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EAN : 9782889273423
240 pages
Editions Zoé (19/08/2016)
4.5/5   25 notes
Résumé :
Aujourd’hui mondialement reconnus, les dessins et les peintures de Louis Soutter (1871- 1942) n’ont été remarqués de son vivant que par un cercle restreint de connaisseurs. Parmi eux, Le Corbusier et Jean Giono ont été subjugués par le trait libre de l’artiste, vrai sismographe de l’âme. Formé à la peinture académique, violoniste talentueux, marié à une riche Américaine, puis directeur de l’Ecole des beaux-arts de Colorado Springs, Soutter mène pourtant, dès 1902, u... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Lors d'une visite de Toulouse, je suis entrée dans une librairie extraordinaire, une vraie institution : la librairie Ombres blanches. On y trouve tout ou à peu près tout ! C'est vraiment impressionnant ! Comme à mon habitude, je suis allée à la rencontre d'un libraire et lui ai demandé quels étaient ses derniers coups de coeur. Généralement, à cette question, quand le libraire hésite, cherche, regarde ses piles d'un air un peu perdu comme si rien ne lui venait à l'esprit, je me dis que ce n'est pas la passion qui le gouverne et je laisse tomber.
Là, ce ne fut vraiment pas le cas : le libraire s'est dirigé immédiatement vers un livre en me demandant : « Connaissez-vous Louis Soutter, probablement de Michel Layaz ? », « Ni l'un, ni l'autre » ai-je répondu et là, j'ai vu son visage s'animer et il a commencé à me parler du livre.
Et ce livre, je l'ai vraiment beaucoup, beaucoup aimé non seulement parce que j'ai découvert un écrivain mais aussi parce que j'ai rencontré, oui vraiment rencontré un peintre dont l'oeuvre m'a fascinée.
Qui est Louis Soutter ? Peut-être, le connaissez-vous ? Franchement, je n'en avais jamais entendu parler. Et pourtant, quelle force, quelle expressivité, quel modernisme dans son oeuvre ! C'est incroyable !
Louis Soutter est né en 1871 à Morges, en Suisse  dans une famille bourgeoise : son père est pharmacien et sa mère, assez distante et froide, enseigne le chant et le piano. Après s'être lancé dans des études d'ingénieur et d'architecte, il décide d'étudier le violon au Conservatoire royal de Bruxelles auprès d'Eugène Ysaÿe. Il rencontre une violoniste et cantatrice américaine Madge Fursman. Laissant des études de musique inachevées, il revient en Suisse et se met à travailler la peinture à Lausanne, à Genève puis à Paris.
Finalement, il décide de partir vivre avec Madge à Colorado Springs aux États-Unis et l'épouse en 1897. Il devient directeur du département des Beaux-Arts de Colorado Springs, donne des cours de dessin, de peinture et de musique : « Je veux que tu deviennes illustre, disait Madge, je veux que nos amis nous envient, je veux que mes parents t'adorent, je veux que le département des Beaux-Arts étincelle, je veux que les étudiants t'admirent, je veux que les habitants de Colorado Springs nous reconnaissent dans la rue, je veux avoir des enfants de toi... »
Quel avenir brillant se prépare !...
Mais, rien de tout cela n'aura lieu : l'état général de Louis se dégrade, une espèce de mélancolie profonde et tenace s'empare de lui et il préfère rentrer en Suisse et divorcer : « Seul Louis se demandait où il était, devait errer comme un enfant abandonné. Ce désert, il le traversait une coupe à la main, s'arrêtait près d'une personne ou d'une autre, avait la sensation de sauter d'un vide vers un autre vide. »
Commence alors une vie d'errance : son frère devenu pharmacien va l'aider à vivre, financièrement parlant, mais Louis a des goûts de luxe et dépense sans compter : en effet, il aime les beaux hôtels, les grands restaurants, les vêtements élégants, les femmes raffinées. Il achète gilets de flanelle, chemises en soie, épingles de cravate, montres à gousset… Sa famille commence à pester contre ses frasques incessantes mais que faire ?
Louis parvient tout de même à intégrer différents orchestres et non des moindres : il devient premier violon dans l'Orchestre du Théâtre de Genève puis à l'Orchestre symphonique de Lausanne. Mais parfois, au beau milieu d'un morceau, il s'arrête de jouer et pense… ce qui n'est pas forcément apprécié ! Il travaille ensuite dans différents petits orchestres puis dans des cinémas et enfin, dans un hôtel. Quelle chute vertigineuse !
Ses goûts dispendieux obligent finalement sa famille à le placer sous tutelle.
Il va se reposer dans un premier temps à la clinique Sonnenfels de Spiez, puis dans le Gros - de -Vau à la Maison de santé d'Eclagnens. Finalement, il est interné à l'asile de vieillards de Ballaigues, véritable hospice où il entre au printemps 1923. Il n'a que 52 ans. Et dans ce mouroir, il restera… 19 ans, étroitement surveillé par Mademoiselle Tobler.
Heureusement, Louis est autorisé à sortir et à marcher des heures dans une nature qui l'enchante, le comble, l'enivre, le maintient en vie. Il donne encore quelques cours de violon mais surtout, il dessine, peint, remplit inlassablement des petits cahiers d'écolier, de grandes feuilles blanches, des livres dont il orne les pages. « D'une main tâtonnante, il saisit un crayon. Les yeux écarquillés sur la surface fertile de la feuille, il traça, comme un geste originel, les premiers traits, ceux-là mêmes qui seront suivis par des millions d'autres, capables à l'infini de se renouveler, de contrer la cruauté de son destin. Nul besoin de réfléchir ou d'avoir conscience de quoi que ce soit, Louis laissa sa main interpréter ce que la feuille contenait en elle. Lui, le reclus, l'exclu, allait libérer les formes tapies là, les entraîner dans des compositions grouillantes, des cohortes d'aubes et de crépuscules, et dans le même temps, il allait se débarrasser de ses craintes, douleurs, tortures, secrets intimes et désirs bannis accumulés depuis tant d'années. »
Il donne généreusement ses dessins à des gens qui s'empressent de s'en débarrasser en les jetant au feu ou bien, il les perd...
Je ne vous en dirai pas plus afin de vous laisser découvrir un homme extraordinaire et je ne vous dis rien non plus au sujet des gens qui vont contribuer à faire connaître son oeuvre. Suspense...
Ce qui est extraordinaire dans ce récit biographique, c'est la façon géniale dont l'auteur, Michel Layaz, donne vraiment VIE à Louis Soutter : vous avez l'impression de voir le monde du point de vue du peintre, vous découvrez une âme sensible, tourmentée, ses terreurs, ses souffrances, ses joies immenses dans la nature, vous l'observez déambuler ici ou là, vrai dandy désespéré au chapeau melon, aux yeux noirs, aux joues creuses et à la maigreur absolue… un homme que l'on surnommait ironiquement l'Anglais et qui ressemblait aux silhouettes tordues et bondissantes de ses dessins.
L'écriture subtile de Michel Layaz, tout en nuances et en retenue , en délicatesse et en poésie, restitue l'homme dans toute son intimité, met en évidence son moi profond, sa vie intérieure perturbée, sa très grande sensibilité.
Exercice périlleux que Michel Layaz réussit haut la main !
Une rencontre passionnante que vous ne serez pas près d'oublier !
Lien : http://lireaulit.blogspot.fr/
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Louis Soutter aimait les longues escapades en solitaire, loin dans la nature. C'est peut-être pour ça qu'il m'a échappé, en dépit d'un intérêt pour l'art pictural remontant à l'enfance. Tant mieux d'ailleurs. Cela réconforte d'avoir encore à découvrir de telles personnalités un peu plus tard dans la vie.
Chez ma libraire, je n'ai pas pensé à épeler le titre du livre. Voyant qu'elle peinait à trouver la référence sur son écran, je me suis aperçu qu'elle avait écrit « Louis sous-terre ». A elle aussi, il avait échappé. Quelques pages plus tard je trouverai révélateur ce « lapsus homophonique ». Interné durant dix-neuf ans dans un asile de vieillards, lorsqu'on est vigoureux, virtuose du violon, cultivé, n'est-ce pas être enterré vivant ? Louis en souffrira terriblement. « Je ne suis pas fou... » pouvait-il clamer à la directrice, Mademoiselle Tobler, à son frère Albert, à sa mère, à son lointain cousin Le Corbusier...
Non, en effet, vous n'étiez pas fou Louis Soutter, assurément. Mais quelle place notre société réserve-t-elle à ces sensibilités trop à vif, inadaptées à ce que nous avons décidé être la normalité ?
Vous n'êtes pas fou et vous êtes une belle rencontre qui vient accroître les visages de celles et ceux qui constituent mes Grands Accompagnateurs. Coup double d'ailleurs, puisque nous avons été présentés par Michel Layaz, découvert avec bonheur il y a peu, pour Sans Silke.
Car c'est bien ainsi que se ressent ce livre. Pas une biographie, mais une rencontre. Michel Layaz dessine la vie de Louis, dans un récit à la composition maîtrisée et aérienne, et tous ces petits traits sur les pages, qui forment les mots et les phrases font apparaître au fur et à mesure les contours de la personnalité attachante et tourmentée de Louis Soutter.
Dès le début m'a titillé l'envie de découvrir son visage et les oeuvres évoquées. Mais je voulais aller au bout du portrait avant de découvrir le modèle. Je n'ai pas été surpris au fond, en m'apercevant que le Louis Soutter né de ma lecture était le sosie du portrait réel. Quant aux oeuvres, lire leurs descriptions sans les avoir jamais vues est un bel exercice qui ouvre des prolongements. Michel Layaz parvient à les insérer subtilement dans le récit, parfois au travers du regard d'un autre personnage, pour en faire à la fois une porte d'entrée émouvante vers l'imaginaire et les affres endurées par cet homme, et une évocation du rejet, de l'incompréhension que suscita son oeuvre chez beaucoup de ses contemporains.
Chez beaucoup, mais pas chez tous. Michel Layaz donne leur place à ces êtres sensibles aux oeuvres autant qu'à la personnalité de Louis Soutter, dans de très beaux passages à l'émotion dense. Un soutien, une adhésion, une forme de reconnaissance, mais jamais personne pour le sortir de l'asile...
La rencontre avec Louis Soutter m'a ramené trente ans en arrière et créé des ponts avec un cours de Philo en terminale, durant lequel notre professeure nous avait fait découvrir Aloïse Corbaz. Un documentaire, un article, une réflexion sur l'art brut et sur un parcours de vie troublant. Aloïse ne possédait ni les connaissances, ni la formation artistique de Louis, mais pour avoir vécu au même moment, dans le même pays, je me suis demandé ce qu'auraient pu se dire ces deux êtres si leurs chemins s'étaient croisés.
J'aimerais un jour, cher Louis Soutter, approcher vos oeuvres, dans un musée, une exposition. Tenter de vous suivre sur « les chemins de l'inquiétude », ces autres escapades au coeur de l'indicible que vous traciez sur ces feuilles qui vous ont permis de « conjurer l'inexistence ».
Et retrouver cette même émotion que vous ressentiez sans doute, lorsque vous arrêtiez de jouer du violon en plein concert, trop bouleversé par la musique.
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Inutile d'être un fervent admirateur ou connaisseur du peintre Louis Sutter pour être touché par cette biographie "probable". Michel Layaz nous embarque dans l'existence d'un esthète, d'un dandy à mille lieux des valeurs bourgeoises de son époque (et de la nôtre) qu'il saborde tour à tour : mariage, travail, argent, rien de tout cela ne l'émeut. On lui propose la face la plus ennuyeuse du monde, il recherche la plus belle.
La très belle écriture de Michel Layaz se plaît à mettre en constant décalage ce dandy lunaire et solitaire avec "le monde". Il y a un peu de " L'albatros" de Baudelaire dans Louis Sutter, à la différence près que beaucoup des "hommes d'équipages" aident et aiment Louis.
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Ce livre, c'est d'abord un tempo, celui de la marche, le rythme en accord avec celui du destin tragique de cet artiste qui sans cesse marche, retourne dans son asile et se met à dessiner. le texte est poignant, les descriptions des dessins nous emportent, nous font basculer dans un ailleurs qui n'est ni la réalité ni le rêve. de plus, une fois commencé, on veut savoir ce qui arrive à ce Louis, on ne le lâche plus, ou plutôt c'est lui qui ne nous lâche plus.
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Ce livre sur la vie du peintre Louis Soutter est bourré de qualités incontestables : style, documentation. Mais je ne suis pas parvenue à m'intéresser vraiment à ce récit et à cet homme, pourtant attachant à maints égards. Je suis restée un peu extérieure à le contempler comme s'il se trouvait représenté sur une photo de papier glacé. J'ai beaucoup pensé en cours de lecture à l'album graphique de Maurice Pajak, "le Manifeste Incertain volume 5 - Van Gogh, une biographie", qui m'avait fait ressentir au plus vif le destin de cet homme errant dans sa vie de solitude et de misère. Les deux artistes ont en commun l'exclusion et la solitude. Aucun emballement comparable pour moi ici.
Mais beaucoup de lecteurs sont enthousiastes. Quant au peintre, il faut vraiment la peine d'être découvert si on ne le connait pas ou peu : ses créations sont habitées.
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
Avec un peu de maïs et une poignée de greubons, Louis pouvait cheminer plusieurs jours sur les pentes des collines, à travers les campagnes et les pâturages, il pouvait passer un col ou deux, longer une rivière, suivre une vallée ou un vallon. Exténuer le corps et le priver de nourriture mène l'esprit à l'absence, là où grandissent les visions grandioses et effervescentes. Louis savait cela.
°°°°°°°°°°°
Wikipedia :
Le taillé aux greubons ou taillé aux grabons est une spécialité de pâtisserie salée des cantons de Vaud, de Neuchâtel et de Fribourg en Suisse. Le terme « greubons » désigne les résidus de la fonte du saindoux avec lesquels on fait le taillé :
La graisse de porc coupée en petits morceaux est fondue à feu doux et filtrée. Les greubons sont mélangés aux ingrédients de la pâte, qui est cuite à feu vif.
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Je n'ai jamais cru que la liberté de l'homme consistât à faire ce qu'il veut, mais bien à ne jamais faire ce qu'il ne veut pas.
Jean-Jacques Rousseau

Pour partager sa solitude, il aurait fallu inventer des mots neufs, ou changer le monde.

La vie ça demande de l'encouragement.
Emil Ajar
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Jeanne, Jeanne, descends !
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Vidéo de Michel Layaz
Michel Layaz présente son nouveau roman "Deux filles", en librairie le 29 août (CH) et le 13 septembre (F).
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https://www.editionszoe.ch/livre/deux-filles
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