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EAN : 9782070462070
288 pages
Gallimard (20/07/2015)
3.92/5   215 notes
Résumé :
Elle se nomme Hélène, mais se fait appeler Joe parce qu’elle veut vivre en garçon comme lady Oscar, son héroïne de dessins animés préférés qui est le capitaine de la garde rapprochée de Marie-Antoinette. Comme elle, elle aimerait vivre à une autre époque et réaliser de grands exploits, car elle a l’âme romantique et un imaginaire avide de grands drames. Mais elle doit se contenter de passer les journaux, puis de travailler comme serveuse dans une salle de bingo. Apr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (49) Voir plus Ajouter une critique
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Depuis que ma fille vit à Montréal, l'envie m'est venue de connaître un peu la littérature de "nos cousins" comme ils nous appellent gentiment.
Ma fille m'a donc rapporté et offert pour mon petit noël : La petite et le vieux.
J'ai été très rapidement conquise par ce petit roman très rafraîchissant, d'une écriture mêlée de tendresse et d'ironie.
La petite , c'est une petite fille de huit ans qui vit dans un quartier populaire de Montréal dans les années 80. Elle a trois soeurs et des parents qui tirent un peu le diable par la queue mais une famille aimante.
Et, puis, il y a ce petit vieux qui regarde passer la vie, le plus souvent dehors, sur une chaise défoncée qui lui rappelle des jours heureux.
Ce récit est très attachant par tous ces non-dits sur la fragilité des relations humaines néanmoins des liens filiaux, amicaux se tissent au quotidien ,l'air de rien.
J'ai été parfois déstabilisée par le vocabulaire québécois employé, ainsi j'ai mis un certain temps à comprendre qu'un "cabaret" n'est autre qu'un plateau, qu'on peut "sacrer" et autres mots d'une consonance un peu mystérieuse pour moi.
J'ai beaucoup aimé ce récit qui donne la part belle à l'enfance, à l'imaginaire qui permet de rendre la vie plus douce quelque fois.
C'est avec plaisir que je lirai le deuxième roman de Marie-Renée Lavoie intitulé : le syndrome de la vis.
Le titre est d'ailleurs déjà tout un programme.
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Un vieux, un peu grincheux, un peu solitaire, assis sur sa chaise rouillée sur sa terrasse. Il regarde la rue, n'en a rien à foutre, observe en silence, une ‘tite bière frette à la main. Il n'a jamais regardé un épisode de Lady Oscar. Tout ce qui l'intéresse, lui, c'est sa bière, et la bonne température de sa bière. Il attend juste que la mort vienne le chercher, avec sa bière frette. Et il espère qu'elle viendra rapidement.

- Dis, c'est quoi un sandwich à la crème glacée ?

Et pis, y'a Hélène qui veut qu'on l'appelle Joe. Un prénom masculin pour faire comme Lady Oscar du temps de la splendeur de Versailles. Elle ne rate pas un épisode de ce manga japonais et se rejoue dans sa tête et dans sa vie les scenarii, les dangers et les actes de courage de cette lady élevée comme un garçon. Lady Oscar, c'est son initiation à la vie.

Entre ces deux-là, une certaine connivence va s'installer. Ils vont s'apprivoiser. Ils vont apprendre à se connaître. Il faudra quelques temps pour qu'ils s'apprécient vraiment, mais une fois l'amitié scellée, cela sera un bonheur de les voir converser. Elle n'a que huit ans, même si elle déclare en avoir dix. Elle rêve d'exploits assez dignes pour sauver Marie-Antoinette des malversations de son entourage. Sauf qu'elle doit se contenter de livrer des journaux ou de servir des bières frettes dans une salle de bingo. Il n'attend plus rien de la vie, si ce n'est qu'elle lui foutte la paix (la vie) en s'évadant rapidement de son corps déjà froid (tiens, une douleur dans le bras gauche, sueurs et palpitations, serait-ce le bon moment).

La mère de Joe est très occupée de par ses activités, elle ne plaisante pas à la maison, discipline discipline, un point c'é toute. Son père, finalement peu présent, est occupé à être triste et malheureux. Joe se retrouve donc souvent livrée à elle-même, avec petits boulots contraignants et éreintants, juste pour gagner quelques piastres et aider sa famille à vivre mieux dans ce quartier populaire et ouvrier.

Le vieux Roger se dit vieux, se dit prêt à mourir, mais en attendant est toujours présent pour aider Joe ou sa famille, toujours là pour un bon conseil, un coup de main, ou une épaule sur laquelle Joe pourra épancher ses rêves ou son spleen. Je l'aime bien ce Roger, je sens qu'il me ressemble, en plus il est fort en sacrement, il me fait sourire, cet ours mal léché qui au fond a bon fond.

Connivence, j'ai déjà dit. Amitié solide, épaules partagées. Quelle tendresse à les voir se quereller gentiment ou rire gaiement, ou regarder les étoiles et la lune en dégustant un sandwich à la crème glacée (alors oui, si tu es comme moi, tu te demandes ce qu'est un sandwich à la crème glacée ; parce que non avant ce roman je ne savais pas ce qu'était un sandwich à la crème glacée, pourquoi pas deux tranches de pain avec une glace à l'intérieur…les québécois ont parfois de drôles d'idées)

Hélène est un tout petit bout de femme pas encore femme mais qui grandit trop vite pour pouvoir aider toute sa famille. Roger est cet homme qui aurait pu devenir aigri et acariâtre en attendant la mort si son chemin n'avait pas croisé celui de Joe. Et entre les deux et une plume tout en douceur, en gentils jurons et en franc parler du Québec, ce petit roman est une petite douceur d'émotion et de bons sentiments.

- Putain que ça a l'air bon un sandwich à la crème glacée…

Et je crois qu'à la fin de ma bière frette, je me souviendrais longtemps de leur histoire et de ce maudit Saint-Cibolaque d'ostie de christie de Viarge de Saint-Sacrament. Toute la poésie du monde québécois en un juron, comme des marshmallows au sirop d'érable crépitant sur un pic autour d'un feu de camp, une mélodie de Roch Voisine crépitant du poste de radio.
Ce roman, 50 % sirop d'érable, 50 % joual !

Lien : https://memoiresdebison.blog..
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Hélène veut mener une vie de garçon dynamique et responsable. Elle se fait appeler Joe.
Responsable ? Elle veut surtout aider ses parents en amenant un peu d'argent dans le foyer pour diminuer la peine qu'elle lit sur le visage de son père, pourtant un enseignant mais vivant dans la misère.
Et c'est ainsi qu'elle devient porteuse de journaux à bicyclette.
Ses rencontres lors de ses tournées sont très savoureuses au niveau des dialogues, des descriptions, des situations et des personnages hauts en couleur.
La plus belle rencontre se fait avec Roger, un homme âgé qui sous ses airs de la rudoyer, réfléchit avec elle, arrive à la soigner avec des remèdes d'antan . Les dialogues avec lui vont aider la fillette à se construire.
Ils parlent ensemble de la mort lorsque Fred un homme âgé qu'elle voyait chaque jour va mourir. Joe nous dit que c'est la première fois qu'elle connaît quelqu'un qui meurt.
C'est terrible pour elle.
Mais ce qui est étonnant dans le livre, c'est que les choses les plus terribles deviennent joliment décrites et de façon colorée par Marie-Renée Lavoie.
Dans les premières pages, on doit s'habituer aux langage québecois mais l'auteure alterne très habilement ces passages avec d'autres exprimés en français compréhensible par tous avec une saveur inégalable, très imagée.
Une très belle découverte grâce à Ziliz qui avait repéré dans une de mes critiques, mon regret d'absences d'expressions québecoises dans un roman qui se passe dans cette région.
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La petite, c'est Hélène, alias Joe parce qu'elle se sent un peu 'garçon manqué' (sic). Et le vieux, c'est Roger.
D'ailleurs, le titre initial était 'Roger et moi', puisque la petiote est la narratrice.
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Deuxième d'une fratrie de quatre filles, Hélène a une dizaine d'années dans les années 80, au Québec. Avec sa mère stricte, on obéit, on ne discute pas, on anticipe même ('C'est toute'). Sous cette apparente dureté, cette femme est compréhensive et aimante. le père, prof malmené par ses élèves, noie son mal-être dans l'alcool, mais reste un bon époux et un papa attentionné.
C'est grâce à cet environnement bienveillant qu'Hélène est ainsi, d'après elle : « Mais c'était facile pour moi de n'être pas méchante : je n'étais pas malheureuse. »
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Le regard de cette enfant si attachante est à la fois candide et lucide sur ceux qui l'entourent, sur la religion, les apparences, la pauvreté... La vie de Lady Oscar, SON héroïne de dessin animé inspirée du Chevalier d'Eon, l'aide à analyser son propre monde, même si deux siècles les séparent.
Ce délicieux roman est aussi l'histoire d'un quartier où l'on se connaît tous, où la misère sociale s'ajoute parfois au dénuement économique.
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D'Hélène et Roger, j'ai tout aimé ♥ : leur personnalité, leurs échanges (expressions québecoises à l'appui), leur relation pleine de tendresse bourrue.
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Un régal de finesse et d'émotion, avec une touche finale qui m'a fait fondre (les marges du livre). ♥
Et pourtant, je me laisse difficilement convaincre par les narrations d'enfants, et j'ai beaucoup de mal à m'attendrir sur les romans autour de personnes âgées, souvent mièvres et consensuels.
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L'index en fin d'ouvrage m'a amusée : sur la cinquantaine de mots présents, près de vingt ne sont pas traduits mais simplement désignés comme 'jurons' (et Roger en profère pléthore !)...
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La petite Hélène six ans au début du roman, voudrait être un garçon, elle s'est rendu compte que les filles sont moins libres - elle se fait appeler Joe - mais c'est surtout pour être comme son modèle, Lady Oscar, ce personnage de manga japonais, une jeune fille déguisée en homme - flanquée d'André, son amoureux qui n'ose se déclarer - qui défend Marie-Antoinette, oui, la Reine de France, rien que ça !. Avec un caractère bien trempé et une maturité étonnante, elle observe tantôt avec humour, tantôt avec bienveillance, les personnages souvent hauts en couleur du quartier...Une gamine délurée et sensible avec la verve d'une Zazie dans le métro, la débrouillardise de Juno, dans sa façon de voir le monde entre étonnement, philosophie candide et empathie, avec son franc-parler québecois. Quand Roger, un octogénaire grincheux qui ne peut pas parler sans utiliser au moins cinq jurons dans une même phrase, s'installe sur sa vieille chaise, en face de la maison familiale, expliquant à tous, qu'il n'attend que la mort, il ne peut que captiver la gamine...
Marie-Renée Lavoie avec La petite et le vieux propose un récit tendre, attachant et drôle mettant en scène une galerie de personnages hauts en couleur, dans la famille de la gamine, le père souvent dépressif, la mère qui paraît dure mais agit comme une mère poule pour protéger ses quatre filles, Roger, le vieux qui veille sur cette petite fille aventureuse, idéaliste, la tête pleine d'actions de bravoure. Une petite qui mêle maturité, naïveté candide et générosité à toute épreuve pour sa famille. Et l'on suit les aventures réelles et imaginaires de cette petite, des aventures et des personnages qui vont l'accompagner et la faire grandir.

La petite et le vieux est un roman d'apprentissage dans lequel la truculence des dialogues québecois, la narration tantôt humoristique tantôt tendre, la légèreté profonde et toute l'intelligence de Marie-Renée Lavoie font de ce récit un vrai coup de coeur.
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Citations et extraits (65) Voir plus Ajouter une citation
- Y est ben de bonne heure pour boire une grosse bière de même !
- Sacrament, qu'est-ce tu veux, j'haïs le café. Ça me donne des brûlements d'estomac.
- Prends du Pepto-Bismol.
- Ha ! ha ! ha ! C'é quoi ton nom, p'tite vermine ?
- J'ai pas de nom, gros soûlon.
- Ha ! ha ! ha ! Une p'tite comique ! Je sens que j'vas aimer ça icitte.
- Tu vas-tu rester ici pour de vrai ?
- T'as-tu quèque chose contre ça, toé ?
- Ma mère aime pas ben gros le monde qui sacre comme toi. Tu vas te faire ramasser, tu vas voir.
- C'é ta mère tabarnak, pas la mienne.
- Ouin, mais ma mère est capable de runner le monde autour quand ça fait pas son affaire. Pis tu vas prendre ton trou avec elle. Tchèque ben.
- Ben content d'entendre ça, ça fait longtemps que j'ai pas pris mon trou.
A cet âge-là, je ne pouvais pas tout saisir, mais je comprenais très bien qu'il se foutait éperdument et de ma mère et de ma gueule.
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Les épisodes de 'Lady Oscar'* délaissaient de plus en plus le faste et les intrigues de la cour pour montrer les germes d'une révolution qui se faisaient des racines, à l'ombre de Versailles, dans le coeur d'une France qui n'en finissait plus d'enterrer ses enfants affamés pour nourrir les caprices d'une noblesse gâtée pourrie. Oscar commençait sincèrement à détester l'aristocratie à laquelle elle appartenait. Elle était sans cesse profondément choquée en découvrant toutes les injustices perpétrées. (...) Quand le jeune Robespierre, encore étudiant, s'était pointé devant une foule de miséreux pour faire état de l'intenable situation, elle avait dû se rendre à l'évidence : une petite pincée de privilégiés s'engraissait en se foutant royalement de laisser crever les vingt autres millions de Français.
(p. 100)

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* dessin animé japonais en 40 épisodes de 23 minutes, créé d'après le manga 'La Rose de Versailles' de Riyoko Ikeda, diffusé du 10 octobre 1979 au 3 septembre 1980 sur NTV.
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- Me semble que t’as l’air un peu maganée, ‘tite vermine.
- C’est parce que j’ai mal aux chevilles à cause des escaliers. C’est enflé de ce bord-là.
- Fais-toé une p’tite eau de mer pis mets-toé le pied dedans par shot de vingt minutes. Ça va désenfler assez vite.
- Où est-ce que je la prends, l’eau de mer ?
- Faut que tu la fasses, la mer est trop loin. Remplis une chaudière d’eau ben frette, pis mets ben du gros sel dedans. Ça va faire pareil.
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- Attends, maudit ost... quand tes p'tites vont êtres grandes... C'est ingrat, des enfants. Tu leur donnes toute, pis quand y ont pus besoin de toé, y fichent le camp. Y t'ignorent comme si t'étais n'importe quelle ordure. Tu les vois débarquer juste quand sont dans 'marde, comme quand mon gars s'est divorcé l'année passée. Etait même pas morte, sa femme, pis y en voulait pus !
- Ils ont leur vie, c'est normal.
- Ben c'est ça. Y viendront me faire une 'tite visite dans ma boîte en bois, nom de Dieu. Fait que je devrais les voir bientôt.
- Roger...
- J'peux même pas dire nom de Dieu ?
Il ne se passait pas une journée sans qu'il nous assomme avec sa mort prochaine.

(p. 48)
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Je comprenais ça parce que j'étais à l'âge où la mort n'avait encore aucune prise sur moi. Je n'allais jamais mourir, moi, je n'avais même pas dix ans . Et, à cet âge là, on accepte d'emblée que les vieux doivent mourir, ça semble dans l'ordre des choses.
Après, le temps coule et ça se complique parce que ça se met à nous concerner.
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Vidéo de Marie-Renée Lavoie
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Plus d'infos sur : https://www.jailupourelle.com/collections/lj.html
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