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ISBN : 2070141632
Éditeur : Gallimard (02/01/2014)

Note moyenne : 3.72/5 (sur 9 notes)
Résumé :
Paris, au début des années 1970 : les pavillons de Baltard sont détruits, l'ancien ventre de Paris devient un immense chantier, le visage de la capitale change. Des hommes résolument hostiles à cette défiguration urbaine s'insurgent et fondent une association, «Les Insulaires». Parmi eux, un peintre, Kerros, lui aussi attaché à la forme immémoriale de Paris. Mais, à la différence des autres membres des Insulaires, il connaît bien celui que les protestataires appelle... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Rodin_Marcel
  19 juillet 2015
Le Guillou Philippe - "Les années insulaires" – Gallimard, 2014 (ISBN 978-2070141630)

Ce roman m’a littéralement stupéfait au sens le plus radical du terme, j’en reste tout "interdit".
L’auteur met en scène une relation entre un peintre contemporain et le Président Georges Pompidou, dans les cinq années qui vont de 1969 à 1974, autant dire dans les années post-soixante-huitardes, pendant lesquelles je faisais partie des jeunots agités du bocal, occupés à agiter l’agitation. Même avant 1968 et après ces années d’agitation juvénile, comme bon nombre de français de base, je n’avais – et n’ai probablement toujours – qu’une vision fort négative du bonhomme Pompidou.
En tant que Premier ministre sous De Gaulle (1962-1968), il n’a guère inspiré de respect aux couches laborieuses de la population et se faisait brocarder, les gens ne comprenant pas bien comment De Gaulle avait pu s’enticher d’un type aussi radicalement différent de lui-même, incarnant avant tout la haute finance, plus précisément et crument exprimé, la banque Rothschild. Dans les manifs, tout le monde entonnait (sur l’air du "petit navire") « il était un petit ministre – qui n’avait ja-ja-jamais naviqué (bis) – ohè ohè ohè Pompidou navigue sur nos sous ».
Il promulgua la loi "anticasseurs" de juin 1970, bien entendu honnie de tous gauchiste bien né, organisa un référendum calamiteux sur l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché Commun (dont les français se fichaient éperdument). Dans les années 1968-1969, lui et son épouse furent traînés dans la boue de la plus ignoble façon par la presse dans le cadre de "l’affaire Markovic" dont les Pompidou ne parvinrent à se dépêtrer que bien des années plus tard : je n’ai pas suivi ces péripéties de près car c’est l’époque où je vivais plus souvent en Allemagne qu’en France, mais le couple Pompidou passa longtemps pour une paire d’affairistes aux mœurs douteuses.
Quant aux grands travaux parisiens, je pensais que c’était là encore une affaire parisienne n’appelant guère qu’un haussement d’épaule entendu de la part des vulgaires provinciaux tant méprisés par la bureaucratie dorée germanopratine à laquelle Pompidou s’identifiait. Bref, pour cette période, je me réfère plutôt à l'ouvrage abondamment illustré, publié chez François Bourin en 2012 par Jean-Louis Marzorati intitulé "Les années Pompidou : 1969-1974" qui me semble constituer déjà une bonne recension de tout ce que ma mémoire personnelle a pu conserver de ces années-là.
Ce n’est que bien plus tard que je découvris l’ "Anthologie de la poésie française" et le passé de Normalien, agrégé de lettres de ce président.

Je suis donc ébahi de découvrir en quelque sorte l’envers du décor que Le Guillou nous propose dans ce roman. Pompidou y est "le prince des modernes", et le personnage central, un peintre, hésite entre sa sympathie pour le petit peuple laborieux impuissant face à la destruction des halles, et sa fascination pour ce Pompidou qui joue la comédie du politique très éclairé en matière d’art contemporain. La destruction des halles, l'affaire Gabrielle Russier, la création du navire ubuesque qui deviendra le "centre Pompidou" sont ici fort bien évoquées, du côté pompidolien, sans dissimuler cette volonté d’imposer le "tout-bagnole", la "modernité" vue sous l'angle du béton-verre-acier pour créer le quartier de La Défense, un quartier des "affaires" (au pire sens du terme).

J’ai lu ce roman lentement, en intercalant d’autres lectures, tant certaines évocations me touchaient : pour ne prendre qu’un exemple, je me souviens nettement avoir été choqué (tout autant que l’auteur) par l’aspect "brejnévien" du portrait officiel, avec toutes ces breloques pendouillant de partout, sur fond de noble bibliothèque garnie de belles reliures dorées : pouah ! Ce portrait est d'ailleurs reproduit dans l'ouvrage de Marzorati (cf ci-dessus) en page quatorze.
Quant au "trou des halles" (que j'ai vu moi-même une fois lors d'un séjour à Paris – voir documents reproduits dans Marzorati pages 168-170) et à la mise en péril de l’église Saint-Eustache, ce n’est guère qu’en arrivant à Paris que je pris conscience des risques que cet édifice courut pendant toutes ces années. Aujourd’hui, le centre Beaubourg-Pompidou est resté un exemple unique (Dieu soit loué!) de sottise architecturale de mauvais goût n’ayant pour seul objectif que la provocation ; les tours de La Défense incarnent l’affairisme franchouillard le plus pitoyable, et pour ce qui concerne les Halles… il suffit de relire l'extrait de Morgan Sportès, dans son roman « L’appât » (pp.102-103).

C'était en 1990. Aujourd'hui, ce Centre des Halles est envahi par la banlieue, plus précisément par toute cette jeunesse de banlieue, massivement d'origine noire ou maghrébine, désœuvrée et quasi illettrée. Je passe par là régulièrement, et le vendredi en fin d'après-midi, j'assiste souvent à des tentatives de contrôle d'identité concernant des jeunes surpris dans le RER sans titre de transport : je me souviens de l'un d'eux, de type maghrébin, dans un magnifique survêt Adidas trois bandes flambant neuf, la capuche sur la tête, qui braillait (pour attirer l'attention d'un maximum de gens) tout en retournant ses poches pour bien montrer aux "keufs" qu'il n'avait ni papiers d'identité ni le moindre porte-monnaie...
Depuis l’an dernier, 2014, ce centre des Halles est en réfection, et les travaux pharaoniques ont bien avance : le pire est de nouveau à craindre…

Aujourd'hui, de sombres arrivistes se sont emparé(-e)s du ministère et des subventions cultureuses, infligeant au bon peuple méprisé des expositions recherchant surtout l'effet de scandale, tout en transformant les grands musées en usine à touristes crétinisés... Dans l'héritage pompidolien, c'est le pire qui l'a emporté...
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critiques presse (2)
Liberation   10 mars 2014
Les années Pompidou et la fin des Halles, un roman de Philippe Le Guillou.
Lire la critique sur le site : Liberation
LeFigaro   10 janvier 2014
Son écriture manipule des idées délicates, ses personnages sont hantés par des émotions parfois surannées, jamais grossières ou banales. Ce n'est pas «efficace» au sens éditorial moderne, c'est raffiné, un beau morceau de littérature assurément.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (5) Ajouter une citation
SepoSepo   20 avril 2014
Parce que vous croyez que je fais tout cela pour moi, pour mon plaisir ! - La voix grondait, remplie de ténèbres et de violence. - Vous pensez peut-être, comme tous ces rêveurs nostalgiques, que j'agis par pure mégalomanie, que je veux laisser ma trace et mon nom partout dans Paris. Ceux croient cela se trompent. J'ai un ego, comme tout le monde, mais pas plus que la moyenne. Je me contrefiche de créer quelque style que ce soit, le style Pompidou, quelle horreur ! Je veux une ville pratique, agréable, moderne, pas un ensemble de coupe-gorge insalubres. Je veux une ville où l'on puisse circuler sans problème, avec des voies rapides le long de la Seine, pas un cœur congestionné qu'on met des heures à traverser. Je veux des tours qui, au seuil ou au pourtour de la ville, soient les phares de modernité. Je déteste le musée d'Art moderne et je souhaite au cœur même de Paris la construction d'un grand centre d'art et de culture, sur cet affreux plateau de Beaubourg que j'ai connu si sale, si malfamé quand nous habitions rue Charlemagne. C'est donc si insensé que cela ! Vous savez, je n'ai que faire des pleureuses et des pétitionnaires. Je ne reconnais aucune fertilité aux larmes, aux plaintes, aux vociférations. Ils peuvent crier, se lamenter: il faut être absolument moderne. Le Paris que nous transformons, il n'est pas pour nous, il est pour ceux qui viendront après nous..."
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SepoSepo   20 avril 2014
La vie est un jeu. Il faut savoir perdre. Et profiter du sursis que nous laisse le temps pour travailler encore, pour faire mieux, pour faire plus, pour jouir de la beauté des choses. Nous autres Occidentaux, nous ne savons pas mourir...La mort n'est pas naturelle chez nous. Elle n'entre pas dans l'ordre du monde. Elle est une anomalie. Un horrible drame. Ah ! j'aimerais, comme les vieux sages de certains pays, pouvoir, quand l'heure viendra, me retirer dans la montagne pour y mourir seul, loin de ma curiosité, du chagrin, de la pitié...C'est un peu de cette distance, de cette sérénité que je descends chercher dans l'antichambre d'Agam...Quand le train de l'Etat, et tout le reste, m'en laisse le temps...Je dois vieillir, Kerros. Il me semble que tout va de plus en plus vite..
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ValleerieValleerie   15 février 2017
Il m'intimidait, toujours goguenard, ironique, l’œil plein d'intelligence et de malice sous des sourcils broussailleux. Moi qui avait un passé de mauvaise élève, j'avais l'impression de comparaître devant un professeur autoritaire qui allait me punir. Je ne l'avais pas revu depuis : l'industrialisation du pays, le béton et la civilisation de la bagnole, ce n'était pas ma chose.
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SepoSepo   20 avril 2014
On se croirait en URSS, avait dit Marien, en banlieue surtout, dans certaines paroisses parisiennes aussi, il faut tout dégager de ce qui rappelle les époques anciennes, le faste, la messe en latin, le passé luxueux de l'Eglise. Je ne devrais pas le clamer, mais j'ai acheté beaucoup de ces merveilles pour trois fois rien. Je suis entré à Sainte-Jeanne-de-Chantal par hasard l'autre jour, je n'y ai vu que des choses affreuses: des bancs, un autel conciliaire triste comme un cube à béton, un crucifix tordu à vous faire perdre la foi...Ceux qui restent dans cette Eglise ont beaucoup de mérites et je ne vous parle pas des chants..."
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MusikantMusikant   09 décembre 2014
Je n'aimais pas les premiers de la classe, ceux qui se poussent du coude et se haussent du col, quelles que soient leurs qualités, je trouvais un peu ridicules ces très bons élèves, ces éternels étudiants, ces agrégés et ces lettrés qui n'avaient jamais posé le cartable, et qui voulaient sans cesse être reconnus, aimés, admirés, dans des enceintes protégées où ils ne prenaient aucun risque, toujours assurés de leur salaire, de leur progression de carrière, de leur fonction.
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Vidéo de Philippe Le Guillou
La Roseraie des Cultures et des Arts - 8ème édition Table ronde : "Tous des conquérants" Invité(e)s : - Bernard Lavallé, Professeur de civilisation hispano-américaine à la Sorbonne. Mondialement connu pour l'étude des effets de la colonisation sur les sociétés d'Amérique latine. Biographe de F. Pizarro et de B. de Las Casas chez Payot. Ouvrages qu'il signera avec « Au nom des Indiens ». Titre de son intervention : « Francisco Pizarro, conquistador de l'extrême ». Livre « Francisco Pizzaro, conquistador de l'extrême », aux Éditions Payot, 2004.
- Eric Freysselinard, Haut fonctionnaire, agrégé, énarque, inspecteur de l'administration, conseiller et directeur de cabinets ministériels, préfet, directeur des stages de l'ENA. Signera sa biographie d'Albert Lebrun. Titre de son intervention : « Albert Lebrun : la conquête de l'héritage du dernier président de la III° République ». Livre « Albert Lebrun, le dernier président de la III° République », aux Éditions Belin, 2013.
- Suzanne Varga, Agrégée, docteur d'État, Professeur des Universités, spécialiste de la littérature auriséculaire, auteur de biographies dont Lope de Vega (Fayard), grand prix de la biographie littéraire de l'Académie française et Philippe V, petit-fils de Louis XIV, prix Hugues Capet. Elle signera ces biographies ainsi que celle de « Sophie d'Espagne » et « Les 12 Banquets qui ont changé L Histoire ». Titre de son intervention : « Sophie d'Espagne, une reine à la reconquête du trône des Bourbons ». Livre « Sophie d'Espagne », aux Éditions Flammarion, 2015.
- Philippe le Guillou, Agrégé, doyen de l'Inspection Générale de Lettres Modernes, écrivain, auteur de nombreux essais et d'une trentaine de romans, essentiellement chez Gallimard, prix Médicis pour « Les Sept Noms du peintre », préside le Centre de l'imaginaire arthurien. Il signera entre autres ouvrages « Géographies de la mémoire », Gallimard, 2016. Titre de son intervention : « Julien Gracq et Jean Guillou, rendez-vous à la conquête des abîmes et des cimes ». Livre « Géographies de la mémoire », aux Éditions Gallimard, 2016.
- Jean Guillou, Titulaire des grandes orgues de Saint-Eustache, compositeur, pianiste, organiste, concepteur d'orgues, pédagogue, Professeur honoraire de l'Université de Sarrebruck, écrivain, poète. Signera « L'Orgue, souvenir et avenir » (Symétrie), La Musique et Le Geste (Beauchesne), le Visiteur (Ch. Chomant). Titre de son intervention : « La Musique et Le Geste » ou une dramaturgie musicale conquérante. Transcription syncrétique de la Fantaisie et Fugue sur le nom de B.A.C.H. (F. Liszt) exécutée aux grandes orgues de Saint-Eustache, le 18 avril 2015. Projection du film et de l'enregistrement réalisés par le L'Haÿssien Philippe Barbier. Livre « La Musique et Le Geste », aux Éditions Beauchesne, 2012. Icone livre « L'Orgue, souvenir et avenir », 4ème édition, Lyon, aux Éditions Symétrie, 2012.
-- Projection (extrait) du concert de Jean Guillou, aux grandes orgues de Saint-Eustache, le 18 avril 2015. Film réalisé par le L'Haÿssien Philippe Barbier.
Modératrice : Suzanne Varga.
http://www.laroseraiedescultures.fr/edition2016/mb-table-ronde-1-Tous_des_conquerants.html
Association "La Roseraie des Cultures et des Arts" le 3 septembre 2016 - Moulin de la Bièvre Salon du Livre et des Arts de L'Haÿ-Les-Roses http://www.laroseraiedescultures.fr
Réalisation : M.D'E
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