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ISBN : 2266020803
Éditeur : Pocket (01/10/1987)

Note moyenne : 3.96/5 (sur 23 notes)
Résumé :


Collection dirigée par Gérard Klein

Les Shing ont assuré sur la Terre, depuis des siècles, leur dictature bienveillante. Ils tolèrent tout, sauf le meurtre. Maîtres des illusions, ils ont comme anesthésié l'humanité. Pour son bien, prétendent-ils. Sont-ils eux-mêmes, comme ils le laissent croire, des humains, ou bien des envahisseurs extraterrestres ?

L'humanité recouvrera-t-elle le contrôle de son destin ? La réponse e... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Siabelle
26 mai 2017

C'est avec mes deux complices Nadou et Crasynath qu'on s'aventure ensemble, dans l'univers de «La cité des illusions». Je spécifie que c'est le troisième opus, du cycle de Hains. C'est toujours du bonheur d'ouvrir ses livres car c'est toujours un autre univers qui s'éveille sous nos yeux. Elle possède un talent de conteur incroyable et elle détient l'art de nous faire rêver.

Troubles, Appréhensions, Périlleux
On accompagne dont notre héros Falk, dans sa nouvelle quête de soi, car il quitte malgré lui sa demeure, qu'il connaît depuis son arrivée. Un clan l'a recueilli, il avait perdu la mémoire et c'est Parth qui le prend sous son aile.
Et là, c'est l'heure de la vérité, c'est le temps de partir vers ses origines, pour trouver qui il est, pour glaner des informations précieuses et enfin il veut des réponses à ses questions. Son Maître le met en garde et il insiste sur ce point : «Il ne faut jamais donner sa confiance, il faut toujours se méfier de ceux qu'on rencontre.»

Ursla le Guin crée tout un monde, elle nous fait voyager avec Falk, cet être étrange, aux yeux jaunes, au coeur de la nature. Il va falloir qu'il interagisse avec diverses tribus, il y rencontre des personnages spéciaux et il fait la connaissance de sa nouvelle complice : Estrel. Il trouve qu'elle est un très bon guide, c'est elle qui le conduit vers la cité. Est-elle vraiment, ce qu'elle prétend ? C'est vraiment là, que sa quête de soi, prend tout son sens.

Mes ressentis :
Au tout début, je m'aperçois que l'histoire démarre bien, on s'attache à Falk. C'est captivant de suivre son parcourt. Elle dé-
peint très bien les paysages, l'atmosphère est bien crée et on ressent bien ses émotions.
Au fur et à mesure, que le récit se poursuit, c'est intéressant de voir son évolution à la cité. Là où mon attention commence à diminuer, c'est trop riche d'informations. C'est très centré sur ses origines, sur les cités et sur les Shings.
Et c'est vers la fin, que l'on assiste à la finale. C'est bien de voir sa progression. Je constate qu'il contient trop de dialogues intérieurs et que l'action n'est pas assez présente. C'est là que mon intérêt décline, la fin me laisse sur mon appétit. Elle me laisse sur des questionnements. Je crois que j'aurais aimé qu'elle développe plus, là c'est mon imaginaire qui s'imagine des scénarios.

Le petit moins :
La lecture se lit quand même bien, mais c'est très concentré, dans les chapitres. Je ne saisis pas tout et je ne retiens pas tous les sujets, qu'elle aborde. Elle fait un retour dans le passé, même si on n'a pas lu les deux opus, on peut suivre quand même l'histoire.

Le petit plus :
Elle y inclut des thèmes que j'aime chez elle : le lien de télépathie, l'importance du nom et de la quête. Elle y véhicule ses valeurs auxquelles elle tient à coeur. Elle dénonce aussi le côté obscur de l'humain. Elle fait également des prises de conscience à propos de la nature, des humains et des animaux.

Et encore….
Il reste que c'est tout de même une très belle excursion avec Nadou et Crasynath, où on suit notre héros Falk. Ursula le Guin démontre une écriture riche, imagée et vigoureuse. Par sa plume, elle nous fait voyager et elle nous entraîne dans une mission, vers la quête de soi. Elle nous surprend de temps en temps, au cours de son histoire avec ses personnages uniques et colorés qu'on y rencontre.
Tout au long de son roman, elle respecte bien ses thèmes, elle met en avant ses valeurs. Au fil de l'histoire, le titre «La cité des illusions» prend tout son sens. Pour tout cela, elle montre aussi l'importance de deux personnages féminins qui jouent un rôle important : Parth et Estrel.
Pour terminer :
Je remercie également mes deux aventurières Nadou et Crasynath, de leur présence, pour notre bel échange, autour de ce livre. Je suis mitigée certes mais c'est une belle histoire, j'en garde des beaux moments plutôt que les impressions négatives. Je dois être objective hein même si c'est une de mes auteures préférées. J'avoue que c'est une histoire intéressante mais il manque un je ne sais quoi pour faire partie de mes livres préférés. Je reste toujours émerveillée à chaque fois, quand je lis une de ses histoires. Je finis donc aussi sur cette belle citation et que je choisis pour finir mon article :
«Le voyage est long, plus forte est la Barrière.», «C'était un exploit valeureux».
Et en tant que lecteur, une question s'impose : «Peut-on s'imaginer à notre façon ce qui peut bien se passer par la suite ?» Je crois que mes deux complices, pensent la même chose que moi. ^^
Et c'est décidément dont vrai, que la lecture est un symbole d'amitié, et que c'est une expérience à renouvelée avec mes deux amies passionnées.
Siabelle
Challenge Ursula Le Guin/Poul Anderson
Je mets le lien, et Relax fait un très bon travail et ça nous permet de connaitre des auteurs comme Anderson/Ursula.
https://www.babelio.com/forum/viewtopic.php?t=13688&postdays=0&postorder=asc&start=0
P.S : Et vous pouvez aller voir les critiques de mes deux co-pilotes ainsi que Bernacho bien sûr et les autres membres.
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Crazynath
26 mai 2017
J'ai découvert Ursula le Guin il y a peu de temps si on se place sur une échelle temporelle terrestre.
En effet, grâce au challenge mis en place par Relax, j'ai lu Terremer en février dernier.
Ayant fort apprécié la plume de cet auteur, je continue donc ma découverte d'une partie de son oeuvre.
Cette fois ci, il s'agit de la Cité des illusions, 3eme tome de la série du cycle de Hain.
Avant de parler plus précisément de ce livre, je me dois de rajouter quelques précisions :
Cette lecture a été d'autant plus riche et intéressante que je l'ai lu en compagnie de Siabelle et Nadou ! Encore merci à vous deux pour la qualité et la richesse de nos échanges. Faire une lecture à 3 est une aventure vraiment fort sympathique et rajoute encore au plaisir de la dite lecture. Surtout avec vous 2 !!
J'avais déjà lu « le monde de Rocannon « et surtout « Planete d'exil « , livre pour lequel j'avais eu un beau coup de coeur.
Donc, je suis partie qu'avec des à priori positifs à la découverte de ce nouveau livre du cycle de Hain.
On se retrouve cette fois ci sur Terre, mais ceci, on ne l'apprendra pas tout de suite. Un homme, complètement amnésique, est retrouvé par une petite communauté vivant au coeur d'une forêt. Non seulement, il se fait remarquer par cette amnésie, mais en plus il est différent. Un détail le distingue des humains qui l'ont recueilli : ses yeux jaunes qui ressemblent à des yeux de félin. Qui est-il ? Et surtout, d'où vient-il ? Cet homme, qui va être nommé Falk par les gens qui l'ont recueilli va devoir tout réapprendre, même à parler.
La Terre décrite dans cette histoire ne ressemble en rien à la nôtre. La nature est omniprésente, et j'avoue avoir bien aimé ces immenses forets où l'homme ne maitrise pas grand-chose. Les humains vivent en petites communauté, et semblent être sous la protection apparemment assez bienveillante de curieux personnages à l'origine indéterminée, les Shing. Cependant, ces derniers semblent craints de la population.
Après quelques années passées au sein de cette communauté vivant de manière quasi autonome, Falk va aller à la recherche de son destin et de lui-même. Il va partir avec comme objectif de rallier une ville nommée Es Toch qui pourrait peut-être lui apporter des réponses à sa quête.
En chemin, Falk va rencontrer différents groupes, et peuples qui tous lui permettront (volontairement ou non) d'avancer vers sa destination et aussi dans sa recherche de lui-même.
C'est en arrivant enfin à Es Toch, cité indescriptible et méritant bien son surnom de cité des illusions que Falk va enfin pouvoir aller au bout de son cheminement. Il va rencontrer des Shing, personnages ambigus, ambivalents, qui le font douter de tout. Je précise d'ailleurs qu'il n'y avait pas que le personnage central qui doutait, mais aussi le lecteur et plus précisément la lectrice c'est-à-dire moi. Par moments, j'avoue que je ne savais plus si le monde décrit par Ursula le Guin était réel ou juste le fruit d'hallucination ou d'illusions….
Falk aura les révélations sur son origine et aussi sa mission. Après toutes ces découvertes, Il va devoir agir en conséquence .
J'avoue avoir bien aimé cette histoire, même si je suis loin d'avoir éprouvé le même coup de coeur que pour Planète d'exil. J'ai en pendant toute ma lecture envie d'en savoir plus sur les origines et surtout la mission de Falk .Je regrette un peu que l'origine des Shing soit restée aussi floue. Et surtout, la fin, m'a laissée sur ma faim. J'ai eu l'impression qu'elle se terminait un peu en queue de poisson, de façon trop rapide, sans apporter toutes les réponses à mes questions.
Pour conclure, je dirais que ce fut un bon cru d'Ursula le Guin, mais pas du niveau des deux tomes précédents. Une oeuvre mineure (si on se réfère à toute sa bibliographie), mais qui reste cependant de très bonne qualité car le style de cet écrivain est décidément unique.
Challenge Poul Anderson / Ursula le Guin
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Nadou38
26 mai 2017
Je poursuis ma découverte des oeuvres d'Ursula le Guin avec ce troisième tome du cycle de Hain (ou de l'Ekumen), «La cité des illusions». Il peut être lu indépendamment des autres tomes, sans entraver la compréhension du récit, mais noter tout de même qu'on retrouve des éléments qui se rattachent au «Monde de Rocannon» et à «Planète d'Exil», pour mon plus grand bonheur :)
J'ai eu le plaisir de partager cette lecture avec Siabelle et Crazynath. Je les remercie chaleureusement toutes deux pour tous ces échanges riches et sympathiques, et qui ont contribué à apprécier cette lecture, même si elle ne fut pas un coup de coeur. Car, oui, je n'ai pas autant apprécié ce tome que les deux précédents cités plus haut. Il ne fera pas partie de mes préférés de l'auteure, bien que cette lecture m'ait bien plu.
Dans cet opus, nous suivons Falk, qui se réveille amnésique en plein coeur de la forêt. Au fil des pages, on découvre que l'histoire se déroule sur Terre, des centaines d'années après la défaite de la Ligue face à l'Ennemi. On apprend avec le héros que la Terre est dirigée par les Shing qui, par une main de fer apparemment invisible, semblent empêcher les hommes d'évoluer à leur guise. Ne sachant ni qui il est, ni ce qu'il est, Falk va entreprendre, seul, un voyage afin de rejoindre Es Toch, la cité des Shing, et d'y trouver des réponses.
J'ai bien aimé suivre le personnage de Falk et le voir évoluer au cours de son périple. Il en apprend plus sur lui-même et sur son caractère, ses défauts et qualités. Je me suis rapidement attachée à lui. Il va croiser de petites communautés humaines très différentes, et sa naïveté et sa confiance naturelle - comme celles des enfants - vont parfois le placer dans des situations très délicates.
J'apprécie toujours autant l'écriture riche et soignée de Madame le Guin dans ses descriptions des paysages. Je pense aux différents territoires sauvages décrits lors du périple de Falk, elle sait toujours aussi bien les mettre en valeur et nous donner la sensation d'y être. Mais je pense également à la troublante cité d'Es Toch, où l'on ne distingue jamais vraiment ce qui est réel de ce qui ne l'est pas, d'où le titre si bien trouvé.
J'ai également apprécié l'ambiance mystérieuse dans laquelle on est maintenu tout au long du récit. L'auteure sait attiser la curiosité du lecteur et nous tenir en haleine, on est toujours dans l'attente de la suite.
La confiance est l'un des thèmes qu'aborde l'auteure à travers cet ouvrage. On voit les conséquences sur les rapports entre les individus et leur perception du monde suivant s'ils l'accordent ou pas à leur entourage. La place du mensonge, de l'ignorance, mais aussi de l'espoir est centrale dans cette histoire.
Elle dénonce aussi - à sa manière avec les Shing et les humains - la domination soi-disant bien pensante des sociétés «développées» (d'hier et d'aujourd'hui), sur les populations «indigènes», sans tenir compte des cultures et fonctionnements de ces communautés.
Maintenant, je dois avouer qu'à la fin de cette lecture, je reste quand même un peu sur ma «faim». Je me sens un peu frustrée, l'impression qu'il manque quelque chose pour bien clore cette histoire. J'ai trouvé la fin rapide et trop succincte à mon goût. J'aurais aimé en savoir plus sur les Shing pour mieux les comprendre, ils demeurent obscurs sur biens des points. Je ne pense pas avoir tout saisi et cela m'agace, me gêne.
Ceci étant dit, ce ressenti m'est tout à fait personnel, et ne doit pas dissuader un autre lecteur de se lancer dans cette lecture qui m'a plus par biens des aspects, dont celui de compléter le cycle de l'Ekumen. Je compte d'ailleurs poursuivre ce cycle par la lecture prochaine des «Dépossédés» de cette auteure géniale. :)
Lu dans le cadre du challenge «Une année avec... Ursula le Guin et Poul Anderson (2017)»
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Erik35
03 mars 2017
LE MENSONGE C'EST LA VÉRITÉ (et réciproquement)...
Soudain, un homme, aux étranges yeux jaunes, aussi dénudé physiquement que spirituellement, émerge, comme né des mains de Prométhée, de la glaise et de l'épaisseur sans nom d'une forêt ancestrale, comme un nouveau-né émergeant de la terre-mère...
C'est sur cette scène quasi démiurgique que débute ce roman court, dense néanmoins, parfois un peu insaisissable et confus mais néanmoins passionnant d'Ursula K. Leguin, troisième incursion, terrestre cette fois, dans son fameux cycle de de Hain, intitulé La Cité des Illusions.
Cet être étrange et sans mémoire de lui-même va bientôt se retrouver accueilli au sein d'une sorte de fraternité, une micro société elle-même electron d'une société sylvestre et nucléarisée, une parmi d'autres micro-sociétés humaines éparses, éclatées et diverses, pauvres d'une infinités de connaissances techniques, et ultimes survivants du grand affrontement interstellaire entre la ligue de tous les mondes et d'étranges extra-terrestres conquérants (dont on ne saura d'ailleurs pas grand chose de plus). C'est d'ailleurs le lien principal de ce roman avec les deux précédents, Planète d'exil en particulier. Mais que l'on se rassure, il n'est point besoin d'avoir lu l'ensemble du cycle pour comprendre ce titre-ci. Une des forces, au passage, de l'ensemble du Cycle de Hain : tout y est savamment lié, sans que l'on puisse jamais parler d'épisodes ni de suites. le lecteur patient prendra en revanche le temps de lire l'ensemble du cycle dans sa chronologie.
Falk - c'était son nom avant d'avoir tout perdu de sa mémoire - ne va pas pouvoir se contenter de l'accueil pourtant généreux et, c'est une constante chez un grand nombre de personnages créés sous la plume d'Ursula K. Le Guin, plein d'une sage humanité qui lui réapprendront toutefois à pouvoir vivre, à défaut de pouvoir lui rendre son identité . Très vite, il va lui falloir partir à la reconquête de sa personnalité disparue, de son passé. de ses origines et de son nom. C'est alors à un véritable roman de (re)formation doublé d'un pèlerinage et d'une quête à travers les contrées jadis dévastée d'une planète Terre aussi méconnaissable qu'inconnue, rencontrant des être parfois méprisables, parfois violents, parfois encore détenteurs d'une antique sagesse. S'adjoignant, sans qu'il l'ait véritablement voulu ni cherché, l'aide d'une jeune femme retenue captive comme lui par les sauvages des steppes et avec l'aide de qui Falk va parvenir à s'échapper et poursuivre la route vers la grande cité des mystérieux Shing, les principaux maîtres de la planète.
Dès l'instant où l'on pénètre au coeur de la ville et de la civilisation Shing, le court roman de notre autrice change assez radicalement de ton et de thématique. Bien sur, dans le récit de voyage qui représente la première partie, le mystère autour des Shing demeure central mais c'est aussi un récit d'aventures et de découvertes quasi ethnologiques que l'on fait - même si sommairement détaillées. En revanche, la Quête de soi de notre personnage principal se trouve mêlée d'une réflexion politique très intense, qui tourne, pour une très large part, autour des thèmes de la morale et de la vérité dans l'accomplissement de la gouvernance des peuples et du monde. En effet, ces êtres tout aussi insaisissables qu'étranges imposent à la planète une sorte de dictature bienveillante (d'une bienveillance douteuse) où le seul interdit absolu et universel exigé est le fameux : tu ne tueras point. Mais ces Shing, qui se proclament humains alors que leur origine terrestre est des plus incertaines sont craints et détestés par les terriens dont ils empêchent tout regroupement d'importance - en dehors de la ville-capitale, peuplée de laquais, de renégats, de larbins dédiés à le seul service et à leur entière dévotion - de même qu'ils maintiennent les peuples dans un archaïsme technologique stupéfiant, tandis que leurs propres avancées le sont aussi.
Ces Shing ont un pouvoir impossible, a priori : leur don de télépathie est, chez eux, à ce point développé qu'ils peuvent mentir en pensée, ce que les peuples de l'Ekumen qui en sont dotés sont incapables de faire, le voudraient-ils. Partant, réfléchissez deux seconde à un être capable de vous imposer l'idée suivante, via ce pouvoir tellement abstrait n'étant pas notre : "Je suis un menteur"... Réfléchissez à cet oxymore et précipitez-vous sur le premier tube d'aspirine ! Alors oui, de fait, ces Shings sont, par définition, des menteurs et les maîtres des illusions, capables, bien qu'en faible nombre, d'imposer cette étrange dictature -même certains animaux sont capables de rappeler au chasseur le "Tu ne tueras point" dans laquelle il est certes impossible de donner la mort physique mais où l'essentiel de la population est ostracisé, le reste transformé en "hommes-machines" et les rares vrais récalcitrants, ou des individus décidément trop dangereux, que ces maîtres ont meurtris dans leur âme en leur ôtant tout souvenir, toute mémoire, tel notre héros malheureux. Il y a un peu du Philip K. Dick dans cette étonnante réflexion (les deux auteurs se connaissaient d'ailleurs bien). du H.G. Wells sur la signification, l'importance et le détournement de la Loi, du Georges Orwell sans doute un peu, dans le sens où ce supra-langage - un genre de novlangue sans parole - permet toutes les manipulations, toutes les justifications, toutes les monstruosités, sous couvert de bonheur universel imposé.
En pleine époque "post-moderne" dans laquelle nombre de responsables politiques ne cessent de prétendre faire le bonheur de leurs peuples et même parfois malgré eux ; dans une période où s'impose de plus en plus la "post-vérité", c'est à dire des mensonges qui ont toutes les allures de la vérité, ou des vérités tronquées qui deviennent de fait mensongères, voire des mensonges qui détiennent malgré tout un peu de vrai, l'ensemble nous étant imposés via les ondes, le câble, le papier, les messages sans cesse répétés, le plus souvent de manière subtilement inconsciente (merci la PNL, bien détournée de ses intentions premières, entre autre)... Avouons que ce qui est décrit dans ce roman datant pourtant de 1967 a de quoi laisser songeur et même, rétrospectivement, faire frémir !
Les implications, les pistes de réflexions posées par ce roman un peu bref et, avouons-le, moins achevé que le volume précédent (NB : Planète d'exil) auraient peut-être mérité un développement à la fois plus vif et plus long, l'auteur ne parvenant pas tout à fait à se décider entre un récit de quête et d'aventures ou un ouvrage plus philosophique et politique (si, si, nous vous l'assurons : la bonne science fiction comme celle du niveau d'écriture et de réflexion de Mme le Guin touche à des domaines largement plus vaste que la seule littérature d'imagination. Seuls les sectaires le nieront !). Certes, il est sans doute moins abouti que le premier vrai chef-d'oeuvre de l'autrice américaine : " La main gauche de la nuit" (une vraie merveille, pour dire juste). Il y a des maladresses, des thématiques mal ou pas assez exploitées - quand il n'y en a juste pas trop en même temps - mais malgré cette légère impression de fouillis, de tentative incomplètement achevée, La Cité des Illusions demeure malgré tout un livre des plus plaisants, riches et importants à lire, ne serait-ce que se situant dans ce long et beau cycle de l'Ekumen.
Quoi qu'on en dise, et quelles que soient les réserves émises ici, pour ces oeuvres découvertes d'abord par le plus grand des hasards, chapeau bas, Mme le Guin !
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Bernacho
01 janvier 2017
Un amnésique en quête de son identité, une Terre retournée à l'état sauvage, peuplée de groupes humains épars, un voyage vers l'ouest à travers le continent américain, en quête des maîtres énigmatiques de l'Humanité, les Shings, mystériocrates insaisissables. L'obscurité et la lumière, la vérité et le mensonge, la sincérité et la duplicité, toute une réflexion pour un personnage doté d'une personnalité yin et d'une autre yang, et qui puise sa force dans la sagesse du Tao Te King (on y trouve des petites ébauches de sa traduction par l'auteure).
On retrouve ici l'héritage de Rocannon, et on apprend également ce qu'il est advenu des colons de Planète d'Exil, ce qui fait de ces trois livres un mini cycle aux liens lâches qui décrit un peu l'histoire de la Ligue de tous les Mondes. Ils sont souvent publiés ensemble et, à eux trois, comportent moins de pages qu'un pavé.
Je l'ai cependant trouvé un peu long, ce dernier roman, et j'ai eu du mal à me passionner pour lui, l'intrigue ne prenant consistance que vers le dernier quart du livre, et les Shings restant trop... énigmatiques. C'est le dernier des romans de jeunesse (37 ans) de l'auteure, juste avant Terremer et la Main Gauche de la Nuit.
- Il y a des animaux qui parlent, dans votre livre, Mme le Guin !
- Oui, mon p'tit Bernacho, qu'est-ce qui t'étonne ?
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Citations & extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
SiabelleSiabelle16 mai 2017
Écoute. Écoute-moi parce que je ne peux pas t'écouter, cher convive et jeune étourneau. Si j'avais besoin d'écouter parler les hommes, je ne vivrais pas ici, comme cochon sauvage parmi les cochons sauvages. J'ai une chose à te dire avant de m'endormir. Écoute bien : les Shing ne sont pas nombreux. Voilà une grande nouvelle, un précieux enseignement. Souvent-t'en lorsque tu seras plongé dans la nuit atroce des brillantes lumières d'Es Toch. Il y a de ces petits détails bons à connaître. Et maintenant oublie l'est et l'ouest, et dodo ! À toi le lit. J'ai beau être Thurrodowiste, et opposé comme tel à tout luxe trop voyant, je n'en apprécie pas moins les plaisirs les plus humbles de l'existence, par exemple un lit. En tout cas de temps à autre. Et même la compagnie d'un de mes semblables, disons une fois par un. Mais j'avoue que ce n'est pas , comme pour toi, une chose qui me manque. Être seul n'est pas être eusseulé...
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SiabelleSiabelle15 mai 2017
Ce n'était pas une joueuse de Teanb experte et elle devait tâtonner pour trouver les notes, tirant chacune d'elles en longueur pour ne pas interrompre la mélodie tandis qu'elle cherchait la note suivante.
Plus loin que le bruit du vent
dans les arbres
Plus loin que les mers
assombries par les tempêtes,
Sur les marches de pierre
ensoleillée
La belle fille d'Airek se dresse.
Elle perdit, puis retrouva l'air de la chanson :
... se dresse, silencieuse, les mains vides.
C'était une légende qui se perdait dans la nuit des temps et venait d'un monde incroyablement éloigné, et pourtant ces paroles et cet air faisaient partie depuis des siècles de l'héritage de l'homme. Parth continua à chanter d'une voix très douce, seule dans la grande pièce éclairée par le feu. La neige et le crépuscule en assombrissaient les fenêtres.
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SiabelleSiabelle17 mai 2017
- Aller en quête de son vrai nom, vit-on jamais plus noble entre-
prise ? Je ne m'étonne pas que cela t'ait conduit à ma porte. Je te prends comme Partenaire dans mon Jeu, dit le Prince du Kansas. Ce n'est pas tous les soirs qu'un homme avec des yeux comme des opales miellées vient me demander l'aumône. Il serait prudent mais malgracieux de la lui refuser. Après tout, la royauté n'est-elle pas gracieuse et aventureuse par essence ? Moi, je ne t'appellerai pas Falk. Dans mon jeu, tu auras nom Opale. Tu es libre de tes mouvements. Couché, Griffon.
- Prince... ma compagne...
-... est une Shing, une femme-outil ou une femme tout court. Qu'as-tu besoin d'elle ? Tais-toi, ne sois pas si prompt à répondre aux rois. Je sais à quoi elle te sert. Mais elle n'a pas de nom et n'a pas de place dans le jeu. Les femmes de mes cow-boys se chargent d'elle, et jamais plus je ne t'en reparlerai.
+ Lire la suite
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Nadou38Nadou3818 mai 2017
La cité des Seigneurs de la Terre était bâtie sur les deux bords d'un canyon, formidable fissure taillée dans la montagne, étroite, fantastique, terrifiante, avec ses murs noirs rayés de vert qui plongeaient verticalement de huit cents mètres de haut jusqu'à de ténébreuses profondeurs où coulait le ruban d'argent pailleté d'un torrent. Sur les bords mêmes du gouffre se dressaient les tours de la cité, qui semblaient à peine reposer sur le sol et qui étaient reliées à travers le canyon par des travées de pont d'un dessin délicat. Tours, routes et ponts se terminaient, limités par le mur d'enceinte, juste avant un coude vertigineux du canyon.
(chap. 6)
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Nadou38Nadou3821 mai 2017
Dans une période faste, on fait confiance à la vie ; dans une période néfaste, on ne vit que d'espérance. Mais confiance et espérance sont de la même essence. Elles assurent l'indispensable communication de l'esprit avec les autres esprits, avec le monde et avec le temps. Sans confiance, l'homme peut vivre, mais d'une existence inhumaine ; sans espoir, il meurt.
(chap. 8)
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Videos de Ursula Le Guin (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Ursula Le Guin
SORTIE LE 16 JUIN 2014
Sur une nouvelle planète, il n'y a pas de sentiers battus ; il n'y a place que pour les prouesses, la solitude, les découvertes et l'inconnu. Quel est le lien entre une explosion, un exploit, l'exploration d'un monde nouveau et son exploitation ?
Influencé par Jack Vance, Ursula K. le Guin, Robert Silverberg ou encore John Varley, Alfred Boudry nous livre un roman hommage à l'âge d'or de la science-fiction où l'espace est une invitation à l'introspection.
Exploration Totale nous emmène dans les tréfonds du temps et de notre univers... qu'il soit extérieur ou intérieur.
« Celui qui entre ici ne peut rebrousser chemin pas plus qu'aller de l'avant. Cloué sur place, il est envoûté, trop grand pour l'immensité, trop petit pour le grain de sable qui a sa place dans l'univers... » (B. Traven, le Vaisseau des Morts)
© lepeupledemu.fr
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