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EAN : 9782234085985
176 pages
Stock (16/05/2018)
4.08/5   18 notes
Résumé :
C’est la guerre, une guerre qui se déroule sur tous les fronts et qui s’intensifie depuis qu’elle est désormais menée contre tout ce dont il paraissait impossible d’extraire de la valeur. S’ensuit un nouvel enlaidissement du monde. Car, avant même le rêve ou la passion, le premier ennemi aura été la beauté vive, celle dont chacun a connu les pouvoirs d’éblouissement et qui, pas plus que l’éclair, ne se laisse assujettir.
Y aura considérablement aidé la collus... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
aleatoire
  07 août 2018
Suis tellement confus de classer en "pense-bête" ce qui convoque l'intelligence.
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lanard
  24 avril 2019
La beauté, c'est « ce qui n'a pas de prix ». L’œuvre d'art, qui elle a un prix, c'est tout autre chose. Ce pamphlet s'en prend à cette tentative d'esthétisation du monde qui s'acharne à tout transformer en objet d'art. Travail de sape qui ouvre des abysses d'insignifiances dont le pouvoir sidérant n'a d'égal que les sommets vertigineux de la spéculation financière sur le marche de l'art. Cette esthétique de la sidération, Annie le Brun la nomme « réalisme globaliste ». C'est l'esthétique du pouvoir financier mondialisé et triomphant. Exit l'Internationalisme et son réalisme socialiste ; exit le futurisme fasciste; à chaque tyrannie son esthétique, la philosophie du beau envisagée ici comme masque exaltant les vertus du tyran.
Je ne résumerai pas la démonstration (dont la matière est développée en quatre chapitres) qui s'acharne à démonter ce projet de colonisation de la beauté ou autrement dit, d'asservissement des consciences. Je me contente de signaler qu'elle mobilise les critiques déjà anciennes de penseurs précurseurs comme William Morris (L'âge de l'ersatz, 1894), Elisée Reclus (1830 – 1905) ou Walter Benjamin (1892 – 1940) mais aussi des travaux très contemporains dont les titres suivants ; la Domestication de l'art (Laurent Cauwet, 2017), Enrichissement. Une critique de la marchandise (Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, 2017), Sauvons le beau. L'esthétique à l'ère numérique (Byung-Chul Han, 2016), le Paradigme de l'art contemporain (Nathalie Heinich, 2014), l'Esthétisation du monde. Vivre à l'âge du capitalisme artiste (Gilles Lipovetsky et Jean Serroy, 2013), Subversion et subvention. Art contemporain et argumentation (Rainer Rochlitz, 1984).
Il ne serait charitable pour son lecteur de laisser celui-ci seul devant l'étendue d'un désastre, certes mondial, sans le rappeler à sa conscience, c'est-à-dire à sa capacité à résister. C'est dans ce cinquième chapitre qu'Annie le Brun ouvre une voie qui mérite d'être méditée ; celle du facteur Cheval (et de son palais idéal) mais aussi (et là, la proposition est aussi audacieuse que pertinente), la voie de Victor Hugo ; non pas celui des Contemplations et des Misérables, mais celui qui réinventa « au cours de son exil de dix-neuf ans à Guernesey, en faisant de sa demeure de Hauteville House, la plus folle tour de guetteur entre ciel et mer, pour sonder qui est en lui et qu'il sait aussi être celui de l'univers. »
C'est le principe de l'écart absolu qui poussa Christophe Colomb à poursuive son rêve vers des confins où personne n'avait osé s'aventurer. Pour bien comprendre en quoi cette règle de l'ECART ABSOLU (qu'Annie le Brun propose) rassemble l'auteur universellement célébré du « Promontoire du songe » et cet obscur autodidacte qu'on nomme le facteur Cheval, j'invite à lire la citation que je recopie ci-dessous. Ne serait-ce aussi que pour dissiper toute confusion avec l'art brut cher à Jean Dubuffet.
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pat823
  03 novembre 2019
Annie le Brun est une révoltée, une « mécontemporaine » comme la qualifiait Judith Perrignon dans Libération. Elle a connu André Breton et a pris part aux dernières années du surréalisme. Née en 1942, cette femme écrivain, poétesse et critique d'art, a publié cet essai en 2018.
Lors d'une interview, elle expliquait que « ce qui n'a pas de prix, ce sont les choses qui nous font vivre, le rêve, la passion, l'attention, la profondeur... » Ce qui est dans sa ligne de mire de cette réflexion, c'est « un certain » Art Contemporain, qui à ses yeux constitue le « nouvel enlaidissement du monde » et la marchandisation de l'art, à travers la collusion avec la haute finance. On assiste dit-elle à la marchandisation de tout, même du « sensible, qui avait été longtemps épargné. » C'est l'Art officiel, celui des milliardaires, avec l'active complicité des artistes contemporains, tel que Jeff Koons qui s'approprie des objets de consommation et cherche à les glorifier. Ce mouvement représente pour l'auteur de la manipulation. Ces oeuvres se caractérisent par leur gigantisme qui ne cherche que la sidération. Cette démesure paralyse la parole, l'émotion, la réaction. Ce serait là finalement « l'art des vainqueurs ».
Dans le même esprit, l'auteure est scandalisée de constater que le plasticien britannique Anish Kapoor puisse se payer en 2016 l'utilisation exclusive du noir absolu, le Vantablack, pour un usage artistique. Quel cynisme de pouvoir ainsi obtenir le monopole d'une couleur, qui plus est d'un noir !
J'ai pris énormément de plaisir à lire cet essai. J'ai appris, j'ai été obligé de m'informer en amont et en aval, et j'ai apprécié ce regard pétillant et sans concession sur ce microcosme élitiste. C'est évidemment un livre socio-politique, une critique à tiroirs très subtile.
J'émets toutefois trois critiques à ce livre. D'abord, Annie le Brun nous parle d'un « certain art contemporain » sans suffisamment le cerner. Au fil des pages, j'ai eu souvent l'impression qu'elle glissait et parlait finalement de tout l'art contemporain, ce qui serait une aberration. D'autre part, elle nous parle souvent du « beau » tout en précisant qu'il est impossible de le définir. Pourtant, elle l'oppose à « la beauté d'aéroport », celle qui s'est uniformisée et a été domestiquée. Bien-sûr, on peut deviner à travers ses lignes ce qu'elle considère comme beau ou pas, mais c'est ajouter de la subjectivité à la subjectivité. Enfin, son manque de nuance total sur internet qu'elle juge tout d'un bloc comme néfaste et comme étant une forme de censure par surabondance est un peu déraisonnable et subjectif.
Ce qui ne m'empêche pas de vivement conseiller ce livre à tous les amoureux de l'art, et à tous ceux qui, comme moi, se posent des questions sur ces plasticiens modernes surcotés.
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Laurent_A
  07 février 2022
Cet essai nous livre une critique de l'art contemporain et précisément de ce que l'art est devenu dans notre époque contemporaine notamment depuis les années 1990.
L'art contemporain est devenu l'art d'annihiler toute sensibilité en créant une réalité sans perspective, sur laquelle règne les magnats et les artistes contemporains qu'ils choisissent de promouvoir. La financiarisation et la marchandisation des oeuvres d'art a tué ce qui n'a pas de prix : le beau qui touche le sensible. (p33-42)
Le dialogue est empêché par les commentaires d'auteurs qui sont associés à ces oeuvres. (p53-54),
Il y a d'autre critiques, celle de la mode pourvoyeuse d'une identité de remplacement et de ce qu'elle récupère de la misère du monde (p104-108), du tatouage (p113) ou vêtement de sport (p111-112) la mode (ceux qui en sont ou en deviennent victimes) nous asservi; un parallèle est établi entre la fuite en avant de l'art contemporain, cherchant toujours à se renouveler et celle de la mode (p101). Dans tous les cas l'argent ne laisse pas de place aux valeurs authentiques car il cherche toujours à les récupérer.
La sensation forte associée à ces oeuvres (gigantesques voire monumentales pour certaines), qui provoquent effroi ou dégoût pour d'autres (cf. p74) quand ce n'est pas les deux à la fois, et qui n'est en fin de compte que du sensationnel qui remplace le sensible (p71) : « comme s'il ne suffisait pas de privilégier le sensationnel au détriment de la représentation, voilà que la sensation n'a plus pour seule mesure que le sensationnel » (p71).
Le livre dénonce aussi les horreurs de la marchandisation de l'art, je renvoie pour l'exemple le lecteur aux sacs Vuitton nés de l'imagination de l'artiste pop kitsch Jeff Koons (p131-133), quelle tristesse pour tous les amoureux de l'art pictural et de l'histoire de la peinture, c'est vraiment à croire que l'on tente de nous rendre insensibles en nous rendant idiots et blasés des belles choses, l'une des thèses défendues par l'auteur Annie le Brun… Qu'un sac ou même une collection de sacs prenne place dans un musée pour l'exemple passerait encore, et à chacun de se faire sa propre idée mais voir des chefs-d'oeuvre de la peinture reproduits sur des sacs de luxe, c'est du grand n'importe-quoi, ces chefs-d'oeuvre je les préférais encore lorsqu'ils étaient sur les anciennes télécartes (cartes à puce qui servaient à téléphoner), avec leur petit texte au dos au moins c'était plus populaire, ce n'était pas réservé à une pseudo-élite et ça brassait tous les genres…
Ceci étant dit (écrit), le livre est dense et n'est pas facile à lire car la réflexion se traduit par des phrases employant beaucoup de mots recherchés, avec des phrases à structure assez complexe, le tout sans chapitre clairement identifié, en bref, il faut suivre… J'aurais préféré davantage de clarté dans le découpage des chapitres avec des thèmes clairement annoncés plutôt qu'un texte qui donne parfois l'impression d'un enchevêtrement de réflexions s'enchaînant les unes après les autres, bien que tournant certes toutes autour du même thème : celui de l'art contemporain, de sa récupération par le monde de la Finance, ses magnats et les maisons de luxe qui a pour effet de nous asservir et d'éteindre en nous toute parcelle de sensibilité ou étincelle de contestations artistique, faisant de nous des troupeaux consentants malgré nous à la perte des valeurs et en particulier de « Ce qui n'a pas de prix », ce livre est une réflexion sur la beauté, sur ce qu'elle est devenue et sur l'urgence de nous la réapproprier en allant au-delà de la peur dans la pensée (p170), sur laquelle mise la marchandisation du monde pour annihiler l'inspiration, le livre se conclut avec une réflexion sur « L'Out-sider art » (p152-160), sur ceux qui, à l'instar du fameux facteur cheval, ont ignoré ces peurs, précisément parce qu'ils étaient en marge de la société et que c'est précisément en prenant de la distanciation que nous arriverons à nous réapproprier au plan individuel ou collectif la beauté et son authenticité contenue en chacun d'entre nous.
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critiques presse (1)
LeDevoir   10 décembre 2018
Annie Le Brun oppose à la violence de l’argent sa virulente critique sociale, n’hésitant pas à pointer du doigt certains prédateurs de l’art contemporain, tel Bernard Arnault, richissime propriétaire du groupe de luxe LVMH. Une autre manière de voir, par l’une des dernières des surréalistes.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
aleatoirealeatoire   07 août 2018
Voici venu le temps où les catastrophes humaines s'ajoutent aux catastrophes naturelles pour abolir tout horizon. Et la première conséquence de ce redoublement catastrophique est que sous prétexte d'en circonscrire les dégâts, réels et symboliques, on s'empêche de regarder au-delà et de voir vers quel gouffre nous avançons de plus en plus sûrement.(...)

Trop d'objets, trop d'images, trop de signes se neutralisant en une masse d'insignifiance, qui n'a cessé d'envahir le paysage pour y opérer une constante censure par l'excès.

Le fait est qu'il n'aura pas fallu longtemps pour que ce "trop de réalité" se transforme en un "trop de déchets". Déchets nucléaires, déchets chimiques, déchets organiques, déchets industriels en tous genres, mais aussi déchets de croyances, de lois, d'idées dérivant comme autant de carcasses et de carapaces vides dans le flux du périssable. Car s'il est une caractéristique du siècle commençant, c'est bien ce jetable qu'on ne sait plus ni où ni comment jeter et encore moins penser.

De là, un enlaidissement du monde qui progresse sans que l'on y prenne garde, puisque c'est désormais en-deçà des nuisances spectaculaires, que, d'un continent à l'autre, l'espace est brutalisé, les formes déformées, les sons malmenés jusqu'à modifier insidieusement nos paysages intérieurs.
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sonatemsonatem   03 août 2021
C’est cette irréalité qui nous fait riches de ce que nous ne sommes pas. C’est cette irréalité qui nous offre la liberté de l’espace intermédiaire qui s’y découvre, accessible à tous mais où chacun est alors à même de trouver le passage par lequel il peut se réapproprier le monde. (…)
Aby Warburg, part en quête de ces passages qu’il voit apparaître dans le vertige des formes. Sa vie durant, quitte à le payer de son équilibre, il en cherche le secret qu’il découvre dans l’extraordinaire courage de l’imagination affrontant, à travers les siècles et les civilisations, la peur qui assiège chacun au cœur de sa pensée, la peur de voir surgir la forme qui ouvre sur le néant qui nous habite.
Et peut-être avant tous, Dante en est si conscient que, dès les premiers vers de La Divine Comédie, il dit le danger de la forêt obscure « qui ranime la peur dans la pensée ». Cette « peur dans la pensée », c’est elle qui empêche de regarder ailleurs, c’est elle qui empêche cette continuelle métamorphose pour rencontrer nos rêves et dont, pour Aby Warburg, certaines images sont capables de conserver et transmettre, d’une époque à l’autre, l’énergie émotive. Cette « peur dans la pensée », c’est encore tout ce contre quoi Victor Hugo combat, en s’exclamant dans Le Promontoire du songe : « Allez au-delà, extravaguez ! »

Aussi comment ne pas voir que la marchandisation du monde mise absolument sur cette « peur dans la pensée », produisant des millions de faux-semblants comme autant de leurres qui cadenassent l’horizon ? Comment ne pas voir que cette « peur dans la pensée » est à l’origine de toutes les démissions ?

Sinon aurait-on oublié la beauté que Victor Hugo évoque comme « l’infini contenu dans un contour » et qui pourrait bien se confondre avec le but de la « lente flèche de la beauté », que Nietzsche se plaît à imaginer comme celle « qu’on emporte avec soi presque à son insu et qu’un jour, en rêve, on redécouvre, mais qui enfin, après nous avoir longtemps tenus modestement au cœur, prend de nous possession complète, remplit nos yeux de larmes, notre cœur de désir ». (Humain, trop humain, 1878)

(pp. 164-167)
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stekasteka   04 juillet 2018
En attendant, reste la désertion. Longtemps, je me suis demandé si le régime de servitude aujourd'hui en passe d'induire tout lien social était vécu consciemment ou non. Difficile de décider. Mais l'important est plutôt de savoir qui s'y soumet ou non. Innombrables sont les chemins de traverse pour y échapper, quand on veut bien prendre le risque de ne pas se tenir du côté des vainqueurs. Mieux, de s'en tenir au plus loin.
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lanardlanard   24 avril 2019
Bien sûr, il s'agit de Victor Hugo, doté de tous les prestiges. On ne peut imaginer plus grande dissemblance de moyens, de destin avec ces bâtisseurs autodidactes [tels le facteur Cheval]. Pourtant la quête est la même. Comme eux, il a prêté attention à "la bouche d'ombre" pour savoir que "tout dit dans l'ombre quelque chose à quelqu'un". Et il en ressort que l'insistance de Jean Dubuffet à refuser d'inclure sous la dénomination d'Art brut toute expression, qui ne serait pas le fait de personnages "indemnes de culture artistique" (Jean Dubuffet, in L'Art brut préféré aux arts culturels, Galerie René Drouin, 1949), fausse la perspective. Que se manifeste alors "la seule fonction de l'invention, et non celles constantes dans l'art culturel, caméléon et du singe" (ibidem) tient moins de l'inculture des auteurs de ces oeuvres, comme le prétend Dubuffet, que du décentrement, conscient ou non, que ceux-ci opèrent, non pas seulement par rapport aux "poncifs de l'art" mais par rapport à la vie empêchée qui les génère. Qu'elle est la différence entre le facteur Cheval qui déclare: "D'un songe, j'ai sorti le rêve du monde", et le duc Gianfrancesco Vicino Orsini qui, aux alentours de 1560, entreprit de métamorphoser le paysage environnant son château de Bomarzo, en y faisant surgir des monstres, sirènes et dieux de pierre, pour ajouter au blason des Orsini, cette inscription: "Que Memphis et toutes les autres merveilles du monde cèdent le pas au bois sacré qui ne ressemble qu'à lui-même"? (cité par Gilles Ehrmann, Les inspirés et leurs demeures, 1962)
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stekasteka   28 juin 2018
A cet égard, il se pourrait bien que l'absence de tout affect, dont l'art contemporain a fait un de ses signes distinctifs, aurait plus affaire avec les "eaux glacées du calcul égoïste" dont parle Marx qu'avec la force d'objectivité qu'on se plait à reconnaître à ses réalisations.
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