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EAN : 9781022603097
Editions Métailié (12/02/2015)
3.59/5   11 notes
Résumé :
Les usages sociaux et culturels accordent à la parole et au silence une alternance qui varie d'un lieu à l'autre et d'une personne à l'autre. Cependant, face au silence les uns éprouvent un sentiment de recueillement, de bonheur tranquille, tandis que d'autres s'en effraient et cherchent dans le bruit ou la parole une manière de se défendre de la peur.
En effet, le silence favorise un retour du refoulé quand le rempart du sens que fournit le bruit se dérobe ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Un essai sociologique – auquel je m'attendais plus ou moins – aurait pu se cantonner à étudier le silence comme l'inverse du bruit, notion très importante et multiforme dans les théories de la communication. Dans ce cas, on aurait pu prévoir un discours nostalgique et apologétique du silence raréfié... Mais David le Breton ne fait pas du tout cela, ou plutôt, il liquide cette question (et de façon problématisée) dans l'Introduction ; pour le reste, par une démarche presque philosophique et avec un style qui m'a souvent fait penser à du Gaston Bachelard, il s'attelle à examiner le plus grand nombre d'occurrences du silence, dans une telle variété de contextes que l'on peut se persuader qu'il s'est approché de l'exhaustivité.
Le premier contexte, le plus concret, est celui des « Silences de la conversation » (ch. 1). En partant de l'observation que les langues antiques possédaient deux verbes (en latin : « silere » et « tacere ») là où nous n'en avons qu'un, d'où une une certaine fluctuation conceptuelle moderne, l'auteur souligne que le discours est toujours une trame où parole et silence se tissent, il démontre le côté culturel du dosage du silence, mais aussi sa dissymétrie genrée, sa différente appréciation selon les fonctions communicatives et encore selon les cultures, et la spécificité des silences des enfants ; pour finir, il affronte la question du bavardage conçu comme une forme de ce que les linguistes qualifient de communication phatique (cf. cit. infra).
Le chap. 2, « Politiques du silence », dans lequel, de manière surprenante, les références sont pour la plupart littéraires, s'occupe des relations ambiguës entre silence et pouvoir : à la limite, il s'agit de l'intimation de se taire ou de parler. Dans ce contexte, les significations du silence sont également multiples : contrôle de soi, opposition, réduction au silence, rupture du silence, acquiescement, indifférence, mutisme – en particulier chez les enfants des migrants (réf. à l'excellent essai de Zerdalia Dahoum) –, indicible (réf. à Primo Levi).
Le chap. 3, « Les disciplines du silence », constitue une sorte d'appendice du précédent, lorsque le pouvoir est auto-imposé ; ainsi, le sujet principal est le secret, avec ses divers motifs, ainsi que « les ruses de l'inconscient », et donc, symétriquement, le travail de la psychanalyse qui consiste à tenter de des déjouer ; le chapitre se termine par « le silence des institutions » - qui aurait pu aussi trouver sa place au chap. 2.
Chap. 4, « Manifestations du silence » : ou comment les silences sont porteurs de sens et, par conséquent, ont des effets psychologiques opposés, tantôt angoissants, tantôt réconfortants. Silence du recueillement, de l'angoisse, conjuration contre le silence, silence de mort, silence de l'interprétation de l'univers. Ensuite, inversement, les significations du bruit sont examinés : bruits d'enfance, bruits du quotidien, bruits environnants.
Un très long chap. 5, parfois un peu répétitif, est consacré à : « Les spiritualités du silence ». La plus grande partie traite du christianisme, surtout dans ses déclinaisons monastiques orientales et occidentales, ordre par ordre, dans la théologie, ainsi que dans les expériences mystiques. Mais les mysticismes islamique, judaïque, bouddhique, hindou et même « profane » (réf. à Bataille) sont également effleurés.
Enfin, le chap. 6 s'intitule : « Le silence et la mort ». S'y mêlent deux genres de silence : celui qui, dans de nombreuses cultures, entoure le deuil et/ou la fin de vie, et celui, éternel, que la mort inflige à sa victime, y compris, avec une emphase particulière, lorsque le « moribond » est un patient atteint du sida (la première éd. de cet essai remonte à 1997) : en effet, dès lors qu'un patient découvrait sa séropositivité, à l'époque, il s'infligeait un silence et une mutilation sur de nombreux aspects de sa vie, au point de se sentir (et d'être effectivement relégué) à l'antichambre du trépas.


Cit. :


« Le bavardage est une forme courante de la communication phatique, il suscite le plaisir du contact sans engager outre mesure et remplit une fonction anthropologique de confirmation de soi et de l'autre, de renforcement du lien social. Paroles superflues sans doute, mais dont l'absence ôterait à la qualité de la relation en réduisant le langage à un pur instrument utilitaire. » (p. 70)

« Tout système hiérarchique implique une canalisation de la parole, une manipulation du silence qui se donne comme une zone stratégique de repli, et, simultanément, pour ceux qui le subissent, comme une réserve dangereuse de menace. Si le subalterne est souvent réduit au silence devant son supérieur, ce dernier n'use pas nécessairement du privilège de la parole que lui confère son statut car il n'ignore pas les avantages psychologiques de la distance, et donc du bon usage politique de sa parole. » (pp. 83-84)

« Le silence [du psychotique] est une protection efficace qui ne révèle rien de soi, et l'enveloppe d'un voile par lequel il cherche à se rendre invisible, inaudible, à passer entre les mailles d'un réel qui l'effraie. Protection aussi contre soi, un soi déjà entamé par l'intrusion originelle des autres, et qui conduit également à repousser le langage. » (p. 113)

« L'histoire de la psychanalyse est comme la longue conquête d'un silence venant bouleverser le régime antérieur de la parole de la psychiatrie, et plus largement son rapport à la souffrance. le recours au silence rend le thérapeute plus disponible à l'écoute de la parole d'un patient suivant les méandres de son cheminement au fil de l'inconscient. » (p. 135)

« Le droit au confort acoustique (la préservation d'une part de silence) est devenu un domaine sensible de la sociabilité, une valeur unanime en réponse à l'augmentation ambiante du bruit. le silence a été enrôlé peu à peu au fil des dernières décennies […] comme une référence commerciale de poids […]. Les entreprises ou les agences publicitaires ont elles aussi perçu la valorisation nécessaire du silence dans la vie quotidienne traquée par le bruit. […] L'argument est un recours efficace du marketing. » (p. 185)

Excipit :
« Maintenant commence la vigilance devant les ambiguïtés toujours possibles du silence, le sentiment que pour avoir le bonheur de se taire, ou jouir de la tranquillité d'un lieu, il ne faut pas être réduit au silence. Si la parole n'est pas libre, le silence ne l'est pas davantage. La jouissance du monde découle de la possibilité de toujours choisir. Mais le silence a toujours le dernier mot. »
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Le seul silence que l'utopie de la communication connaisse est celui de la panne, de la défaillance de la machine, de l'arrêt de transmission. Il est une cessation de la technicité plus que l'émergence d'une intériorité. Le silence devient alors un vestige archéologique, un reste non assimilé. Anachronique dans sa manifestation il produit le malaise, la tentative immédiate de le juguler comme un intrus. Il souligne les efforts qui restent encore à fournir. pour que l'homme accède enfin au stade glorieux de l'homo communicans. Mais simultanément le silence résonne comme une nostalgie, il appelle le désir d'une écoute sans hâte du bruissement du monde. L'ébriété de paroles rends enviable le repos, la jouissance de penser enfin l'événement et d'en parler en prenant le temps dans le rythme d'une conversation qui avance à pas d'homme en s'arrêtant enfin sur le visage de l’autre. Et le silence, de refoulé qu’il était prend alors une valeur infinie. La tentation est parfois grande d’opposer à la « communication » profuse de la modernité, indifférente au message, la « catharsis du silence » (Kierkegaard) en attendant que soit pleinement restaurée la valeur de la parole.
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Allié à la beauté d'un paysage le silence est un chemin menant à soi, à la réconciliation avec le monde. Moment de suspension du temps où s'ouvre un passage octroyant à l'homme la possibilité de retrouver sa place, de gagner la paix.
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"N'ouvre la bouche que si tu es sûr que ce que tu vas dire est plus beau que le silence", dit un proverbe arabe.
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"Il n'est pas de parole sans réponse, même si elle ne rencontre que le silence pourvu qu'elle ait un auditeur....et c'est là le cœur de la fonction de l'analyse" (Lacan).
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Le seul silence que l'utopie de la communication connaisse est celui de la panne.
Mais simultanément le silence résonne comme une nostalgie, il appelle le désir d'une écoute sans hâte du bruissement du monde.
Le silence n'est jamais une réalité en soi, mais une relation, il se donne toujours pour la condition humaine à l'intérieur d'un rapport au monde.
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Vidéo de David Le Breton
Emois et résonances de la première toilette des élèves aides-soignants
Avec la participation de Éric FIAT, David LE BRETON, Pascale MOLINIER, Patricia PAPERMAN Voir plus [+]
La combinaison de récits de toilettes par des apprenants aides-soignants et d'articles réflexifs par des universitaires reconnus rend cet ouvrage innovant et incontournable pour comprendre les enjeux du respect de la pudeur dans le soin de la toilette aussi bien du côté du patient que de celui du soignant.

La première toilette constitue un rite initiatique à l'issue duquel on devient soignant. Si le respect de la pudeur des patients représente un enjeu majeur de l'enseignement du soin, qu'en est-il de la pudeur des soignants ? Cette thématique inédite est au coeur de cet ouvrage où, grâce au travail du récit, chaque fois unique et singulier, des élèves engagent leurs mots et représentations dans la confrontation de leur propre pudeur avec celle de l'autre. Ils et elles participent à l'émergence d'une voix, d'une culture, d'un discours sur le soin qui contribue à la reconnaissance de leur métier et de sa complexité psychique.
Ces savoirs expérientiels combinés à des savoirs d'experts reconnus en sciences humaines révèlent les dimensions aussi bien éthiques qu'existentielles présentes dans la pratique du soin de la toilette. Loin d'être une tâche simple aux techniques vite apprises et acquises, celle-ci participe à ce geste éthique majeur : le respect de la dignité humaine.
Avec la participation des élèves de l'IFAS.
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Trames
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