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Critique de Pecosa


Pecosa
  04 janvier 2019
« Paris sera à nous ou n'existera plus », avait déclaré Louise Michel. Paris brûle au cours de la « Semaine sanglante ». Les Versaillais bombardent la ville depuis le Mont-Valérien, et les Insurgés ripostent. Rue Royale, rue Vavin, rue du Bac, les Buttes-Chaumont, c'est un tiers de la capitale qui part en fumée.
Dans l'ombre de ce brasier, du jeudi 18 Mai au dimanche 28, des Communards poursuivent la lutte, même si elle semble désormais sans issue. C'est un chant du cygne, un rêve qui s'effondre dans le sang et les éclats d'obus.
Trois camarades du 105ème bataillon fédéré, le sergent breton Nicolas Bellec, le Rouge, un grand rouquin et le jeune Adrien, apprenti boucher au Bourget, se battent sans relâche sur les barricades.
« -Qu'est-ce qu'on attend? demande le Rouge.
- J'en sais rien. C'est une drôle de question, non? En principe, on sait ce qu'on attend, tu crois pas? Ou alors, on espère quelque chose et c'est vague.
- du pain pour les mioches et des écoles pour qu'ils soient moins couillons que nous?
- Par exemple.
- Mais ça suffit pas d ‘attendre. C'est pas comme un train. Si tu vas pas le chercher, ça n'arrive pas tout seul. La Commune c'est ça, je crois. On est allés la chercher sans attendre encore des siècles que ça nous tombe tout rôti dans la gueule."

Au coeur du chaos ambiant, certains ne perdent pas l'occasion d'assouvir leurs vices. Monsieur Charles, photographe érotomane versant dans la pornographie a bien compris que les évènements lui offrent l'opportunité de dépasser ses limites. Plus besoin de payer les putains des bordels pour des clichés scabreux. Il lui est désormais possible de profiter de la Semaine sanglante pour enlever de très jeunes filles, les droguer, les mettre en scène dans des poses dégradantes et les revendre aux Prussiens qui attendent aux portes de Paris. C'est grâce à Pujols, le tordu des Pyrénées, déjà croisé dans le roman L'homme aux lèvres de saphir, que la petite affaire prospère, jusqu'à ce que des parents désespérés aillent porter plainte au commissariat.
Antoine Roques, un relieur nommé inspecteur par un comité de citoyens a été chargé de retrouver ces jeunes filles enlevées sous la mitraille. Quand l'une des victimes s'avère être Caroline, une infirmière volontaire, fiancée à Nicolas Bellec, le sergent du 105ème va tenter lui aussi de rechercher la femme qu'il aime.
A l'ombre du brasier c'est l'amour au temps des barricades, et le grand roman populaire qui nous manquait sur la Commune, celle qui fut « dans son fond la première grande bataille rangée du Travail contre le Capital. Et c'est même parce qu'elle fut cela avant tout qu'elle fut vaincue et que, vaincue, elle fut égorgée. » comme l'écrira Jaurès.

Vivante, vibrante, terrible, elle revit sous la plume de Le Corre, qui nous offre des pages magnifiques sur cette période méconnue de notre histoire. Quand on pensait aux barricades, on songeait à Gavroche et à Marius au mois de juin 1832. On songera désormais aussi à Nicolas et Caroline, fuyant la "curée froide", cette répression épouvantable qui s'abat sur les Insurgés, rue par rue, maison par maison, quand le "moulin à café", la mitrailleuse, exécute sans discontinuer.
Dans l'ombre du brasier est un grand roman sur le réveil des crève-la-faim dont les enfants tombent comme des mouches le ventre vide, des femmes qui ne veulent plus être ni invisibles ni exploitées, sur le désir de justice sociale qui va se payer au prix fort. Décidément Hervé Le Corre n'est jamais là où on l'attend, et c'est tant mieux, le plaisir de la lecture n'en est que plus grand. Lire Dans l'ombre du brasier vous consume par son souffle et son ampleur.

« La Commune, au moins, aura été une éclaircie dans la pénombre des jours et des années endurés dans leur morne enchaînement. Elle aura montré au peuple qu'une clarté existe dont il faut alimenter la flamme. Une braise qui longtemps dort et tremble sous les cendres, qu'il faut songer à réveiller. Un feu qu'il faut porter parfois dans le désert à des aveugles qui n'en veulent pas ».
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