AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2253042943
Éditeur : Le Livre de Poche (30/11/-1)

Note moyenne : 3.59/5 (sur 81 notes)
Résumé :
Magnus Pym a disparu; un vent de panique souffle sur les services secrets de Sa très Gracieuse Majesté. I:honorable espion britannique serait-il un traître, comme les Américains se tuent à le répéter ?
Comme toujours chez John le Carré, une telle question ne saurait trouver une réponse tranchée. C'est ici la porte du plus fascinant des mondes qu'il ouvre pour ses lecteurs : l'univers intérieur d'un espion, avec ses mobiles secrets, ses démons, ses fêlures. Qu... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
GeorgesSmiley
  02 juin 2019
Le Carré affirme qu'il a créé le personnage de George Smiley pour remplacer le père, honnête et respectable, qu'il n'avait pas eu. "Je me sentais socialement désorienté, privé de repères parentaux auxquels me raccrocher, et je me suis inventé ce père de substitution", dit-il. "Il représentait pour moi une catégorie de gens en voie de disparition, dotés d'une sorte de décence, de dignité, dont on pensait communément qu'elle était l'apanage du gentleman britannique", dit-il encore avec un sourire indéfinissable (Arte. 9 nov 2008).
Ici, il règle (une partie de) ses comptes avec ce père qu'il décrit sans concessions, comme charmeur, hâbleur, noceur, flambeur, menteur, voleur, tricheur, sans coeur et sans honneur. C'est fait avec la distance et le style admirable qu'on lui connaît. L'ironie est implacable d'autant qu'elle est placée dans la bouche et les pensées de l'enfant d'une dizaine d'années qu'était l'auteur à l'époque.
Il règle également le compte des services secrets, de leurs rivalités intestines, de leurs égos et de leurs chefs de service ineptes, prenant les vessies qu'on leur sert pour des lanternes qu'ils vont ensuite agiter en hauts lieux avec autant de certitudes que de satisfactions. Derrière les paravents des Défenses nationales, ne cache-t-on pas également de nombreux intérêts personnels ?
Que reste-t-il, sinon l'amitié ? Une amitié de jeunesse, celle des années de vaches maigres et de bohême. Si elle a bien survécu à la séparation et à l'usure du temps, est-elle, pour autant, exempte d'arrières pensées ? L'amitié est-elle de taille à résister à la raison d'état ?
Nous sommes ici au coeur de l'oeuvre de le Carré, toute entière centrée sur le mensonge et l'abandon. le rideau de fumée initial toujours très épais ne se dissipe que sur la fin en posant une nouvelle fois une des questions centrales de son oeuvre : tous ces mensonges, ces coups tordus, ces renoncements, ces sacrifices, ces existences en pointillés ou massacrées sont-ils justifiés par un intérêt supérieur ? Si dans certains de ses chefs-d'oeuvre, la réponse est positive, ici elle est clairement négative. Et lorsqu'il apprend que son escroc de père a rendu son dernier soupir, au moment où il déclare « Je suis libre », c'est toute une vie de mensonges qui peut enfin voler en éclat. Il va, en remontant le temps, entraîner son lecteur à la recherche de l'ultime escroquerie, plus forte que toutes celles de son père, l'escroquerie de sa vie entière, lui l'espion de haut vol, méthodique, sérieux et brillant.
« Dans la vie, dit Proust, on finit toujours par faire ce qu'on fait le moins bien. Je ne saurai jamais ce que Pym aurait pu faire de mieux. Il accepta la proposition de la Firme. Il ouvrit son Times et découvrit avec un détachement similaire l'annonce de ses fiançailles avec Belinda. Voilà, je suis casé, songea-t-il. Si la Firme se charge d'une partie de moi-même et Belinda de l'autre, je ne manquerai plus jamais de rien. »
Il ne pouvait pas savoir que, sur la fin, c'est la vérité qui lui manquerait le plus. Peut-être était-il fait pour une vie limpide, droite et digne. Comme un George Smiley ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
Maphil
  17 mai 2018
Magnus Pym, agent des services secret britanniques a disparu. Amis et ennemis le recherchent. Mais qui est-il? Un traître? Ou l'espion parfait, qui à force de dissimuler, de jouer, de truquer, a perdu toute identité et aussi toute cause à défendre? C'est à la découverte de cet étrange personnage que John le Carré nous entraîne en un récit lent, coupé de réflexions, de flash-back, un récit aussi "tordu" que son héros.
Un roman d'espionnage sévère, austère et captivant dans lequel l'auteur excelle dans les séquences de pseudo-insignifiance et inocule sournoisement au lecteur le virus de l'espionnite. Rien n'est insignifiant, le moindre détail s'imbrique quelque part dans le grand jeu.
Commenter  J’apprécie          20
frmwa
  28 janvier 2018
De tous les John le Carré (que j'ai lus) c'est celui qui m'a le plus captivé. L'auteur explique (ou je l'ai lu ailleurs), qu'il voulait écrire une autobiographie, mais qu'il n'y est pas parvenu, et que cela a donné ce résultat hybride. La figure du père, escroc incorrigible (qu'il était dans la réalité aussi) est remarquable. La peinture de l'Angleterre, misérable au sortir de la guerre est également hautement instructive. La bulle qui se crée, entre l'Est et l'Ouest, est une autre bonne idée de ce roman d'espionnage décidément bien atypique.
Commenter  J’apprécie          20
liberliger
  19 septembre 2012
Certes, John le carré est sans doute le plus littéraire des écrivains de récit d'espionnage. L'action n'est pas le maître mot de ses romans, il lui préfère la réflexion sur le temps qui passe et ce monde si bizarre de l'espionnage fait de tout petits riens mis bout à bout. Dans ce roman ,on retrouve son style, lent, mais auquel on finit souvent par succomber. Malheureusement dans ce gros roman (plus de 600 pages), l'introspection quasi personnelle donne souvent quelques longueurs. J'ai pas pu m'empêcher de penser à Proust..
Commenter  J’apprécie          20
Groucho
  25 décembre 2014
Un "pur" John le Carré. Un style lent et posé, une véritable dimension psychologique chez les personnages.
Balzac et Proust ne sont pas nécessairement fort loin, quant au style, mais cela n'est pas un défaut pour moi, bien au contraire...
Commenter  J’apprécie          30
Citations et extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
GeorgesSmileyGeorgesSmiley   29 mai 2019
Après la conférence, Axel conduisit Pym dans les coulisses et frappa à la porte du vestiaire. Jusqu'alors, Pym n'avait pas tellement prisé Thomas Mann. Il trouvait sa prose lourde et fumeuse malgré les efforts répétés qu'il avait faits pour plaire à Axel. Maintenant pourtant, c'était Dieu en personne qui se tenait devant lui, grand et anguleux comme oncle Makepeace. "Ce jeune gentleman anglais voudrait vous serrer la main, monsieur", l'informa Axel avec autorité. Thomas Mann examina Pym, puis Axel, que la fièvre avait rendu extrêmement pâle, presque diaphane. L'écrivain contempla ensuite la paume de sa propre main comme s'il se demandait si elle pourrait endurer l'effort de cette étreinte aristocratique. Puis il finit quand même par tendre une main que Pym serra, attendant de sentir le génie de Mann s'écouler en lui comme l'une de ces décharges électriques qu'on pouvait s'acheter dans les gares de chemin de fer : prenez cette poignée et laissez mon énergie vous régénérer. Rien ne se produisit mais l'enthousiasme d'Axel était assez grand pour deux.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
GeorgesSmileyGeorgesSmiley   28 mai 2019
"Mon père travaille pour les Services Secrets, assura Pym une autre fois. Il a été torturé à mort par la Gestapo, mais je n'ai pas le droit d'en parler. Il s'appelle en vérité Wentworth."
Passé la première surprise que lui causa sa propre déclaration, Pym développa l'idée. Un autre nom et une mort héroïque convenaient parfaitement à Rick. Ils lui conféraient une classe dont Pym commençait à soupçonner qu'elle lui faisait défaut. C'est ainsi que quand Rick revint un beau jour sans crier gare, ni torturé ni abimé de quelque façon que ce soit mais accompagné de deux jockeys, d'une caisse de brugnons et d'une toute nouvelle mère coiffée d'un chapeau qu'ornait une plume, Pym songea très sérieusement à travailler pour la Gestapo et se demanda ce qu'il fallait faire pour s'engager. Et il aurait sûrement mis son projet à exécution si la paix n'était malheureusement le priver de cette occasion.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
GeorgesSmileyGeorgesSmiley   25 mai 2019
Le vieux Goodman était gallois; c'était un misérable potier, prédicateur, chanteur et veuf, père de deux enfants nés à vingt-cinq ans d'intervalle. Quand Goodman arriva ici, il essaya la glaise, respira l'air marin et construisit un atelier de poterie. Deux ans plus tard, il en construisait deux autres et faisait venir de la main d'oeuvre bon marché pour les faire tourner, d'abord des Gallois du sud, comme lui-même, puis des Irlandais du sud qui revenaient encore moins cher. Goodman les allécha avec ses maisons ouvrières, les affama avec ses salaires de misère et leur inculqua la terreur de l'Enfer depuis le haut de sa chaire avant d'être lui-même emporté au Paradis.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
GeorgesSmileyGeorgesSmiley   26 mai 2019
Tante Nell possédait une canne blanche pour s'aider à voir, et une canne brune pour s'aider à marcher. Elle avait en réalité une vue parfaite, sauf quand elle portait sa canne blanche.
"C'est dans une bouteille que Tante Nell prend tous ses tremblements, dit un jour Pym à Dorothy (sa mère), pensant que cela allait la faire sourire. Elle a une bouteille cachée dans la serre." Dorothy ne sourit pas mais prit au contraire une mine effrayée, et lui fit jurer de ne jamais répéter une chose pareille.
Pym porta pendant des semaines ce merveilleux savoir, un peu comme il avait gardé brièvement le secret de Rick (son père)... C'était comme le premier argent qu'il eût jamais gagné, sa première parcelle de pouvoir. Pour qui le dépenser ? se demanda-t-il. Avec qui le partager ? Il opta pour Mrs. Banister, la cuisinière. "C'est dans une bouteille que Tante Nell prend tous ses tremblements", informa-t-il Mrs. Banister en prenant bien garde de répéter mot pour mot ce qui avait tant épouvanté Dorothy. Mrs. Banister, qui était déjà au courant, lui donna une bonne gifle pour son insolence. Pis encore, elle dut aller répéter son histoire à oncle Makepeace qui, ce soir-là, fit une visite inaccoutumée dans l'aile prison de la demeure. Il oscillait et rugissait et transpirait et montrait Pym du doigt tout en parlant du Diable qu'était Rick. Quand il fut parti, Pym se coucha en travers de la porte au cas où Makepeace déciderait de revenir crier. Notre espion en herbe venait néanmoins d'apprendre une leçon essentielle du métier périlleux qu'est le renseignement : tout le monde parle.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
GeorgesSmileyGeorgesSmiley   01 juin 2019
En ce temps-là... les Américains avaient fait de Salzbourg et de Linz leurs capitales, les Français tenaient Innsbruck et les Brtianniques Graz et Klagenfurt, tandis que tous se partageaient Vienne, la vieille ville demeurant sous contrôle quadripartite associé. A Noël, les Russes nous donnèrent des seaux en bois pleins de caviar et nous leur fîmes présent de plum puddings en échange, et quand Pym arriva là-bas, l'histoire courait encore que lorsqu'on servit le caviar en entrée aux troupes, un caporal d'Argyll se plaignit auprès de l'officier de service que la confiture avait goût de poisson.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
Videos de John Le Carré (30) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de John Le Carré
Bande annonce de la série The Little Drummer Girl, Adaptation du roman La Petite Fille au tambour de John Le Carré.
autres livres classés : espionnageVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

L'espion qui venait du froid

"L'espion qui venait du froid" est un roman d'espionnage signé...

Frederick Forsyth
Jack Higgins
Graham Greene
John le Carré

10 questions
53 lecteurs ont répondu
Thème : L'espion qui venait du froid de John Le CarréCréer un quiz sur ce livre