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Yveline Le Grand (Autre)
EAN : 9782343212609
232 pages
Éditeur : Editions L'Harmattan (06/11/2020)
Résumé :
Août 1914. P'tit Louis Glazec ne s'attend pas à la réalité qu'il va traverser. Lui, tout ce qu'il veut, c'est prouver à son père qu'il est un homme, un vrai. Pourtant, comme les autres, il recule avec l'armée française. À partir de là, nous entrons avec ce personnage attachant dans son quotidien de poilu, ses doutes, ses blessures visibles et invisibles, mais aussi ses amitiés, fortes et résilientes. Nous vivons, avec P'tit Louis, ces longues années de guerre, avec ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
afadeau
  05 janvier 2021
« On oubliera. Les voiles du deuil, comme des feuilles mortes, tomberont. L'image du soldat disparu s'effacera lentement dans le coeur consolé de ceux qu'il aimait tant... Et tous les morts mourront pour la deuxième fois » Roland Dorgelès
Cet exergue indique bien qu'Yveline le Grand ne se résout pas à l'oubli et nous incite, avec ce livre à la couverture lumineuse, à ne pas oublier.
P'tit Louis détonne dans cette famille de bûcherons travaillant le bois – coupe, sciage, écorçage – depuis des générations. Ce qu'il aime c'est réaliser des broderies avec sa grand-mère, il voudrait devenir tailleur d'habit ou brodeur. Son père ne l'entend pas ainsi et le traite de fainéant, de mauviette, de poltron. Il lui donne le choix entre travailler au bois avec lui ou bien partir définitivement de la maison. Pour prouver son courage et parce qu'il n'a pas pu se résoudre à ne plus revoir sa grand-mère, il s'engage dès le début de la guerre en août 1914. Il a vingt ans !
A partir de là le lecteur va réellement vivre le quotidien de la guerre, les blessures visibles et invisibles, les amitiés qui maintiennent l'espoir de vivre autre chose, après ce que certains soldats veulent voir comme « une parenthèse » dans leur existence. Léon Ollivier est l'ami plein de vie, il chante – on l'a surnommé Rossignol – et rêve un avenir de bonheur partagé avec Suzie qui l'attend là-bas en Bretagne pour se marier.
Roman historique et roman d'action, inspiré de faits réels, La parenthèse montre au lecteur ce qu'aucun livre d'histoire ne peut montrer, sur des aspects peu relatés du conflit. En passant par la fiction Yveline le Grand nous touche à chaque page sans forcer sur l'horreur de la grande boucherie qui serait simplement repoussante. le lecteur est immédiatement au côté de ce gamin à qui on a donné un fusil, une baïonnette, des grenades..., qui ne mange pas souvent à sa faim, dans le froid et la peur... avec la gnôle distribuée largement, refusée au départ avant de faire avec pour se réchauffer de la mort environnante.
J'ai vu des expositions lors du centenaire commémoré entre 2014 et 2018. Les lettres de poilus ont été recherchées, montrées, lues à la radio. L'autrice historienne y a participé mais ce livre est encore un cran plus fort pour appréhender une réalité qui nous échappe facilement, le temps effaçant tout sur son passage. Après cette guerre, beaucoup ont dit « plus jamais ça », et plus on oublie petit à petit. Ce livre, très bien conçu, vient nous rappeler les souffrances endurées par ces jeunes, la peur, les blessures, les traumatismes psychiques irrémédiables.
C'est très bien écrit, avec l'apparence de la simplicité des écrivains qui savent où ils vont, et juste ce qu'il faut pour concevoir la dureté du quotidien de ces jeunes gens, mais aussi la réalité des amitiés fortes et les solidarités.
Yveline le Grand utilise les mots de l'époque – fusant, shrapnel, marmite, crapouillot, fourneau de mine, torpille, percutant, artiflot, sape –, des expressions d'alors, l'argot aussi, prouvant qu'il ne suffit pas de mettre des noms sur un monument aux morts sur une place, la lecture de ce récit permettant de redonner une humanité à ces combattants et quelque part, par la mémoire de ces années atroces, pouvant nous inciter à oeuvrer à la concorde entre les peuples.
Jamais je n'avais aussi bien visualisé l'organisation (si l'on peut dire...) des tranchées, l'attente des assauts. On traverse ainsi, en compagnie de P'tit Louis, les quatre années de guerre puis l'impossible retour à la vie civile.
Les titres des chapitres plantent le décor (j'ai ajouté entre parenthèse les lieux indiqués dans le livre, là où ont eu lieu les combats les plus meurtriers) : 1. La retraite, fin août 1914 (les rives de la Sambre) ; 2. La convalescence ; 3. En Argonne, juillet 1915 (arrivée en gare de Sainte Ménehould, la forêt d'Argonne va constituer une zone de combats féroces entre les deux zones majeures que sont à l'ouest la Champagne et à l'est Verdun) ; 4. le front, été 1915 ; 5. le temps des relèves, automne-hiver 1915-16 ; 6. Verdun 1916 (fort de Fromeréville au pied des hauteurs de Mort-Homme, caserne d'Anthouard, fort de Thiaumont) ; 7. La nouvelle escouade, 1917 (de Melun à la Somme à pied) ; 8. Vers l'Allemagne, 1918 ; 9. le retour en France, automne 1918 ; 10. La vie civile, automne 1921.

Yvelyne le Grand est historienne, docteur en archéologie. Ce roman est l'ultime étape d'un projet consacré à 14-18 : qui a compté une exposition à partir de documents originaux et un ouvrage « Des bretons dans la Grande Guerre. Les 89 soldats de Quéménéven morts pour la France » paru en 2015, retraçant le parcours de ces soldats du Finistère dans le contexte de la Grande Guerre. Autant dire que « La parenthèse » est un récit parfaitement documenté.
L'autrice a su trouver le ton juste, c'est un livre que je conseille. La lecture est édifiante et suscite toute une riche palette d'émotions. Merci à L Harmattan pour cette belle découverte permettant d'appréhender le vécu d'un soldat de vingt ans pendant la guerre 14-18 tout en lisant une oeuvre de fiction très plaisante.
******
Visitez mon site Bibliofeel afin de compléter cette lecture avec une photocomposition personnelle à partir de la couverture du livre, et un accompagnement musical lumineux du vibraphoniste Milt Jackson interprétant le sublime thème « Moon Ray », en contraste total avec une des périodes les plus sombres de notre Histoire !

Lien : https://clesbibliofeel.blog
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nanek
  21 février 2021
Aout 1914, la ligne de front recule pour les français.
P'tit Louis Glazec est un jeune breton engagé volontaire, fuyant les volontés de son père qui s'oppose à son désir de devenir couturier.
Le voilà rapidement lié d'amitié avec Léon Ollivier, un gars de St Brieuc, qui lui à foi en son histoire d'amour avec sa Suzie et se refuse à croire qu'il est destiné à mourir sur le champ de bataille.
Le premier assaut et p'tit Louis se voit imposée une convalescence douloureuse. Entre honneur et honte, Il doit y retourner au front.
L'élan patriotique est modifié à l'été 1915, déjà la fraternité peut conduire à la cour martiale et les positions militaires se sont figées, la grande faucheuse va faire son oeuvre en Argonne.
Arrive le temps de permissions, l'occasion pour les poilus de se confronter à l'indicible et aux réactions des proches qui ne peuvent se douter et comprendre ce qui se « joue » en première ligne.
Les combats tuent, la maladie condamne aussi. Guerre et sanitaire ne sont pas de bons amis.
De la camaraderie à l'amitié, on veille les uns aux autres. L'incrédulité domine face aux ordres de l'état-major.
La peur viscérale s'installe, seulement apaisée par de brefs repos à l'arrière et l'angoisse de repartir en première ligne.
La gnôle coule autant que le sang pour lutter contre la mort omniprésente, les traumatismes, les terreurs nocturnes. La violence bienveillante des camarades évitant l'entrée dans la folie.
Viens le temps de la détention pour p'tit Louis avec en double peine, le delirium tremens contre lequel il doit lutter jusqu'à ce que le Tocsin résonne et rende à la vie civil une génération sacrifiée.
Désormais étranger à son passé, oublié par sa patrie non reconnaissante, p'tit Louis a changé face aux affres de quatre ans de vie suspendue par un fil.
Louis, surnommé le Taiseux dans sa compagnie s'est perdu à se découvrir être quelqu'un aux yeux de ses copains de tranchés.
L'absurde grande guerre l'avale tout entier. Présumé coupable par son père avant l'enrôlement, rien ne peut empêcher l'aspiration dans l'abîme et le néant.
Yveline le Grand nous sert un poignant roman basé sur des faits historiques et chronologiques. Bel hommage incarné par cette « petite histoire » dans cette dévastatrice broyeuse de vie qu'a été la grande guerre.
Important devoir de mémoire, digne de Genevoix, Remarque, Barbusse, Dorgelès et tant d'autres qui ne seront pas oubliés car les mots restent.
Merci à Babelio et les éditions L'Harmattan pour cette masse critique.
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Sokleine
  25 janvier 2021
Tout d'abord, merci à Babelio et aux Editions l'Harmattan, de m'avoir envoyé ce livre dans le cadre de la Masse Critique de janvier 2021. C'est une très belle découverte.
On a beaucoup écrit sur la première guerre mondiale et sur les Poilus ; ce nouveau roman réaliste et touchant nous fait partager le quotidien d'un jeune soldat breton, insistant sur l'aspect psychologique et humain de la situation, sans pour autant négliger les atrocités des champs de bataille et la violence des combats.
Originaire de Quéménéven, un petit village du Finistère, Louis Glazec, dit P'tit Louis, est mal aimé. Il souhaiterait devenir brodeur, alors que dans sa famille, on est bûcheron de père en fils… Voilà un métier viril et utile ! Heureusement son frère ainé, Jean, possède ces qualités et pourra assurer la succession dans l'entreprise familiale.
Pour prouver à son père qu'il est un homme, lui aussi, P'tit Louis va s'engager dans l'armée. Il a vingt ans. Août 1914, déclaration de guerre, mobilisation générale et, dans un même élan patriotique, marche vers le front de la Belgique et du nord de la France. Baptême du feu, premiers assauts et la peur qui tenaille les ventres, et déjà des morts et des blessés qu'on évacue ou abandonne sur le terrain. C'est la brutale réalité de la guerre. Mais on se bat avec ferveur contre l'ennemi. On ne comprend pas toujours les itinéraires – l'impression de reculer… Toutefois en ce début de conflit, on fait confiance aux généraux. « Ils ont certainement un plan… Les copains ne peuvent pas être tombés pour rien. »
Yveline Legrand est originaire de la commune de Quéménéven, elle est historienne et docteur en archéologie. L'histoire des poilus de la Grande Guerre lui tient à coeur, elle leur a déjà consacré une exposition puis, dans un premier livre, a retracé les parcours de ceux de son village qui sont tombés pour la France et dont les noms figurent sur le monument aux morts.
Ici, dans ce beau roman historique inspiré de faits réels, elle nous fait entrer dans le quotidien des Poilus. le lecteur suit P'tit Louis durant ces quatre longues années de guerre, la der des Ders espérait-on… on partage avec lui ses peurs et ses souffrances, ses espoirs et ses doutes, ses blessures visibles et invisibles mais aussi l'amitié et la solidarité. Les soldats continuent de se battre, d'obéir, de marcher dans des conditions inhumaines avec 30 kg de barda sur le dos et de se déplacer comme des mécaniques. On les abreuve de vin et de gnôle, on les abrutit et on les réduit au rôle de pions. Les traumatismes sont tels que beaucoup ne s'en remettront jamais.
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Helene1960
  01 février 2021
Yveline le Grand se focalise sur un ou deux personnages clé pour faire découvrir à ses lecteurs différents aspects de cette "grande guerre". En premier on découvre le rapatriement des soldats blessés en ambulance tirée par des chevaux, puis en train vers l'arrière des lignes de combat. Puis ce sont les hôpitaux de fortune, installés parfois dans des locaux peu adaptés tels que des usines ou des hangars.
Dès le chapitre 4 on entre dans le vif du sujet en se familiarisant avec ce qu'était la vie dans les tranchées et le combat pratiquement au corps à corps entre les belligérants.
Puis dans les chapitres suivants les années de guerre se suivent avec en point d'orgue la bataille de Verdun et les combats dans la Somme en 1916-1917.
Au chapitre 8 Yveline le Grand décrit l'ambiance des camps de prisonniers où les protagonistes de l'histoire vont passer plusieurs mois jusqu'à l'armistice. Ce roman s'achève en 1921 et présente les conséquences des horreurs subies durant ces quatre années sur le psychisme de certains. J'ai lu en parallèle un livre documentaire sur ce conflit mondial qui m'a grandement aidé à mieux comprendre comment les soldats et officiers vivaient dans les tranchées ou à l'arrière durant ces années terribles.
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s6qatrza5z_1608673322097
  29 décembre 2020
Le parcours de P’tit Louis nous permet de découvrir des aspects méconnus de la guerre 14-18. Par son style d’écriture, l𠆚uteure aborde de façon très subtile les blessures physiques et morales subies par ces jeunes lors de ces longues années de conflit. Je recommande cet ouvrage.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
SokleineSokleine   22 janvier 2021
Finalement ce n'était que la deuxième fois qu'il se retrouvait à faire feu contre l'ennemi. Tuer pour ne pas être tué. C'est ainsi qu'ôter la vie d'un autre devenait acceptable. Mais que valait-il mieux ? En quoi sa propre vie était plus importante que celle de l'homme qui se trouvait en face ? Tenir la vie d'un homme au bout de son fusil... Honnêtement n'y prenait-il pas un certain plaisir ?

En fait il ne savait pas, il ne se souvenait même pas avoir ressenti quelque chose, comme lors de l'assaut au cours duquel il avait été blessé. Il avait l'impression que cet après-midi là, son cerveau s'était débranché. Ce n'était pas lui qui appuyait sur la gâchette. Quelqu'un d'autre l'habitait, quelqu'un qu'il ne connaissait pas, un automate, une machine à tuer.
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SokleineSokleine   24 janvier 2021
- Cette guerre, on ne peut tellement pas faire pire que forcément c'est la dernière.
- Ouais, la Der des Ders, rétorqua quelqu'un en arrière.
- Quand même quand je pense qu'on a aidé les Boches à réparer les canons qui sont en train de refroidir les copains, murmura le Bleuet, Ca me rend malade.

Le mois qu'ils avaient passé dans la fonderie avait laissé des traces au moral comme dans les corps. Un travail éprouvant, dans une chaleur intense, sans aucun colis pour améliorer un ordinaire pour le moins frugal. Beaucoup d'entre eux y avaient laissé leur peau.
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SokleineSokleine   24 janvier 2021
- Ce qui lui arrive s'appelle Helke, répondit-il. Leur fille Leni vient juste d'avoir six mois.

Médusé, le petit groupe regarda Cariou disparaître dans les ruelles du village qui bordait le camp.
P'tit Louis sourit enfin. Ainsi il pouvait naître des fleurs sur ces ruines. Le poids sur son coeur lui sembla soudain moins lourd. Le Bleuet aurait été content de cette histoire. Pensez donc, une petite vie née de cette barbarie, une petite vie plus forte que la mort. Et il y en avait combien d'autres ?
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afadeauafadeau   05 janvier 2021
– Je m’en vais écrire à Suzie. « Poilu qui écrit, poilu qui vit. Poilu qui chante, poilu qui rentr’. Poilu qui pleure, poilu qui... » chantonna Rossignol en s’éloignant.
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afadeauafadeau   05 janvier 2021
Il sentit la brûlure intense dévorer ses boyaux. « Tu n’es pas un homme si tu ne supportes pas l’eau-de-vie ». L’eau-de-vie, qui de l’avis de P’tit Louis portait bien mal son nom. C’était un sujet fréquent de moquerie quand il aidait son père au bois. P’tit Louis n’aimait ni l’alcool, ni le goût âcre de la piquette. Mais ici, il faisait contre mauvaise fortune bon cœur. Le pinard était la seule boisson dont on disposait abondamment. Il regrettait la bière des Belges et plus encore le bon cidre pressé à la ferme.
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