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ISBN : 2709664135
Éditeur : J.-C. Lattès (06/03/2019)

Note moyenne : 3.77/5 (sur 20 notes)
Résumé :
Giulia n’a hérité de sa mère que son prénom, italien comme elle, et son amour pour Malaparte. Elle a grandi seule avec son père et avec les livres du grand écrivain. Elle est devenue mère, elle est devenue professeure d’université, spécialiste de Malaparte. Ses enfants ont grandi, ils ont encore besoin d’elle, mais c’est elle qui a besoin de vivre sans eux maintenant : elle ne fuit pas comme sa mère a fui dès sa naissance, elle fuit pour comprendre ce qu’elle a hé... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
hcdahlem
  23 avril 2019
En imaginant une femme s'installant dans la villa de Malaparte à Capri pour y écrire un livre sur l'auteur de la Peau, Sylvie le Bihan fait coup double, nous offrant de (re)découvrir une oeuvre et une réflexion sur le statut de la femme.
«Naples, Capri, Malaparte, une histoire de famille. Celle d'une gamine élevée par un homme seul à la tristesse calcifiée après le départ de sa femme, ma mère, disparue un matin d'été et dont le fantôme me frôle encore les nuits d'insomnie. Année après année, j'ai écrit ma propre histoire en enfilant maladroitement les quelques phrases qui s'échappaient de la bouche de mon père, un homme trop discret. Des petites perles, secrets volés d'une enfance sans mère dont je n'avais retrouvé que deux photos jaunies, glissées entre les pages du seul livre qu'elle avait laissé derrière elle, La Peau de Curzio Malaparte, un trésor que je chérissais et que je détestais à la fois.» Aujourd'hui Giulia panse ses plaies. Elle peut se retourner sur son enfance et adolescence «construite auprès d'un fantôme», ce père qui ne s'est jamais vraiment remis du départ de son épouse. Elle peut revenir sur son mariage avec l'homme qui aurait dû la convaincre «qu'on pouvait rester», mais qui avait fini par fuir lui aussi. Elle peut comprendre qu'après le divorce, elle a ressenti cette obligation d'assurer un avenir à sa progéniture. Mais maintenant que les enfants sont grands, elle n'aspire qu'à une chose, un peu de liberté.
Aussi, malgré l'avertissement de son père qui estime que Alex, Thomas et Antoine ont encore besoin d'elle, elle part pour Capri où elle a la chance de découvrir un endroit exceptionnel, la villa Malaparte, l'endroit où a vécu cet écrivain qui l'a accompagné depuis le départ de sa mère et dont elle entend approfondir la vie et l'oeuvre.
Si Gianluca et Nina, le couple de gardiens des lieux, lui réservent un accueil plutôt froid – elle dérange leur quiétude – le charme des lieux opère. Mais il lui faut apprendre à apprivoiser ce grand vaisseau pointé vers l'océan: «Depuis mon arrivée sur l'île je n'avais pas écrit une ligne, je me perdais dans un dédale de recherches en découvrant chaque jour un trésor sur les rayonnages de la bibliothèque de la maison. Un nouvel ouvrage, une photo ou une lettre inédite qui me fascinaient au point que les multiples flèches et ratures sur mes notes transformaient le plan de mon livre en une treille couverte de ramifications désordonnées, semblables au parcours de la vigne sur les murs du village.»
Comme souvent, une rencontre va permettre le déclic. Massimo Luglio, qui a organisé son séjour, lui a transmis les coordonnées de Maria, «une femme proche des propriétaires, en charge des écrits non publiés de Malaparte et de la conservation de la maison.» Avec elle, elle va non seulement parler littérature, mais aussi faire le bilan d'une vie, réfléchir à son rôle. Sans fards, sans tabou.
«Il y a dans la vie un temps pour agir, par instinct, par volonté, par hasard ou par devoir, un temps déterminé pour chaque palier, ensuite arrive celui de réfléchir, de revenir sur ce qu'on a fait, d'analyser froidement ce qu'on a réussi ou raté et, si c'était à refaire et malgré l'amour que je porte à mes enfants, je pense honnêtement que je ferais tout différemment, sans eux.»
Sylvie le Bihan réussit avec beaucoup de finesse à lier les deux quêtes. Quand elle parle de Malaparte, n'est-ce pas aussi de Giulia? Quand, par exemple, elle affirme que c'est «l'insolente sincérité» de l'écrivain qui dérange, ne parle-t-elle pas de cette femme bien décidée à regarder la vérité en face? de même lorsque Maria lui explique qu'il s'efforçait continuellement d'être et non de paraître, on comprend que Giulia aspire aussi à ce droit.
Ce séjour italien, on l'a compris, est bien davantage qu'une parenthèse dans sa vie. Sans en dévoiler l'épilogue, on peut affirmer qu'une femme bien différente repartira de cet endroit qu'elle nous donne envie d'aller découvrir séance tenante.

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mumuboc
  17 mai 2019
Giulia, la narratrice, arrive à un moment de sa vie qu'elle attend avec impatience. Divorcée, elle a élevé seule ses trois enfants et lorsqu'elle pense enfin pouvoir penser à elle, les deux plus jeunes, Thomas et Antoine décident de prendre une année « sabbatique » après le bac pour réfléchir à leur orientation de vie.
C'est la goutte qui fait déborder le vase déjà trop plein. Elle décide de partir pour Capri, seule, dans la ville qui abrite la maison de Curzio Malaparte, et se lance dans des recherches à la fois sur cet auteur qui la lie à sa mère mais aussi sur elle-même, son rôle de mère et sur sa vie.
Dès que j'ai su quel était le thème du roman de Sylvie le Bihan, le rôle de mère, l'amour maternel, j'ai été intéressée car ce sont des sujets qui me posent question, très peu traités et j'ai donc rencontré l'auteure lors du Printemps du livre à Montaigu début Avril.
(…)et ma liberté était mon plus cher trésor. Je l'ai déposée, en offrande, au pied du berceau de mes enfants, j'ai donné ma solitude, ma vie, pour me fondre dans cette idée que la maternité était le plus grand bonheur pour le plus grand nombre de femmes. (p111) (…) Mais, j'ai eu des enfants et je le regrette. (p114).
Définition d'Amour propre : Sentiment vif qu'un être a de sa dignité et de sa valeur personnelle.
Tout est là, dans ce titre. Toute mère s'est posée un jour ou l'autre, pour des raisons diverses, la question : qui aurai-je été si je n'avais pas eu d'enfants, que suis-je devenue depuis leur naissance, qu'ai-je fait de mes rêves, est-ce cela être mère ? le plus souvent ce questionnement se fait entre elle et sa conscience car il n'est pas bon de douter, de s'interroger, même s'il n'est pas question de remettre en cause l'amour que l'on porte à ses enfants.
Même si ça ne se fait pas, une maman ne dit pas qu'elle voudrait un peu de temps pour elle, ne serait-ce que pour se reposer. Si une mère a le malheur de s'épancher, elle passe pour un monstre d'égoïsme, surtout quand elle est la sorcière responsable de l'éclatement d'une famille. (p65)
Une partie du roman de Sylvie le Bihan tient dans cette définition : quel regard porte-t-on sur le rôle de mère, celui-ci est-il choisi, imposé, a-t-on eu le choix, une femme peut-elle être ou non épanouie dans cette fonction.C'est une introspection du sentiment maternel, voulu, accepté ou normalisé et c'est un sujet bien difficile à évoquer, disséquer car il peut être mal interprété et comme me l'a dit Sylvie le Bihan : C'est un sujet « casse-gueule »….
Entre le regard porté par la société sur la mère et celui, plus intime, porté par la mère elle-même, il peut y avoir des variantes, plus ou moins grandes mais le problème c'est que ces variantes sont le plus souvent tues car les avouer amènerait un jugement de « mère indigne » alors qu'il n'est pas du tout question de cela.
Giulia, que sa mère a abandonnée alors qu'elle n'avait que 8 mois, laissant à son père le soin de l'élever, n'a pas de référence, d'image maternelle. Elle s'est elle-même retrouvée mère, un peu par hasard et non par accident, simplement parce que c'était dans l'ordre des choses : mariage, enfants etc…. Mais naît-on mère, le devient-on, est-il normal d'envisager sa vie sans enfants, une vie qui peut sembler égoïste pour d'autres alors qu'il ne s'agit que d'être soi-même ?
Sylvie le Bihan a le courage, à travers ce roman, d'évoquer ces questions, sujet qui peut heurter, diviser, tellement dans l'esprit de tous, une femme est une mère potentielle. C'est un sujet qui m'intéresse car on tente parfois d'imaginer ce qu'aurait été sa vie si nous avions fait le choix de ne pas avoir d'enfants. S'effacer totalement dans le rôle de mère, ne plus que penser à ses enfants, surtout quand on les élève seule, espérer un jour pouvoir faire et être celle que l'on est vraiment, imaginée, rêvée entre couches, biberons, études.
La maternité apparaît souvent comme une normalité, un devoir, une suite logique de la vie d'une femme.
Je n'aime pas qu'on m'impose un sentiment, qu'il aille de soi, croire aveuglément qu'il vas se passer quelque chose de bien après, attendre avec angoisse la récompense, et s'il ne devait rien se passer ?Et si notre jugement instinctif était fondé ? L'obligation d'aimer les membres de sa famille m'est insupportable, cet amour érigé comme une évidence, cette croyance aveugle choque mon côté agnostique. (…) Aimer est un sentiment profondément égoïste, car ce n'est que lorsqu'on se retrouve dans l'autre, en terrain connu, en osmose avec nos valeurs, que l'on peut aimer et cela nécessite une forte dose d'intégrité, même avec ses enfants. (p57)
Dans son récit l'auteure mêle à ce questionnement une enquête sur les pas de Curzio Malaparte, auteur que je connais uniquement de nom, en se rendant à Capri où l'écrivain possédait sa maison rendue célèbre par le tournage du Mépris de Jean-Luc Godard.
Giulia se sent en osmose avec cet écrivain, dans les lieux fréquentés par lui, dans sa maison . Elle rencontre Maria, la gardienne du « temple » Malaparte, une femme qui l'intrigue, l'attire, mystérieuse, à la fois distante et attentionnée.
Curzio était un personnage énigmatique, un homme insaisissable et un solitaire résigné. Il disait lui-même que ce qui lui attirait les foudres de ses contemporains était qu'il s'efforçait continuellement d'être, et non pas de paraître un Italien comme les autres et qu'il n'y arrivait pas.
Cette phrase me fit penser à mon combat dans mon rôle de mère, une solitude et un silence imposés… (p154)
Même si j'ai été un peu gênée par les parties sur Malaparte parfois un peu trop présentes, le voyage dans cette île baignée de soleil, les rencontres que Giulia y fera, son regard sur sa vie et ses questionnements m'ont plu. Cet intermède solitaire, cette retraite volontaire loin des siens va lui permette de faire le point sur sa vie et sur le sens qu'elle va désormais lui donner.
Je pense que l'auteure a une passion pour cet écrivain car on ressent sa fougue dès qu'elle l'évoque mais peut-être faut-il mieux connaître Curzio Malaparte, pour l'apprécier. Pour ma part je me suis un peu perdue par moment entre les deux quêtes de l'héroïne.
On se retrouve dans l'écriture de Sylvie le Bihan, elle décrit parfaitement les sentiments pensés (mais non dits car « sujet tabou »), les petits événements entre mère et enfants mais aussi la relation qui unit Giulia à son père, un père nourricier, taiseux, pétrifié dans l'amour qu'il portait à sa femme mais présent et observateur.
La fin, idéaliste, est à mon goût un peu « tirée » par les cheveux et n'était, pour moi, finalement pas nécessaire. Toute la partie sur le questionnement maternel est très fouillé et réaliste, parfois emprunt d'humour et a trouvé écho en moi.
J'ai pensé à Hurler sans bruit de Valérie van Oost lu précédemment ainsi qu'à Sorcières de Mona Chollet. Finalement même au 21ème siècle les femmes ne peuvent toujours pas évoquer certains sentiments sans être jugées alors qu'il s'agit uniquement non pas de remettre en cause la mère mais la femme qui disparaît souvent derrière cette fonction.
Regretter ce n'est pas rejeter, c'est simplement penser au « si », c'est envisager tous ces possibles qui s'envolent avec les premiers cris du nourrisson, et ce ne sont ni Alex, ni Thomas ou Antoine que je regrette, mais toutes ces années que j'ai dédiés à un dessein qui m'était étranger, à cet oubli de soi. (p115)
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sylvaine
  27 mars 2019
Amour propre Sylvie le Bihan J.C. Lattès mars 2019 #AmourPropre #NetGalleyFrance
Giulia estime avoir rempli sa mission. Depuis plus de vingt ans tel un bon petit soldat elle s'est occupée de ses 3 enfants, seule puisque le père s'en est allé. Mission terminée estime t'elle. Enfin elle va pouvoir vivre comme elle le souhaite, enfin pouvoir se consacrer à ses travaux d'écriture et lorsque l'occasion se présente de partir à Capri et de s'installer dans la Villa Malaparte elle voit tous ses rêves se réaliser. Malaparte et elle c'est une longue histoire ou plutôt entre sa mère et elle, une mère qui l'a abandonnée alors qu'elle n'avait que 8 mois ne lui laissant comme seul héritage qu'un livre de Malaparte..
Sylvie le Bihan nous dresse le portrait d'une femme qui "s'est sacrifiée". Certes elle aime ses enfants mais ils lui ont gâchés sa vie. Que de choses elle aurait pu faire si, si et encore si....Pour Giulia ce séjour doit lui apporter une sérénité disparue, les réponses à toutes les questions qu'elle n'a jamais osé formuler . Son séjour consacré à cette figure mythique de la littérature italienne va t'il lui être salutaire, les personnes dont elle croise le chemin sauront elles l'aider à y voir plus clair?
Que dire de ce roman, Je ne sais pas vraiment. Tout d'abord c'est un écrit dans l'air du temps qui a le mérite d'aborder un sujet tabou , une femme a t'elle le droit de ne pas avoir envie de devenir mère sans être vouée à l'opprobre collective? le propos de Sylvie le Bihan est louable mais à force de vouloir bien faire elle en fait trop, noyant dans des périphrases à rallonge la pertinence de son sujet. Par contre dès qu'elle nous parle de Curzio Malaparte son écriture devient fluide , louangeuse et vivante, un pur plaisir.Je vous laisse le soin de découvrir par vous-même ce roman et je remercie vivement les éditions J.C Lattès pour leur confiance.
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motspourmots
  06 mars 2019
"Aimer est un sentiment profondément égoïste, car ce n'est que lorsqu'on se retrouve dans l'autre, en terrain connu, en osmose avec nos valeurs, que l'on peut aimer et cela nécessite une forte dose d'intégrité, même avec ses enfants. C'est pourquoi j'ai toujours privilégié l'amour "propre", vierge de tout lien de sang, celui qui impose le recul nécessaire à l'objectivité, à l'appréciation des autres seulement pour ce qu'ils font de ceux qu'ils sont".
Sujet casse-gueule, m'avait dit l'auteure avec appréhension avant de m'envoyer son dernier roman. Ça tombe bien, moi, les sujets courageux, j'aime ça. Et quand ça touche à la maternité, sujet féminin par excellence mais sujet souvent contraint par une certaine norme sociale, ça m'interpelle. La norme. Les codes. Les schémas que l'on se doit de répéter sous peine d'être montré du doigt, voilà qui me hérisse le poil. Alors, ce roman qui avance sans fard, ose poser au grand jour des questions "honteuses" ou "scandaleuses" selon les jugements, ce roman m'apparait comme salutaire, jouissif et Ô combien utile.
D'abord parce qu'il envoie bouler la langue de bois, le consensus selon lequel la maternité serait la plus belle chose au monde, épanouissante, indispensable à la réalisation d'une femme. Ensuite parce que jamais il ne remet en question l'amour qu'une mère porte à ses enfants. Il s'agit plus de statut, de parcours personnel, de sensation contrainte, et surtout d'ambiguïté. Car, non, la maternité ne coule pas de source, contrairement aux images d'Epinal. Oui, une femme peut souffrir d'être engluée dans un rôle de mère qu'elle n'a pas réellement choisi, dans lequel elle s'est engagée en se laissant simplement glisser sur une pente tracée par d'autres.
C'est la situation dans laquelle se trouve Giulia, qui n'attend qu'une chose : que ses trois grands enfants quittent le nid afin qu'elle puisse enfin se réapproprier sa vie. Elle les a élevés quasiment seule, a mené en parallèle une belle carrière universitaire. Professeur d'italien, la langue de sa mère, Laura, qui n'a pourtant que très peu vécu avec elle. Envolée un beau jour en confiant la petite Giulia aux bons soins de François, son père. Laura avait une passion pour Curzio Malaparte ; Giulia prépare un livre sur lui et s'apprête à séjourner dans la fameuse Villa Malaparte sur l'île de Capri. Au moment de son départ, elle est en froid avec ses deux fils dont les choix la heurtent et la renvoient aux questions sur l'éducation qu'elle s'est attachée à leur donner, sur son "investissement" en quelque sorte. Cette vie qu'elle leur a dédié, ce temps qu'elle aurait peut-être pu consacrer à autre chose...
"Il n'existe pas qu'une façon d'envisager sa maternité, il y en a des milliers. On y apporte son enfance, ce sac à dos bien lourd parfois, on y ajoute ses espoirs et ses projets avant d'être confrontée à ce qui est".
D'une île à l'autre. de Capri à Belle-Ile où vit François, l'ancrage familial. D'un anticonformisme à l'autre. Malaparte, écrivain et reporter controversé, complexe, multiple mais qui a imposé son parcours, suivi son instinct. Laura qui a choisi la liberté, une autre forme de liberté, loin des contraintes du lien maternel. le cheminement de Giulia passe par ces deux bans de terre cernés par la mer, avec cette sensation d'être coupé du monde. Elle n'a pas choisi la fuite, mais l'attente. Ou plutôt les attentes.
Si ce roman est une réussite, c'est parce qu'il saisit parfaitement la complexité de sa thématique, rejetant toute affirmation péremptoire ou opinion prémâchée. Avec la question de la maternité se pose celle de la famille, de ce qui la constitue, ce qu'on en attend, ce que l'on doit aux membres qui la composent. Nul doute que ce livre fera écho aux parcours et aux doutes de nombreuses femmes, quel que soit leur âge et leur situation. Il donne aussi une furieuse envie d'aller explorer l'oeuvre de Malaparte (personnage croisé récemment dans Eugenia de Lionel Duroy) et bien sûr de filer à Capri.
La force du propos ne serait rien sans l'efficacité du style, à la fois sobre, imagé et précis, acéré quand il le faut, et soudain plus rond, plus souple, un temps alangui pour mieux repartir à l'assaut.
Casse-gueule ? Peut-être, mais avec beaucoup de classe.
"Pour moi, juger c'est nier l'intime, c'est oublier l'intention, qu'elle soit poétique ou cruelle, c'est refuser le paradoxe humain, les glissements et les dérapages qui forcent l'équilibre, c'est effacer les courbes, les esquisses de liens ténus entre fantasmes et réalités".
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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Aufildeslivres
  07 mars 2019
ll y a des chagrins qu'elle porte en elle, cachés, écrasés. Tout près de son coeur. Des douleurs qui font d'elle ce quelle est devenue, parfois malgré elle, pour plaire, pour faire comme les autres, drivée par les diktats sociaux - les sacro-saintes règles imposées aux femmes : ne pas demeurer célibataire, avoir des enfants, les élever. Bravo.
Des enfants, elle en a eu trois et voilà. C'est bien. Parfait ! Idéal. Elle a bien contorsionné son corps et maté son esprit pour entrer dans le moule. Et puis, elle fera mieux que sa mère qui n'a rien assumé et les a laissés, son père et elle, lorsqu'elle était un bébé. Fortiche Giulia. Elle se débrouille et les élève entre le père absent et le boulot. C'est la course, l'épuisement, le ras l'bol et les dents qu'il faut serrer.
Elle tient jusqu'à la « fracture » où enfin, elle saisit l'occasion de partir, sur les traces de Curzio Malaparte, à Capri, dans la villa même du maître. Elle s'isole au coeur de cette magnifique construction, pour écrire un livre, mais surtout pour s'éloigner d'eux - ses enfants, ceux pour lesquels sa liberté s'est envolée, ses projets, sa vie de femme. Ces années qu'elle n'a pas choisies.
Ce roman est le constat d'une femme et un regard lucide de mère. Une ambivalence entre l'envie et le devoir, le ressentiment et l'amour, le silence et l'audace. Ce sont des mots posés sur les aspirations au-delà d'un vécu. Ils sont francs et honnêtes.
Sylvie le Bihan écrit toujours aussi bien. Avec impatience, j'attendais ce nouveau roman que j'ai dévoré d'une traite. J'aime la sincérité de ses écrits, toute la profondeur qui s'en dégage, sans jugement, sans recette, juste des mots de femme au coeur du temps qui file.
Le roman se referme sur Capri, sur la Normandie, sur les romans de Curzio Malaparte (que j'ai découvert avec intérêt) et sur l'amour.
Je ne peux raconter davantage car je pense que chacun.e s'appropriera ce texte.
Un roman à lire absolument. 

Lien : http://aufildeslivresblogetc..
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critiques presse (1)
Lexpress   25 mars 2019
Avec Amour propre, Sylvie Le Bihan traite sans tabou de l'abandon maternel et de la douloureuse reconstruction.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
mumubocmumuboc   17 mai 2019
(…)et ma liberté était mon plus cher trésor. Je l’ai déposée, en offrande, au pied du berceau de mes enfants, j’ai donné ma solitude, ma vie, pour me fondre dans cette idée que la maternité était le plus grand bonheur pour le plus grand nombre de femmes. (p111) (…) Mais, j’ai eu des enfants et je le regrette. (p114).
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mumubocmumuboc   17 mai 2019
Je n’aime pas qu’on m’impose un sentiment, qu’il aille de soi, croire aveuglément qu’il vas se passer quelque chose de bien après, attendre avec angoisse la récompense, et s’il ne devait rien se passer ? Et si notre jugement instinctif était fondé ? L’obligation d’aimer les membres de sa famille m’est insupportable, cet amour érigé comme une évidence, cette croyance aveugle choque mon côté agnostique. (…) Aimer est un sentiment profondément égoïste, car ce n’est que lorsqu’on se retrouve dans l’autre, en terrain connu, en osmose avec nos valeurs, que l’on peut aimer et cela nécessite une forte dose d’intégrité, même avec ses enfants. (p57)
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mumubocmumuboc   17 mai 2019
Curzio était un personnage énigmatique, un homme insaisissable et un solitaire résigné. Il disait lui-même que ce qui lui attirait les foudres de ses contemporains était qu’il s’efforçait continuellement d’être, et non pas de paraître un Italien comme les autres et qu’il n’y arrivait pas.

Cette phrase me fit penser à mon combat dans mon rôle de mère, une solitude et un silence imposés… (p154)
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mumubocmumuboc   17 mai 2019
Regretter ce n’est pas rejeter, c’est simplement penser au « si », c’est envisager tous ces possibles qui s’envolent avec les premiers cris du nourrisson, et ce ne sont ni Alex, ni Thomas ou Antoine que je regrette, mais toutes ces années que j’ai dédiés à un dessein qui m’était étranger, à cet oubli de soi. (p115)
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mumubocmumuboc   17 mai 2019
Même si ça ne se fait pas, une maman ne dit pas qu’elle voudrait un peu de temps pour elle, ne serait-ce que pour se reposer. Si une mère a le malheur de s’épancher, elle passe pour un monstre d’égoïsme, surtout quand elle est la sorcière responsable de l’éclatement d’une famille. (p65)
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Videos de Sylvie Le Bihan (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Sylvie Le Bihan
Sylvie le Bihan vous présente son ouvrage "Amour propre" aux éditions Lattès.
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