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Stéphane Brault (Traducteur)
ISBN : 2374981010
Éditeur : Wombat (18/01/2018)

Note moyenne : 4.5/5 (sur 4 notes)
Résumé :
A Plutoria, métropole imaginaire des Etats-Unis, une minorité de notables et d'affairistes se réunissent au sein du club du Mausolée pour s'accaparer la richesse collective et détourner la démocratie en leur faveur. Une galerie de personnages qui incarnent la transformation des moeurs engendrée par le capitalisme. Un roman écrit en 1914.
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
CDemassieux
  12 février 2018
C'est l'histoire de Plutoria, une ville idéale des États-Unis – exclusivement dans les quartiers tenus par « l'élite des citoyens », car ailleurs vivent ces « larbins trop gâtés » qui, un jour, se « soulèveront contre la tyrannie des classes aisées », provoquant la chute d'une société si bien huilée, comme le souligne fort justement un homme bien né et révolté qu'on lui apporte des asperges froides.
Or donc, dans ce Pleasantville pour nantis, il existe une artère sacrée où toute la bonne société s'épanouit : Plutoria Avenue. Là se font les spéculations douteuses et les fusions non moins douteuses, qui frappent partout, même dans les églises, dont le produit des quêtes sert à gaver les détenteurs d'actions et obligations de cette entreprise finalement comme les autres. Ainsi, les aides aux pauvres ne sont plus des dons désintéressés mais des « charges ». Fallait y penser !
Parce que dans cet univers décomplexé de l'argent-roi, on peut bien perdre son temps mais pas son argent ! Sauf s'il s'agit d'une dématérialisation de bijoux pratiquée par un escroc aux pouvoirs « occultes » – on dit « désastraliser », ce qui est joliment formulé pour un vol ! Ces dames du beau monde sont effectivement prêtes à croire n'importe quelles sornettes bien maquillées pour tuer l'ennui. Un ennui qu'on traîne de somptueuses propriétés en très somptueuses propriétés, à la ville ou à la campagne, lorsqu'on est prêt, dans ce dernier cas, à « vivre à la dure » en se contentant d'un luxe (dé)raisonnable au beau milieu d'une nature privatisée.
Il se trouve bien, parfois, un révérend pour moraliser ce petit monde, prêchant avec une abnégation et un désintérêt qui forcent le respect, sauf quand on lui propose une place mieux rémunérée ailleurs et qu'il lance les enchères, ce qu'il appelle « attendre la lumière ». Quelle compréhension fine des Saintes Écritures ! Eh oui, tout est argent à Plutoria Avenue, même dans la maison de Dieu, où les fidèles s'inclinent, « le visage contrit, en songeant à toutes ces fusions qu'ils n'ont pas effectuées et à tous ces actifs immobiliers qu'ils n'ont pas acquis par manque de foi ». C'est beau le repentir, tout de même ! Quant aux indigents, on peut les traiter de « propres à rien », ça devient une « invective splendide ».
Et puis il y a l'université, dotée de grandes salles vides et de plus petites remplies à ras-bord, évoluant au gré de la folie des grandeurs de son recteur, avec des enseignants qui n'aiment pas les grands groupes d'étudiants et d'autres les petits, et surtout où il faut veiller à ne pas poser de questions aux éminents professeurs, certains d'entre eux risquant une crise d'apoplexie.
Parlons aussi de l'intérêt géologique de ces gens-là, lorsqu'ils croient trouver un gisement d'or sur le terrain d'un pauvre gars soudain enrichi et qui n'en demandait pas tant, à tel point qu'il fait tout son possible pour perdre sa fortune car sa colline et sa modeste demeure lui manquent. Un imbécile qui ignore les bienfaits de l'oisiveté opulente qu'on vient étaler dans le club du Mausolée et à l'hôtel Grand Palaver, en brassant du vent et toujours de l'argent.
Enfin, il y a l'apothéose du « Grand ménage », où l'auteur démonte les supercheries des puissants qui, sous couvert de moralisation de la vie politique – ça vous parle ?! –, s'arrogent le pouvoir politique pour l'extirper de la corruption qui le gangrène afin de lui substituer…une autre corruption ! Ceci, bien entendu, accompli dans les règles de l'art démocratique, ce qui donne « les élections les plus honnêtes et les plus libres jamais tenues dans la ville de Plutoria » où « des groupes d'étudiants armés de battes de base-ball entourèrent les bureaux de vote pour s'assurer que tout le monde jouerait franc-jeu ».
Vous l'aurez compris, ce roman truculent, commis par un professeur d'économie politique au début du XXe siècle, dresse une galerie de portraits hauts en couleur à seule fin de démontrer l'inanité du capitalisme débridé. Cependant, au lieu d'infliger un récit moralisateur, Stephen Leacock prend le parti d'en rire. Un rire qui nous fait grincer des dents, nous autres au XXIe siècle. Et de chanter en choeur le tube des Poppys : « Non, non, rien n'a changé »… !
Car cette horde de malfaisants propres sur eux règne encore sur nos têtes besogneuses et soumises à ce grand tout qu'est l'ultralibéralisme, dont on mesure année après année les bénéfices !
Dans sa postface datée de 1989 – en fin de volume –, Gerald Lynch résume remarquablement la démarche de Leacock, qui décrit si prophétiquement les maux dont nous sommes, aujourd'hui, accablés : « Au pays des riches oisifs nous révèle le genre de monde moderne qui résulte de la perte des valeurs non matérialistes, telles que le sens communautaire, la charité, le romantisme et la solidarité familiale. » C'est-à-dire un monde où tout se consomme et se pense en termes de profits.
Il n'empêche, c'est désespérant de lire un roman écrit il y a plus d'un siècle et de s'y voir dedans comme dans un miroir…
PS : la lecture de ce livre devrait être obligatoire pour tous ceux qui n'ont pas encore vendu leur conscience morale sur le Bon Coin !
(J'adresse mes remerciements à Babelio et aux éditions Wombat pour le présent ouvrage)
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Commenter  J’apprécie          20
Lekarr
  19 février 2018
Stephen Leacock - 1869-1944 - écrivit « Au pays des riches oisifs » en 1914, époque désormais bien lointaine où le capitalisme et les bouleversements socio-économiques qu'il induisit n'en étaient encore qu'à leurs balbutiements. Pourtant, la société de nantis qu'il dépeint dans son roman, le monde des affaires et de la finance qu'il nous montre, tout cela ressemble à s'y méprendre à ce que nous connaissons encore aujourd'hui. Et oui ! Cent ans sont passés sans presque aucun changement. Comme il est triste de constater que malgré les progrès techniques et médicaux, malgré une meilleure éducation des masses et une plus grande circulation de l'information, une part toujours plus importante de la population mondiale vit dans la misère. Comme il est douloureux de songer que malgré deux guerres mondiales et quelques révolutions, la même classe et les même dynasties sont parvenues à conserver leurs privilèges, phagocytant le pouvoir et accumulant les richesses.
Cette classe dirigeante, ces « riches oisifs », l'auteur a choisi d'en faire la critique par le biais d'une satire sociale amusante et néanmoins extrêmement corrosive. Avec un humour gentiment féroce et un air de ne pas y toucher il brocarde la grande bourgeoisie de Plutoria, ses petits défauts et ses grands travers. Et qu'importe si Plutoria n'existe pas vraiment. Elle a quantité de soeurs jumelles, en Europe ou de l'autre côté de l'Atlantique. En fait, on retrouve un peu partout dans le monde ces havres de paix où tout n'est que luxe, calme et volupté, avec leurs avenues ombragées, leurs villas somptueuses et leurs mignonnes églises où l'on vient davantage pour se montrer que pour se recueillir.
Les heureux membres de ce monde parfait où l'on vit entre soi, Leacock les égratigne les uns après les autres. Il le fait d'une manière redoutablement subtile et l'on en viendrait presque à plaindre ces riches inutiles tels le pauvre Peter Spillikins qui passe à côté du véritable amour pour s'être laissé aveugler par le strass et les paillettes, la ridicule Mme Rasselyer-Brown victime d'un excès de spiritualité ou encore les Newberry qui acceptent la tyrannie horticole de leur jardinier pour le seul plaisir d'en mettre plein la vue à leurs hôtes. Mais il y a aussi des universitaires imbus d'eux-mêmes et des curés mondains, des directeurs de clubs selects et de riches héritières, toute une kyrielle d'individus égoïstes et superficiels mais aussi fort drôles et, disons-le, plutôt sympathiques.
Heureusement le dernier chapitre nous rappelle fort opportunément leur véritable nature, celles d'hommes et de femmes prêts à tous pour maintenir leur statut social, y compris recourir à la corruption et à la concussion. Ils sont les ancêtres de ceux et celles dont les noms s'étalent à la une de la presse people ou dans les pages de l'actualité politico-judiciaire de nos magazines, nous prouvant sans conteste que ce roman demeure d'une surprenante actualité.
En rééditant cette moderne antiquité les éditions Wombat nous rappellent qu'il ne faut jamais cesser de se moquer des puissants, surtout lorsqu'ils nous prennent pour des cons. Ca ne change peut-être pas les choses mais ça permet d'en rire. Toujours ça de pris !

Lien : http://sfemoi.canalblog.com/..
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Stemilou
  15 février 2018
Quel est donc ce livre à la couverture si particulière qui a tant attiré les regards dans le métro. Au pays des riches oisifs est un roman paru pour la première fois en 1914 raconte en quelques chapitres l'histoire de riches personnages dans une ville imaginaire des Etats-Unis: Plutoria. Une ville où l'oisiveté est signe de bonne santé mentale, où l'argent ne se comptent plus tant il y en a, et où la morale est assez particulière. Tout peut être acheté, on dépense à tout va sans jamais faire attention au montant mais attention il faut sauvegarde son âme alors l'église est d'une importance capitale.
Cette satire mordante de l'élite d'un pays s'appuie sur le goût démesuré pour ce qui est matériel, mais aussi la puissance et le contrôle. Rien d'original dans cette critique de la bourgeoisie mais la plume de l'auteur est tout simplement délicieuse tant la bêtise y règne maître sur Plutoria Avenue. Attention tous les secteurs sont touchés: l'Université cherchant à tout va des financements pour financer telle ou telle chose, les deux Églises se disputant les ouailles, les politiques et industriels de mèche bien entendu. Bref tout ce qu'il peut y avoir de corrompu et gangrené par l'argent y est représenté ici avec un humour qui ne laisse pas indifférent.
1914 c'est effectivement vieux, plus de cent ans .... incroyable. Et pourtant c'est toujours d'actualité, on en arriverait même à les plaindre ces riches oisifs.
Lien : http://stemilou.over-blog.co..
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critiques presse (1)
Actualitte   24 janvier 2018
2018 se présente comme une joyeuse année pour certains. Mais ces gens ne sont rien, en regard des riches oisifs de Stephen Leacock.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (1) Ajouter une citation
jeinusjeinus   19 février 2018
Le luxe ! Ah oui ! C'est la grande malédiction de notre époque : la croissance effarante du luxe, l'accumulation écoeurante de la richesse, la facilité avec laquelle toutes ces immenses fortunes se constituent. C'est notre ruine à tous qui se profile à l'horizon. Croyez-moi, tout cela va assurément se terminer par une immense catastrophe. Je suis absolument convaincu, monsieur, que notre civilisation moderne va sombrer dans une épouvantable catastrophe sociale.
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