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ISBN : 2266020803
Éditeur : Pocket (01/10/1987)

Note moyenne : 3.95/5 (sur 21 notes)
Résumé :


Collection dirigée par Gérard Klein

Les Shing ont assuré sur la Terre, depuis des siècles, leur dictature bienveillante. Ils tolèrent tout, sauf le meurtre. Maîtres des illusions, ils ont comme anesthésié l'humanité. Pour son bien, prétendent-ils. Sont-ils eux-mêmes, comme ils le laissent croire, des humains, ou bien des envahisseurs extraterrestres ?

L'humanité recouvrera-t-elle le contrôle de son destin ? La réponse e... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (3) Ajouter une critique
Bernacho
01 janvier 2017
Un amnésique en quête de son identité, une Terre retournée à l'état sauvage, peuplée de groupes humains épars, un voyage vers l'ouest à travers le continent américain, en quête des maîtres énigmatiques de l'Humanité, les Shings, mystériocrates insaisissables. L'obscurité et la lumière, la vérité et le mensonge, la sincérité et la duplicité, toute une réflexion pour un personnage doté d'une personnalité yin et d'une autre yang, et qui puise sa force dans la sagesse du Tao Te King (on y trouve des petites ébauches de sa traduction par l'auteure).
On retrouve ici l'héritage de Rocannon, et on apprend également ce qu'il est advenu des colons de Planète d'Exil, ce qui fait de ces trois livres un mini cycle aux liens lâches qui décrit un peu l'histoire de la Ligue de tous les Mondes. Ils sont souvent publiés ensemble et, à eux trois, comportent moins de pages qu'un pavé.
Je l'ai cependant trouvé un peu long, ce dernier roman, et j'ai eu du mal à me passionner pour lui, l'intrigue ne prenant consistance que vers le dernier quart du livre, et les Shings restant trop... énigmatiques. C'est le dernier des romans de jeunesse (37 ans) de l'auteure, juste avant Terremer et la Main Gauche de la Nuit.
- Il y a des animaux qui parlent, dans votre livre, Mme le Guin !
- Oui, mon p'tit Bernacho, qu'est-ce qui t'étonne ?
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Erik35
03 mars 2017
LE MENSONGE C'EST LA VÉRITÉ (et réciproquement)...
Soudain, un homme, aux étranges yeux jaunes, aussi dénudé physiquement que spirituellement, émerge, comme né des mains de Prométhée, de la glaise et de l'épaisseur sans nom d'une forêt ancestrale, comme un nouveau-né émergeant de la terre-mère...
C'est sur cette scène quasi démiurgique que débute ce roman court, dense néanmoins, parfois un peu insaisissable et confus mais néanmoins passionnant d'Ursula K. Leguin, troisième incursion, terrestre cette fois, dans son fameux cycle de de Hain, intitulé La Cité des Illusions.
Cet être étrange et sans mémoire de lui-même va bientôt se retrouver accueilli au sein d'une sorte de fraternité, une micro société elle-même electron d'une société sylvestre et nucléarisée, une parmi d'autres micro-sociétés humaines éparses, éclatées et diverses, pauvres d'une infinités de connaissances techniques, et ultimes survivants du grand affrontement interstellaire entre la ligue de tous les mondes et d'étranges extra-terrestres conquérants (dont on ne saura d'ailleurs pas grand chose de plus). C'est d'ailleurs le lien principal de ce roman avec les deux précédents, Planète d'exil en particulier. Mais que l'on se rassure, il n'est point besoin d'avoir lu l'ensemble du cycle pour comprendre ce titre-ci. Une des forces, au passage, de l'ensemble du Cycle de Hain : tout y est savamment lié, sans que l'on puisse jamais parler d'épisodes ni de suites. le lecteur patient prendra en revanche le temps de lire l'ensemble du cycle dans sa chronologie.
Falk - c'était son nom avant d'avoir tout perdu de sa mémoire - ne va pas pouvoir se contenter de l'accueil pourtant généreux et, c'est une constante chez un grand nombre de personnages créés sous la plume d'Ursula K. Le Guin, plein d'une sage humanité qui lui réapprendront toutefois à pouvoir vivre, à défaut de pouvoir lui rendre son identité . Très vite, il va lui falloir partir à la reconquête de sa personnalité disparue, de son passé. de ses origines et de son nom. C'est alors à un véritable roman de (re)formation doublé d'un pèlerinage et d'une quête à travers les contrées jadis dévastée d'une planète Terre aussi méconnaissable qu'inconnue, rencontrant des être parfois méprisables, parfois violents, parfois encore détenteurs d'une antique sagesse. S'adjoignant, sans qu'il l'ait véritablement voulu ni cherché, l'aide d'une jeune femme retenue captive comme lui par les sauvages des steppes et avec l'aide de qui Falk va parvenir à s'échapper et poursuivre la route vers la grande cité des mystérieux Shing, les principaux maîtres de la planète.
Dès l'instant où l'on pénètre au coeur de la ville et de la civilisation Shing, le court roman de notre autrice change assez radicalement de ton et de thématique. Bien sur, dans le récit de voyage qui représente la première partie, le mystère autour des Shing demeure central mais c'est aussi un récit d'aventures et de découvertes quasi ethnologiques que l'on fait - même si sommairement détaillées. En revanche, la Quête de soi de notre personnage principal se trouve mêlée d'une réflexion politique très intense, qui tourne, pour une très large part, autour des thèmes de la morale et de la vérité dans l'accomplissement de la gouvernance des peuples et du monde. En effet, ces êtres tout aussi insaisissables qu'étranges imposent à la planète une sorte de dictature bienveillante (d'une bienveillance douteuse) où le seul interdit absolu et universel exigé est le fameux : tu ne tueras point. Mais ces Shing, qui se proclament humains alors que leur origine terrestre est des plus incertaines sont craints et détestés par les terriens dont ils empêchent tout regroupement d'importance - en dehors de la ville-capitale, peuplée de laquais, de renégats, de larbins dédiés à le seul service et à leur entière dévotion - de même qu'ils maintiennent les peuples dans un archaïsme technologique stupéfiant, tandis que leurs propres avancées le sont aussi.
Ces Shing ont un pouvoir impossible, a priori : leur don de télépathie est, chez eux, à ce point développé qu'ils peuvent mentir en pensée, ce que les peuples de l'Ekumen qui en sont dotés sont incapables de faire, le voudraient-ils. Partant, réfléchissez deux seconde à un être capable de vous imposer l'idée suivante, via ce pouvoir tellement abstrait n'étant pas notre : "Je suis un menteur"... Réfléchissez à cet oxymore et précipitez-vous sur le premier tube d'aspirine ! Alors oui, de fait, ces Shings sont, par définition, des menteurs et les maîtres des illusions, capables, bien qu'en faible nombre, d'imposer cette étrange dictature -même certains animaux sont capables de rappeler au chasseur le "Tu ne tueras point" dans laquelle il est certes impossible de donner la mort physique mais où l'essentiel de la population est ostracisé, le reste transformé en "hommes-machines" et les rares vrais récalcitrants, ou des individus décidément trop dangereux, que ces maîtres ont meurtris dans leur âme en leur ôtant tout souvenir, toute mémoire, tel notre héros malheureux. Il y a un peu du Philip K. Dick dans cette étonnante réflexion (les deux auteurs se connaissaient d'ailleurs bien). du H.G. Wells sur la signification, l'importance et le détournement de la Loi, du Georges Orwell sans doute un peu, dans le sens où ce supra-langage - un genre de novlangue sans parole - permet toutes les manipulations, toutes les justifications, toutes les monstruosités, sous couvert de bonheur universel imposé.
En pleine époque "post-moderne" dans laquelle nombre de responsables politiques ne cessent de prétendre faire le bonheur de leurs peuples et même parfois malgré eux ; dans une période où s'impose de plus en plus la "post-vérité", c'est à dire des mensonges qui ont toutes les allures de la vérité, ou des vérités tronquées qui deviennent de fait mensongères, voire des mensonges qui détiennent malgré tout un peu de vrai, l'ensemble nous étant imposés via les ondes, le câble, le papier, les messages sans cesse répétés, le plus souvent de manière subtilement inconsciente (merci la PNL, bien détournée de ses intentions premières, entre autre)... Avouons que ce qui est décrit dans ce roman datant pourtant de 1967 a de quoi laisser songeur et même, rétrospectivement, faire frémir !
Les implications, les pistes de réflexions posées par ce roman un peu bref et, avouons-le, moins achevé que le volume précédent (NB : Planète d'exil) auraient peut-être mérité un développement à la fois plus vif et plus long, l'auteur ne parvenant pas tout à fait à se décider entre un récit de quête et d'aventures ou un ouvrage plus philosophique et politique (si, si, nous vous l'assurons : la bonne science fiction comme celle du niveau d'écriture et de réflexion de Mme le Guin touche à des domaines largement plus vaste que la seule littérature d'imagination. Seuls les sectaires le nieront !). Certes, il est sans doute moins abouti que le premier vrai chef-d'oeuvre de l'autrice américaine : " La main gauche de la nuit" (une vraie merveille, pour dire juste). Il y a des maladresses, des thématiques mal ou pas assez exploitées - quand il n'y en a juste pas trop en même temps - mais malgré cette légère impression de fouillis, de tentative incomplètement achevée, La Cité des Illusions demeure malgré tout un livre des plus plaisants, riches et importants à lire, ne serait-ce que se situant dans ce long et beau cycle de l'Ekumen.
Quoi qu'on en dise, et quelles que soient les réserves émises ici, pour ces oeuvres découvertes d'abord par le plus grand des hasards, chapeau bas, Mme le Guin !
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Beatson
13 février 2017
Comme dans ses livres précédents Ursula le Guin évoque des humains avec des pouvoirs de télépathie, des gens vivant en symbiose avec leur environnement et le Tao Tö King y prend encore plus de place.
On découvre le personnage principal totalement amnésique et nu en pleine forêt. Contrairement aux humains, il a les yeux dorés et ne parle pas la langue locale. Il est recueilli par une petite tribu Ainsi débute sa quête.
Les pouvoirs télépathiques, le mensonge, la dissimulation, la dualité d'un l'égo jouent un rôle important dans l'histoire qui est assez passionnante.
Mais Il y a effectivement quelques éléments du récit qui ont du mal à passer, comme l'ambiguïté des Shings, certains aspects liés à la télépathie et à la dualité du personnage principal.
Cela reste tout de même une lecture très agréable de par son originalité et la richesse des thèmes.
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Citations & extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
Nadou38Nadou3824 mai 2017
A bien prendre les choses, toute situation, même chaotique ou apparemment désespérée, devait se clarifier et mener d'elle-même à sa seule issue convenable ; car, au bout du compte, ce n'est pas l'harmonie qui fait défaut mais la compréhension, et il n'y a qu'ignorance là où l'on est tenté de voir chance ou malchance.
(chap. 10)
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Nadou38Nadou3821 mai 2017
Dans une période faste, on fait confiance à la vie ; dans une période néfaste, on ne vit que d'espérance. Mais confiance et espérance sont de la même essence. Elles assurent l'indispensable communication de l'esprit avec les autres esprits, avec le monde et avec le temps. Sans confiance, l'homme peut vivre, mais d'une existence inhumaine ; sans espoir, il meurt.
(chap. 8)
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Nadou38Nadou3820 mai 2017
"Vous voyez bien, prech Ramarren, qu'il est faux de dire que les Seigneurs refusent de faire l'éducation des indigènes - ce sont les indigènes qui refusent de se laisser éduquer. Ces gens à peau blanche partagent le savoir des Seigneurs."
-"Et qu'ont-ils dû oublier pour gagner ce privilège ?" demanda Falk ; mais cette question était, pour Orry, dépourvue de signification. Il ne savait presque rien des "indigènes", de leur vie, de leur niveau de connaissances. Il avait vis-à-vis des boutiquiers et des serveurs une attitude condescendante et amène, celle que l'on peut avoir envers ses inférieurs.
(chap. 8)
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Nadou38Nadou3818 mai 2017
La cité des Seigneurs de la Terre était bâtie sur les deux bords d'un canyon, formidable fissure taillée dans la montagne, étroite, fantastique, terrifiante, avec ses murs noirs rayés de vert qui plongeaient verticalement de huit cents mètres de haut jusqu'à de ténébreuses profondeurs où coulait le ruban d'argent pailleté d'un torrent. Sur les bords mêmes du gouffre se dressaient les tours de la cité, qui semblaient à peine reposer sur le sol et qui étaient reliées à travers le canyon par des travées de pont d'un dessin délicat. Tours, routes et ponts se terminaient, limités par le mur d'enceinte, juste avant un coude vertigineux du canyon.
(chap. 6)
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SiabelleSiabelle17 mai 2017
- Aller en quête de son vrai nom, vit-on jamais plus noble entre-
prise ? Je ne m'étonne pas que cela t'ait conduit à ma porte. Je te prends comme Partenaire dans mon Jeu, dit le Prince du Kansas. Ce n'est pas tous les soirs qu'un homme avec des yeux comme des opales miellées vient me demander l'aumône. Il serait prudent mais malgracieux de la lui refuser. Après tout, la royauté n'est-elle pas gracieuse et aventureuse par essence ? Moi, je ne t'appellerai pas Falk. Dans mon jeu, tu auras nom Opale. Tu es libre de tes mouvements. Couché, Griffon.
- Prince... ma compagne...
-... est une Shing, une femme-outil ou une femme tout court. Qu'as-tu besoin d'elle ? Tais-toi, ne sois pas si prompt à répondre aux rois. Je sais à quoi elle te sert. Mais elle n'a pas de nom et n'a pas de place dans le jeu. Les femmes de mes cow-boys se chargent d'elle, et jamais plus je ne t'en reparlerai.
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