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EAN : 9782810430222
250 pages
Editions Prisma (01/10/2020)
4.14/5   32 notes
Résumé :
Aline Le Guluche a appris à lire à 50 ans, après des années à cacher ses difficultés, à ne jamais dire qu'elle était illettrée. À l'occasion des journées nationales d'action contre l'illettrisme (8-15 septembre 2020), elle raconte ce qui lui a permis un jour de pouvoir lire un livre. Selon l'UNESCO, 76 millions de femmes ne savent ni lire ni écrire à travers le monde. En France, on estime que 7% de la population est illettrée, soit 2,5 millions de personnes. 40% d'e... >Voir plus
Que lire après J'ai appris à lire à 50 ansVoir plus
Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Voici un témoignage intéressant qui parle du combat d'Aline le Guluche pour apprendre à lire et écrire.
Avec une écriture simple et de la sincérité, elle raconte tout son parcours en commençant par son enfance. Elevée dans une famille de 8 enfants, Aline est la dernière de la fratrie. L'entrée à l'école et l'apprentissage de la lecture seront traumatisants pour la petite fille de six ans qui a beaucoup de difficultés pour lire et écrire correctement. En plus l'instituteur est sévère et la punit souvent. Il est difficile aujourd'hui de comprendre son comportement et d'ailleurs il sera sanctionné, donc, exclu de l'école. Malgré tout, le problème d'illettrisme ne sera pas résolu.
A l'âge adulte, Aline sentira encore plus le poids de l'handicap qui le tourmente à chaque moment. Une situation difficile à gérer pour elle, car il lui faudra ruser, trouver des petites astuces, affronter les humiliations. Finalement à l'approche de la cinquantaine, Aline décide de suivre une formation pour apprendre à lire et à écrire. Et elle réussit.
Ce qu'a accompli l'auteure est incroyable et extraordinaire. Avec ce témoignage Aline le Guluche nous offre une belle leçon de vie qu'elle exprime en quelques mots :
' Moi, la petite fille de paysans qui se faisait insulter, maltraiter sur les bancs de l'école, je suis là pour dire haut et fort que l'on peut toujours apprendre, que l'on peut toujours améliorer son savoir, quels que soient notre âge ou notre milieu d'origine, modifier son parcours et changer sa vie'.
Un livre que je ne manquerai pas de conseiller à ma meilleure amie qui a beaucoup souffert à cause de sa dyslexie.
Je remercie Babelio et les éditions 'Prisma' pour la découverte de ce livre.



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J'ai dans ma classe de maternelle un élève dont la mère est illettrée et le père sait à peine lire. Cet élève ne met aucun sens aux mots qu'il peut voir, on sent bien que l'écriture ou la lecture ne sont rien pour lui, et c'est très déstabilisant. Je cherche toujours une solution, cet élève est le principal sujet de discussion avec mes collègues, mais je n'ai pas la sensation d'avoir beaucoup progressé avec lui sur le chemin de la culture écrite. Tout cela pour dire que le sujet de l'illettrisme, auquel je suis sensible depuis longtemps, me turlupine particulièrement depuis quelques mois. J'ai donc été très heureuse de recevoir le témoignage d'Aline le Guluche à la faveur de la dernière opération masse critique.
Le livre raconte sans fioriture la vie d'Aline le Guluche. En à peine 200 pages, on voit défiler son enfance, son entrée dans l'âge adulte, ses déboires professionnels et sentimentaux, et au milieu de tout cela, deux piliers qui font son invincibilité : son rôle de mère et son courage. Une autre constante sera sa honte. Celle de ne pas savoir lire, celle de devoir le cacher toujours. A ses collègues bien sûr, mais aussi à ses frères et soeurs, à son mari et à ses enfants. Mais le courage aura raison de la honte et, à force de persévérance, Aline le Guluche pourra vaincre son illettrisme. Et elle ne gagnera pas que la lecture, elle y gagnera aussi une confiance en elle retrouvée.Elle deviendra consciente de sa propre force, de sa capacité à vivre en autonomie, et c'est donc toute sa vie qui en sera changée.
Ce n'est pas un livre d'analyse, et en cela il ne m'aidera pas quand je retrouverai mon petit élève et sa famille après ces vacances scolaires, c'est un témoignage factuel et c'est ce qu'il faut en attendre. Pour les grandes thèses et les grands remèdes, il faudra aller chercher ailleurs. Si on est déjà sensibilisé à cette question on risque d'apprendre peu, mais on pourra toucher du doigt cette réalité, voir ce qu'est l'illettrisme au quotidien, d'autant qu'Aline le Guluche a le don de savoir convoquer le souvenir qui a du sens, et les nombreux exemples qu'elle donne de ses petits stratagèmes pour cacher son illettrisme sont toujours frappants. Ils me feront peut-être regarder les petites manies de certains collègues différemment, d'autant que j'ai appris que 7 % de la population française serait illettrée. Un chiffre que je n'arrive pas à concevoir.
J'ai aussi aimé la façon dont, presque sans le dire ou sans complètement le réaliser elle-même, Aline le Guluche montre cette imbrication entre savoir lire, autonomie, estime de soi, respect de ses droits, légitimité à décider pour soi. Apprendre à lire n'est rien en soi, mais c'est une clef qui ouvrent tellement de portes, des petites et des grandes, des magnifiques et des insignifiantes, mais toutes ouvrent sur des mondes et des possibles jusqu'alors inatteignables.
Ce fut donc une lecture intéressante, une lecture rapide car le livre se lit bien mais qui remue. Je suis juste un peu attristée que la journaliste qui a recueilli les propos d'Aline le Guluche ait écrit à droite ou à gauche quelques phrases un peu bancales, le livre aurait mérité d'être édité de façon plus rigoureuse, l'autrice le méritait. La préface de Lancôme est aussi un peu déplacée et peut être sautée. Elle m'a fait peur (j'ai craint un livre qui fasse un peu trop de placement de produit), ce n'est heureusement pas le cas.
Je suis donc très heureuse de cette lecture qui risque de m'apporter plus que je ne crois dans mon quotidien. M'ni Raton, du haut de ses douze ans bientôt révolus, a décidé de me le chiper parce qu'elle n'arrive pas à croire que c'est une histoire vraie, et je suis contente qu'elle le lise, tout comme j'espère que ce livre trouvera un large public.
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7 % de la population française âgée de 18 à 65 ans, qui a été scolarisée, soit 2 500 000 personnes sont illettrées.
Ce récit autobiographique vous montrera ce que veut dire être illettré dans une société comme la nôtre, ce que le combat pour s'en sortir suppose de courage.
Il n'y a pas de hasard. Si il y a comme certains le disent des "passages à travers le filet" , des "trous dans la raquette", des enfants qui" sortent du radar", c'est que le système dysfonctionne socialement, institutionnellement, politiquement. La pauvreté, la précarité, la misère , et le système qui entretient tout cela voilà la raison de ce taux épouvantable d'illettrisme dans notre pays. le tissu associatif est là, se bat, trouve des solutions, renoue, recoud. Oui, c'est primordial, important. Mais cela ne suffit plus. le défi est immense. Combattre illettrisme, c'est avant tout combattre la pauvreté.

Astrid Shriqui Garain
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Aline est la petite dernière d'une fratrie de huit enfants, vivant assez chichement dans une ferme des Yvelines. Elle est élevée à la dure entre les corvées quotidiennes de la ferme, les tâches ménagères et un père qui boit plus que de raison et commence à battre sa femme.

A l'âge de six ans, elle va pour la première fois à l'école et découvre un univers fait de coups sur les doigts dès qu'il y a une tache d'encre sur le cahier, d'heures passées au coin quand elle n'a pas fait ses devoirs, de calottes et de terreur. Devant la plainte de plusieurs parents, l'instituteur sera changé au bout de deux ans pour un enseignant à l'écoute et patient. Mais Aline n'arrive pas à apprendre à lire, elle confond des lettres, le b et le p, le m et le n. A cette époque (nous sommes au tout début des années 70) les instituteurs n'ont eu aucune formation sur la dyslexie, et même si son professeur voit qu'il y a un problème de compréhension et une grande difficulté scolaire, il ne sait pas bien y faire face.

Aline va ainsi passer de classe en classe en arrivant plus ou moins à cacher son handicap : apprendre par coeur, une amie qui aide, l'instituteur qui lit à haute voix ...

Dès qu'elle le peut, elle arrête les études. le premier travail se fera à l'usine. Il faut parfois écrire le nom du contenant et la date de fabrication. Aline apprend alors par coeur certains mots. Elle se marie avec un homme qu'elle connait depuis toute petite, qui sait ... Deux enfants arrivent rapidement. Au moment des premières histoires à lire, Aline invente, raconte. Un petit dictionnaire / imagier va beaucoup l'aider pour se mettre au niveau de ses enfants.

Mais elle veut évoluer, quitter l'usine qui est loin de son domicile. La voilà qui intègre les cuisines d'un hôpital. Avec une volonté farouche et un courage de tous les instants, elle va surmonter une à une les difficultés liées à son handicap. Ayant toujours peur que l'on découvre son secret, elle gravit les échelons jusqu'à devenir intendante hôtelière. Elle s'entraine chez elle pour lire le nom des plats, des maladies, apprend par coeur quel menu va avec quelle pathologie, s'initie à l'informatique ... Au niveau personnel, elle va longtemps s'effacer devant un mari colérique et brusque, puis partir mais continuer à se faire avoir par un compagnon qui se sert de sa faiblesse pour l'enfoncer.

A presque cinquante ans, elle prend son courage à deux mains et décide de se présenter à la directrice des ressources humaines avec une lettre (écrite par sa fille) demandant une remise à niveau en lecture et écriture. Soutenue par la directrice, elle arrive à décrocher une formation pour adulte "les compétences clés". Armée de sa seule résolution, elle apprend par coeur le trajet pour Paris et entame, avec douze autres adultes de tous âges, un apprentissage qui va lui permettre de s'enrichir et d'évoluer. Prise dans le tourbillon des études, elle ira même jusqu'à passer un CAP service hôtelier. Une belle revanche.

On pourrait se dire que ce genre de parcours n'existe plus avec la prise en charge beaucoup plus importante actuellement de tous les troubles dys, or il n'en n'est rien (pour preuve les jeunes qui étaient avec Aline à la formation).

En tant qu'enseignante documentaliste je suis sensible à ce problème d'illettrisme et je vois quelques élèves qui vont quitter le collège sans savoir correctement lire. S'ils ne poursuivent pas la lecture ensuite, ils tomberont dans l'illettrisme.

Outre le problème de l'illettrisme, ce livre nous montre une femme courageuse, motivée, qui n'a jamais baissé les bras malgré les nombreuses embûches que la vie a semée sur son chemin.

Chapeau !
Lien : http://lesfanasdelivres.cana..
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Beau témoignage, merci Madame. Je suis aussi dyslexique et ce fut un long combat pour en arriver là où j'en suis. Je suis de la génération année 80/90 pour l'école élémentaire et collège. La violence physique n'existait plus chez les instituteurs mais certains étaient très violents verbalement dont l'instituteur que j'avais eu en CM2, qui en plus prenait plaisir à me ridiculiser devant les autres élèves.
Tout au long de ma vie j'ai fait des formations et repris mes études. J'ai réussi à grandir professionnellement parlant. Aujourd'hui j'ai une licence en andragogie et c'est moi qui suis devenue la pédagogue. C'est un combat quotidien pour assurer ma prise de parole devant une centaine d'apprenants mais j'y arrive et j'en suis fière !!!
À 45 ans, j'ai la volonté et je suis motivée, je continuerai vers un master, et pourquoi pas plus encore ...
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
-Aline, tu vas commencer la lecture.
Le doigt au-dessous du mot, rien ne sort de ma bouche. Il pense que je me moque de lui.
-Tu redoubles et tu ne sais pas lire ?
Mes jambes se remettent à trembler. Il m’attrape par les cheveux et me traîne jusqu’à la classe voisine en me hurlant dessus.
-Sale gosse ! Fille de paysans ! Je vais t’apprendre la discipline ! Quand je te dis de lire, tu lis !
Pour m’humilier devant la classe des grands, il me traîne sur l’estrade.
Je suis pétrifiée, figée comme une statue.
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A chaque fois que l’on perd un membre de sa famille ou une amie que l’on aime comme une sœur, une profonde déchirure se fait à l’intérieur de notre corps.
Perdre un membre de sa famille, c’est aussi douloureux qu’une amputation.
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Surtout ne pas prononcer le mot « illettrisme ».
Beaucoup pensent qu’il s’agit d’analphabétisme.
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Faire partie du syndicat me permet de parler dans mon travail des problèmes de l'illettrisme. Même si ce mot fait peur. Et pour cela, il vaut mieux l'aborder en parlant de fautes d'orthographes, de lecture hésitante, de problèmes de calcul ...et de besoin "d'améliorer sa compétence".

Surtout ne pas prononcer le mot "illettrisme
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…c’est la maîtrise de la lecture et de l’écriture qui est la base de la communication.
Les paroles s’envolent, les écrits restent.
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Vidéo de Aline Le Guluche
Témoignage : vivre l'illettrisme
Par Aline LE GULUCHE, autrice du livre J'ai appris à lire à 50 ans (éditions Prisma, 2020).
Dans le cadre des Journées nationales de lutte contre l'illettrisme organisées par l'ANLCI, la Bibliothèque départementale de la Manche et Normandie Livre & Lecture ont organisé une journée de sensibilisation sur les thématiques de l'illettrisme et de l'illectronisme. Cette journée a eu lieu le jeudi 16 septembre 2021 à Condé Espace (Condé-sur-Vire), et a reçu le soutien de la DRAC Normandie.
https://www.normandielivre.fr/16-septembre-2021-conde-sur-vire-journee-de-sensibilisation-sur-lilletrisme-et-lillectronisme/
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