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Critique de Kirzy


Kirzy
  13 mars 2019
La Commune de Paris comme tu ne l'as jamais lue, même si tu t'aies déjà bien immergé grâce au Cri du peuple de Tardi. Comme tu ne l'as jamais ressentie.

Hervé le Corre a eu l'excellente idée de resserrer son action sur les derniers jours de cette insurrection populaire née le 18 mars 1871 dans le lourd contexte qui suit le siège de Paris par les Prussiens. le brasier du titre, c'est en fait la Semaine sanglante, ce moment terrible où le gouvernement républicain de Thiers lance une puissante répression qui va balayer le mouvement social. On n'est plus dans l'euphorie d'une utopie réaliste qui verrait s'accomplir justice sociale et équité pour un monde meilleur, on n'est plus dans l'espérance mais dans la désillusion. Non, les Communards savent que c'est la fin.

Un terrain de choix pour insuffler du romanesque à tout va. le lecteur est complètement immergé dans la poussière des immeubles qui s'effondrent sous les obus des Versaillais, dans le fracas des combats, dans les odeurs des cadavres. Il est dans les pores de l'Histoire. La narration chemine sur le même plan que les personnages, un peu comme Fabrice del Longo à Waterloo ( la Chartreuse de Parme, Stendhal ) ou Tannhauser lors de la Saint Barthélemy ( Les 12 Enfants de Paris, Tim Willocks ). L'auteur fait montre d'une remarquable aisance à ressusciter la sueur et la rage de ce chaos côté Communards ; sa plume est superbe, ample et lyrique comme il fallait qu'elle soit avec un sujet si puissant.

Les héros sont formidablement attachants, tous à se dépasser face à un Destin plus grand qu'eux, comme le trio le Rouge, Adrien et Nicolas, soldats de la Commune prêts à tout pour défendre leur idéal ; même si la mort est au bout, ils l'affrontent avec de la grandeur dans la fatalité. le combat aura été mené, la dignité retrouvée au moins pendant quelques semaines face au mépris des Versaillais.

Mais en fait, le vrai héros de ce roman, c'est le peuple de Paris qui gravitent autour des personnages principaux et les aident, ces anonymes qui prennent les traits d'un patron de caboulot, d'un gardien de cimetière, d'une vieille femme, d'une infirmière d'un de ces hôpitaux de fortune. Ou plutôt, c'est Paris, cette « ville a un génie unique pour la révolte et la révolution, on l'a affamé, bombardé, humilié et quand les importants la croyait morte, elle s'est redressée, rebelle, généreuse, défiant le vieux monde et appelant, par delà les remparts assiégés, au salut commun et à la République universelle ».

Du coup, dans cette geste tragique, la trame polar est quelque peu délaissée, ce que j'ai regretté quelque peu. Il y a bien une enquête menée pour retrouver des jeunes filles enlevées , mais c'est plus un soutien à la dramaturgie orchestrée autour de la Commune, une façon de nourrir la colère, comme si le chaos de la guerre civile faisait sauter tous les verrous sociaux, laissant échapper les remontées toxiques enfouies en tant normal. On aurait presque pu se passer du retour de l'affreux tueur en série, Henri Pujols ( échappé de L'Homme aux lèvres de saphir ).

Un roman flamboyant, à la fois fiévreux et mélancolique, la fin est superbe.
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