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Régis Boyer (Traducteur)
EAN : 9782213614960
500 pages
Éditeur : Fayard (05/05/2004)
4.35/5   17 notes
Résumé :

Dans le nord de l'Islande du début du XXe siècle, Bjartur est un petit paysan qui s'efforce de préserver son indépendance, d'autant plus précieuse qu'il l'a acquise au prix de longues années de labeur et de sacrifices. S'affranchir de toute tutelle, tel est l'objectif de cet éleveur de moutons, héritier d'une tradition paysanne séculaire et imprégné de poésie épique médiévale trans... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Marple
  26 octobre 2013
Que je me sens démunie devant cette critique à rédiger ! J'ai beaucoup aimé Gens indépendants, ça c'est sûr, mais ce que j'ai aimé, et pourquoi, ça l'est beaucoup moins...
Le livre retrace la vie de Bjartur de Sumarhus, un petit paysan farouchement indépendant dans l'Islande du tout début du XXe siècle : ses moutons, sa famille (qui passe bien après ses moutons), ses idées politiques ou philosophiques (sur les marchands, les mérites comparés d'une épouse et d'une gouvernante ou la vanité des grands idéaux), son goût pour la poésie islandaise des rimur, les difficultés de son quotidien dans la ferme de Sumarhus, encore les moutons...
C'est très âpre, il ne se passe pas grand chose, et quasiment rien de positif, pourtant le livre possède un vrai souffle épique, à la 'Cent ans de solitude' ou 'Kristin Lavransdatter'. Surtout, il s'en dégage un optimisme profond, qui résiste à tous les malheurs et toutes les douleurs. Pas beaucoup de sentiments en revanche, le soin des moutons et la fierté d'être indépendant(s) prennent toute la place. En apparence, du moins...
Sauf si ces gens indépendants, Bjartur, Sola, Gvendur, la vieille, Nonni, le Roi de la montagne, sont plus complexes, plus riches et plus humains qu'ils n'en ont l'air au départ... et justifient à eux seuls le Prix Nobel obtenu par Halldor Laxness. Je crois que c'est le cas !
Lu dans le cadre du Challenge Nobel
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dourvach
  21 septembre 2014
Beauté de la langue sans pareille de Halldor LAXNESS. Humour et poésie. Art du conteur tragique et amusé. Attention perpétuelle au réel. Amour de ses personnages. Animisme en chaque coin de chaumière, chaque nuage de brume passant sur un marécage...
Né en 1902 près Rejkjavik (Islande, bien sûr...) ; premier roman publié à 17 ans ; écrivain modeste et épique, tout de même... un petit Homère de l'île aux volcans et aux geysers, si l'on veut... Il a reçu le Prix Nobel de littérature en 1955. Son oeuvre la plus célèbre est le roman (en trois parties) "La Cloche d'Islande".
Il est mort en 1998, dans l'appauvrissement progressif d'une maladie dévastatrice (dite "d'Alzheimer"), lui, le conteur à la mémoire simenonienne sans pareille...
"Gens indépendants", donc. 1934-1935.
Poésie de la pluie.
Poésie de ces vies des gens frustres, éleveurs livrés à la solitude... solidaires, tout de même... Pauvres et solitaires à crever.
Poésie de ces brebis qu'on entend bêler dans les prairies marécageuses. Poésie des sorcières enterrées sous les pierres, sous les mamelons oubliés... Poésie des femmes qui entendent mugir le vent quand la nuit tombe sur les couvertures de chaumes.
C'est magnifique. C'est "long" mais jamais lassant...
Rendre hommage encore à la beauté d'une transition poétique vers le français inventée par le grand Régis BOYER... Comme "Palais de glace" de Tarjei VESAAS, "Gens indépendants" d'Halldor LAXNESS est magnifiquement traduit... Et l'on ne remerciera jamais cet homme-là, universitaire enseignant les langues nordiques, au goût toujours si sûr, ce passeur entre nos mondes repus et "ces mondes-là" enfouis... si heureusement "inactuels"... évidemment bien loin de l'insignifiance du "NON-littéraire le plus agressif" qui nous semble aujourd'hui de tempérament hégémonique.
Ici, jamais un cliché, jamais une de ces expressions toutes faites peuplant aujourd'hui tant de bouquins pitoyablement écrits, toujours "sous la pression amicale" (chronométrée) de l'éditeur, peuplés de clichetons - évidemment par pure feignasserie...
C'est que ce type-là (comme son traducteur) était d'une exigence qu'on n'imagine plus... Allons, assumons, assumons ici notre "C'était mieux avant !" favori...
La langue s' y invente, s'y déploie - et touche juste - à chaque phrase...
"Savoir" psychologique intuitif sur l'humain et empathie naturelle, comme venue "des profondeurs" (On pense d'ailleurs à ce qu'en ont dit Sigmund Freud puis Gustav Jung : les "motivations secrètes" des personnages se révèlent, s'épanouissent au fil du récit telles des algues dans l'océan... ).
Quatre parties : "Colonisateur de l'Islande"/ "Libre de dettes" / Temps difficiles" / "Années de prospérité".
Proche de l'art romanesque (sobrement lyrique et enchanteur) de Knut HAMSUN, le Norvégien...
Mais aujourd'hui, QUI se souvient de Halldor LAXNESS ? (... et plutôt pas de David F., le chouchou de ces dames...). Garantissons que lui n'avait nul besoin de se torturer les méninges avant de faire (si besogneusement) son malin en intitulant son premier roman "Le potentiel érotique de ma femme"... Un autre monde, sûrement, existait en son île-aux-Sagas ! Loin d'un triste hexagone se rêvant toujours Nombril du Monde "littéraire"... [Ach, gross Riggolaâddd !!! :-)]
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PhilippeCastellain
  05 janvier 2017
L'Islande. Ses paysages, ses aurores boréales, ses volcans aux noms imprononçables. On ne peut pas dire qu'elle compte un nombre fou d'écrivains (ni d'habitants, il faut dire). Halldór Laxness, prix Nobel de littérature 1955, est généralement considéré comme le plus grand. Un drôle de personnage ayant pas mal roulé sa bosse, et qui a eu à coeur de faire découvrir son pays.
De nos jours, on a de l'Islande l'image d'un petit paradis démocratique prospère, idéal pour le tourisme. Ce qu'on ignore ou qu'on oublie, c'est qu'il n'y a pas si longtemps c'était l'un des pires trou à misère du monde. ‘Gens indépendants' est l'un des rares livres de Laxness traduits en français ; et le quotidien où il nous fait pénétrer est d'une phénoménale dureté.
Dans les années 1900 un paysan, Bjartur, décide de s'établir à son propre compte. Avec son troupeau de moutons et sa jeune épouse, il part vivre dans les montagnes, au fin-fond d'une lande désolée balayée par le vent. Il y a des pâturages en quantité, et pas de présence humaine avant des kilomètres. Il veut vivre gouverné par sa seule volonté et par la nature, sous la houlette de personne.
Comme la majorité des paysans d'Islande, ils vivent dans une hutte de terre à moitié enterrée et pleine de fumée, dorment sur des bas-flancs, se nourrissent de rebut de poisson. Les pommes de terre font figures de plat de riche. La pluie tombe presque continuellement. Une existence précaire qui nécessite une lutte de tous les jours, dans une solitude presque totale. le roman se déroule sur deux ou trois décennies. Autours de Bjartur les gens vivent, meurent ou partent à la recherche d'un destin meilleurs. Il reste le pivot de l'histoire. Menant sa vie comme une barque au milieu de la tempête, jamais il ne se décourage, jamais il ne renonce. Il continue sa route, traçant tout droit en homme indépendant.
Le degré de misère que nous fait découvrir Halldór Laxness ferait passer les Thénardiers pour des bourgeois cossus. C'est un monde d'une dureté totale, bien loin de l'image de carte postale que l'on en a aujourd'hui. À méditer si vous avez la chance d'y voyager.
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
dourvachdourvach   21 septembre 2014
Peu après, il se mit à pleuvoir, d'abord très innocemment, mais le ciel était chargé de nuages et peu à peu les gouttes se firent plus lourdes, jusqu'à ce que la pluie d'automne emplisse le ciel de son pesant murmure, qui dans sa tristesse évoque une cascade sans fin au-delà du monde. Elle couvre de sa grisaille le ciel tout entier, s'étend comme une maladie sur toute la région avec sa cruauté glacée, indifférente, immuable et monotone, égale. Elle tombe uniformément sur tout le district, sur l'herbe couchée des marécages, sur le lac piqueté de gouttes, sur les étendues de gravier d'un gris de fer, sur la montagne d'un noir de poix au-dessus de la ferme, obstruant toute perspective. Et ce lourd murmure désespéré se coule dans chaque recoin de la maison, se pose comme du coton dans les oreilles, encercle le proche et le lointain comme une saga sans romantisme tirée de la vie même, sans rythme, sans crescendo, irrésistible dans son ampleur et son étendue, accablante. Et voilà cette petite maison qui végète, avec cette femme malade des nerfs, au fond de l'océan de pluie bruissante.

[Halldor LAXNESS, "Gens indépendants" ("Sjalfstaett folk"), 1934-1935, traduit par Régis Boyer pour la Librairie Arthème Fayard, 497 pages, 2004 – Première partie : "Colonisateur de l'Islande", chapitre XI : "NUIT DE SEPTEMBRE", pages 76]
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dourvachdourvach   14 mars 2021
Doucement, doucement, le jour d'hiver ouvre son oeil nordique.
A partir du moment où il soulève ses lourdes paupières pour la première fois jusqu'à ce qu'il les ait ouvertes complètement, ce ne sont pas seulement des heures qui s'écoulent, non, les âges se succèdent à travers les insondables étendues du matin, monde après monde, comme dans les visions d'un aveugle, réalité après réalité, puis elles n'existent plus – le jour se lève.

[Halldor LAXNESS, "Gens indépendants" ("Sjalfstaett folk"), 1934-1935, traduit par Régis Boyer pour la Librairie Arthème Fayard, 497 pages, 2004 – Deuxième partie : "Libre de dettes", chapitre XXIV : "MATIN D'HIVER", page 151]
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MarpleMarple   26 octobre 2013
Mon avis a toujours été, dit-il, qu'on ne doit jamais abandonner tant qu'on est en vie, même si on vous a tout pris. On possède quand même toujours le souffle que l'on respire, ou du moins que l'on vous prête.
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dourvachdourvach   29 mars 2021
Jamais les cantiques ne semblent plus longs qu'aux temps de l'enfance, jamais leur pays et leur langue ne sont plus éloignés de l'âme. Dans la vieillesse, c'est l'inverse, les jours sont trop courts pour les cantiques. Dans ces antiques poèmes pieux farcis de latin que la vieille femme avait appris de sa propre grand-mère se cachait un autre monde ; leur rythme accordé à la marche du rouet, c'était sa musique, à laquelle elle se soumettait jusqu'à ce que la pièce se fut déplacée vers les horizons de l'éternité, fil rompu, mains reposant dans son giron, rouet silencieux. [...] Puis elle réveillait le gamin.

[Halldor LAXNESS, "Gens indépendants" ("Sjalfstaett folk"), 1934-1935, traduit par Régis Boyer pour la Librairie Arthème Fayard, 497 pages, 2004 – Deuxième partie : "Libre de dettes", chapitre XXV : "JOURNEE", page 169]
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dourvachdourvach   12 juillet 2015
Le lendemain matin, les pleurs d'un enfant le réveillèrent.
Quand il fut arrivé en haut, la gouvernante était assise sur le lit conjugal, un petit ballot blanc dans les bras, et davantage encore, elle s'était découvert la poitrine pour communiquer à l'enfant un peu de sa chaleur, tandis que la femme de Bjartur, la mère de l'enfant, gisait sans vie sur le lit d'en face.

[Halldor LAXNESS, "Gens indépendants" ("Sjalfstaett folk"), 1934-1935, traduit par Régis Boyer pour la Librairie Arthème Fayard, 497 pages, 2004 – Première partie : "Colonisateur de l'Islande", chapitre XIX : "LA VIE", pages 120-121]
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