AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
Critiques sur L'espion qui venait du froid (29)
Classer par :   Date   Les plus appréciées  



Ajouter une critique
SZRAMOWO
  01 octobre 2015
L’espion qui venait du froid est le premier roman de John Le Carré, celui par lequel il s’est fait connaître et s’est imposé comme un maître du genre.
Son héros, Leamas est un agent hors pair. Il est «résident» à Berlin. C’est avec Le Carré que l’on se familiarisera à toute la subtilité, l’ambiguité, la duplicité, l’hypocrisie qui se cache derrière ce terme de «résident».
Mais l’agent hors pair connait un passage à vide, ses agents sur place se font assassiner un par un. Le responsable de cette déconfiture (marmelade) anglaise est le responsable des services secrets de RDA.
Son dernier agent encore en vie, Karl Riemeck, se fait descendre alors qu’il tente de franchir un poste frontière en vélo :
«Et brusquement, il s’affaissa et roula par terre, et Leamas perçut distinctement le fracas métallique de la bicyclette heurtant le sol. Il pria le ciel que Karl fût bien mort.» (Page 16)
La façon dont Karl a été piégé reste obscure. Le rôle de sa compagne, en se liant avec une femme il a contrevenu aux règles élémentaires de prudence, est trouble.
Cette dernière est passée en zone libre quelques jours avant lui, et connaissait la date et l’heure à laquelle Karl devait passer. Elle a pu divulguer des informations sensibles malgré elle, dans une RDA où chaque habitant est un informateur en puissance.
Le Cirque avec à sa tête le fameux Geroges Smiley, décide de supprimer l’agent allemand qui est à l’origine de la disparition du réseau de Leamas. Ce dernier se voit confier un rôle déterminant pour construire le piège et le refermer sur «Hans Dieter Mundt, quarante-deux ans, né à Leipzig.(...)Il connaissait par coeur les circonstance de son ascension au pouvoir, jusqu’au grade de sous-directeur de l’Abteilung et chef effectif des opérations. Partout, Mundt était haï, jusque dans son propre service.» (Page 18)
A son retour de RFA, Leamas est censé végéter quelques mois dans un placard du Cirque, il est ensuite remercié sans égards et surtout sans maintien de pension. Les rumeurs sur sa responsabilité et sur ses fautes professionnelles se précisent, Il perd ses amis. Sombre dans l’alcoolisme et vit dans un taudis. Il fait tout pour s’attirer les antipathies de ses voisins et de toute personne qui l’approche.
Il devient un aigri. Un paria. Un rebelle.
Il trouve un travail dans une bibliothèque publique qui est en fait une officine du PC britannique. C’est son premier contact avec l’ennemi. Il est alors approché par des taupes du KGB.
Il commence à balancer des renseignements faisant en sorte d’installer le doute chez ses nouveaux amis quant à la loyauté de HD Mundt.
Mais Leamas doit montrer patte blanche, alors que les rencontres avec les responsables de RDA sont censés se dérouler en Hollande, ces derniers proposent à Leamas de se déplacer en RDA pour confondre le traitre.
Je suis au rancart, répondit-il en grimaçant un sourire stupide. Au rebut, comme une vieille chaussette.
J’ai un peu oublié ce que tu fabriquais à Berlin. Tu n’étais pas par hasard, un de ces Fregolis de la guerre froide ?
« Fichtre ! pensa Leamas, tu brûles un peu les étapes, mon mignon.»
(...)
Tu ne sais pas fit Ashe, (...) tu devrais voir Sam ; je suis sûr que vous vous entendriez bien. Mais au fond, Alec...je ne sais même pas où te joindre(...)
Nulle part, répondit Leamas, apathique. (Page 75)
Ce passage du roman est admirable, dans le style, A sait que B sait qu’il ment, mais veut le convaincre du contraire. B sait que A ment et veut lui faire croire qu’il l’ignore.
Jeux de dupes, jeux de cons, jeux de barbichette où le dernier qui rira recevra une balle dans la tête.
Bien entendu, on pourrait trouver euh...un endroit plus sûr, vous ne croyez pas ?
Derrière le rideau de fer ?
Pourquoi pas ? (Page 97)
Pour donner le change, Leamas accepte le voyage en RDA :
«Il se demanda ce qu’il allait faire. Control n’en avait pas soufflé mot ; il n’avait été question que des détails techniques de l’affaire.
«Ne lâchez pas le morceau d’un seul coup ; laissez-les un peu se décarcasser de leur côté, lui avit-il dit, soyez irritable, insupportable, buvez comme un trou. Ne cédez en rien question idéologie, ils ne vous croiraient pas.» (Page 147)
Là-bas, il rencontre Fiedler, l’adjoint de Mundt, convaincu lui aussi que son supérieur est un agent double.
«Fiedler adorait poser des questions. Parfois sa formation de juriste prenait le dessus, il les posait pour le seul plaisir de souligner les contradictions existant entre la preuve irréfutable et une vérité toujours perfectible. Il possédait néanmoins cette curiosité inlassable qui, chez les journalistes et hommes de loi, est une fin en soi.» (Page 171)
Leamas et Fiedler se ressemblent, à la défense d’un système, qui est le moteur de l’ambition de leurs collègues, il préfèrent le travail bien fait, la précision, la justice, la justesse, tous ce qui rebute leur hiérarchie.
Le roman prend un virage à ce moment. Les deux hommes échangent sur leur métier en oubliant pourquoi ils sont ensemble.
S’ils ne savent pas ce qu’ils veulent, comment peuvent-ils être sûrs d’avoir raison ?
Qui a jamais prétendu qu’ils l’étaient ? répliqua Leamas, excédé. (Page 172)
Leamas s’appuie sur cet allié pour parvenir enfin, pense-t-il à neutraliser Mundt. Ses accusations confirment les éléments d’un dossier à charges constitué par Fielder. Un procès est organisé dans lequel Leamas est le témoin principal. Il jubile.
C’est compter sans la duplicité des services secrets, des deux côtés du rideau de fer. Ils raisonnent selon la logique de la rentabilité optimale et non comme Fiedler ou Leamas sur la légitimité d’une action.
En RDA, on accorde soudain beaucoup d’importance au fait que Fiedler est juif.
En Grande Bretagne, Leamas, comme son dernier agent Karl, a eu une liaison avec Liz Gold, une collègue de la bibliothèque dans laquelle il a travaillée.
A l’Est comme à l’Ouest on va utiliser cette «faute» de Leamas pour considérer qu’il n’est pas un témoin fiable.
Via le PC Britannique on organise un voyage de Liz Gold à Berlin et elle est obligée de témoigner pour clairer le tribunal sur la nature de sa relation avec Leamas :
«- Voila donc, déclara-t-il en se tournant vers le Tribunal, les preuves fournies par la défense. Je regrette qu’une jeune fille dont le jugement est oblitéré par les sentiments et le discernement émoussé par l’argent ait été considérée par nos camarades anglais comme apte à occuper un poste de responsable dans notre parti.» (page 273)
La construction initiale s’écroule :
Mundt était bien un agent double, sa valeur pour Le Cirque a justifié le sacrifice de plusieurs agents britanniques.
«Et, brusquement, avec la terrible lucidité d’un homme trop longtemps abusé, Leamas comprit toute l’effroyable machination.» (Page 284)
- Le juif est confondu, on considère qu’il voulait nuire à Mundt uniquement pour prendre son poste. Leamas et Liz Gold sont saufs. Leur ex-filtration est programmée.
« Ils nous l’on fait tuer, tu comprends, ils nous ont fait tuer le Juif. Maintenant tu sais tout, et que le ciel nous aide tous les deux.» (Page 294)
Leamas sacrifie Fiedler en échange de sa vie et de celle de Liz. Elle, ne le comprends pas.
«Adieu ! dit Mundt d’un ton indifférent. Vous êtes un idiot, Leamas, ajouta-t-il. Elle ne vaut pas mieux que Fiedler. C’est de la racaille, tout ça.» (Page 292)



Le roman boucle. La scène du début où Karl est abattu au pied du mur est rejouée.
Leamas comme Karl chute au pied du mur, il s’est aussi, contrevenant à toutes les règles de prudence, encombré d’une femme durant une mission sensible...
Leamas se rend compte de sa naïveté devant Smiley et de la vanité de son choix guidé par la vengeance, il a vu Mundt comme un ennemi personnel et non comme le bras armé d’un système où il n’y a pas de place pour les sentiments chevaleresques.
Le Cirque s’est appuyé sur la vanité de Leamas pour le convaincre de monter un piège dont il serait la dupe.

L’espion qui venait du froid, fonde l'oeuvre de John Le Carré. On y décèle la marque de ce qui caractérise chacun de ses romans. L’humanité de personnages confrontés à l'autisme de systèmes tournés vers eux-mêmes, broyant tout ce qui s’oppose à leur logique froide, valorisant les hommes uniquement lorsqu’ils peuvent être mis au service de leurs objectifs inhumains.
A lire absolument.
Lien : http://desecrits.blog.lemond..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          260
patrick75
  19 décembre 2012
John le Carre est un spécialiste des romans d'espionnage. La "guerre froide", le mur de Berlin, le bloc Est-Ouest, tout cela fait partie de son monde, où il se meut comme un poisson dans l'eau. Il n'y est pas question de la "grande histoire" mais de celle de quelques individus mêlés aux événements. Ayant fait partie du "Foreign Office" nous pouvons supposer que c'est dans ce lieu qu'il a puisé la "matière" de ces romans. le Carre est quelque part l'anti-Fleming ( créateur du fameux James Bond ). Ses héros sont mortels, ils ont des états d'âmes. "L'espion qui venait du froid " en est un exemple. Ces histoires ne sont peut-être pas toutes crédibles, mais elles ne tombent jamais dans le ridicule. C'est un bon moment de détente que de se laisser emporter dans ces ambiances ou les protagonistes ne pouvaient pas faire confiance à leur ombre.
Commenter  J’apprécie          230
Tatooa
  22 janvier 2017
Incroyable... Je peux vous dire que j'ai abordé ce bouquin avec un préjugé plutôt négatif. En général, les livres d'espionnage m'ennuient et j'ai beaucoup de mal à les lire. L'avantage de celui-ci c'est qu'il est court, cela me pesait un peu moins, du coup.

Mais il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, parait-il... L'intérêt des challenges, c'est de découvrir des auteurs qu'on n'aurait jamais lus autrement.
J'avoue que je n'ai jamais été attirée par les bouquins de John le Carré. J'avais tort, je l'admets sans peine. C'est juste excellent. Hormis quelques bugs de traductions (type "transformer les pions en véritables personnes", ce serait plutôt l'inverse qu'il veut dire, à la base, hem...), c'est vraiment bon.

Punchy, efficace, il n'y a pas une ligne de trop, de très nombreux dialogues rendent le tout vivant, et l'hyper-manipulation qui est présentée dans ce livre est juste, euh, étonnante. Soufflante. Incroyable.
Dans une longue préface John le Carré explique que tout le monde a cru que c'était "vrai" (une autobio, mais que ça ne l'est pas), mais il y a de quoi, ça sonne tellement juste et réaliste...

C'est un exercice de haute voltige, brillamment exécuté, parce que malgré les très nombreux personnages, à aucun moment on ne se perd. C'est vraiment une très belle découverte, "La taupe" n'a qu'à bien se tenir ! ;)

(Challenge illimité "Enquêteurs")
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          223
Ecureuil
  08 février 2011
"L'espion qui venait du froid" raconte l'histoire d'Alec Leamas, chef du renseignement de Berlin-Ouest au début des années 60, en plein coeur de la Guerre Froide, donc. Les uns après les autres, tous ses agents infiltrés en Allemagne de l'Est ont été tués par Mundt, son homologue communiste, ancien nazi converti aux vertus du socialisme...

Il est très délicat d'en raconter davantage ! C'est une histoire de désinformation, savamment orchestrée par le Carré, avec des espions cyniques et machiavéliques à souhait. Où les méchants et les gentils ne sont pas toujours ceux qu'on croit. Un pur roman d'espionnage, pas forcément facile à lire, mais prenant.

A noter, l'adaptation de ce roman par Martin Ritt en 1965, avec Richard Burton, vaut réellement le détour.
Commenter  J’apprécie          90
Pietro38
  07 septembre 2015
LE classique du roman d'espionnage

Le monde de l'espionnage est cruel, impitoyable, laid, ce n'est pas James Bond qui vit des aventures exotiques, entouré des plus belles femmes de la planète. John le Carré le sait bien en sa qualité d'ancien membre du Foreign Office. D'ailleurs, il n'a jamais voulu parler de cette période de son existence.

L'espion qui venait du froid raconte l'histoire de Leamas, agent secret britannique. Dans les années 60 la guerre froide fait rage, le monde est divisé en deux, Berlin est divisée en deux. le réseau d'agents et d'indics mis en place par Leamas dans cette ville sombre et crépusculaire est systématiquement démantelé par Mundt, l'impitoyable chef de l'espionnage est-allemand. Leamas, espion déchu, est rapatrié à Londres, et ne pense qu'à se venger de Mundt. Londres lui offre une chance de se racheter et l'intègre dans une machination destinée à éliminer Mundt. Mais la réalité sera bien différente!

Côté roman d'espionnage, si vous ne deviez en lire qu'un, c'est L'espion qui venait du froid, le chef d'oeuvre absolu en la matière. Un roman totalement maîtrisé, abouti, un récit court, sans gras, sans fioritures, qui va à l'essentiel. Une histoire d'amour et de haine, une machination diabolique, implacable. Force de l'intrigue, crédibilité des personnages, John le Carré réussit à mélanger le romanesque avec la réalité de l'époque. Une époque trouble, un monde de méfiance et de trahison. Ce roman se dévore d'une traite, et la fin est bouleversante. Un classique incontournable.

Lien : http://www.conseilspolarsdep..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          82
Noctenbule
  13 août 2018
Prenez une grande respiration car « L'espion qui venait du froid » (« The spy who came from the cold ») » n'est pas un roman ordinaire. Ce troisième roman publié en Angleterre en 1963 de John le Carré, de son vrai nom, David (John, Moore) Cornwell a révolutionné le roman d'espionnage. Depuis, il s'est imposé comme le maître du genre. Son passé d'agent secret au service de sa très gracieuse majesté a dû surement l'aider à construire de tels récits. Même s'il a toujours dit et répété que toute ressemblance avec la réalité serait fortuite. Cet ex-agent secret, nous plonge au coeur d'un récit palpitant, au plus proche des espions et des complots auprès de la RDA et du parti communiste. Ne vous attendez pas à voir débarquer James Bond, tout en charme et en séduction.

Nous allons plutôt rencontrer Alec Leamas qui accepte une dernier mission. Il doit faire descendre un espion allemand, Mundt, qui a tué tous ces agents infiltrés lorsqu'il était responsable à Berlin. Pour cela, un changement de vie va être nécessaire. Un : tomber dans la déchéance en se faisant remercier des services secrets. Deux : boire plus que de raison et de préférence du whisky. Trois : ne pas avoir d'argent et ne pas garder d'emploi sur le long terme. Quatre : se battre avec un commerçant pas très aimable pour aller en prison. Et cinq : quand l'ennemi, le KGB, lui fera une proposition : l'accepter en paraissant un peu réticent.

Mais voilà que tout ne se déroule pas comme prévu. le dindon de la farce ne va être celui qu'on croit. Et puis, il va rencontrer l'amour grâce à une charmante bibliothécaire, Liz Gold, qui est tombée amoureuse de lui. Mais rien n'arrive vraiment par hasard. Les retournements de situation vont se succéder pour emmener le lecteur là où il ne s'attend pas arriver. J'ai eu quelques difficultés à rentrer dans l'histoire dans le premier chapitre puis je ne pouvais plus lâcher le livre par la suite. Je me suis attachée à Alec qui croyait encore en son travail d'infiltré. Et bien entendu, je me suis laissée avoir par ces jeux de dupes pour mon plus grand plaisir. La duplicité des services secrets, des deux côtés du rideau de fer mènent à des pertes importantes mais tant que chacun peut avoir des informations, tout va bien. La légitimité d'une action n'a plus sa place. La fin n'est que plus évidente à l'approche du mur de Berlin. Cependant j'espérais et pourtant j'aurais dû comprendre à travers la lecture. Il ne faut jamais s'encombrer d'espoir, ni d'amour, ni de famille. La fin justifie les moyens.

Sous la communication bienveillante et humaniste des Etats mènent une guerre secrète où les victimes se comptent secrètement. Pas de pitié pour la liberté ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          71
MurielT
  25 septembre 2017
L'espion qui venait du froid - John le Carré

Je découvre cet auteur et c'est une très belle découverte. Je ne lis pas beaucoup de romans d'espionnage, j'ai lu quelques SAS il y a très très longtemps, mais là c'est vraiment talentueux.

J'ai trouvé ce livre passionnant. L'histoire est compliquée, pour ne pas dire tordue. J'ai bien cru que j'allais m'y perdre mais non. C'est tellement bien écrit et bien tourné que malgré le nombre de personnages et l'histoire compliquée, je n'ai pas perdu le fil un seul instant. C'est noir, c'est glaçant et c'est captivant.

A lire absolument
Commenter  J’apprécie          72
frmwa
  18 avril 2018
Après la trilogie de Berlin de Philippe Kerr, enchaîner avec L'espion qui venait du froid s'imposait, et me permettait de combler une lacune. Ayant vu le film - avec Richard Burton, jouant le rôle d'un espion faisant semblant d'être alcoolique ! vertigineuse mise en abyme ! - j'avais différé la lecture du livre et abordé la trilogie de Karla, un pur espion,... avec beaucoup de satisfaction à la clé.
Celui-ci mérite certainement le statut qui est le sien : dense, avec une intrigue retorse mais intelligible, sans oublier la touche sentimentale, c'est un modèle d'équilibre. Un parfait pendant également aux James Bond, il s'inscrit à merveille dans ce théâtre de la guerre froide, avec le Mur et le Rideau de Fer en sinistres toiles de fond - et la ferait presque regretter ! J'avais tiqué à cette - lointaine - époque, d'entendre le pianiste Vladimir Ashkenazy exprimer toute son admiration pour ce genre d'aventure - mais je ne peux que l'approuver aujourd'hui, au vu de la qualité de ce titre devenu un classique : on est dans l'espionnage haut de gamme ! Des questions éthiques sont posées à la fin de l'ouvrage, auxquelles John le Carré a décidé aujourd'hui de donner un prolongement, d'après ce que j'ai compris, dans sa dernière livraison "L'héritage des espions", que je m'en vais entamer de ce pas !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
GeorgesSmiley
  02 décembre 2017
Le troisième roman de John le Carré fut le bon, celui de la gloire. Il était le premier à révéler les dessous de la lutte impitoyable que se livraient les services secrets au lendemain de la guerre mondiale. L'action débute et se termine à Berlin au beau milieu d'un poste frontière. le dénouement est identique, au début un homme à vélo est abattu sur un pont à quelques mètres de la zone ouest, à la fin un couple subit le même sort en tentant d'escalader le mur.
Alec Leamas dirigeait en Allemagne de l'Est un réseau d'espionnage dont le dernier membre encore vivant vient d'être abattu sous ses yeux (le cycliste). le retour à Londres signe la fin de sa carrière opérationnelle et la descente aux enfers commence. Il se réfugie dans l'alcool, perd son travail et finit même en prison pour quelques mois.
Bien sûr, la déchéance n'est qu'un rôle. Peut-il encore être utile ? Si oui, avec quelle motivation ? La vengeance ? Eliminer le responsable de tous ces morts, Mundt le chef des services secrets est-allemands, celui qui, quelques années plus tôt, en plein coeur de Londres, avait tenté de tuer Georges Smiley (le héros récurrent de le Carré) ? Oui, ça mériterait de repartir une dernière fois. «Vous représentez le dernier épisode de la chasse au trésor. Tachez de rester en vie et nous aurons remporté une grande victoire ».
A sa sortie de prison, un agent de l'Est l'attend pour le convaincre de changer de camp « il devait à la fois les réconforter et détruire leur dignité d'homme » , l'interrogatoire est concluant car, dans le tas de renseignements fournis, il y a une piste qui intéresse tout particulièrement les Allemands : nom de code « Rolling Stone » (amusant de noter que le roman date de 63 et la formation des Rolling Stones de 62). Ce Rolling Stone (bourlingueur en français) ne serait-il pas un membre haut placé des services secrets allemands travaillant pour les Anglais ? Leamas n'y croit pas ou feint de n'y pas croire, l'essentiel est que les Allemands, eux, y croient : «l'homme qui tient un rôle encourt des dangers psychologiques évidents, en soi la pratique du mensonge n'a rien de particulièrement éprouvant ; c'est une question d'habitude professionnelle que la plupart des gens peuvent acquérir, mais alors que l'aigrefin, l'acteur ou le joueur peuvent rejoindre leurs admirateurs après la représentation, l'agent secret, lui ne peut pas se payer le luxe de la détente…on dit que Balzac, sur son lit de mort s'inquiétait de l'état de santé de ses créatures…c'était seulement en de rares circonstances, comme ce soir en allant se coucher, qu'il se permettait le luxe de contempler… le mensonge énorme qu'il vivait »
L'acteur est bon, tout comme son texte, et le piège consistant à faire éliminer l'adversaire par ses propres concitoyens va fonctionner « F marchait comme un somnambule vers le piège qu'il lui avait tendu ».
Trop simple, le piège ne se refermera pas comme prévu car le plan était encore plus machiavélique « nous assistons à l'épisode dégueulasse d'une opération immonde, maintenant tu sais tout, et que le Ciel nous aide tous les deux ! »
« Pour quoi prends-tu les espions ? C'est un minable défilé d'imbéciles vaniteux, de traitres aussi oui ; tu les imagines… comme des moines dans leur chapelle en train de soupeser le Bien et le Mal ?... Je l'aurais tué si j'avais pu. Je le vomis. Mais pas maintenant car ils ont besoin de lui pour permettre à la masse imbécile que tu admires tant de dormir sur ses deux oreilles. Ils ont besoin de lui pour assurer la sécurité des gens ordinaires, des minables comme toi et moi. Ils ne se dressent pas…sur un podium pour nous adjurer de nous battre pour la Paix ou pour Dieu ou pour n'importe quoi donc. Ce sont de pauvres cons qui s'évertuent à empêcher les apôtres de toutes les religions de s'entredévorer »
« Tu te trompes…Ils sont pires que nous tous…ils méprisent tout ce qui est authentique, l'amour… »
« C'est vrai, c'est le prix qu'il faut payer : mépriser d'un bloc Dieu et Karl Marx »
Cinquante-cinq ans plus tard, rien n'a changé, le roman est toujours aussi fort !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
melusine1701
  10 novembre 2014
En pleine guerre froide, Alec Leamas est dans une situation difficile: tous les espions de son équipe en Allemagne de l'Est ont été éliminés les uns après les autres. Jusqu'au dernier en date, Karl, qu'il avait pourtant surveillé étroitement depuis qu'il s'était rapproché d'une femme, signe évident de risque et de faiblesse. Ses supérieurs lui proposent alors de prendre du recul pendant quelques temps. Installé dans un appartement miteux, l'agence pour l'emploi finit par l'envoyer faire du classement dans une bibliothèque. Il y rencontre Liz Gold, jeune libraire, qui tombe sous le charme du taciturne nouveau venu. Il la laisse approcher, même si elle avoue être membre du parti communiste. Mais sa descente aux enfers continue et lorsqu'il agresse un commerçant qui refuse de lui faire crédit, il finit incarcéré quelques temps. C'est alors que des agents de l'est le contactent pour lui proposer de passer de leur côté et de leur fournir en échange des renseignements sur les services secrets britanniques.

Un monument de roman d'espionnage, paraît-il, genre qui visiblement n'est pas ma tasse de thé. J'ai réellement été lassée ou perdue par les sombres considérations politiques, les retournements de situations des personnages, leurs intérêts, ce qu'il faut réellement comprendre de leurs actes. le contexte revêt une importance déterminante et j'ai eu vraiment l'impression qu'en cela, le roman était vraiment daté et qu'il me manquait des clés pour vraiment en saisir les enjeux. de plus, une grande partie du roman est constitué des récits que Leamas fait à ses nouveaux camarades de l'Est : tout ce qu'il sait sur les interventions et les organisations de l'ouest, qui joue quel rôle, qui est impliqué… Et cela fait de très longs passages explicatifs privés d'action que j'ai eu beaucoup de mal à suivre.
En revanche, j'ai trouvé très originale la manière dont les choses étaient construites. On comprend assez vite que la déchéance de Leamas n'est pas si simple, que ses supérieurs ne l'ont pas si brutalement oublié, et qu'il ne peut pas passer à l'ennemi aussi facilement. Et pourtant, le récit de sa lente décrépitude est tout à fait poignant. le personnage de Liz est justement celui qui amène un peu d'humanité dans ce monde où la fin justifie les moyens: elle le soigne lorsqu'il est malade, elle s'inquiète lorsqu'il disparaît. C'est elle le grain de sable qui va empêcher Leamas de mener sa mission à bien. En bonne midinette, j'ai soigneusement suivi la relation entre l'espion et l'anonyme qui se trouve au mauvais endroit au mauvais moment.
Lien : http://mabouquinerie.canalbl..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60


Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

L'espion qui venait du froid

"L'espion qui venait du froid" est un roman d'espionnage signé...

Frederick Forsyth
Jack Higgins
Graham Greene
John le Carré

10 questions
51 lecteurs ont répondu
Thème : L'espion qui venait du froid de John Le CarréCréer un quiz sur ce livre