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Étiemble (Traducteur)
ISBN : 2070781429
Éditeur : Gallimard (31/08/2006)

Note moyenne : 4.1/5 (sur 10 notes)
Résumé :

" L'armée : gadoue, puanteur, abomination de la désolation. " L'homme qui écrit cela et qui se trouve être colonel, célèbre, voire " roi sans couronne ", s'engage incognito comme simple soldat dans l'aviation de Sa Majesté. Quand on a exercé le pouvoir en s'en défiant et sans l'aimer, pourquoi ne pas tâter de l'obéissance absolue, de la servitude ? Et au fond, plutôt que de sombrer dans la gloire... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Sarindar
  19 janvier 2018
Lawrence d'Arabie a-t-il bien existé ? C'est à n'y pas croire, tant la mue est totale, après la période 1916-1921, du lieutenant-colonel britannique engagé dans la lutte contre les Turcs, alliés des Allemands pendant la Première Guerre mondiale et envoyé pour combattre aux côtés des Arabes d'autant mieux trompés qu'ils n'avaient servi aux Anglais que pour permettre à ceux-ci d'atteindre leurs buts de guerre : contrôler la partie du Moyen-Orient qui les intéressait et agrandir ainsi un Empire colonial soudain bien trop étendu pour ne pas devenir fragile, et tant le contraste est absolu entre l'homme qui raconte lui-même en la poétisant sa propre épopée au milieu des nomades dans le récit inoubliable intitulé Les Sept Piliers de la Sagesse, et cette expérience de "saint laïque" ainsi qu'il se plaisait à se définir lui-même, en s'enrôlant comme simple soldat ayant renoncé à tous les avantages liés à son grade d'officier pour vivre anonymement espérait-il au rang de subalterne dans l'armée de l'air britannique, cette Royal Air Force dont il avait salué la naissance avec enthousiasme et au sein de laquelle il espérait entamer une seconde vie, plus au ras de terre et loin des responsabilités aliénantes qui avaient été les siennes pendant le Premier Conflit mondial et lors du remodèment politique de la carte du Middle East entre 1918 et 1921, travail dans lequel il savait s'être compromis et sali les mains, bien qu'il se soit souvent menti à lui-même en déclarant s'être trouvé satisfait de la tâche accomplie auprès de Churchill au Colonial Office en 1921 pour essayer de pallier aux conséquences des erreurs commises entre 1918 et 1920 par les pro-colonialistes les plus cyniques du gouvernement de Londres et des représentants du pouvoir anglais en Inde qui avaient espéré régler à leur avantage la politique proche-orientale.
Mais il n'y avait pas que la politique et l'amertume de ses combats qui éloignaient T.E. Lawrence de sa défroque de Lawrence d'Arabie. Il y avait surtout l'envie de se débarrasser d'une identité et d'une peau dans laquelle il se sentait mal à l'aise, et d'échapper à une famille, et en particulier à sa mère Sarah Lawrence-Maden (S.A. dédicataire du poème des Sept Piliers de la Sagesse ne serait-ce pas Sarah Aurens, mère d'El Aurens, autrement dit Lawrence d'Arabie ?), qui lui avait caché son état de concubine de Thomas Chapman (qui aurait dû être le vrai nom de Lawrence d'Arabie finalement) et qui avait menti en laissant croire à son fils qu'elle avait mis au monde des enfants légitimes alors qu'ils étaient tous des bâtards ? le mensonge parental toucha plus T.E. Lawrence que ses frères et il voulut fuir cette famille et s'en créer une nouvelle en revêtant la belle livrée bleue des membres de la Royal Air Force, un uniforme dont il tirait une fierté perceptible dans sa Correspondance - faite de centaines de lettres toutes plus belles et toutes plus inquiétantes les unes que les autres - et dans ce livre apparemment déconcertant qui a été intitulé La Matrice. La Matrice, cela renvoie bien à la mère, et Lawrence, qui a pris le nom de John Hume Ross puis celui de T.E. Shaw - pour ne garder que ses prénoms et les reconquérir - a eu des mots très durs contre sa mère et la procréation, ce qui est apparent et transparent dans toute son oeuvre littéraire.
Le 30 août 1922, Lawrence gravit donc les marches de l'escalier de l'immeuble du numéro 4 de Henrietta Street, dans le quartier de Covent Garden, à Londres, jusqu'au dernier étage, la peur au ventre, pour pousser la porte du bureau de recrutement de la Royal Air Force puis pour gagner le dépôt d'Uxbridge où il devait faire ses classes.
Espérait-il passer incognito ? Cela ne dura guère. Dès décembre, la presse fut sur ses traces et une horrible campagne le conduisit en janvier 1923 à quitter l'habit de servitude qu'il s'était choisi. Après un enrôlement dans le Tank Corps qui lui fit horreur mais qui lui permit de s'intéresser à un cottage qui allait devenir célèbre sous le nom de Clouds Hill, il put, malgré la vive opposition de sir Samuel Hoare, ministre de l'air, et après l'intervention d'amis qui avaient craint un suicide, réintégrer les rangs de la R.A.F., forçant la main au premier ministre John Baldwin en juin 1925. Il allait rester dans cette arme jusqu'en 1935, non pas comme aviateur mais comme simple troufion puis comme mécanicien. Chose curieuse, il allait assister un jour au crash d'un hydravion militaire en mer, et cela allait le conduire à s'intéresser de près à la conception et au pilotage de vedettes nautiques d'intervention pour le sauvetage des équipages d'hydravions abîmés en milieu aquatique. J'ai pu souligner dans mon livre sur Lawrence que cette expérience le fit renouer inconsciemment avec sa famille par le fait que l'un de ses frères, William, le préféré de leur mère avait justement péri dans un accident d'avion en mer comme pilote de guerre pendant la guerre de 1914-1918.
Que vaut La Matrice ? Il ne faut pas chercher à comparer ce livre avec Les Sept Piliers de la Sagesse, chef-d'oeuvre et "triomphe" au style coruscant. Il faut lire La Matrice pour elle-même, la lire dans un milieu où la vie bat son plein, un café par exemple, car il est plein de crudité et de verdeur, comme on en trouve dans la troupe, et après tout Lawrence n'était pas ignorant de la chose. C'est une épreuve volontaire que Lawrence s'est imposé : vivre la monotonie et la routine dans les casernes, les bases aériennes, les dépôts, vivre l'humiliation des corvées de ramassage des poubelles - voir à ce sujet le passage intitulé Char à merde - ou du nettoyage de vaisselle dans de l'eau de moins en moins claire et celle non moins dévalorisante mais "façonnante" de l'obéissance à des caporaux et sergents tatillons et parfois inhumains.
Mais du mouvement aussi avec la course de vitesse entreprise au sol avec sa motocyclette filant à vive allure sur la route alors qu'au-dessus de sa tête vole un avion Bristol dont le pilote ne demande qu'à se prendre lui-même au jeu. Qui gagne ? Je vous le laisse découvrir. Ce passage est beau, tout comme il y a un bon rendu d'atmosphère avec l'arrivée à Lincoln, où tout semble dominé par la cathédrale, puis avec le passage par Nottingham. Il y a quelquefois de la Beauté pure dans ces pages et de la profondeur de pensée et de réflexion, jusqu'au milieu de la crasse et de la dureté de la vie dans l'armée vécue au plus bas échelon. Lawrence s'est-il humanisé à force d'en baver ? Pas totalement, il garde son quant-à-soi, ne fréquente pas les femmes mais ne s'interdit pas l'amitié avec certains gradés (on ne le voit pas dans ce livre, mais il sera très lié à Cattewater-Plymouth avec le wing commander Sydney-Smith et sa très belle épouse Clare qui écrira un petit recueil de souvenirs, The Golden Reign).
En fait au-dessus des sans-grades et des sous-officiers et officiers règne souverainement l'homme assez beau d'allure avec sa moustache à l'anglaise, le chef vénéré comme un père admirable que Lawrence n'a pas eu - malgré les portraits dythirambiques laissés par Lawrence de son propre géniteur, Thomas Chapman - et l'on sait que Thomas Edward vouait une admiration sans bornes à son plus haut supérieur le maréchal de l'air sir Hugh Trenchard.
Au bout du compte, Lawrence dit avoir trouvé le bonheur dans la R.A.F. Et l'on sent chez lui une difficulté à mettre le point final à ce livre étrange qu'est La Matrice, ni vrai rapport ou compte rendu comme il aurait dû l'être, mais exercice d'introspection d'homme plongé dans une vie de groupe où il est appelé, par la force des choses, à s'oublier lui-même. Il n'a jamais voulu de vrai conclusion à ce livre, car elle aurait pu marquer l'arrêt d'une expérience qu'il aurait aimé ne jamais voir s'achever.
Quand il dut quitter la R.A.F., Lawrence ne survécut que quelques mois et trouva la mort sur une petite route du Dorsetshire en mai 1935 alors qu'il tentait de rejoindre son hâvre désormais insuffisamment sécurisant de Clouds Hill.
François Sarindar, auteur de : Lawrence d'Arabie. Thomas Edward, cet inconnu (2010)
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GrandGousierGuerin
  15 novembre 2013
Quatrième de couverture :
«L'armée : gadoue, puanteur, abomination de la désolation.» L'homme qui écrit cela et qui se trouve être colonel, célèbre, voire «roi sans couronne», s'engage incognito comme simple soldat dans l'aviation de Sa Majesté. Quand on a exercé le pouvoir en s'en défiant et sans l'aimer, pourquoi ne pas tâter de l'obéissance absolue, de la servitude ? Et au fond, plutôt que de sombrer dans la gloire ou la folie, pourquoi ne pas rester un temps en friche, dans le terre à terre parfait de l'abrutissement militaire, en marge du monde et de sa propre vie ? C'est de l'épreuve vécue jour après jour, consignée nuit après nuit, que naîtra La matrice, un supplice. Et c'est avec un souci de vérité photographique que T.E. Lawrence enregistra son expérience dans le broyeur : les mille détails, tous éprouvés, tous authentiques, furent notés très serré, sans recul, en une sorte de «sténographie émotive et intellectuelle». Puis, des mois durant, T.E. Lawrence travailla inlassablement cette matière pour la mettre en forme. Et de l'abîme qu'il laisse parfois entrevoir monte un souffle brûlant qui vient lécher dangereusement nos frêles raisons de vivre.
Alléchant, non ? Et pourtant, si on y trouve bien tous les ingrédients promis, je n'y ai pas trouvé l'assaisonnement à mon goût … Pas assez d'épice : Lawrence se cache derrière un narrateur sténographe sans âme et presque sans visage …
Je me suis ennuyé à presque m'en décrocher la mâchoire et pourtant je garde encore un souvenir puissant de ses Sept Piliers de la Sagesse où Lawrence se cachait déjà dans son keffieh. Les faits relatés sont loin d'être anodins et sont caractéristiques de l'idée qu'on se ferait de la formation militaire de la bleusaille dans une Ecole du Soldat, britannique de surcroit avec la tasse de thé et son ineffable flegme … Rien n'y manque pourtant, notamment des portraits hauts en couleur de ses camarades de chambre ou des officiers et sous-officiers … Alors ? Peut-être pas le bon livre au bon moment ? A vous de juger …
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
GrandGousierGuerinGrandGousierGuerin   05 novembre 2013
Une idée folle (celle que le mariage est chose normale, qui donne à l'homme une compagne de lit, naturelle, économique, assurée, toujours prête) s'ils ont grandi avec elle et bien qu'ils n'aient que vingt ans, la voilà mise déjà mise sur un piédestal et hors conteste, du seul fait qu'ils s'en servent. Au doute actif, ils préfèrent la mollesse de la croyance.
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GrandGousierGuerinGrandGousierGuerin   18 octobre 2013
L'infirmité redoutable et permanente que l'on prend à servir longtemps sous les drapeaux, c'est que, même en civil, les victimes portent l'empreinte de l'ancien soldat.
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kristolikidkristolikid   03 octobre 2012
Le travail des années qui se répètent vide de sa gaité tout homme qui réfléchit.
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Videos de T. E. Lawrence (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de T. E. Lawrence
La création artistique et La guerre .Intervenants : Camille Saint-Jacques, Pierre Buraglio, Alice Ferney, Florence de MèredieuCC-BY-NC-ND 2.01914-2014 : la Grande Guerre a cent ans. À l?occasion de la sortie aux éditions Autrement du coffret « Guerres et Révolutions », cette soirée pose un regard élargi, original et ambitieux sur cette période de notre histoire. de Léon Trotsky à Romain Rolland, de Thomas Edward Lawrence à Charles de Gaulle, autant de grands textes à redécouvrir, préfacés par des intellectuels et artistes contemporains tels que le critique d?art Philippe Dagen ou le metteur en scène Jean-Michel Ribes.
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