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Critique de CDemassieux


CDemassieux
  30 juillet 2015
« Croquant : paysan, rustre (péjoratif) ; paysan révolté sous Henri IV et Louis XIII dans le Sud-Ouest (historique) » (Le Robert dixit)
Jacquou est bien un révolté du Sud-Ouest, appartenant à une longue lignée du genre. Mais un révolté raisonnable, quels que soient les malheurs dont l'objet de sa vengeance – le comte de Nansac, nobliau opportuniste, cruel et sans scrupule – s'est rendu responsable. Nansac, c'est l'archétype atemporel du seigneur tout puissant : « le comte renouvelait, autant que faire se pouvait, la tyrannie cruelle des seigneurs d'autrefois. » Un potentat terrorisant la population locale.
Mais Jacquou n'est pas Edmond Dantès. Il a appris à avoir une conscience, ce qui explique sa modération dans sa vengeance, au regard des souffrances infligées par son ennemi de toujours. Mieux, il veut rendre justice au nom de toutes les victimes du comte. Il devient le porte-voix de ces miséreux qu'il côtoie depuis son enfance et dont il fait partie. Il est un personnage droit, capable de freiner ses instincts et les assujettir à son sens moral.
Car il a partagé la vie et le labeur de ces petites gens ; le sort réservé, sous la Restauration revancharde, à ces révoltés d'hier qui firent tomber beaucoup de « têtes bleues » ! Son serment, prononcé jadis avec sa mère à l'encontre de Nansac, d'abord personnel, se mue progressivement en une révolte au nom de ce peuple de damnés, accablé par le malheur et la soumission.
Cette conscience fine, Jacquou la devra à un homme d'Eglise ontologiquement bon : le curé Bonal, son protecteur, un saint homme au sens tant religieux que laïc. « Un paysan un peu instruit en vaut deux, sans compter que celui qui ne connaît pas l'histoire de son pays, ni sa géographie, n'est pas Français, pour ainsi parler », le préviendra-t-il. Le Roy écrit à une époque où le savoir avait encore quelque chose de sacré. L'instruction comme arme contre la domination. Et s'il est anticlérical, Eugène le Roy n'en ignore cependant pas la valeur sécurisante de la religion pour ces petites gens. Sauf qu'il entend séparer le vin de l'ivraie : le curé Bonal des obscurantistes et faux dévots.
Ainsi, Le Roy, à la différence des énervés de la table-rase du passé, respecte les traditions, lesquelles unissent ces travailleurs de la terre, si futiles peuvent sembler certaines de leurs superstitions. Ici donc, point de lutte des classes haineuse. Juste du pain pour tous et l'abolition de la servitude, avec une certaine méfiance pour le progrès incarné par la ville.
Jacquou, c'est aussi, en plus d'une aventure romanesque admirable, une étude de la vie rurale au XIXe siècle, loin des stéréotypes outranciers qu'on peut rencontrer dans Les Paysans de Balzac, par exemple.
Parlons maintenant de ce style où s'invitent le phrasé et le patois de ce Périgord si exactement rendu. Il provoque un effet de réel saisissant, Jacquou étant par ailleurs le narrateur de sa propre histoire.
« A la fois document historique et conte populaire » (Amaury Fleges, Présentation), Jacquou est un roman populaire qui élève les consciences au même titre que Les Misérables d'Hugo. On s'y frotte à un destin local qui prend progressivement une dimension universelle ; une histoire dont il restera toujours quelque chose, la marque des grandes oeuvres ; simplement belle, étant entendu que la beauté excède le cadre strict des mièvreries pseudo romantiques qui se vendent, hélas, comme des foies gras de Dordogne…en moins bon !
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