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EAN : 978B0848QBFL7
701 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (11/02/2020)

Note moyenne : 4.06/5 (sur 404 notes)
Résumé :
Ici, il y a des dragons. Il y a des enchanteurs, une mer immense et des îles. Ged, simple gardien de chèvres sur l'île de Gont, a le don. Il va devenir au terme d'une longue initiation, en traversant nombre d'épreuves redoutables, le plus grand sorcier de Terremer, l'Archimage.
Ce volume réunit les trois premiers livres de Terremer, Le Sorcier de Terremer, Les Tombeaux d'Atuan et L'Ultime Rivage, dans une traduction soigneusement révisée et complétée par Patr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (57) Voir plus Ajouter une critique
lyoko
  17 octobre 2017
Décidemment en ce moment je ne suis pas vraiment chanceuse avec mes choix de romans. C'est le troisième d'affilé qui ne me convainc pas .
Et pourtant une fois de plus j'aurais du être emmené dans les contrées de Terremer sans problème. La fantasy j'aime ça, en général.
Alors déjà le personnage principal ne m'a pas plus emballé que ça. Sans doute qu'il était au départ un peu trop prétentieux à mon goût , et j'ai du lui en tenir rigueur tout au long de ma lecture. du coup je ne me suis pas attachée au personnage et l'écriture distante de l'auteure n'a certainement pas du aider.
J'ai aussi trouvé l'histoire assez lente et ponctuée de longueur. Et pourtant la plume d'Ursula le Guin n'est pas désagréable, elle est même poétique à certains moments. Mais l'ennui s'est vite fait sentir. Et j'avoue , un peu honteuse , que je n'ai continué cette lecture que parce le challenge pavé rapporte un peu d 'argent à une association.
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Erik35
  08 septembre 2018
LE NOM DES CHOSES EST MAGIE.
Ursula K. le Guin... Ce nom résonne désormais au firmament de ce que la Science Fiction et de ce que la Fantasy a pu porter de plus haut - elle n'est bien évidemment pas la seule, mais c'est, sans doute, le dernier grand nom de cet "âge d'or" de la SFFF américaine qui nous a quitté au tout début de cette année. Mais Ursula K. le Guin n'a pas laissé ses lecteurs totalement orphelins car elle nous a prodigué une oeuvre aussi riche qu'éclectique, aussi profonde qu'abordable par le plus grand nombre, ce qui n'est pas une mince affaire ! Nombre de ses oeuvres ne sont, hélas, pas encore traduites dans notre langue (ses nombreux recueils de poésie ainsi que pas mal d'essais, entre autres) mais les plus essentiels, ceux qui assirent sa notoriété tant auprès du public amateur que des jurys des plus grands prix du genre (Nebula, Hugo, Locus, etc) qu'elle obtint à de nombreuses reprises, sont accessibles dans notre langue. C'est ainsi le cas du plus célèbre des cycles créés par cette grande dame : le cycle de Terremer dont les trois premiers romans ont été rassemblés sous cette sobre dénomination ici.
On y retrouvera ainsi :
- le sorcier de Terremer
- Les tombeaux d'Atuan
- L'ultime Rivage
édités successivement en 1968, 1971 et 1972. Il est cependant à noter que ces trois romans furent précédés par deux longues nouvelles, véritables fondatrice de ce monde fait d'îles et de mers, de magie et de dragons, de sorciers et de rois, intitulées, pour la première, "Le mot de déliement" et "La règle des noms" pour la seconde, toutes deux de 1964. C'est dire si cette germination se déroula sur un temps relativement long, la maturation et le déliement de ce monde subtil ne s'achevant qu'au début de notre XXIème siècle avec un ultime épisode, "Le monde d'ailleurs".
Dans le premier roman de ce recueil, le Sorcier de Terremer, nous faisons la connaissance de Ged, un jeune garçon promis à un avenir de forgeron auprès de son père mais qui, ses dons innés pour la magie s'affirmant très tôt, parvient à sauver son village d'un raid de pillards venues d'îles lointaines avec les quelques bases de magies qu'une tante sorcière lui a dispensé. Devenant par la suite, mais pour un court moment, l'apprenti du grand mage Ogion, il va lui préférer l'enseignement plus étincelant de l'école de sorcellerie de l'île de Roke. Malgré un talent naturel époustouflant pour la magie - d'aucuns lui prédisent déjà les plus hautes destinées -, son parcours va être à deux doigts d'être stoppé net par lui-même et un immense orgueil qui lui fera, plus ou moins malgré lui, libérer une ombre tragique qui n'aura de cesse de le poursuivre à travers Terremer pour le détruire avant que, de chassé, Ged se transforme en chasseur, à la recherche de son propre lui-même en négatif, ce qu'il ne découvrira qu'à la fin de cette lutte dantesque. Mais l'ombre détient un savoir suprême sur Ged : il connait son vrai nom, ce qui n'est pas le cas du jeune homme...
Le second roman intitulé "Les tombeaux d'Atuan" nous fait d'abord suivre la destinée si particulière d'une jeune enfant de cinq ans qui, en vertu du jour et du mois de sa naissance est supposée être la réincarnation de la grande prêtresse du temple des «Innommables », la fameuse «Dévorée». Cette jeune fille qui se nomme Tenar va suivre un long et pénible apprentissage débouchant sur une vie terne et monotone, n'était sa prise de possession d'un lieu souterrain obscur et magique où vivent ces dieux enfouis qu'elle sert. Contre toute attente, une rencontre aussi interdite, dangereuse qu'inattendue va bouleverser sa routine et ses toutes ses croyances... Et s'il s'agissait rien moins que du haut fait annoncé à quelques reprises dans le volume précédent, où l'on va retrouver trace d'un magicien de notre connaissance mais qui a grandit tant en savoir qu'en sagesse, qui va permettre à cette jeune femme déboussolée de retrouver un vrai sens à sa terrible et morne existence ?
Enfin, c'est un Épervier/Ged beaucoup plus âgé que le lecteur retrouve dans L'ultime rivage. D'aventurier un peu fou, il a revêtu le rôle du référent absolu puisqu'il est le dernier archimage en date de la fameuse école de sorciers de l'île de Roke qu'il avait dû quitter si précipitamment en sa prime jeunesse. Mais les dernières nouvelles, venant d'abord des confins de Terremer avec son lot d'imprécisions et de rumeurs, sont mauvaises. Terribles même : la magie et, plus encore, l'art même des sorciers semble s'effilocher, disparaître, s'abolir, comme si celui-ci n'avait seulement jamais existé, n'avait jamais été pratiqué. C'est un jeune homme de haute famille, Arren, fils de roitelet et lointain descendant du fondateur de l'unique mais révolue lignée de Roi de Terremer, et qui va lancer les prémices d'une véritable Odyssée dans laquelle Ged, au fait de son pouvoir, va se trouver à plusieurs reprises mis à mal par un ennemi terrible qui, par la faute de l'orgueil - une fois encore - de Ged quelques années auparavant, a pris possession du royaume des morts et n'a de cesse d'y plonger les âmes de tous ceux qui pourraient se dresser devant lui afin de mieux s'en repaître. Cette fois, ni le pouvoir immense des dragons - auquel Ged sait parler - ni celui de sa seule magie ne suffiront. Il faudra, pour sauver le monde de lui même quelque chose d'autre : de cette naïveté, de cette pureté sincère et opérante - avec ses propres défauts et ses grandes faiblesses - dont le jeune prince est riche pour contribuer ce monde en totale déshérence.
Ged/Épervier joue évidemment un rôle central dans les trois romans qui compose ce long et beau recueil, et l'on peut considérer chacun de ceux-ci comme autant de textes se partageant entre roman d'apprentissage et roman d'initiation (les deux ne sont pas exactement synonymes et, par ailleurs, ils se chevauchent au gré des ouvrages). Hormis dans le premier roman, le mage est plus un catalyseur du cheminement personnel d'un autre personnage (la jeune prêtresse Tenar puis le prince Arren), et si l'on suit pas après pas ce "grand homme", il demeure psychologiquement très secret, presque lisse, tout au long de ces quelques huit cent pages, représentation presque parfaite du mage archétypal, tellement sage et plein de compassion, après avoir été empli de rage, d'impatience et d'orgueil, qu'il en paraît parfois un peu abstrait, froid et distant mais c'est pour mieux faire apparaître les sombres trames du monde, et leur résolution plus positive, bien que jamais résolument tourné vers un optimisme béat, pas plus que vers un pessimisme cynique. un terme illustre d'ailleurs parfaitement cet entre-deux jamais mièvre ni retors : l'équilibre, qui, de l'aveux de Ged (Ursula ?) n'est pas, n'est jamais de l'immobilisme mais un mouvement naturel en perpétuelle recherche de lui-même dans lequel, il faut tout de même bien le reconnaître, l'homme civilisé, refusant de se reconnaître pour ce qu'il est - un être certes complexe, intelligent, réflexif -, à savoir un élément de cette nature qu'il nie si souvent être, s'avère le principal perturbateur de cet équilibre premier, fondamental, insoluble mais essentiel.
Ursula K. le Guin est et n'est pas exactement un auteur "classique" de fantasy (on peut dire de même de ses oeuvres cataloguées "SF"), même si ses romans le sont devenus. En premier lieu parce que son éducation, sa famille d'ethnologues de renom (novateurs en matière de connaissance des civilisations amérindiennes des États-Unis, Lévy-Strauss méthodiques avant la lettre), ses connaissances culturelles multiples et souvent très généraliste en font un auteur un peu à part dans la production du genre. Certes, on ne peut oublier que J.R.R. Tolkien était, par exemple, un universitaire immensément cultivé, spécialiste, entre autres choses, de cultures et langues celtiques et scandinaves, qu'Assimov était un scientifique de très grand talent, etc. Ursula K. le Guin se situe d'ailleurs, peu ou prou, dans cette lignée d'écrivains aux talents et aux racines multiples sans commune mesure avec des spécialistes de la spécialité tels qu'ils s'en rencontre tant, n'ayant pour fonds de commerce - sans aucun jugement moral ou esthétique - que l'univers auquel ils sont le plus familier de tout temps.
Aussi, c'est avant tout de l'homme - l'être humain - dont cette grande autrice n'a de cesse de nous parler. de ce qu'il est, de ce qu'il pourrait être, de ses choix, innombrables, et de sa capacité inouïe à se tromper mais aussi à tâcher de redresser ses torts, s'il en a le goût et la force. Elle évoque aussi sans cesse notre présence au Monde, à cette nature brute et sauvage qui nous environne, mais sans jamais donner dans ce genre à la mode (et excluant par bien des aspects) qu'est le - en bon français dans le texte - "Nature Writing", cette manière outre-atlantique en vogue pour dire que "la terre ne ment pas" de bien triste souvenir idéologique. Pour autant, et avec des années d'avances sur notre époque puisque cette série de roman date du début des années 70, la nature, l'écologie dans ce qu'elle a de plus fondamental mais non dogmatique, y sont permanents. Il y a aussi cette idée qui traverse ce cycle de Terremer de l'apprentissage, mais aussi du droit à l'erreur, pourvu que, dès lorsqu'on en a pris conscience, on s'attache résolument, définitivement à la réparer. Nul doute que les lecteurs plus jeunes songeront à un certain Harry, et ce n'est certainement pas innocent. Mais l'heure est plus grave : il ne s'agit pas seulement de sauver le monde des magiciens, ni le souvenir de parents assassinés, les moldus se contrefichant de tout cela comme d'une guigne. Non, ici la magie est inhérente au monde, elle lui est consubstantielle et reconnue universellement, même si elle n'est pratiquée que par quelques uns doués pour cela, que les îles les plus éloignées du centre de ce mystère en sont presque dépourvue ou la refusent, mais c'est tout de même une affaire trop sérieuse, en vérité, pour se permettre d'en rire, même un peu.
Ursula K. le Guin invente ainsi un monde traversé d'îles et d'eau (énormément d'eau marine), de peuples aux relations régulières mais rendues toutefois difficiles par cette distance aqueuse et qui, les uns indépendamment des autres, ont su développer qualités et défauts, us et coutumes, traditions et rêves divers, contes et variantes (ce que l'on retrouvera, bien entendu, tout au long des "épisodes" de son cycle de l'Ekumen, les îles se transmuant en planètes) lui permettant ainsi une immense liberté humaine. Une sorte de Terre du Milieu en négatif (d'un point de vue strictement photographique et sans présager des intentions littéraires de l'autrice, quoi que...), car là où la communauté de l'anneau ne rencontre pour ainsi dire jamais la mer, le mage - solitaire - de Terremer y passe un nombre considérable de temps, comme si ces deux oeuvres (n'oublions tout de même pas que celle d'Ursula K. le Guin est postérieure de plusieurs décennies au Seigneur des Anneaux. Qu'elle y a largement puisé) étaient une sorte de ying et de yang d'un même univers fantasmatique, magique, fantasque. Et, de même que l'oeuvre majeure de J.R.R. Tolkien n'est pas que la relation aventureuse d'un petit être, ce triple roman initiatique n'est pas que celui d'une vie de magicien. Il y est question de la responsabilité de l'humain face à son propre destin ainsi que celui, plus global, du monde qui l'entoure. Il y est question, c'est même l'une des clés majeures de ce cycle, de la mort et de la relation ambiguë - forcément ambiguë - que nous entretenons avec elle, ce que nous parvenons à en accepter et ce que nous refusons d'elle ; il y est question de croyance - le moins qu'on puisse en dire c'est qu'Ursula K. le Guin est très critique à l'égard de toute forme de dogme et de religion révélée, alors qu'elle revendique une spiritualité des plus fortes mais qui peut se passer de dieux, tels ces "innommables" dont Ged reconnait la véracité - monstrueuse - mais en conseillant fortement de les laisser là où ils sont ! -.
Il y aurait tant à écrire sur cette oeuvre - décevante dans ses adaptations pour le cinéma ou les films d'animation. D'ailleurs, l'autrice ne voulu en reconnaître aucun d'entre eux tant elle s'y sentit trahie -, au demeurant d'une lecture si apparemment évidente, immédiate, sans aspérité (et pour autant, d'un travail réel sur la langue, dans le sens où elle en a ôté toutes les scories, sans pour autant qu'on puisse jamais parler de style "blanc", car le sien se reconnait entre mille) et, pour tout dire, d'une poésie aussi première qu'elle est intense et forte.
Mme le Guin est partie vers les rivages du monde des morts de Terremer en ce tout début d'année. Nul doute que si les âmes pérégrinent ainsi qu'elle l'a imaginé dans le troisième volet de ce cycle, la sienne doit être faite du même resplendissement que cette série de textes profonds, parfois sombres mais jamais désespérés, exemplaires et doux à la fois. Quoi que - malheureusement - catalogué dans un genre littéraire boudé par un large public, ce Terremer, de même que, sans doute son plus beau roman, "La main gauche de la nuit", ont tout pour figurer parmi les classiques incontournables du siècle dernier. Et nous ne boudons jamais le bonheur d'en découvrir l'inépuisable richesse !
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finitysend
  03 juin 2016
Un bon récit de fantasy .
Un texte avenant , donné par un auteur de science-fiction et de fantaisie ( fantasy) .
L'auteur est également ethnologue de formation et spécialiste du taoïsme par ailleurs .
Elle est donc tout à fait à même de créer des univers imaginaires , alternatifs , et douée aussi pour fondre des concepts culturels variés , afin de générer de l'étrange et de l'étranger.
Elle écrit bien , sa prose est agréable , légère et dense ….. parfaitement accessible aux jeunes adultes d'ailleurs de par sa simplicité agréablement explicite.
Le fond est solide généralement , même s'il flotte sur un style assez léger , dense et aussi faussement anodin , que sophistiqué et solidement pensé .
Ce recueil contient trois histoires différentes , mais c'est trois histoires très cohérentes de part la très forte constance de l'univers et de part leur ancrage dans le développement personnel du personnage principal , qui est l'épine dorsale de ces trois récits , qui écrivent l'histoire de la vie d'un ( futur ) « grand mage » ainsi que sur plusieurs menaces qui pèsent sur cet univers , tels que : la guerre et la paix , l'invasion du mal et
la résurgences de créatures d'un autre âge .
Un âge antérieur à la création de cet univers , qui est plus fragile qu'il n'y paraitrait , si on se fiait aux pouvoirs de la magie et à celle des forces naturelles .
L'univers est puissant de présence et de fascination . Il est un vaste océan parsemé d'archipels très proches les uns des autres , avec des iles très typées .
Il constitue un contexte idéal , pour y pour placer les thématiques de la quête et celle du voyage initiatique ou celle du voyage tout court …
Les personnages sont solides , et leur vie et leur psychè animent l'univers et posent de solides questions universelles .
On suit un mage depuis l'enfance ,ou encore une prêtresse enfermée dans son culte dans lequel elle étouffe sans le savoir vraiment .
Le texte interroge les notions : d'acquisition du savoir , de mise en pratique de la connaissance du bien et du mal , de l'équilibre de l'univers .
Il possède une touche épique indéniable qui est mise en scène par l'invasion du mal et du chaos qui menacent certains individus ou même la totalité de l'univers , le thème de la faute et de l'erreur tragique ou non ,
l'amour , le talent et ses limites , bref la vie et la responsabilité individuelle .
Un texte riche qui est une véritable incitation au voyage en compagnie d'un mage aussi puissant que conscient des limites de la puissance de son art .
Sur le fond l'univers repose sur des concepts confucianistes pour ce qui est de la question de sa signification manifeste , sur le taoïsme pour ce qui est l'action irrationnelle pour maitriser son apparente réalité ( fragilement pérenne )
et puis aussi un concept fédérateur qui est aussi utilisé sur un mode sémitique autour de la puissance des noms et de leurs significations. Cette puissance des noms véritables renvoie aussi à la science magique taoïste .
Bref un fondu exquis de concepts asiatiques avec un univers aussi bien occidental que médiéval ou antique , en-soit et au choix , selon les moments …
Un monde réel à n'en pas douter ….
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LaSalamandreNumerique
  16 septembre 2019
Aride et âpre. Sous un soleil de plomb ce monde sans eau est au coeur de l'imperium, procurant aux puissants la denrée infiniment précieuse permettant, entre autre, la prescience. Un univers limpide et simple, très hiérarchisé et divisé entre des grandes familles, oppose quelques vastes puissances dans un combat sans merci. Au sein de ce dernier les nobles Atréïdes obtiennent facilement notre sympathie face aux repoussants Harkonnens. Les rapports entre les individus et les groupes reposent largement sur la force et pourraient être qualifiés de « masculins » dans un traditionnel registre de valeurs. L'admiration va au plus fort. La plupart des femmes sont soit des épouses soumises soit des « sorcières » lorsqu'elles disposent d'une puissance. La féminité a d'ailleurs quelque chose d'effrayant et de presque menaçant. C'est beau, limpide et simple comme un diamant, surtout dans les tomes initiaux. C'est brillant et a une forme de perfection glacée, c'est incroyablement dur, aseptisé et lumineux mais c'est le chef d'oeuvre de Frank Herbert, pas Terremer.
***
Pourquoi alors parler de ce prix Hugo de 1966 au lieu de commencer par « le sorcier de Terremer », postérieur de seulement deux ans ? Justement parce qu'il est tentant de les comparer, déjà pour les opposer.
- Terremer est un pays d'eaux, parsemé de quelques iles. Ce qui peut aussi marquer dans ce vaste univers est que rien ne propose une unité d'ensemble, qu'elle soit politique, idéologique ou scientifique. Cela contribue d'ailleurs à offrir la représentation d'un monde immense où l'essentiel reste à découvrir. La vie est rare sur Arrakis ; elle fourmille sur Terremer. Il est intéressant de noter qu'Ursula le Guin est fille d'anthropologues s'étant spécialisés dans les cultures amérindiennes et a elle-même suivi des études d'ethnologie. Ce regard est prégnant dans ses livres en général et dans Terremer en particulier.
- Cet univers est hautement complexe du fait de cette absence d'un « principe unificateur » ou d'un destin commun à tous. Là où chez Herbert l'épice et les enjeux de pouvoirs entre quelques grandes maisons proposent une lecture somme toute simple voire « évidente » nous avons ici une multiplicité de points de vue, de regards, de modes de vies et c'est une part du plaisir procuré par cet ouvrage. Nous sommes « à hauteur d'homme », tentant de déjà comprendre chacun et le fonctionnement de ces différents groupes ; les logiques internes. le maître mot est ici « équilibre », que ce soit celui de la magie,
celui de la mort ou celui du talent. Il est essentiel d'acquérir un savoir mais aussi une sagesse, de voir beaucoup et d'agir peu. Être capable de donner le « vrai nom »des êtres (donc de savoir) est la clé du pouvoir (au sens de « pouvoir faire » plus que de « détenir un pouvoir », et cette précision est tout sauf une nuance ou un détail).
- Terremer n'est pas principalement régi par la force et les oppositions entre groupes, lorsqu'elles se produisent, ne conduisent pas toujours à la confrontation. Cette dernière, lorsqu'elle survient, passe rarement par un affrontement direct donnant un vainqueur et conduisant à la vassalisation voire à la mort du vaincu. Nous n'avons pas ici une logique américaine voire occidentale comme chez Herbert mais plus une approche « asiatique » pouvant faire penser à Sun Tzu ou, plus précisément encore, au taoïsme. Ursula le Guin revendiquait d'ailleurs cette influence comme celle d'une vision anarchiste, très à l'opposé d'un pouvoir central fort, quel qu'il soit. Ceci et le regard sociologique de celle qui a, à 23 ans, présenté une thèse portant sur « Les idées de la mort dans les poésies de Ronsart », offre une diversité d'éclairages assez fascinante pour le lecteur curieux.
- le regard de Herbert, surtout au début de son oeuvre (Ensuite l'influence de Beverly est sensible et croissante), est très « masculin » et cela se ressent très nettement. Ursula le Guin, dans Terremer, ne met pas en scène des héroïnes à proprement parler (même si c'est discutable pour « Les tombeaux d'Atuan ») mais cette défense de la féminité se lit à chaque instant, que ce soit dans les interventions des personnages ou dans la façon de décrire le monde, dans ce qui structure le récit comme dans la façon de l'écrire, musicalité incluse.
*
Naturellement ces deux grands livres contemporains peuvent aussi être associés par leurs nombreux et essentiels points communs :
- Il s'agit de deux « livres-mondes » où un univers nouveau, riche et cohérent s'offre à nous.
- Les deux personnages principaux nous sont présentés de leur plus jeune âge à leur vieillesse et ces ouvrages sont aussi des livres de quêtes, de voyages initiatiques.
- La dimension écologique des deux ouvrages est majeure, prenant des formes très différentes par ailleurs.
- Ces deux romans sont fascinants et très bien écrits. Les deux sont saisissants aussi par un sens des mots et de la formule. Peu de lecteurs oublieront la « Litanie de la peur » dans Dune mais la plupart tomberont aussi en arrêt devant l'une ou l'autre des formulations de U le Guin et cesseront leur lecture un temps, afin de méditer, de laisser les mots résonner/raisonner en eux. Ces deux ouvrages peuvent vraiment enrichir qui choisit de vivre sa lecture. Ajoutons que les deux sont d'une lecture facile alors que les sujets abordés sont profondément originaux, ce qui n'est pas le moindre talent de ces deux auteurs.
- de façon sans conteste différente ces deux univers dégagent une profonde poésie et nous accompagnent une fois le livre refermé.
*
Si Dune peut faire penser à un diamant splendidement taillé Terremer est une opale, complexe, subtile, changeante selon les angles de vision. C'est une pierre au nom féminin, qui présente une forme de fragilité, qui peut être rayée par une simple poussière ou… se déshydrater. Plus que toute autre elle ne prend son sens que dans un lieu adapté à la vie. Il faut aussi en prendre soin pour qu'elle révèle toute sa richesse et sa beauté unique. Il en est exactement de même pour Terremer comme pour l'oeuvre, redécouverte actuellement, de Ursula le Guin.
*
Terremer est une oeuvre subtile, proposant de réfléchir à la part de combat qu'il y a au sein de chacun de nous, à des sujets aussi forts que la liberté, les croyances, les changements ou la responsabilité. Nous accompagnons des êtres denses dans leurs voyages, leurs rapports à la vie, à la mort ou leurs questionnements quant à l'acceptation ou non des lois naturelles. Les rapports qu'ils ont à eux même, aux autres et leurs façons de se vivre au sein de ce qui les entoure sont des questionnements permanents que nous partageons. Leurs réponses, complexes et profondes, ne peuvent que nous enrichir. Mais il est tout aussi possible d'aborder ce livre sans chercher à le méditer, en se laissant emporter par nos émotions, en accompagnant Ged et ses compagnons.
Si vous survolez ce roman, recherchant du bruit et de la fureur ou des confrontations entre des bons et des méchants, il ne vous en restera pas grand-chose. Vous risquez même de vous ennuyer. Si, en revanche, vous vous offrez le temps nécessaire pour ressentir les personnages et vivez avec eux ces voyages, au sein de cet univers physique mais aussi et avant tout intérieur, vous devriez revenir changés et potentiellement plus profonds. C'est tout le mal que je vous souhaite.
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Srafina
  28 mars 2016
L'histoire se déroule sur Terremer qui est un archipel magique constitué d'îles innombrables, C'est un monde médiéval où la magie est largement présente et se fonde sur la connaissance du vrai nom des personnes et des choses.
Dans Terremer, trois contes sont à l'honneur : « Le sorcier de Terremer » sorti en 1968 qui nous présente le jeune Épervier, que certains dons prédisposent à l'usage de la magie. Il va suivre l'enseignement d'un vieux sorcier, puis rejoint l'école de magie de Roke. Il apprend que le pouvoir réside dans le vrai nom des choses... et que son propre vrai nom est Ged. Il est particulièrement doué mais va apprendre la sagesse de la plus terrible des façons.
Le deuxième conte « Les tombeaux d'Atuan » est sorti en 1971 : À sept ans Tenar a été enlevée à ses parents pour être conduite aux tombeaux Atuan. Réincarnation reconnue de la dernière prêtresse des Innommables, son existence est désormais vouée au culte des ces puissances . Elle devient Arha, la dévorée et son unique horizon est d'apprendre à servir ses maîtres ombrageux. Pourtant il existe d'autres lieux et d'autres façons de vivre de par le monde. Ne lui manque plus qu'une occasion et elle va la saisir avec Épervier qui lui, mène une autre quête.
Et enfin le troisième « L'ultime Rivage » sorti en 1972 nous ramène à Ged comme fil conducteur et pourchasseur d'Ombres.
 De plusieurs lieux différents parviennent à Roke des rumeurs inquiétantes. A l'Ouest, les dragons semblent avoir oublié le langage sacré et s'entre tuent. du lointain sud et du Nord-ouest, on colporte la nouvelle que la magie s'est perdue et que les habitants vivent dépourvus de toute joie de vivre. Pour l'Archimage Ged, le temps est venu de faire face à son destin quitte à l'accomplir jusqu'aux portes de la mort. Il est accompagné par Arren, prince des îles, jeune homme dans lequel il perçoit un grand destin. 
Ces trois contes ou gestes, nous entraîne dans un monde original et grandiose. Ses histoires ont pour toile de fond la mer, l'eau, élément central des aventures de Ged avec son bateau « Voiltloin ». Il affronte ses propres faiblesses, sa peur et son orgueil. Il vient au secours de Tenar, et la libère de l'emprise des ombres des dieux anciens et lui donne un nouveau sens à sa vie, et enfin en dernier lieu il conduit Arren vers son destin.
Ursula le Guin a une superbe écriture, dense, agréable et très prenante. Il faut prendre le temps de la lire, et de bien s'imprégner de son univers et on a plus qu'à se laisser emporter dans les aventures épiques d'Epervier, de Tenar et d'Arren ainsi que les autres protagonistes de leurs histoires. Terremer est le premier que je lis, mais le cycle comporte six volumes : cinq romans et un recueil de nouvelles , et il est centré sur les vies de Ged, Tenar, Lebannen et Tehanu que je ne pourrai que découvrir après avoir tant apprécié Terremer. J'ai déjà dans ma PAL « Tehanu » et « Le vent d'ailleurs ».
Merci à Walkatapus qui me l'a fait sortir de ma PAL pour la pioche de mars, je crois bien qu'il y serait encore sinon….
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critiques presse (2)
Telerama   19 novembre 2018
Pas de recours au manichéisme facile, pas de morale bien-pensante et, surtout, une humanité qui transcende les ingrédients spectaculaires du genre : les héros ici s'interrogent, doutent, vacillent et ne sont jamais assurés de leur toute-puissance.
Lire la critique sur le site : Telerama
Elbakin.net   04 octobre 2018
Le monde de Terremer n’est pas un univers conventionnel de fantasy. Il n’appartient ni à notre passé ni à notre avenir. Il est ailleurs. C’est un univers où la magie fonctionne et s’enseigne comme la science et la technologie dans le nôtre.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (68) Voir plus Ajouter une citation
Erik35Erik35   10 août 2018
- Je sais ce qu'ils croient chercher. Mais je sais aussi qu'ils mourront, comme Sopli. Que je mourrai. Que tu mourras. (Le mage retenait toujours fermement la main d'Arren.) Et je suis infiniment heureux de le savoir. C'est un don précieux : c'est la chance d'être soi-même. Car nous ne possédons vraiment que ce que nous acceptons de perdre... Être soi-même, c'est notre tourment, notre gloire, la marque de notre humanité ; et cela ne dure pas. Le «soi» change, il s'efface comme une vague sur la mer. Voudrais-tu que la mer devienne immobile, que les marées s'arrêtent pour sauver une vague, pour te sauver ? Renoncerais-tu à l'habileté de tes mains, à la passion de ton cœur, à la lumière du lever et du coucher du soleil pour acheter ton salut - la sécurité permanente ? C'est cela qu'ils cherchent à Wathorte, à Lorbanerie et ailleurs. Car tel est le message que ceux qui savent entendre ont entendu : en niant la vie, il est possible de nier la mort et de vivre pour toujours. Et moi, je n'entends pas ce message, Arren, parce que je ne veux pas l'entendre. Je ne me laisserai pas guider par le désespoir. Je suis sourd, je suis aveugle. Tu es mon guide. Toi, dans ton innocence et ton courage, dans ta déraison et ta loyauté, tu es mon guide - l'enfant que j'envoie devant moi dans les ténèbres. C'est ta peur que je suis. Tu as trouvé que j'étais dur avec toi ; à quel point je l'ai été, tu n'en as jamais eu idée. Car je me sers de ton amour comme d'une bougie que l'on brûle, qu'on laisse se consumer pour éclairer son chemin. Et nous devons continuer ; il le faut. Il nous faut aller jusqu'au bout ; nous devons aller jusqu'où la mer se tarit et la joie s'écoule, l'endroit où t'entraîne ta terreur mortelle.
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Erik35Erik35   09 août 2018
- Tu vois, Arren, qu'un acte n'est pas ce que croient les jeunes gens, comme un caillou qu'on ramasse et qu'on jette, et qui atteint son but ou le rate, et rien de plus. Quand on ramasse ce caillou, la terre est plus légère, et la main qui le prend est plus lourde. Quand on le lance, le parcours des étoiles en est affecté, et quand il frappe le but ou le manque, l'univers en est modifié. De chacun de nos actes dépend l'équilibre du tout. Les vents et les mers, les puissances de l'eau, de la terre et de la lumière, tout ce que font ces éléments, et tout ce que font les bêtes et les végétaux, est bien fait et justement fait. Tous agissent selon l'Équilibre. Depuis l'ouragan et le plongeon de la baleine géante jusqu'à la chute d'une feuille morte et le vol du moustique, tous leurs actes sont fonction de l'équilibre du tout. Mais nous, dans la mesure où nous avons un pouvoir sur le monde et sur chacun de nous, nous devons apprendre à maintenir l'Équilibre. Ayant été dotés d'intelligence, nous ne devons pas agir comme des ignorants. Ayant le choix, nous ne devons pas agir comme des irresponsables. Qui suis-je - bien que j'en aie le pouvoir - pour punir et récompenser, et jouer avec les destinées des hommes ?
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Erik35Erik35   07 août 2018
- La peste est un mouvement de la grande balance, de l'Équilibre lui-même ; ceci est différent. On y sent la puanteur du mal. Lorsque la balance des choses se redresse, nous pouvons en souffrir, mais nous ne perdons pas l'espoir, nous ne renonçons pas à l'art et nous n'oublions pas les mots de la Création. La nature n'est pas dénaturée. Non, ceci n'est pas un redressement de la balance, mais un dérèglement. Et il n'existe qu'une seule créature capable de faire cela.
- Un homme ? suggéra Arren.
- Nous, les hommes.
- Comment cela ?
- Par un désir démesuré de vie.
- De vie ? Mais ce n'est pas un mal que de vouloir vivre ?
- Non. Mais lorsque nous désirons acquérir du pouvoir sur la vie, - une fortune inépuisable, l'invincibilité, l'immortalité -, alors ce désir devient de la cupidité. Et si la connaissance s'allie à cette cupidité, alors survient le mal. Et c'est à ce moment-là que la balance du monde penche, et que le malheur pèse lourd dans le plateau.
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viou1108viou1108   23 juin 2013
Pour changer cette pierre en joyau, il te faut changer son vrai nom. Et pour cela, mon fils, même s'il s'agit d'un fragment du monde aussi insignifiant, il te faudrait changer le monde. On peut le faire. Assurément, on peut le faire. C'est l'art du Maître Changeur, et tu l'apprendras lorsque le moment sera venu pour toi de l'apprendre. Mais tu ne dois rien changer, pas même un galet ou un grain de sable, avant de savoir quel Bien et quel Mal vont résulter de ton acte. Le monde est dans ce qu'on appelle l'Equilibre, et le pouvoir de Changement et d'Appel d'un sorcier peut perturber l'équilibre du monde. C'est un pouvoir dangereux, plein de périls. Il doit procéder de la connaissance, et servir le besoin. Allumer une bougie, c'est projeter une ombre...
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Erik35Erik35   30 juillet 2018
Il peut paraître étrange que sur une île large de cinquante milles, dans un village au pied de falaises éternellement tournées vers la mer, un enfant puisse atteindre l'âge d'homme sans avoir jamais posé le pied sur un bateau, ou trempé ne serait-ce qu'un doigt dans de l'eau salé, mais c'est ainsi. Qu'il soit fermier, chevrier, bouvier, chasseur ou artisan, l'homme de la terre considère l'océan comme le royaume salé et instable qui ne le concerne en aucune façon. Le village situé à deux jours de marche du sien est une terre étrangère, et l'île qui se trouve à une journée de voile de la sienne n'est qu'une rumeur, tout juste des collines embrumées qu'il aperçoit au-delà des eaux, et qui n'ont pas la solidité de la terre qu'il foule de ses pieds.
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Vidéo de Ursula K. Le Guin
Entretien téléphonique entre le journaliste Paul Holdengräber et la romancière multi-primée Ursula K. Le Guin dans lequel elle s'exprime, entre autres choses, sur la fragilité de la frontière entre réalité et fiction, sur la souffrance provoquée par la célébrité et les angoisses liées aux influences littéraires extérieures. Émouvant et lumineux d'autant que cet entretien date d'une vingtaine de jours avant son décès.
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