamont
Julien Dimerman du département Littérature et art, service du Livre et de la littérature française vous propose un programme de lectures autour d'Henri Cartier-Bresson : « Mon coeur mis à nu », Baudelaire https://c.bnf.fr/OeQ « Les chants de Maldoror », Comte de Lautréamont https://c.bnf.fr/OeT « Nadja », André Breton https://c.bnf.fr/OeW
En savoir plus sur l'exposition Henri Cartier-Bresson. le Grand Jeu : https://www.bnf.fr/fr/agenda/henri-cartier-bresson
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