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EAN : 9782021322996
354 pages
Éditeur : Seuil (06/10/2016)

Note moyenne : 3.63/5 (sur 49 notes)
Résumé :
« Du monde secret que j’ai connu jadis, j’ai essayé de faire un théâtre pour les autres mondes que nous habitons. D’abord vient l’imaginaire, puis la quête du réel. Et ensuite retour à l’imaginaire, et au bureau devant lequel je suis assis à cet instant. » John le Carré

Depuis ses années de service dans le renseignement britannique pendant la Guerre froide jusqu’à une carrière d’écrivain qui l’emmena du Cambodge en guerre à Beyrouth après l’invasion i... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
Krout
  02 février 2017
Cadeau du nouvel an. Merciii. Merci qui ? Ca, je garde le secret.
Encore une autobiographie, oui mais de qui ? de David Cornwell ? de John le Carré ?
Tantôt plutôt de l'un, tantôt plutôt de l'autre ou l'un raconté par l'autre par petites touches à fleuret moucheté. Et derrière ces anecdotes de vie se cachent en secret ces grandes questions : en fin de compte, qu'est-ce qu'un homme et qu'est-ce qu'une vie ? Ne seraient-ce pas les souvenirs que l'on fabrique et que l'on garde ?
En somme John le Carré s'est regardé dans le miroir aux espions et nous dit y avoir retrouvé nombre de reflets de David Cornwell. Fascinante construction littéraire que ce kaléidoscope de papier où au fil des 350 pages nous pouvons découvrir pas moins de 37 facettes de la vie mouvementée de cet ancien membre des services secrets britanniques passé à l'écriture. Une vie riche de rencontres multiples, inattendues, interpellantes parfois, et de moments en des lieux divers, exotiques, improbables nous laisse entrevoir un message caché : rien ne vaut l'audace de vivre *.
Ne vous attendez pas à de tonitruantes révélations sur Cambridge Analytica (data brokers de vos données personnelles) ni sur Alexandre Varskoï, 31 ans, membre du Batman groupe de hackers russes qui auraient ... (voir Le Point 2314 du jeudi 12 janvier). N'attendez pas non plus la mise à jour de très anciens secrets toujours profondément enfouis. Et rappelez-vous les grands principes de base des services secrets où sont passés maître les services de sa Majesté : la traque de l'information et la dissimulation par la désinformation qui ont toujours prévalus dans l'oeuvre de John le Carré.
Ce qui me fait penser : avez-vous oblitéré la webcam de votre pc ? Est-il bien sécurisé ? Un livre très plaisant à lire, une approche de la vie avec beaucoup de tact, de pudeur d'un caractère bien trempé se protégeant derrière une parfaite ironie. Des Histoires finement écrites, reprises de cette vie sur le fil du rasoir toute en retenue et discrétion. Quelques pistes de l'écrivain sur sa manière de mélanger des éléments de réalité pris sur le vif à une construction imaginaire, jeu cérébral auquel il a été exposé dès son enfance. Bien calé en fin de bouquin le chapitre le fils du père de l'auteur m'a paru le plus personnel, celui où probablement il se livre le plus.
Un autre chapitre m'a marqué Sur le terrain, une leçon de vie et que dire de la très inspirante Yvette Pierpaoli dont on ne peut qu'admirer la bravoure et l'humanité. Des histoires riches qui méritent le temps d'être détaillées, décryptées. D'autres lecteurs trouveront sans nul doute plus leur bonheur dans d'autres histoires comme celles tournant autour du monde du cinéma et des nombreuses adaptations sur le grand écran des romans de l'auteur ou tentatives avortées. Certains seront plus enclins à celles qui se passent en des endroits lointains et exotiques dans des conditions souvent tourmentées. D'autres encore se délecteront de certaines rencontres improbables avec des puissants de ce monde ou bien seront charmés par la puissance de l'autodérision qui apparaît ci et là. Un kaléidoscope de papier où l'ordre des chapitres n'a finalement pas grande importance et comme au sortir d'un tour complet l'on en arrive à la conclusion : c'est beau. Oui au fond le voilà peut-être le message dissimulé, L'ultime secret officiel livré par John le Carré : C'est beau la vie !
Sur ce je vais le prêter à un cousin éloigné qui l'appréciera grandement car il a parfois été sur le terrain près des opérations combinées avec des militaires et je l'ai souvent remarqué, il est à la fois très bien informé et extrêmement discret. Beaucoup plus que moi qui ne peut vous cacher que comme par hasard il vient de se découvrir un grand intérêt pour les oiseaux et le baguage des pigeons.

* Marrant ces associations spontanées qui me viennent à l'esprit de faire soudain germer le titre L'audace de vivre d'Arnaud Desjardins : faudrait-il y voir un sens caché ?
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Commenter  J’apprécie          476
kielosa
  18 avril 2017
Ceux qui s'attendent à des révélations époustouflantes en lisant les mémoires du grand maître du roman d'espionnage (comme moi, je l'admets), seront un peu déçus. Et cela pour deux raisons : primo, John le Carré est trop un gentleman pour divulguer des vérités peu délicates ; secundo, il existe en Angleterre le 'Official Secrets Act' , qui menace de lourdes peines tous ceux qui dévoilent des réalités considérés 'top secret' par les autorités de Sa Gracieuse Majesté. Cette loi dont l'unique avantage est qu'il ne nécessite guère de traduction, est une abomination pour les amateurs d'Histoire. Ainsi, par example, John Costello, pourtant citoyen britannique, à été obligé pour élaborer sa part dans 'Deadley Secrets' (la biographie d' Alexander Orlov) de s'en remettre aux archives américaines. Autre example : ceux qui veulent connaître les dessous de la fuite de Rudolf Hess, le bras droit du Führer, en mai 1941 en Ecosse, en sont réduits à consulter les livres basés sur les archives russes.
Mais d'emblée et honnêtement, le Carré annonce la couleur, en précisant tout au debut de son livre qu'il n'a nullement l'intention d'enfreindre cette fameuse loi.
Cette remarque préliminaire ne devrait pas décourager à lire cet ouvrage, bien au contraire. le Carré y démontre avec éclat ses talents de raconteur-né et les anecdotes qu'il nous sert sont de véritables perles. Il est vrai qu'il a eu une vie peu banale et, du haut de ses 85 ans, il pourrait remplir plusieurs volumes de mémoires. En effet, peu de personnes peuvent se vanter d'avoir rencontré un si large eventail et si varié de personnalités que lui, allant de Fritz Lang et Stanley Kubrick, en passant par Sakharov, Primakov, Simon Wiesenthal, Vaclav Havel, Yasir Arafat, Sir Alec Guinness, Richard Burton, ... a Mrs Thatcher et la reine Elisabeth. Côté français, il convient de noter Jean-Paul Kaufmann et surtout Bernard Pivot. A ce dernier, il dédie un chapitre entier dans lequel il met en exergue les qualités spécifiques et multiples du présentateur célèbre, que le rouge a certainement du monter à la tête de Bernard Pivot en le lisant.
Dans cet opus, on est donc loin de l'histoire de 'L'espion qui venait du froid' , qui a établi mondialement sa réputation en 1964 , ou de 'La Maison Russie' son succès de 1983 ou de 'La petite fille au tambour' de 1989 (un de mes favoris), mais en présence d'un autre le Carré, incontestablement tout aussi captivant. Fruit d'un don d'observation remarquable et d'un style tout à fait personnel, truffé d''humour 'tongue in cheek', si typiquement british.
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LeaTouchBook
  28 décembre 2016
Avis de Grybouille (Chroniqueur sur le blog Léa Touch Book) :
La chronique du p'tit Duc ne respectera pas la chronologie de cette autobiographie. Les pages que vous lirez, pourraient être une énième fiction ou au contraire une accumulation de vérités cachées…
Mais pour vous faire une idée, il va falloir tout lire et surtout bien garder en tête que tous les espions sont des manipulateurs et John le Carré « Cromwell » n'y fait pas exception.
Avec classe et retenue, so british, Mister, ou mystère John le Carré nous emmène dans le beau monde.
Un flirt où l'on s'encanaille, on trompe, on se trompe, on dine, on a fréquenté les mêmes institutions, des personnes du même monde…
Ses premiers pas, en a-t-il seulement conscience, se font à 16 ans.
Son père, Ronnie, l'envoie à Paris pour récupérer ses clubs de golf auprès d'un des concierges de l'hôtel Georges V, du matériel gardé en gage.
Dans l'histoire, un comte et une comtesse du Panama, une soirée dans un restaurant russe de la capitale, des premiers émois.
Une initiation ? Une évaluation ? Et là déjà on pourrait être dans un livre d'espionnage…
D'ailleurs comment devenir un espion ?
« Pour se faire repérer, il fallait être né coiffé. Il fallait être allé dans les bonnes écoles, de préférence privée, et dans une bonne université, de préférence Oxford ou Cambridge… »
Cela n'empêche pas les dérapages, les luttes d'idéologie tel que pour Philby et Blake qui gagnés par les idées communistes trahiront les leurs. Des cas de conscience, comme pour Nicholas Elliot, ami de Philby, impossible de le dénoncer « L'un des nôtres… »
En 1964 à 33 ans, « Cromwell » quitte l'arrière scène et John le Carré prend son envol. L'écrivain est né.
Sa vie est un livre car à chaque étape, à chaque rencontre, l'inspiration le gagne pour ses futurs romans, des personnages, des situations.
Les années 70 à 80, l'Allemagne qui est hantée par le nazisme, mais aussi l'Asie du sud-est, le Moyen-Orient.
Les années 80, l'Union Soviétique et la perestroïka qui trouble les cartes.
Les années 90, retour en Russie, « Les nouveaux parrains du crime… », le Congo.

Le style,
Mister le Carré est connu, reconnu, on ne peut se tromper.
Mais aussi un homme qui a eu ses entrées, un monde où l'on se côtoie, les portes s'ouvrent…
L'histoire,
C'est Son vécu, avec des zones d'ombre certes mais le plus honnêtement que la situation lui permette…
« La vérité vraie, pour autant qu'elle existe, se situe non pas dans les faits mais dans la nuance. »
Les personnages,
John le Carré, « L'espionnage s'est imposé à moi dès la naissance… du monde secret que j'ai connu jadis, j'ai essayé de faire un théâtre pour les mondes que nous habitons. »
Et en « guest star » Boris Eltsine, Margaret Tatcher, Rupert Murdoch, Gorbatchev, Issa Kostoïev, Kaufman, Pivot, Kubrick, Pollack, Guinness et bien d'autres…
Sa mère Olive, son père Ronnie, son frère… Des moments où l'auteur se livre dans Son livre.
Le monde comme terrain de jeu et source d'inspiration.
Ken Follet, Ludlum, Walter Mykel, Jack Higgins, Tom Clancy et bien sur John le Carré ont bercé mes soirées de lecture dans les années…
Alors pour les connaisseurs et ceux qui veulent découvrir comment se construit une légende il est urgent de se procurer cette dernière production d'un des dinosaures du style.
Lien : http://leatouchbook.blogspot..
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puchkina
  30 décembre 2016
John le Carré aka David Cornwell nous livre ici, plutôt qu'une autobiographie classique, des “histoires de sa vie”, c'est à dire des souvenirs épars qu'il refaçonne tels qu'il s'en souvient, en les commentant. Il s'agit surtout d'histoires liées à sa vie professionnelle, d'abord comme espion ou représentant de l'état britannique puis en tant que romancier. Sa vie privée n'est pas abordée sauf pour traiter en fin d'ouvrage de sa fuyante mère et de son escroc de père.
La vie de l'auteur fut riche et mouvementée et le lecteur se régale de ces anecdotes savoureuses ou tragiques liées souvent à de grandes personnalités politiques ou des stars de cinéma. Mais j'aurais aimé avoir plus de détails sur son processus et sa vie d'écrivain. Ici, on n'est plus dans la vie publique que dans le témoignage intime. La pudeur de l'Anglais ou un second tome est-il prévu ?
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mazou31
  31 décembre 2016
Après lecture, on comprend que tout est révélé dans le double titre : pigeons et histoireS. Histoires au pluriel car ce n'est absolument pas l'histoire de sa vie, une biographie de l'espion devenu écrivain (par ailleurs écrite par Adam Sisman), mais une suite d'histoires chronologiquement décousues , « d'anecdotes vraies racontées de mémoire » illustrant la construction d'un écrivain depuis une enfance chaotique, puis une carrière « diplomatique » et enfin une errance dans « le théâtre du réel » – Cambodge, Liban, Palestine, Congo, Russie, Rwanda… Très peu de confidences personnelles : simple mention de ses deux épouses, échanges tardifs avec une mère longtemps disparue et surtout souvenirs d'un père terrifiant, « escroc de bas vol » fréquemment embastillé. En revanche un florilège d'anecdotes et de rencontres savoureuses et ironiques , parfois arrangées jamais falsifiées affirme-t-il, qui déterminent toute son oeuvre. On croisera entre autres Yasser Arafat, Thatcher, Douche, Cossiga ou Sakharov mais aussi beaucoup d'hommes de culture de Fritz Lang à Bernard Pivot. Alors laissons nous emporter par l'écrivain au style irréprochable, désabusé, sans jamais essayer d'en dégager une synthèse. « D'abord on s'invente, ensuite on finit par croire à sa propre invention » ou « Né dans le mensonge, éduqué dans le mensonge, formé au mensonge par un service dont c'est la raison d'être, rompu au mensonge par mon métier d'écrivain. » : voilà deux citations qui pourraient l'excuser s'il nous prend pour des pigeons ! Un livre riche et extrêmement plaisant.
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critiques presse (4)
LaLibreBelgique   14 octobre 2016
L’écrivain raconte les "histoires de [sa] vie". Sans rien trahir, l’ancien espion de Sa Majesté brosse plusieurs portraits enlevés. Et parcourt un demi-siècle de conflits dont il fut un observateur nuancé.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Telerama   12 octobre 2016
Nul bavardage ni aveux intimes dans les Mémoires du maître de l'espionnage, mais le récit des rencontres ayant nourri ses romans. Remarquable.
Lire la critique sur le site : Telerama
Lexpress   10 octobre 2016
Un passionnant recueil de souvenirs où il lève le voile sur quelques zones d'ombre de son existence et dessine le portrait vif et souvent drôle d'un homme décidé à capturer le "théâtre du réel".
Lire la critique sur le site : Lexpress
LeFigaro   06 octobre 2016
Un exercice littéraire digne d'un illusionniste. Fascinant et irrésistible.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
frmwafrmwa   11 janvier 2021
À la suite des révélations d’Edward Snowden, la Grande-Bretagne a, bien sûr, mené des investigations comparables pour en arriver au même genre de conclusion mi-chèvre mi-chou, sur des points sensibles comme l’ampleur de ce que faisait notre service de renseignement électromagnétique pour l’Amérique et que l’Amérique n’avait pas légalement le droit de faire pour elle-même. Mais malgré toute l’ampleur du scandale, le peuple britannique est nourri au culte du secret dès le biberon et formaté par les médias pour accepter docilement les violations de sa vie privée. Quand une loi a été enfreinte, on s’empresse de la remanier pour légaliser l’infraction ; quand les protestations perdurent, la presse de droite les étouffe, le raisonnement étant que si notre loyauté envers les États-Unis est entachée, que deviendrons-nous ?

L’Allemagne, en revanche, pour avoir connu le fascisme et le communisme en une seule génération, ne prend pas à la légère les espions d’État qui viennent fouiner dans la vie de ses honnêtes citoyens, surtout quand c’est à la demande et au bénéfice d’une superpuissance étrangère censée être son alliée. Ce que nous appelons en Grande-Bretagne la « relation spéciale » s’appelle en Allemagne trahison.
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frmwafrmwa   11 janvier 2021
[...] ’il n’y a pas une agence de renseignement dans tout le monde occidental qui ait joui d’un traitement plus favorable de la part de ses médias nationaux que les nôtres. Le terme de « collusion » est même bien en deçà de la vérité. Nos mécanismes de censure, volontaires ou imposés par une législation aussi fumeuse que draconienne, notre art consommé du copinage et la soumission collective de la population à une surveillance omniprésente d’une légalité douteuse font l’envie de toutes les barbouzes du monde, qu’il soit libre ou pas.
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frmwafrmwa   11 janvier 2021
Si je considère ma vie jusqu’à aujourd’hui, je la vois comme une série d’engagements et de fuites, et je suis reconnaissant à l’écriture de m’avoir permis de rester plutôt sain d’esprit et relativement honnête.
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frmwafrmwa   11 janvier 2021
L’enfance est le fonds de commerce du romancier, nous dit Graham Greene. De ce point de vue-là au moins, je suis né millionnaire.
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frmwafrmwa   11 janvier 2021
[à propos de sa mère] Je n’arrive pas à bien la décrire. Enfant, je ne l’ai pas connue, et adulte, je ne l’ai pas comprise.
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