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EAN : 9782070323289
640 pages
Éditeur : Gallimard (01/01/1985)
4.31/5   97 notes
Résumé :
Sorte de Maigret obsessif et compulsif, Jacques Fournier, évêque de Pamiers et bientôt pape sous le nom de Benoît XII, officie à la tête d'un tribunal poursuivant les hérétiques cathares de son diocèse. À Montaillou, village d'Ariège, vingt-cinq accusés sont interrogés : le tout est consigné par le scribe consciencieux dans les folios du registre d'Inquisition. Voilà la matière... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
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finitysend
  25 février 2014
Une véritable " bible " ...
Ce texte porte sur l'éradication de " l'hérésie " cathare En Pays d'Oc ....
C'est une intime exploration des pays d'oc au 13e siècle , par le petit bout d'un terroir . ..
Je précise que j'ai lu et relu ce livre dans l'édition grand format ( épuisée ) qui est beaucoup plus digeste du fait du format ( plus aéré ) et qui aussi et principalement contient une foule de notes méticuleuses et détaillées qui sont aussi passionnantes qu' elles permettent de s'approprier le sujet et d'y évoluer de manière autonome . Dans ces notes il y a de nombreux extraits d'archives ..
Entre 1208 et 1249 le sud de la France est l'objet d'une véritable croisade car le Languedoc avait été conquis assez profondément par la religion cathare .
A l'issue de cette croisade le Languedoc serra rattaché au domaine royal le catharisme serra éradiqué par le sang et la répression violente ...
C'est une véritable apocalypse pour cette province à la riche et très ancienne civilisation ...
Tout est bouleversé à l'issue de cette croisade et le pays est définitivement mis en coupe réglée après avoir été saigné à blanc ( c'est un euphémisme ... ) . Les élites du pays sont ravagées .. La terre est labourée jusque la roche sous l'humus pour extirper toute résistance , même les routes commerciales sont redéfinies . Bref c'est tout un monde qui a sombré .
On ne saurait trop insister sur le caractère excessivement meurtrier du rattachement et de la subordination au pouvoir royal de cette grande province ..
Mais c'est un territoire meurtri qui tombe dans les mains du roi .
Après la guerre vient la paix mais le pays reste longtemps considéré ( " à juste titre " ) comme hérétique et il subit les affres de l'inquisition après la conquête .
District après district et suite à des enquêtes ... à des dénonciations : les âmes sont examinées dans les moindres détails et les moindres coins et recoins ( des esprits comme des terroirs ) ...
Je crois qu'il serait déplacé de faire ici un exposé sur les cathares .. la croisades ... l'inquisition .. le caractère hautement traumatique du rattachement du Languedoc au domaine royal ..
Il convient plus à mon avis d'insister sur les innombrables qualités de cet ouvrage ....
Dans l'évêché de Pamiers en Ariège les archives de l'inquisition conservent la trace du passage au tamis des consciences de ce village qui dû répondre aux questions des inquisiteurs ou ( et ) passer au bûcher ..
A la lecture de Montaillou il y une chose que l'on comprend : c'est que l'enfer est sur terre et pas dans le monde à venir !
Les interrogatoires portent sur tous les aspects de la vie et de la mort car c'est une enquête sans limites que celle qui est autorisée pour débusquer l'hérésie ...
C'est également une UNIQUE occasion de pénétrer et presque toucher et entendre ces gens parler de leur voisins .. de leurs intérieurs .. de leur pensées ... de leurs péchés ... de leur seigneurs ... de leurs soucis .. de leurs bêtes .. de leurs plaisirs ( même les plus coupables ) et des cathares bien sûr ...
Cet ouvrage vous permettra de mesurer l'ahurissante violence du totalitarisme absolu et méticuleux déployé par l'institution ecclésiale en générale et pontificale en particulier . Avec deux épicentres de gravité de particulièrement forte intensité : La destruction du judaïsme espagnol et le Languedoc avec Les Bons hommes , susnommés les cathares .
Montaillou village occitan est le mémorial d'un pays dont le sol fut labouré avec son propre sang et c'est une expérience médiévale ( d'une intense et unique intimité ) et s'il existe un enfer ou les égarés brulent , soyez certains que les membres de l'inquisition sont parmi eux à bruler depuis tout ce temps . ...
Si vous ne deviez lire qu'un seul texte sur le moyen âge c'est celui-ci qu'il faudrait lire !
PS : Je recommande l'Edition Nrf Gallimard ( épuisée ) , car elle aussi fouillée que agréablement aérée et digeste .
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zenzibar
  05 janvier 2021
La tragédie cathare est un fait majeur qui demeure encore censuré dans son contenu et sa signification par l'histoire officielle. Constat ô combien symbolique, sur le site de Montségur où en 1244 à l'issue d'un siège de près d'une année, 230 hommes et femmes furent brûlés vifs, il n'y a pas l'ombre d'une plaque commémorative étatique.
Imagine t-on le site d'Oradour sur Glane laissé ainsi aux seules initiatives locales ?
Par conséquent, cette contribution d'historien de la notoriété d'Emmanuel Leroy Ladurie est une bénédiction. même si elle se « limite » à un sujet a priori peu attractif, le quotidien d'un obscur village perdu dans l'Ariège entre 1294 et 1324. Pas très excitant, ce village occitan ? Ce serait infiniment dommageable d'en rester aux apparences, car il s'agit de la restitution d'un travail monumental.
Ce livre est le fruit d'une exploitation minutieuse des annales de Jacques Fournier, inquisiteur chargé de porter le fer et le feu au nom de Dieu, ce village de Montaillou ayant été identifié comme un repère d'hérétiques.
Des personnages reprennent vie avec un réalisme confondant ; personnages hauts en couleur, au sang chaud, avec des coups tordus mais aussi une solidarité et des élans spirituels authentiques.
Une fresque en 3D où le talent de l'auteur met le lecteur dans l'intimité de ces Montaillounais, une ambiance rustique, des odeurs acres, les corps si souvent en contact dans ses gestes domestiques du quotidien comme l'épouillage mais aussi la libido qui s'exprime, faisant fi des interdits religieux et de l'état civil, des barrières sociales...
Cette fresque fait ainsi revivre les frères Clergue, véritables « parrains » du village ; l'un, Pierre est le curé, dépositaire de l'autorité spirituelle et beaucoup plus, il est aussi hyperactif sexuellement L'autre est Bernard, bayle, c'est-à-dire responsable du maintien de l'ordre, une sorte de sherif. Les Clergue jouent double jeu vis-à-vis du pouvoir et de l'Eglise. Ils soutiennent les croyants cathares.
C'est l'intérêt majeur de ce livre de mettre en évidence la complexité du fait cathare et plus généralement des relations humaines dans le monde rural de ce qui ne s'appelle pas encore l'Occitanie.
Certes, il existe le choc des convictions et sensibilités spirituelles. D'un côté la foi des parfaits inspirées aux lointaines sources antiques de la gnose, aux révélations de Zoroastre et de Mani ; de l'autre, le rouleau compresseur de l'Eglise institutionnelle et le fer et le feu qu'elle met en oeuvre.
Mais le mouvement cathare c'est aussi un quotidien, comme à Montaillou où les liens féodaux ne sont pas exclusivement verticaux, « institutionnels ».
Les Clergue en ces années-là sont au centre de ces relations. Béatrice de Planissoles, la châtelaine, sympathisante cathare fut la maîtresse de Pierre Clergue le curé. Vies affectives entrelacées, plus généralement porosité des relations humaines nullement pétrifiées par les statuts sociaux. Les bergers comme l'emblématique Pierre Maury, mènent une vie qui n'est pas garrottée par les servitudes féodales. La transhumance des troupeaux qui les conduit régulièrement de chaque côté des Pyrénées ; une vie très rustique, mais qui offre des espaces de liberté et un art de vivre.
Dans ce contexte de vie simple, il n'est pas étonnant que l'Église, le faste papal, le tribu de la dîme qui permet d'entretenir cette richesse, le commerce des indulgences fussent peu appréciés. Par contraste les idéaux austères des parfaits sont plus en phase avec le quotidien de ce monde rural.
Pour autant, cet idéal dans ses aspects les plus exigeants est vécu par procuration, « inutile donc pour les simples croyants de mener une vie exemplaire » (p. 541)
« Si Pierre aime les Parfaits, c'est entre autres raisons, parce qu'ils mettent en pratique un idéal de pauvreté laborieuse que renient les Frères mendiants, qui l'avaient pourtant prêché non sans feinte ardeur. » (p. 177).
Mais les sympathisants cathares de Montaillou ne cultivent pas l'idéal de pauvreté comme un absolu transcendant. Si le choix de la pauvreté est louable, c'est surtout le fait d'accepter les conditions précaires imposées par l'existence terrestre qui importe, se détourner de l'argent qui corrompt.

Ces parfaits, ces « bonhommes » assument aussi le rôle d'intermédiaire avec Dieu, nos sympathisants hérétiques ne sont pas des huguenots avant l'heure, comme des raccourcis trop évidents pourraient le suggérer.
La perfection n'étant toutefois pas de ce monde, les Parfaits peuvent aussi avoir des petits arrangements….Guillaume Bélibaste, le dernier Bonhomme, qui fut brûlé en 1321, demanda à son ami Pierre Maury d'assumer le rôle de père de son enfant, un Parfait devant mener une vie chaste…
Le livre permet aussi de nuancer certains stéréotypes sur les conditions de vie à cette époque.
Les impératifs d'une société agricole pèsent, les moissons, les récoltes, la gestion du bétail requièrent beaucoup d'investissement aux moments clés et on devine qu'il s'agit d'une économie à l'équilibre précaire, les surplus quand ils existent, sont très relatifs. Pour autant, selon l'auteur, la population s'offre régulièrement de moments de détente, les Montaillounais ne se tuent pas à la tache toute l'année, tous les jours ; sans parler de symphonie pastorale, une certaine douceur de vivre éclaire le paysage.
En dépit d'une lecture au long cours exigeante, on laisse les Montaillounais avec regret, on sait que la tempête va s'abattre, toute la population sera raflée et à cet égard on aurait aimé connaître la destinée des principaux intervenants. Au fil des pages l'intérêt, l'attachement du lecteur se développent vis à vis de ces Montaillounais.
Le contexte de l'actuelle pandémie a manifestement donné officiellement ses lettres de noblesse au livre en qualité d'objet essentiel. Ce livre d'Emmanuel Leroy Ladurie correspond parfaitement à cette appellation, un modèle du genre, à notre époque où le travail d'information est si souvent baclé, vite fait, mal fait
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Celkana
  08 août 2015
Une somme ce livre et quelle somme! E. le Roy Ladurie nous transporte donc fin XIIème siècle, début XIVème siècle, dans un petit village de montagne ariégeoise, perché à 1300 m et "infesté" par l'"hérésie cathare".
Cette fantastique étude historique, sociologique, ethnographique est rendu possible grâce à un registre bien particulier, celui de l'évêque Jacques Fournier qui retranscrit intégralement toutes les "discussions et interrogatoires qu'il eut avec les habitants de Montaillou, le village aux croix jaunes, signes distinctifs pour les personnes persuadées d'hérésie cathare.
Le génie et le talent d'E. le Roy Ladurie est de nous raconter et de nous expliquer, tel un roman presque, ce qui s'est déroulé lors de cette période, sur un microcosme bien particulier, sans que cette lecture ne soit pas fastidieuse, au contraire!
C'est passionnant, instructif, parfois drôle, et étonnant aussi. J'ai adoré!
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Epictete
  27 décembre 2013
Quand on s'intéresse au terroir, à l'histoire, aux religions, on croise automatiquement les Cathares et la région de ce village que l'on appelle Montaillou.
Une source de culture, mais aussi une lecture facile agréable et passionnante. J'aimerais bien en trouver d'autres de cette qualité, pour passer d'autres très bons moments.
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castotlenka
  08 mars 2020
Montaillou, petit village d'environ 250 âmes, juché à 1300 m d'altitude dans le comté de Foix, actuel département de l'Ariège. En ce début de XIVè siècle, on s'y épouille allègrement en échangeant des propos sur la foi, le salut de l'âme, l'avidité des prêtres et les paroles des Bonshommes, ceux qui prêchent, dans une tentative de renouveau de l'hérésie albigeoise. Ce microcosme en pays d'Oc va être "photographié" pour la postérité par l'inquisiteur Jacques Fournier, futur Benoît XII en Avignon, venu lutter contre les étincelles renaissantes du catharisme. Sur la base des témoignages recueillis par cet homme, Emmanuel Leroy-Ladurie élabore une monographie tellement passionnante et passionnée qu'elle se transforme en roman sociologique et historique, qui nous retranscrit la vie des personnages, attachants pour certains, ambigus pour d'autres, qui peuplent ce petit village. C'est une lecture qui demande du temps car l'auteur travaille à étudier avec précision toutes les structures économiques, sociologiques, politiques, géographiques et religieuses. Mais ce travail détaillé, savant et exigent reste d'un bout à l'autre passionnant et nous rapproche au maximum de nos lointains ancêtres occitans. Et ce, probablement, parce qu'il est clair que l'auteur, au-delà de la curiosité intellectuelle, a su rester attaché à tout moment à la profonde humanité des habitants de Montaillou.
"Montaillou, c'est l'événementiel des petites gens ; le tremblement de la vie, restituée par un texte exemplaire et répressif qui constitue, en langue latine, l'un des monuments de la littérature occitane. Montaillou, c'est l'amour de Pierre et de Béatrice, et c'est le troupeau de Pierre Maury. Montaillou, c'est la chaleur charnelle de l'ostal, et la promesse cyclique d'un au-delà paysan, L'un dans l'autre. L'un portant l'autre."
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
LydiaBLydiaB   16 juillet 2013
L'éthique cathare, théoriquement, est en vogue à Montaillou. Elle tolère qu'on mange du poisson ; mais elle interdit le lard et la viande de boucherie : consommer l'animal, ce serait, dans l'optique albigeoise, léser l'immense circulation d'âmes qui s'établit normalement à travers les oiseaux, les mammifères et les hommes, grâce au principe de la métempsychose.
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CelkanaCelkana   31 juillet 2015
Les discriminations de longue durée qu'introduira plus tard l'école paroissiale, réservée par préférence aux garçons, n'existent pas ou pratiquement pas. Le discours féminin est donc, à cette période, tout aussi chargé de sens et de sérieuxque le discours masculin. Car le premier n'est pas encore devalorise par la scolarisation, qui magnifiera le second.
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tristantristantristantristan   23 décembre 2019
La maison possède aussi des dépendances variées: une cour ou basse-cour la jouxte: on y prend le soleil en compagnie des volailles. Elle est généralement décorée d'un tas de fumier sur lequel grimpe, telle servante curieuse, qui peut espionner ainsi, au niveau du solier, ce que ses patrons et les parfaits se racontent les uns aux autres.
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castotlenkacastotlenka   26 octobre 2019
Chaussé, seul luxe qu'il se permette, d'une paire de bons souliers en cuir de Cordoue, qui facilitent ses longs voyages, détaché des biens de ce monde, insoucieux d'une arrestation future et presque inévitable que lui décernera l'Inquisition, menant une existence passionnante et passionnée, Pierre Maury est un berger heureux. Grâce à lui, en compulsant les vieux textes de Jacques Fournier, j'ai rencontré en milieu populaire l'image fragile d'un certain bonheur d'Ancien Régime.
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tristantristantristantristan   23 décembre 2019
L'usage de parcelles du corps humain, en vue de préserver simultanément la continuité du lignage et celle de la maison se rattache à d'autres rites magiques du même ordre; ils sont en usage dans le folklore occitan. Béatrice de Planissoles conserve le premier sang menstruel de sa fille comme philtre d'amour pour ensorceler le futur gendre; et les cordons ombilicaux de ses petits-fils comme talismans pour gagner ses propres procès. (...) A une époque récente encore, les jeunes filles languedociennes mettaient une goutte de leur sang ou une raclure de leur ongle dans un gâteau ou dans un breuvage, afin de se faire aimer d'un garçon*.
*cet usage est cité par Henri de Saint-Blanquat, La vie des hommes, hachette, 1972, p.42
p. 62
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