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EAN : 9782070462070
288 pages
Éditeur : Gallimard (20/07/2015)

Note moyenne : 4.04/5 (sur 130 notes)
Résumé :
Elle se nomme Hélène, mais se fait appeler Joe parce qu’elle veut vivre en garçon comme lady Oscar, son héroïne de dessins animés préférés qui est le capitaine de la garde rapprochée de Marie-Antoinette. Comme elle, elle aimerait vivre à une autre époque et réaliser de grands exploits, car elle a l’âme romantique et un imaginaire avide de grands drames. Mais elle doit se contenter de passer les journaux, puis de travailler comme serveuse dans une salle de bingo. Apr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (37) Voir plus Ajouter une critique
le_Bison
  11 août 2017
Un vieux, un peu grincheux, un peu solitaire, assis sur sa chaise rouillée sur sa terrasse. Il regarde la rue, n'en a rien à foutre, observe en silence, une ‘tite bière frette à la main. Il n'a jamais regardé un épisode de Lady Oscar. Tout ce qui l'intéresse, lui, c'est sa bière, et la bonne température de sa bière. Il attend juste que la mort vienne le chercher, avec sa bière frette. Et il espère qu'elle viendra rapidement.
- Dis, c'est quoi un sandwich à la crème glacée ?
Et pis, y'a Hélène qui veut qu'on l'appelle Joe. Un prénom masculin pour faire comme Lady Oscar du temps de la splendeur de Versailles. Elle ne rate pas un épisode de ce manga japonais et se rejoue dans sa tête et dans sa vie les scenarii, les dangers et les actes de courage de cette lady élevée comme un garçon. Lady Oscar, c'est son initiation à la vie.
Entre ces deux-là, une certaine connivence va s'installer. Ils vont s'apprivoiser. Ils vont apprendre à se connaître. Il faudra quelques temps pour qu'ils s'apprécient vraiment, mais une fois l'amitié scellée, cela sera un bonheur de les voir converser. Elle n'a que huit ans, même si elle déclare en avoir dix. Elle rêve d'exploits assez dignes pour sauver Marie-Antoinette des malversations de son entourage. Sauf qu'elle doit se contenter de livrer des journaux ou de servir des bières frettes dans une salle de bingo. Il n'attend plus rien de la vie, si ce n'est qu'elle lui foutte la paix (la vie) en s'évadant rapidement de son corps déjà froid (tiens, une douleur dans le bras gauche, sueurs et palpitations, serait-ce le bon moment).
La mère de Joe est très occupée de par ses activités, elle ne plaisante pas à la maison, discipline discipline, un point c'é toute. Son père, finalement peu présent, est occupé à être triste et malheureux. Joe se retrouve donc souvent livrée à elle-même, avec petits boulots contraignants et éreintants, juste pour gagner quelques piastres et aider sa famille à vivre mieux dans ce quartier populaire et ouvrier.
Le vieux Roger se dit vieux, se dit prêt à mourir, mais en attendant est toujours présent pour aider Joe ou sa famille, toujours là pour un bon conseil, un coup de main, ou une épaule sur laquelle Joe pourra épancher ses rêves ou son spleen. Je l'aime bien ce Roger, je sens qu'il me ressemble, en plus il est fort en sacrement, il me fait sourire, cet ours mal léché qui au fond a bon fond.
Connivence, j'ai déjà dit. Amitié solide, épaules partagées. Quelle tendresse à les voir se quereller gentiment ou rire gaiement, ou regarder les étoiles et la lune en dégustant un sandwich à la crème glacée (alors oui, si tu es comme moi, tu te demandes ce qu'est un sandwich à la crème glacée ; parce que non avant ce roman je ne savais pas ce qu'était un sandwich à la crème glacée, pourquoi pas deux tranches de pain avec une glace à l'intérieur…les québécois ont parfois de drôles d'idées)
Hélène est un tout petit bout de femme pas encore femme mais qui grandit trop vite pour pouvoir aider toute sa famille. Roger est cet homme qui aurait pu devenir aigri et acariâtre en attendant la mort si son chemin n'avait pas croisé celui de Joe. Et entre les deux et une plume tout en douceur, en gentils jurons et en franc parler du Québec, ce petit roman est une petite douceur d'émotion et de bons sentiments.
- Putain que ça a l'air bon un sandwich à la crème glacée…
Et je crois qu'à la fin de ma bière frette, je me souviendrais longtemps de leur histoire et de ce maudit Saint-Cibolaque d'ostie de christie de Viarge de Saint-Sacrament. Toute la poésie du monde québécois en un juron, comme des marshmallows au sirop d'érable crépitant sur un pic autour d'un feu de camp, une mélodie de Roch Voisine crépitant du poste de radio.
Ce roman, 50 % sirop d'érable, 50 % joual !

Lien : https://memoiresdebison.blog..
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rabanne
  17 mai 2019
Une bien jolie découverte que ce roman québécois !
Hélène, qui préfère qu'on l'appelle Joe dans la vie, se rêve en "Lady Oscar". Grâce à son héroïne, elle croit qu'elle peut affronter toutes les vicissitudes de sa jeune existence, de 8 ans...
Grandir, c'est se confronter au monde compliqué des adultes. Mature avant l'âge, elle puise dans la solidité de sa mère la force d'accepter entre autres, avec ses trois soeurs, le chagrin et les fragilités de son père.
Un tas d'autres personnages gravitent autour de Joe... Dont Roger, son drôle d'ange gardien, avec sa philosophie toute (bin) personnelle de la vie.
C'est donc la vie animée d'un quartier que l'on savoure dans ce roman, à travers le regard d'une pré-adolescente facétieuse et sensible, au gré du quotidien et de cette "parlure" si colorée et irrésistible.
Un récit extrêmement humain, qui m'a beaucoup touchée par sa vivacité, son réalisme et sa tendresse.
Marie-Renée Lavoie, de sa plume douce-amère, aborde des thèmes aussi intimes qu'universels : l'éducation, l'adolescence, les rapports intergénérationnels, l'amitié, le deuil, la confiance en soi, la quête d'identité...
Une auteure dont je poursuivrai la lecture, car ce n'est que du bonheur, et c'é toute !!
(@le_Bison : merci pour l'échange de livres ;p)
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Mimeko
  07 mars 2019
La petite Hélène six ans au début du roman, voudrait être un garçon, elle s'est rendu compte que les filles sont moins libres - elle se fait appeler Joe - mais c'est surtout pour être comme son modèle, Lady Oscar, ce personnage de manga japonais, une jeune fille déguisée en homme - flanquée d'André, son amoureux qui n'ose se déclarer - qui défend Marie-Antoinette, oui, la Reine de France, rien que ça !. Avec un caractère bien trempé et une maturité étonnante, elle observe tantôt avec humour, tantôt avec bienveillance, les personnages souvent hauts en couleur du quartier...Une gamine délurée et sensible avec la verve d'une Zazie dans le métro, la débrouillardise de Juno, dans sa façon de voir le monde entre étonnement, philosophie candide et empathie, avec son franc-parler québecois. Quand Roger, un octogénaire grincheux qui ne peut pas parler sans utiliser au moins cinq jurons dans une même phrase, s'installe sur sa vieille chaise, en face de la maison familiale, expliquant à tous, qu'il n'attend que la mort, il ne peut que captiver la gamine...
Marie-Renée Lavoie avec La petite et le vieux propose un récit tendre, attachant et drôle mettant en scène une galerie de personnages hauts en couleur, dans la famille de la gamine, le père souvent dépressif, la mère qui paraît dure mais agit comme une mère poule pour protéger ses quatre filles, Roger, le vieux qui veille sur cette petite fille aventureuse, idéaliste, la tête pleine d'actions de bravoure. Une petite qui mêle maturité, naïveté candide et générosité à toute épreuve pour sa famille. Et l'on suit les aventures réelles et imaginaires de cette petite, des aventures et des personnages qui vont l'accompagner et la faire grandir.
La petite et le vieux est un roman d'apprentissage dans lequel la truculence des dialogues québecois, la narration tantôt humoristique tantôt tendre, la légèreté profonde et toute l'intelligence de Marie-Renée Lavoie font de ce récit un vrai coup de coeur.
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kuroineko
  17 novembre 2019
Tout d'abord, un grand grand merci à Claire, super bibliothécaire, qui a suscité en moi l'envie de m'envoler pour la Belle Province en me parlant avec enthousiasme de ce livre qu'elle était en train de lire. Une très belle découverte que la plume vive et imagée de Marie-Renée Lavoie.
Sa narratrice est une fillette de huit ans au début du récit. Prénommée Hélène, elle préfère qu'on l'appelle Joe, voudrait renoncer à sa condition féminine pour devenir un homme, ce qui lui paraît plus commode pour s'en sortir dans la vie. Elle voue une adoration infinie pour le personnage du dessin animé Lady Oscar, à la fois modèle de courage et d'héroïsme, et refuge mentale contre les désillusions trop voyantes.
En effet, Hélène/Joe est " handicapée d'une hyperlucidité qui me volait toute forme d'insouciance salutaire." du haut de ses jeunes années, elle regarde avec une grande maturité la réalité telle qu'elle est : l'état dépressif allant croissant de son père enseignant, la dureté de sa mère pour maintenir le cap, l'argent qui manque pour la faire vivre, ainsi que ses parents et ses trois soeurs.
Alors elle ment sur son âge et, dès dix ans, se lance dans des petits boulots, éreintants pour une gamine, mais par lesquels elle bâtit son courage et son endurance, à l'image de son idole aux longs cheveux et à l'épée invincible.
Et puis il y a Roger, le "vieux" du titre, qui passe ses journées assis sur une chaise devant son immeuble, à siroter des bières et à taquiner avec succès la petite Joe. Les réparties entre ces deux-là sont savoureuses. Les jurons que le vieil homme profère à longueur de temps se heurtent à des répliques implacables de Joe. C'est aussi comme ça que se construisent les belles amitiés.
J'ai adoré suivre la petite et le vieux, ainsi que Ti-pou, Margot et même l'irascible Jeanne - les trois autres soeurs -, la mère, le vieux Fred et le dépanneur Papillon (rien à voir avec le dépannage automobile ou d'électroménager, c'est l'épicier ouvert jusque tard... qui dépanne), etc.
Le langage parlé, en québécois, aspect "exotique" depuis mon côté de l'Atlantique, est un pur régal de fraîcheur, de vivacité et d'émotions. de réflexions aussi puisque la gamine se montre bien plus raisonnée et lucide sur la vie et l'âge adulte que bien des grandes personnes. Un peu triste parfois de ne pouvoir se laisser aller à l'insouciance de son âge mais sa force et sa volonté transmuent les désillusions de l'enfance en courage pour arranger le mieux possible les choses.
Une bien belle âme dans ce petit bout de femme donc et une chouette histoire d'amitié avec le vieux grincheux de Roger dont les "p'tite vermine" et autre "maudite" sont des paroles qui viennent du coeur et touchent la corde sensible.
Si ce n'est déjà fait, jetez vous vite sur ce roman qui fait beaucoup de bien... et vous colle le générique de Lady Oscar dans le crâne pour des heures!!!
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Moan
  14 décembre 2014
La narratrice, dans un langage savoureux raconte sa vie d'enfant de huit ans au Québec.
Sa mère inflexible lorsque l'on arrive en retard pour le souper: "Quand on n'arrive pas à l'heure, on passe en dessous de la table. C'é toute." Et quand la mère a dit "C'é toute" , il n'y a rien à ajouter.
Son père professeur qui ne demande jamais rien, qui se contente de ce qu'on lui offre.
Et surtout Monsieur Roger, son voisin solitaire installé dans un vieux fauteuil à descendre des grosses bières, scander des jurons, mais toujours là pour aider en cas de coup dur . Il est toujours prêt à donner ses conseils à la petite, comme celui d'acheter un steak pour soigner ses crampes, seulement le boucher vend juste du steak à manger...
Petit à petit , la petite, Hélène, se rapproche de Monsieur Roger.
Ce roman est drôle,tendre, l'écriture savoureuse, en un mot : un régal!
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Citations et extraits (56) Voir plus Ajouter une citation
le_Bisonle_Bison   12 juin 2017
- Y est ben de bonne heure pour boire une grosse bière de même !
- Sacrament, qu'est-ce tu veux, j'haïs le café. Ça me donne des brûlements d'estomac.
- Prends du Pepto-Bismol.
- Ha ! ha ! ha ! C'é quoi ton nom, p'tite vermine ?
- J'ai pas de nom, gros soûlon.
- Ha ! ha ! ha ! Une p'tite comique ! Je sens que j'vas aimer ça icitte.
- Tu vas-tu rester ici pour de vrai ?
- T'as-tu quèque chose contre ça, toé ?
- Ma mère aime pas ben gros le monde qui sacre comme toi. Tu vas te faire ramasser, tu vas voir.
- C'é ta mère tabarnak, pas la mienne.
- Ouin, mais ma mère est capable de runner le monde autour quand ça fait pas son affaire. Pis tu vas prendre ton trou avec elle. Tchèque ben.
- Ben content d'entendre ça, ça fait longtemps que j'ai pas pris mon trou.
A cet âge-là, je ne pouvais pas tout saisir, mais je comprenais très bien qu'il se foutait éperdument et de ma mère et de ma gueule.
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rabannerabanne   16 mai 2019
Il laissait toujours de longs silences, entre deux phrases, ce qui donnait souvent à penser qu'il avait terminé alors qu'il laissait plutôt à ses mots le temps de se poser dans l'esprit de son interlocuteur et de se transformer en intervention pertinente. Ce n'était pas long, selon lui; on échangeait seulement moins d'informations superflues qui freinaient inutilement l'acte de communication. (...) Mais les gens s'empressaient généralement de remplir les trous avec des vétilles qui faisaient souvent regretter le silence.
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le_Bisonle_Bison   16 juin 2017
- Me semble que t’as l’air un peu maganée, ‘tite vermine.
- C’est parce que j’ai mal aux chevilles à cause des escaliers. C’est enflé de ce bord-là.
- Fais-toé une p’tite eau de mer pis mets-toé le pied dedans par shot de vingt minutes. Ça va désenfler assez vite.
- Où est-ce que je la prends, l’eau de mer ?
- Faut que tu la fasses, la mer est trop loin. Remplis une chaudière d’eau ben frette, pis mets ben du gros sel dedans. Ça va faire pareil.
+ Lire la suite
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rabannerabanne   13 mai 2019
Pas de grand héros sans bourrasques de vent, dans les dessins animés japonais. Pas de drame sans saccage de mise en plis. Quoi de plus convaincant, d'ailleurs, qu'un cheveu ébouriffé pour évoquer le courage, la force de caractère du guerrier qui résiste aux méchants symbolisés par ce vent qui se démène en vain. Dans l'air immobile, tout nous échappe, les japonais l'ont compris.
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le_Bisonle_Bison   14 juillet 2017
- Tiens.
- Encore toé…
- Tiens.
- C’é quoi ça ?
- Un livre.
- Un cadeau ?
- Mais non, franchement, c’est juste un livre ?
- Ah. J’en veux pas. Je lis pas.
- Pourquoi ?
- Parce que j’haïs ça.
- Pourquoi t’haïs ça ?
- T’aurais dû m’amener de la bière, une bonne ‘tite bière frette.
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Plus d'infos sur : https://www.jailupourelle.com/collections/lj.html
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