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ISBN : 201321250X
Éditeur : Hachette Jeunesse (12/10/2006)

Note moyenne : 3.79/5 (sur 239 notes)
Résumé :
Périgord, 1815. Jacquou a huit ans lorsque son père est condamné aux galères et meurt au bagne quelques mois plus tard.
Le jeune garçon jure de se venger de l'arrogant comte de Nansac, responsable de l'arrestation de son père. Quinze ans plus tard, révolté par la misère et les mauvais traitements qui s'acharnent sur lui et les siens, Jacquou rassemble les paysans et les persuade de combattre la tyrannie du comte.
Cette version abrégée du chef d'œuvre d... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
Bigmammy
  19 septembre 2012
Je me souviens avoir lu ce classique de la littérature rustique voici vingt-cinq ans. Cependant, malgré les deux adaptations télévisuelle (Stellio Lorenzi en 1969) puis cinématographique (Laurent Boutonnat en 2007) qui eurent un certain succès, je ne me souvenais plus de l'intrigue et j'ai éprouvé un vif plaisir à relire cette terrifiante épopée jusqu'à sa fin, heureusement favorable pour le héros.
Plus même, en lisant dans cette édition des « Classiques de poche » les exposés introductifs d'Amaury Fleges et Emmanuel le Roy Ladurie, j'ai mieux compris le propos polémique et politique d'Eugène le Roy. Quelle ironie, enfin, pour cet auteur, fils d'un couple de domestiques du château de Hautefort devenu fonctionnaire du fisc, de porter ce patronyme alors que ses idées prônent l'affranchissement du peuple des sujétions de la noblesse et de la religion …
Une histoire âpre, terrible, de misère paysanne dans la première moitié du XIXème siècle. Un roman de la précarité et du malheur fondant si vite sur ceux qui n'ont ni bien ni terre, obligés de se louer à la journée, vivant de châtaignes séchées et de braconnage. La pauvreté en pays rural est pourtant bien difficile à appréhender dans ces temps de bouleversements politiques. Cependant, Jacquou le Croquant la rend bien tangible. La Dordogne est un pays pauvre, isolé, bien loin des courants de communication, dénuée de ressources naturelles. Les paysans y survivent très difficilement car « l'agriculture locale avec ses boeufs de labour (en guise de chevaux) et ses araires (charrues primitives) n'a qu'une faible productivité, malgré l'introduction plus ou moins récente des plantes d'origine américaine (maïs, pomme de terre). » et en plus, elle doit supporter ici les exactions d'un cynique nobliau local, l'ennemi juré de Jacques Ferral, le héros de l'histoire.
La trame du roman est simple : c'est celle d'une famille pauvre persécutée par le comte de Nansac, avide et fourbe, puis celle de la vengeance de Jacquou, le fils de celui qui est mort au bagne pour avoir abattu l'homme qui, par ordre de son maître, avait abattu sa chienne. Jacquou, élevé – au sens littéral du terme – par le bon curé Bonal (un prêtre « jureur » interdit par les maudits jésuites) qui fédère autour de lui toute la population avoisinante pour brûler le château. Mais Jacquou est un être noble, lui, et il épargnera la vie du diable local afin que celui-ci souffre plus que la mort trop douce en perdant tout son bien et sa dignité avec.
Connaissant bien la région, je me suis retrouvée comme chez moi dans ces forêts profondes et sans difficulté à lire cette prose surannée émaillée de termes patois le plus souvent explicités. le style est alerte et les situations haletantes. Eugène le Roy, quoique militant et produisant une oeuvre politique destinée à éduquer le peuple mettant en lumière une classe paysanne mythique et déjà, à l'heure où écrit l'auteur, en partie passée à la Révolution Industrielle, est aussi et surtout un conteur hors pair qui mêle habilement à son intrigue des événements à peine transposés. Cet été par exemple, nous avons visité la maison forte de Reignac où le seigneur local, sorte de Barbe-Bleue surnommé le Bouc de Reignac, subit le même sort que le sinistre Nansac.
Un roman classique du XIXème siècle, paru tout d'abord en feuilleton dans La revue de Paris en 1899 puis chez Calmann-Lévy en 1900, et qu'il est sans doute bon de mettre en perspective avec explosions populaires actuelles contre l'oppression de minorités politiques ou religieuses qui conduisent au désespoir les plus pauvres qui n'ont plus rien à perdre.
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cmpf
  06 décembre 2014
Un très grand plaisir de lecture. Vraiment.
Je connaissais comme beaucoup le film fait fin des années 60, et j'en avais retenu une histoire d'enfant, de grande pauvreté et de loups qui vous poursuivaient la nuit. Mais c'est bien plus que cela.
C'est la confession de toute une vie depuis les sept ans d'un petit paysan Jacques Ferral dit Jacquou. Les faits mais aussi ses opinions et considérations.
Ce livre est paru en feuilleton en 1899, époque où l'on s'interrogeait sur la place des paysans, leur implication dans la vie politique. Il est fait référence plusieurs fois aux différentes révoltes paysannes. La scène d'incendie du château ainsi que l'absence de condamnation pourraient paraître inventées mais elles sont inspirées de faits avérés du XIXème. le livre pourrait paraitre manichéen avec d'un côté les bons nobles le Chevalier de Galibert et sa soeur d'ailleurs issu d'une vieille famille qui s'éteint là et de l'autre les Nansac, paysans enrichis depuis deux générations ayant tous les défauts que l'on prêté aux nouveaux riches et pourtant je n'ai pas trouvé cela exagéré.
Les paysans avaient bien été parfois mis en scène dans la littérature mais par des écrivains qui ne connaissaient pas le monde paysan, Balzac et Zola en tête. Georges Sand confessait la difficulté à rendre le langage, soit on n'était pas compris des lecteurs, soit on n'était pas fidèle. Ici Eugène le Roy a réussi à mélanger des termes et des tournures du patois régional tout en étant parfaitement compréhensible.
J'ai appris qu'Eugène le Roy avait écrit d'autres romans régionalistes et des études sur la Dordogne. Je dirais volontiers ses autres romans.
Mon édition Les classiques de poche comprenait des gravures, une préface d'Emmanuel le Roy Ladurie et une présentation d'Amaury Fleges toutes deux fort instructives.
Lu dans le cadre du challenge ABC 2014-2015
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CDemassieux
  30 juillet 2015
« Croquant : paysan, rustre (péjoratif) ; paysan révolté sous Henri IV et Louis XIII dans le Sud-Ouest (historique) » (Le Robert dixit)
Jacquou est bien un révolté du Sud-Ouest, appartenant à une longue lignée du genre. Mais un révolté raisonnable, quels que soient les malheurs dont l'objet de sa vengeance – le comte de Nansac, nobliau opportuniste, cruel et sans scrupule – s'est rendu responsable. Nansac, c'est l'archétype atemporel du seigneur tout puissant : « le comte renouvelait, autant que faire se pouvait, la tyrannie cruelle des seigneurs d'autrefois. » Un potentat terrorisant la population locale.
Mais Jacquou n'est pas Edmond Dantès. Il a appris à avoir une conscience, ce qui explique sa modération dans sa vengeance, au regard des souffrances infligées par son ennemi de toujours. Mieux, il veut rendre justice au nom de toutes les victimes du comte. Il devient le porte-voix de ces miséreux qu'il côtoie depuis son enfance et dont il fait partie. Il est un personnage droit, capable de freiner ses instincts et les assujettir à son sens moral.
Car il a partagé la vie et le labeur de ces petites gens ; le sort réservé, sous la Restauration revancharde, à ces révoltés d'hier qui firent tomber beaucoup de « têtes bleues » ! Son serment, prononcé jadis avec sa mère à l'encontre de Nansac, d'abord personnel, se mue progressivement en une révolte au nom de ce peuple de damnés, accablé par le malheur et la soumission.
Cette conscience fine, Jacquou la devra à un homme d'Eglise ontologiquement bon : le curé Bonal, son protecteur, un saint homme au sens tant religieux que laïc. « Un paysan un peu instruit en vaut deux, sans compter que celui qui ne connaît pas l'histoire de son pays, ni sa géographie, n'est pas Français, pour ainsi parler », le préviendra-t-il. Le Roy écrit à une époque où le savoir avait encore quelque chose de sacré. L'instruction comme arme contre la domination. Et s'il est anticlérical, Eugène le Roy n'en ignore cependant pas la valeur sécurisante de la religion pour ces petites gens. Sauf qu'il entend séparer le vin de l'ivraie : le curé Bonal des obscurantistes et faux dévots.
Ainsi, Le Roy, à la différence des énervés de la table-rase du passé, respecte les traditions, lesquelles unissent ces travailleurs de la terre, si futiles peuvent sembler certaines de leurs superstitions. Ici donc, point de lutte des classes haineuse. Juste du pain pour tous et l'abolition de la servitude, avec une certaine méfiance pour le progrès incarné par la ville.
Jacquou, c'est aussi, en plus d'une aventure romanesque admirable, une étude de la vie rurale au XIXe siècle, loin des stéréotypes outranciers qu'on peut rencontrer dans Les Paysans de Balzac, par exemple.
Parlons maintenant de ce style où s'invitent le phrasé et le patois de ce Périgord si exactement rendu. Il provoque un effet de réel saisissant, Jacquou étant par ailleurs le narrateur de sa propre histoire.
« A la fois document historique et conte populaire » (Amaury Fleges, Présentation), Jacquou est un roman populaire qui élève les consciences au même titre que Les Misérables d'Hugo. On s'y frotte à un destin local qui prend progressivement une dimension universelle ; une histoire dont il restera toujours quelque chose, la marque des grandes oeuvres ; simplement belle, étant entendu que la beauté excède le cadre strict des mièvreries pseudo romantiques qui se vendent, hélas, comme des foies gras de Dordogne…en moins bon !
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BVIALLET
  14 avril 2012
Martissou, pauvre métayer périgourdin du comte de Nansac, vit dans une petite ferme avec sa femme et son tout jeune fils Jacquou. Pour survivre, il braconne un peu dans les forêts du comte, ce que lui reproche ce dernier, nobliau de très fraîche date, vu que son grand-père n'était qu'un misérable porteur d'eau de la ville de Périgueux et que son père a réussi à s'enrichir en trafiquant au moment de la Révolution et de l'Empire. le livre débute en 1815. Martissou abat le régisseur de Nansac parce qu'il venait de lui tuer sa chienne. Il écope de 20 années de bagnes sur les pontons malsains de Rochefort. Jacquou et sa mère en sont réduits à se cacher dans une cabane au fond des bois. Très vite, l'enfant se retrouve orphelin : le père ne survit pas au bagne et la mère meurt de chagrin. Il est recueilli par le bon curé Bonal qui l'élève comme un fils et lui apprend à lire et à écrire. le brave homme sera chassé de sa cure et renvoyé à la vie civile car sa trop grande charité évangélique fait du tort au reste du clergé local. A la mort de son bienfaiteur, plus rien n'empêchera Jacquou d'assouvir sa vengeance…
Publié en 1899, le chef d'oeuvre d'Eugène le Roy est un magnifique témoignage sur la dure réalité de la vie paysanne en Périgord au début du XIXème siècle. On y fait la découverte d'une misère noire, de la rapacité des possédants, des passions exacerbées et du désespoir qui amènent à ces révoltes récurrentes de Croquants, Jacques et autres…
Livre de facture très classique dont le style est très proche de celui des plus grands (Stendhal, Balzac ou Hugo), la langue magnifique nourrie d'un vocabulaire si riche qu'il fait mesurer l'appauvrissement actuel et truffée de patois. (L'éditeur a eu l'intelligence de mettre un petit glossaire à la fin.
Ce livre est édité en Folio-Junior alors qu'il n'a plus grand-chose qui puisse intéresser la jeunesse actuelle : longueur (360 pages bien denses), style qui n'a rien de moderne et surtout une moralité terrienne pleine de roboratif bon sens qui peut même passer maintenant pour carrément réactionnaire pour ne pas dire plus…
Lien : http://www.etpourquoidonc.fr/
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akialam
  19 février 2012
Parfois, je puise dans les classiques mes nourritures littéraires. Aujourd'hui, il s'agit de Jacquou le Croquant. Ayant vu le film de Laurent Boutonnat il y a quelques années et l'ayant fort apprécié, je m'étais dit (comme toujours) qu'il faudrait que je lise l'ouvrage. C'est chose faite aujourd'hui !
Ce livre dresse, à travers l'histoire de Jacques Ferral, dit "Jacquou le Croquant", un portrait humaniste de la campagne périgourdine du 19e siècle. Ecrasés par des hommes que l'opportunisme et le manque de scrupules ont fait nobles, asservis par l'église, dont les envoyés sont vénaux et égoïstes, les paysans du Périgord apparaissent comme des êtres misérables, luttant pour leur survie avec toutes les peines du monde. Cette lutte, forcément inégale lorsqu'ils se dressent contre des oppresseurs puissants, est vouée à l'échec.
Heureusement, il existe des nobles et des curés qui échappent à la règle, et c'est auprès d'eux que Jacquou grandit, ajoutant à sa condition paysanne une éducation rare dans ce milieu pour l'époque. Bien décidé à se venger du Comte de Nansac qui est la cause de tous ses malheurs, doté d'une capacité de réflexion développée par son éducation et animé d'une soif de justice qui entraîne ses compagnons d'infortune, Jacquou va devenir le symbole de cette lutte contre l'oppression.
Le livre que j'ai eu entre les mains est assurément une version commentée pour les scolaires. L'avantage est d'avoir plus d'informations sur certains termes de patois utilisés dans le livre. L'inconvénient c'est d'en avoir trop, et surtout, souvent les mêmes qui se répètent sans fin. Pour le reste, une fois passées les premières pages et habituée au langage rural, je me suis laissée emporter sans déplaisir dans cette histoire. j'ai suivi avec intérêt et indignation l'enfance terrible du héros, la misère de sa famille, et la dignité infinie avec laquelle sa mère ne cesse de se battre. On s'attache aux personnages, et cette histoire se déroulant au 19e, fait paradoxalement écho à d'autres histoires, actuelles et tout aussi révoltantes.
Lien : http://akialam.over-blog.com..
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Citations & extraits (3) Ajouter une citation
meyelebmeyeleb   27 août 2011
Et puis j’aimais ma forêt, malgré sa mauvaise renommée. J’aimais ces immenses massifs de bois qui suivaient les mouvements du terrain, recouvrant le pays d’un manteau vert en été, et, à l’automne se colorant de teintes variées selon les espèces : jaunes, vert-pâle, rousses, feuille-morte, sur lesquelles piquait le rouge vif des cerisiers sauvages, et ressortait le vert sombre de quelques bouquets de pins épars. J’aimais aussi ces combes herbeuses fouillées par le groin des sangliers ; ces plateaux pierreux, parsemés de bruyères roses, de genêts et d’ajoncs aux fleurs d’or ; ces vastes étendues de hautes brandes où se flâtraient les bêtes chassées ; ces petites clairières sur une butte, où, dans le sol ingrat, foisonnaient la lavande, le thym, l’immortelle, le serpolet, la marjolaine, dont le parfum me montait aux narines, lorsque j’y passais mon fusil sur l’épaule, un peu mal accoutré sans doute, mais libre et fier comme un sauvage que j’étais.
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BVIALLETBVIALLET   14 avril 2012
Liberté et pain cuit sont les premiers des biens. Manger le pain pétri par sa ménagère et fait avec le blé qu’on a semé ; goûter le fruit de l’arbre qu’on a greffé, boire le vin de la vigne qu’on a plantée ; vivre au milieu de la Nature qui nous rappelle sans cesse au calme et à la modération des désirs, loin des villes où ce qu’on appelle le bonheur est artificiel- le sage n’en demande pas plus.
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templierstempliers   02 mars 2009
* « Mon existence n'a point été sans peine, mais elle s'est écoulée du moins sans regrets et surtout sans remords, ce qui n'est pas peu de chose. »
* « L’égoïsme m’indigne, la méchanceté m’exaspère, l’injustice me révolte, la misère me saigne le cœur. »
* « Mes bonshommes sont des personnages, non d'imagination, mais d'observation. »
Eugène Le Roy
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Bande annonce : Jacquou le Croquant (2007)
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