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Critique de Soleney


Soleney
  20 juin 2016
Le hasard a fait que Lydia est devenue gouvernante chez M. et Mme Neige. Outre le comportement tyrannique et aléatoire de Madame, l'expérience se passe plutôt bien, et une fois que la maison est vendue, Lydia et son mari (jardinier dans le même domaine) vont tenter de la renouveler. C'est ainsi qu'ils tombent sur un enchainement de patrons pires les uns que les autres. De la harpie qui passe son temps à hurler après ses domestiques à l'indifférente qui ne leur adresse jamais la parole et ne croise jamais leur regard, en passant par le couple qui veut faire des économies sur leur dos, Lydia et Joseph ont peut-être vu le pire de l'espèce humaine… Qui est, paradoxalement, le gratin de la société.

Mais contrairement à ce qu'on pourrait croire, le pire ce n'est pas le patron. C'est la dépendance des domestiques. La plupart sont logés sur place. « Une aubaine ! » pourrait-on s'exclamer, puisque le cadre est féérique. « Un traquenard », réalisera-t-on une fois qu'on aura compris que démissionner signifie aussi devenir SDF. Une bonne partie des collègues du couple Lecher étaient étrangers – on se demande pourquoi. Tout ce petit monde est exploité autant que possible. Droits du travail ? Connais pas. Signer des contrats avant l'embauche ? Pour quoi faire ? Comment ça, les gens normaux travaillent 35h par semaine ?
Les heures sup' ne sont pas payées, ceux qui ne connaissent pas les lois du pays ne sont pas déclarés, sont rabaissés à longueur de journée, et les horaires sont minables. Avoir une vie de famille est exclu. Pour exemple, un des collègues de Lydia est arrivé en France il y a quelques années avec sa femme et sa fille. Pour leur permettre d'avoir un petit cagibi où dormir, il bosse plus de 70 heures par semaine sans congés et ne les voit presque jamais. Pourtant, « c'est pire là d'où je viens. »
Est-ce que c'est normal, de traiter un être humain de cette manière ?
Il semblerait que oui, puisque les syndicats « oublient » de passer dans ces villas pour surveiller les conditions de vie des salariés. Quelques pattes auraient-elles été graissées ?

Devant la masse d'exigences inhumaines de ces nom si connus de la mode et du showbiz, on ne peut que s'interroger : est-ce que l'argent rend fou ? Est-ce que le pouvoir rend les gens malsains ? Profite-t-on mieux de la vie et des relations humaines en étant pauvres ? L'argent est-il une malédiction ?

Lydia en a terminé avec ce travail. On peut dire que c'est en partie grâce à sa famille (Joseph et elle se soutenaient mutuellement pour le bien de leur fille), mais aussi grâce à sa force de caractère. Au cours de sa carrière, elle a constaté que de nombreux domestiques sont totalement dépendants de leurs maîtres – matériellement et psychologiquement. Beaucoup de femmes sont tellement admiratives de Madame qu'elles semblent ne plus entendre les insultes ou sentir les coups. Madame est une déesse, et chacune se bouscule pour avoir Ses grâces. On ne conteste pas Ses ordres, même les plus ridicules. On s'empresse d'obéir, même en plein milieu de la nuit. Et on ne pense même pas à se plaindre, non, non, non ! On a énormément de chance de la servir quand tant de femmes ne la rencontreront jamais.
Lydia n'est pas comme ça. Elle est plutôt du genre à élever la voix quand quelque chose ne va pas, proposer des solutions pour travailler plus efficacement, et démissionner quand la situation devient par trop intenable. En bref : elle n'était pas faite pour ce métier.

Cette expérience malheureuse lui aura au moins permis de voir l'envers du décor des villas et d'avoir l'audace d'en parler. On ressort de ce livre avec l'envie de l'envoyer par la Poste aux syndicats du travail. Au pays des Droits de l'Homme, on ne peut pas laisser les choses se passer ainsi.
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