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Jean-Luc Steinmetz (Éditeur scientifique)
ISBN : 2253160733
Éditeur : Le Livre de Poche (15/01/2001)

Note moyenne : 4.13/5 (sur 629 notes)
Résumé :
Les amples strophes des six Chants de Maldoror, sorte d'épopée de la peur, des ténèbres et du mal, sont sans doute une oeuvre inclassable. Mais redécouvert par les surréalistes au début du siècle, largement commenté dans les années 60-70, le livre est devenu un classique, en même temps que les Poésies, ensemble de maximes et de réflexions sur la littérature qui ont été réinterprétées comme un texte essentiel de poétique et de critique. Cette édition, due à Jean-luc ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (37) Voir plus Ajouter une critique
PhilippeCastellain
  02 janvier 2017
Voila sans doute le bouquin le plus délirant qu'il m'ait jamais été donné d'ouvrir. Il serait totalement vain d'essayer de le faire rentrer dans une case.
Il y a un auteur dont on ne sait pratiquement rien, mais qui visiblement était un esprit brillant et doté d'une grande culture. Et par moment on se demande s'il n'a pas décidé de se payer subtilement la tête de son lecteur.
Les Chants font intervenir un très vaste vocabulaire, des descriptions minutieuses, et des visions d'une horreur totale. Qu'est-ce qui a bien pu lui arriver pour qu'il ait des idées pareilles ? Est-ce qu'il s'est donné comme défi de faire vomir son lecteur ?
Les textes s'enchainent avec une absence si complète de logique, et sont eux-même d'un manque si absolu de signification au premier abord, que résumer le livre relève du défi. Au second abord... Et bien on ne comprend pas plus. On dirait une oeuvre de cette "folie lucide" qu'aimaient tant les psychologues de l'époque.
On mesure la qualité d'écriture de l'auteur, on perçoit son ironie. Et on le regarde avec effarement étaler ses idées sur le papier.
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Allantvers
  10 mars 2017
La claque magistrale de mes quinze ans.
A cet âge où je me figurais découvrir le monde par la littérature, ce hurlement flamboyant de fureur et de violence qui m'a sauté au visage comme un démon délirant aurait eu de quoi me faire fuir et, de peur, refermer pour toujours l'univers des livres comme porte sur le monde.
Il n'en fut rien heureusement, et trente ans après c'est encore la beauté exaltée et vénéneuse qui me reste de ce texte unique et fou, qui compte parmi les incontournables.
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tiri_noiret
  27 mai 2018
Quelques mois d'études et réflexions sur l'oeuvre n'ont pas épuisé le sujet... Nous avions même pondu avec un ami quelque 100 pages sur le thème du cercle, du cycle et de l'ouragan, c'est dire !
Les chants sont ce qui a été écrit de plus définitif dans notre belle langue: le cri ultime de l'homme entre l'ange et la bête, l'effroyable condamnation de qui se rend compte qu'à décrire son semblable, il plonge dans un tourbillon (encore lui) indescriptible ou rien ne prendra forme, rien n'arrivera à sa fin, ne se structurera selon une pensée saine et consistante, rien de bon ne sortira sans son contraire.
Lautréamont, comme Diderot Dailleurs, a aussi touché du bout de sa plume un autre mystère de l'homo scribens à savoir que rien non plus ne s'écrira sans le lecteur. Aussi les Chants sont-ils avant tout un long dialogue avec un lecteur inéluctablement complice de la perversité décrite.
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lecassin
  28 août 2017
Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont, « Les chants de Maldoror » : je rencontre cet opus, à l'adolescence, il me semble, dans un roman de Troyat, « Les Eygletières » dont c'était le livre de chevet d'un des protagonistes …
De nombreuses citations émaillent en effet le roman ; des citations bizarres autant qu'étranges… sulfureuses… Vite, le libraire ! Il faut lire ça en intégralité : six « chants », divisés en 60 versets… C'est long...
Quarante ans plus tard, je n'ai toujours pas terminé cette lecture fastidieuse ; le sera-t-elle un jour ? J'en doute fort, tant le côté misanthrope jusqu'à l'outrance du texte me dérange. Ajoutons à cela mes difficultés avec tout ce qui touche de près ou de loin au surréalisme ; alors ici face à ce surréalisme gothique avant l'heure… Hum !
Il n'en reste pas moins que de temps à autre, au détour d'un rangement de bibliothèque, je « m'en refais » quelques pages, toujours aussi malaisées…
Il faut de tout, mais force est de constater que ce genre d'ouvrage ne me touche pas…
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hurledesanges
  25 août 2014
Né le 4 avril 1946 à Montevideo, en Uruguay, Le Comte de Lautréamont, de son vrai nom Isidore Lucien Ducasse, fait partie des écrivains de génie qui n'auront laissé que peu de travaux à la postérité. Mais, dans son cas, c'est son décès prématuré, à l'âge de vingt-quatre ans, qui aura été la cause du peu de matière laissée à la littérature, ce qui est d'autant plus triste que le peu qu'il a écrit le propulse au rang d'écrivain de génie.
On ne sait finalement que peu de chose de cet auteur qui a été publié en pointillé. Des informations sur sa scolarité et ses études, avec son lot d'incertitudes et de suppositions. Quelques points sur ses tentatives avortées de publication de son vivant. Des suspicions quant à sa consommation de cocaïne associée aux opiacés, ainsi qu'à une possible addiction. Des références éditoriales sombres et incertaines. L'ombre d'un père, François Ducasse commis-chancelier au consulat de France à Montevideo et un homme, dit-on, de grande culture. Une mère Jacquette Célestine Davezac, morte dans de sombres circonstances, le 9 décembre 1847 ; on évoque la possibilité d'un suicide. Ses adresses successives : le 32 rue Faubourg-Montmartre qu'il aurait quitté en 1870 pour le 15 rue Vivienne. La publication complète et l'impression en Belgique des six chants, fin août 1869, sans référence d'éditeur ni de distribution. On s'interroge sur les dédicaces de son premier recueil de poésie, et on se creuse la tête sur le quatrième nom – Louis Durcour – au point de se demander s'il n'y a pas eu une erreur de retranscription. Même son acte de décès a été rendu public, avec l'inscription "Sans autres renseignements" sous la date du 24 novembre 1970. Même les causes de la mort sont fouillées en profondeur : tuberculose, intoxication médicamenteuse au laudanum, suicide par ingestion volontaire d'une dose massive
En bref, tous les ingrédients pour rendre le mystère tenace et faire qu'aujourd'hui encore, des passionnés cherchent des informations comme des archéologues en quête de la moindre miette de cette vie trop courte, trop obscure ; un peu trop d'ombre pour les curieux.
Mais, en vérité, quelle importance. Tout ça n'a aucune importance au regard des quatre pièces de ses oeuvres complètes, à commencer par "Les Chants de Maldoror", au nombre de six, qui représentent une mine de mots associés d'une façon inédite encore à l'époque. Une brève série de courriers rassemblés dans un court assemblage titré "Lettres". Et puis la poésie, deux recueils simplement titrés "Poésie I" et "Poésie II", sur lesquels on peut encore voir indiqué :
"Prix : un franc".
Mais si l'on se penche bien sur la couverture du premier de ces fascicules, édités et vendus par la librairie Gabrie, dans le 9ème arrondissement, leur seul point de vente, on peut lire un texte introductif, en tous petits caractères, qui en dit long sur l'auteur… Bien plus que toutes les recherches biographiques du monde :
« Je remplace la mélancolie par le courage, le doute par la certitude, le désespoir par l'espoir, la méchanceté par le bien, les plaintes par le devoir, le scepticisme par la foi, les sophisme par la froideur du calme et l'orgueil par la modestie. »
Cette simple note de couverture résume le personnage mieux que tous les essais, les études de textes, les thèses, les antithèses et les synthèses. Et surtout, la curiosité pointilleuse de fouilleurs de tombes et de poubelles.
Isidore Ducasse ne connaîtra pas le succès de son vivant, et d'après moi, il n'en avait que faire. Il fait ce qu'il a fait avec simplicité déposant ses petits fascicules chez les libraires et se satisfaisant d'une publicité dans la Revue Populaire de Paris.
Alors qu'il soit mort d'une overdose au laudanum, volontaire ou pas, ou de la tuberculose, là ne sont pas les questions que l'on doit se poser. D'ailleurs, il n'y a aucune question à se poser. Il suffit de plonge dans les lignes, de voir briller la pointe du stylet de Maldoror et de trembler à chaque phrase ou le génie est omniprésent.
Finalement, il y a peut-être une question : quel trésors nous aurait offert Lautréamont si la mort ne l'avait pas frappé aussi jeune ?
C'est à peine imaginable…
Ghislain GILBERTI
"Le Cabaret du Néant"
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Citations et extraits (94) Voir plus Ajouter une citation
enkidu_enkidu_   29 juillet 2014
Ô pédérastes incompréhensibles, ce n’est pas moi qui lancerai des injures à votre grande dégradation ; ce n’est pas moi qui viendrai jeter le mépris sur votre anus infundibuliforme. Il suffit que les maladies honteuses, et presque incurables, qui vous assiègent, portent avec elles leur immanquable châtiment. Législateurs d’institutions stupides, inventeurs d’une morale étroite, éloignez-vous de moi, car je suis une âme impartiale.

Et vous, jeunes adolescents ou plutôt jeunes filles, expliquez-moi comment et pourquoi (mais, tenez-vous à une convenable distance, car, moi non plus, je ne sais pas résister à mes passions) la vengeance a germé dans vos cœurs, pour avoir attaché au flanc de l’humanité une pareille couronne de blessures. Vous la faites rougir de ses fils par votre conduite (que, moi, je vénère !) ; votre prostitution, s’offrant au premier venu, exerce la logique des penseurs les plus profonds, tandis que votre sensibilité exagérée comble la mesure de la stupéfaction de la femme elle-même.

Êtes-vous d’une nature moins ou plus terrestre que celle de vos semblables ? Possédez-vous un sixième sens qui nous manque ? Ne mentez pas, et dites ce que vous pensez. Ce n’est pas une interrogation que je vous pose ; car, depuis que je fréquente en observateur la sublimité de vos intelligences grandioses, je sais à quoi m’en tenir. Soyez bénis par ma main gauche, soyez sanctifiés par ma main droite, anges protégés par mon amour universel. Je baise votre visage, je baise votre poitrine, je baise, avec mes lèvres suaves, les diverses parties de votre corps harmonieux et parfumé. Que ne m’aviez-vous dit tout de suite ce que vous étiez, cristallisations d’une beauté morale supérieure ? Il a fallu que je devinasse par moi-même les innombrables trésors de tendresse et de chasteté que recélaient les battements de votre cœur oppressé. Poitrine ornée de guirlandes de roses et de vétyver.

Il a fallu que j’entr’ouvrisse vos jambes pour vous connaître et que ma bouche se suspendît aux insignes de votre pudeur. Mais (chose importante à représenter) n’oubliez pas chaque jour de laver la peau de vos parties, avec de l’eau chaude, car, sinon, des chancres vénériens pousseraient infailliblement sur les commissures fendues de mes lèvres inassouvies. Oh ! si au lieu d’être un enfer, l’univers n’avait été qu’un céleste anus immense, regardez le geste que je fais du côté de mon bas-ventre : oui, j’aurais enfoncé ma verge, à travers son sphyncter sanglant, fracassant, par mes mouvements impétueux, les propres parois de son bassin ! Le malheur n’aurait pas alors soufflé, sur mes yeux aveuglés, des dunes entières de sable mouvant ; j’aurais découvert l’endroit souterrain où gît la vérité endormie, et les fleuves de mon sperme visqueux auraient trouvé de la sorte un océan où se précipiter !

Mais, pourquoi me surprends-je à regretter un état de choses imaginaire et qui ne recevra jamais le cachet de son accomplissement ultérieur ? Ne nous donnons pas la peine de construire de fugitives hypothèses. En attendant, que celui qui brûle de l’ardeur de partager mon lit vienne me trouver ; mais, je mets une condition rigoureuse à mon hospitalité : il faut qu’il n’ait pas plus de quinze ans. Qu’il ne croie pas de son côté que j’en ai trente ; qu’est-ce que cela y fait ? L’âge ne diminue pas l’intensité des sentiments, loin de là ; et, quoique mes cheveux soient devenus blancs comme la neige, ce n’est pas à cause de la vieillesse : c’est, au contraire, pour le motif que vous savez.

Moi, je n’aime pas les femmes ! Ni même les hermaphrodites ! Il me faut des êtres qui me ressemblent, sur le front desquels la noblesse humaine soit marquée en caractères plus tranchés et ineffaçables ! Êtes-vous certain que celles qui portent de longs cheveux, soient de la même nature que la mienne ? Je ne le crois pas, et je ne déserterai pas mon opinion. Une salive saumâtre coule de ma bouche, je ne sais pas pourquoi. Qui veut me la sucer, afin que j’en sois débarrassé ? Elle monte… elle monte toujours ! Je sais ce que c’est. J’ai remarqué que, lorsque je bois à la gorge le sang de ceux qui se couchent à côté de moi (c’est à tort que l’on me suppose vampire, puisqu’on appelle ainsi des morts qui sortent de leur tombeau ; or, moi, je suis un vivant), j’en rejette le lendemain une partie par la bouche : voilà l’explication de la salive infecte. Que voulez-vous que j’y fasse, si les organes, affaiblis par le vice, se refusent à l’accomplissement des fonctions de la nutrition ? Mais, ne révélez mes confidences à personne. Ce n’est pas pour moi que je vous dis cela ; c’est pour vous-même et les autres, afin que le prestige du secret retienne dans les limites du devoir et de la vertu ceux qui, aimantés par l’électricité de l’inconnu, seraient tentés de m’imiter.

Ayez la bonté de regarder ma bouche (pour le moment, je n’ai pas le temps d’employer une formule plus longue de politesse) ; elle vous frappe au premier abord par l’apparence de sa structure, sans mettre le serpent dans vos comparaisons ; c’est que j’en contracte le tissu jusqu’à la dernière réduction, afin de faire croire que je possède un caractère froid. Vous n’ignorez pas qu’il est diamétralement opposé. Que ne puis-je regarder à travers ces pages séraphiques le visage de celui qui me lit. S’il n’a pas dépassé la puberté, qu’il s’approche. Serre-moi contre toi, et ne crains pas de me faire du mal ; rétrécissons progressivement les liens de nos muscles. Davantage. Je sens qu’il est inutile d’insister ; l’opacité, remarquable à plus d’un titre, de cette feuille de papier, est un empêchement des plus considérables à l’opération de notre complète jonction. Moi, j’ai toujours éprouvé un caprice infâme pour la pâle jeunesse des collèges, et les enfants étiolés des manufactures ! Mes paroles ne sont pas les réminiscences d’un rêve, et j’aurai trop de souvenirs à débrouiller, si l’obligation m’était imposée de faire passer devant vos yeux les événements qui pourraient affermir de leur témoignage la véracité de ma douloureuse affirmation.

La justice humaine ne m’a pas encore surpris en flagrant délit, malgré l’incontestable habileté de ses agents. J’ai même assassiné (il n’y a pas longtemps !) un pédéraste qui ne se prêtait pas suffisamment à ma passion ; j’ai jeté son cadavre dans un puits abandonné, et l’on n’a pas de preuves décisives contre moi. Pourquoi frémissez-vous de peur, adolescent qui me lisez ? Croyez-vous que je veuille en faire autant envers vous ? Vous vous montrez souverainement injuste… Vous avez raison : méfiez-vous de moi, surtout si vous êtes beau. Mes parties offrent éternellement le spectacle lugubre de la turgescence ; nul ne peut soutenir (et combien ne s’en ont-ils pas approchés !) qu’il les a vues à l’état de tranquillité normale, pas même le décrotteur qui m’y porta un coup de couteau dans un moment de délire. L’ingrat ! Je change de vêtements deux fois par semaine, la propreté n’étant pas le principal motif de ma détermination. Si je n’agissais pas ainsi, les membres de l’humanité disparaîtraient au bout de quelques jours, dans des combats prolongés. En effet, dans quelque contrée que je me trouve, ils me harcèlent continuellement de leur présence et viennent lécher la surface de mes pieds. Mais, quelle puissance possèdent-elles donc, mes gouttes séminales, pour attirer vers elles tout ce qui respire par des nerfs olfactifs ! Ils viennent des bords des Amazones, ils traversent les vallées qu’arrose le Gange, ils abandonnent le lichen polaire, pour accomplir de longs voyages à ma recherche, et demander aux cités immobiles, si elles n’ont pas vu passer, un instant, le long de leurs remparts, celui dont le sperme sacré embaume les montagnes, les lacs, les bruyères, les forêts, les promontoires et la vastitude des mers !

Le désespoir de ne pas pouvoir me rencontrer (je me cache secrètement dans les endroits les plus inaccessibles, afin d’alimenter leur ardeur) les porte aux actes les plus regrettables. Ils se mettent trois cent mille de chaque côté, et les mugissements des canons servent de prélude à la bataille. Toutes les ailes s’ébranlent à la fois, comme un seul guerrier. Les carrés se forment et tombent aussitôt pour ne plus se relever. Les chevaux effarés s’enfuient dans toutes les directions. Les boulets labourent le sol, comme des météores implacables. Le théâtre du combat n’est plus qu’un vaste champ de carnage, quand la nuit révèle sa présence et que la lune silencieuse apparaît entre les déchirures d’un nuage. Me montrant du doigt un espace de plusieurs lieues recouvert de cadavres, le croissant vaporeux de cet astre m’ordonne de prendre un instant, comme le sujet de méditatives réflexions, les conséquences funestes qu’entraîne, après lui, l’inexplicable talisman enchanteur que la Providence m’accorda. Malheureusement que de siècles ne faudra-t-il pas encore, avant que la race humaine périsse entièrement par mon piège perfide !

C’est ainsi qu’un esprit habile, et qui ne se vante pas, emploie, pour atteindre à ses fins, les moyens mêmes qui paraîtraient d’abord y porter un invincible obstacle. Toujours mon intelligence s’élève vers cette imposante question, et vous êtes témoin vous-même qu’il ne m’est plus possible de rester dans le sujet modeste qu’au commencement j’avais le dessein de traiter. Un dernier mot… c’était une nuit d’hiver. Pendant que la bise sifflait dans les sapins, le Créateur ouvrit sa porte au milieu des ténèbres et fit entrer un pédéraste.
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UnityUnity   01 février 2013
« Hélas ! Qu’est-ce donc que le bien et le mal ! Est-ce une même chose par laquelle nous témoignons avec rage notre impuissance, et la passion d’atteindre à l’infini par les moyens même les plus insensés ? Ou bien sont-ce deux choses différentes ? Oui… que ce soit plutôt une même chose… car sinon que deviendrais-je au jour du jugement ! Adolescent, pardonne-moi ; c’est celui qui est devant ta figure noble et sacrée, qui a brisé tes os et déchiré les chairs qui pendent à différents endroits de ton corps. Est-ce un délire de ma raison malade, est-ce un instinct secret qui ne dépend pas de mes raisonnements, pareil à celui de l’aigle déchirant sa proie, qui m’a poussé à commettre ce crime ; et pourtant, autant que ma victime, je souffrais ! Adolescent, pardonne-moi. Une fois sorti de cette vie passagère, je veux que nous soyons entrelacés pendant l’éternité ; ne former qu’un seul être, ma bouche collée à ta bouche. Même, de cette manière, ma punition ne sera pas complète. Alors, tu me déchireras, sans jamais t’arrêter, avec les dents et les ongles à la fois. Je parerai mon corps de guirlandes embaumées, pour cet holocauste expiatoire ; et nous souffrirons tous les deux, moi, d’être déchiré, toi, de me déchirer… ma bouche collée à ta bouche. O adolescent, aux cheveux blonds, aux yeux si doux, feras-tu ce que je te conseille ? Malgré toi, je veux que tu le fasses, et tu rendras heureuse ma conscience. » Après avoir parlé ainsi, en même temps tu auras fait le mal à un être humain, et tu seras aimé du même être : c’est le bonheur le plus grand qu’on puisse concevoir. Plus tard, tu pourras le mettre à l’hôpital ; car le perclus ne pourra pas gagner sa vie. On t’appellera bon, et les couronnes de laurier et les médailles d’or cacheront tes pieds nus, épars sur la grande tombe, à la vieille figure. O toi dont je ne veux pas écrire le nom sur cette page qui consacre la sainteté du crime, je sais que ton pardon fut immense comme l’univers. Mais, moi, j’existe encore !
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AVAV   15 août 2012
Malheur au cachalot qui se battrait contre un pou. Il serait dévoré en un clin d'oeil, malgré sa taille. Il ne resterait pas la queue pour annoncer la nouvelle. L'éléphant se laisse caresser. Le pou, non. Je ne vous conseille pas de tenter cet essai périlleux. Gare à vous, si votre main est poilue, ou que seulement elle soit composée de chair. C'en est fait de vos doigts. Ils craqueront comme s'ils étaient à la torture. La peau disparaît par un étrange enchantement. Les poux sont incapables de commettre autant de mal que leur imagination en médite. Si vous trouvez un pou dans votre route, passez votre chemin, et ne lui léchez pas les papilles de la langue. Il vous arriverait quelque accident. Cela s'est vu. N'importe, je suis déjà content de la quantité de mal qu'il te fait, ô race humaine ; seulement, je voudrais qu'il t'en fît davantage.
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ColonelColonel   23 janvier 2011
Moi, comme les chiens, j’éprouve le besoin de l’infini… Je ne puis, je ne puis contenter ce besoin ! Je suis fils de l’homme et de la femme, d’après ce qu’on m’a dit. Ça m’étonne… je croyais être davantage ! Au reste, que m’importe d’où je viens ? [...]
Chaque matin, quand le soleil se lève pour les autres, en répandant la joie et la chaleur dans toute la nature, tandis qu’aucun de mes traits ne bouge, en regardant fixement l’espace plein de ténèbres, accroupi vers le fond de ma caverne aimée, dans un désespoir qui m’enivre comme le vin, je meurtris de mes puissantes mains ma poitrine en lambeaux. Pourtant, je sens que je ne suis pas atteint de la rage ! Pourtant, je sens que je ne suis pas le seul qui souffre ! Pourtant, je sens que je respire ! Comme un condamné qui essaie ses muscles, en réfléchissant sur leur sort, et qui va bientôt monter à l’échafaud.
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chartelchartel   08 février 2008
Race stupide et idiote ! Tu te repentiras de te conduire ainsi. C’est moi qui te le dis. Tu t’en repentiras, va ! tu t’en repentiras. Ma poésie ne consistera qu’à attaquer, par tous les moyens, l’homme, cette bête fauve, et le Créateur, qui n’aurait pas dû engendrer une pareille vermine. Les volumes s’entasserons sur les volumes, jusqu’à la fin de ma vie, et, cependant, l’on n’y verra que cette seule idée, toujours présente à ma conscience !
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Videos de Comte de Lautreamont (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Comte de Lautreamont
"Cachalot" est un roman tour à tour aussi précis qu?Alain Bombard dans "Naufragé Volontaire" et aussi inquiétant que Lautréamont dans les "Chants de Maldoror". « Vois ! Regarde ! Les images diffusées : ce camion blanc avançant dans la foule et dévorant les corps ; le conducteur relançant sa machine quand elle ralentit, détruisant la vie. Je ne sais pourquoi, j?ai absolument, tout de suite, associé le camion à Moby Dick» L?attentat de Nice choque tellement l?homme qui parle qu?il s?embarque avec fièvre sur son voilier en Méditerranée et file vers les Açores à la recherche du monstre à terrasser, comme une image du mal qui ronge notre monde. Une odyssée en solitaire, où il parlera aux éléments, aux animaux et à des naufragés, morts ou vivants, avant de croiser son destin. Un voyage initiatique plein de fantaisie et de gravité, comme un conte philosophique.
Daniel Besace est né en 1970 à Brest. Devenu mousse à 16 ans, il fait le tour du monde comme timonier sur un navire militaire. À 27 ans, il marche de Bayonne à Saint Malo en quarante jours, expérience racontée dans Océan. En 1998, il fait le tour de la péninsule Ibérique à vélo, 5500 kilomètres en 55 jours. En 2005, il fonde la maison d'édition artisanale Carnets-Livres, qui a fabriqué 15 000 livres à la main. Des exemplaire de "Cachalot" sont disponibles en spécimen de presse pour les booktubers qui souhaiteraient faire une critique du livre!
Une vidéo de Soraya Belkhiria et Aurélien Pontillo
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