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EAN : 9782369563112
272 pages
Editions Intervalles (18/02/2022)
3.51/5   38 notes
Résumé :
Tomas Fischer part se réfugier dans une ville isolée et lointaine après la disparition de sa famille. Il s'installe à Lasciate où la vie semble à l'arrêt : on s'y ennuie beaucoup, les voitures roulent au ralenti et l'alcool y est en apparence interdit.
Tomas entame une nouvelle vie, clandestine, dans les marges de Lasciate, où son statut interlope lui permet de rendre bien des services. Mais Lasciate n'est pas une ville comme les autres, même si les politiqu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
La vie n'a plus de sens pour Tomas. Céline, Elsa et Théo, victimes d'un accident de voiture, l'ont laissé seul à la dérive. Après quelques moments d'errance, le départ s'impose. Quitter ce qui lui rappelle indéfiniment son bonheur perdu.
La ville où il pose ses valises est étrange, grise, terne, aseptisée. Tout est lisse, et uniforme, les bâtiments, les vêtements que portent les résidents. Lasciate, Tomas l'apprendra bientôt se distingue du reste du monde par une caractéristique qui explique l'étrangeté ressentie.

Tomas s'installe en clandestin. Après avoir pour un temps aidé d'autres clandestins, les amis qu'il côtoie lui propose un marché insolite et perturbant…

Il serait dommage d'en révéler plus. Et pourtant ce secret abrité derrière les murailles désespérantes de la ville somnolente est un alibi de choix pour de longs débats philosophiques autour de notre condition humaine.

C'est aussi un hymne à la diversité, au désordre pittoresque, à tout ce qui éveille les sens et donne une saveur à notre passage éphémère dans ce monde.

Ce premier roman est une brillante leçon de vie, passionnante et questionnante.

Lien : https://kittylamouette.blogs..
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Tomas Fischer se retrouve du jour au lendemain confronté à la mort accidentelle de sa femme et de ses deux enfants, le plongeant dans un profond désespoir.

Pour survivre, il décide de se reconstruire ailleurs, si tant est que ce soit possible après un tel choc, et atterrit à Lasciate, ville morne et triste, qui sied très bien à son malheur.

Il a le statut d'immigré et comprend très vite que cette ville inhospitalière aux moeurs étranges n'est pas tout à fait comme les autres et recèle un secret.

Je vais m'arrêter là car en dire plus gâcherait le plaisir de qui souhaiterait lire ce surprenant et très réussi premier roman...

Baptiste Ledan nous offre un récit aux frontières des genres de la science-fiction et de l'essai métaphysique. Pas d'inquiétude, il s'agit d'une lecture accessible, au propos philosophique pertinent, teinté d'humour. Et c'est bel et bien un roman avec sa galerie de personnages attachants et à l'intrigue bien ficelée.

Un texte simple et intelligent à la fois, qui me laisse une sensation de douce mélancolie et m'amène à me questionner sur la mort, le sens de la vie, l'amour...

Bravo à Baptiste Ledan ! Un auteur à suivre de près, vraiment prometteur.

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N°1718 – Février 2023

La vie suspendueBaptiste Ledan- Éditions Intervalles.

Depuis la mort de son épouse et de ses deux enfants, Tomas Fischer est seul au monde, sa vie n'a plus de sens et il aspire à quitter sa ville et ses souvenirs pour s'installer dans une cité-état érigée en république indépendante, lointaine et isolée, pleine d'interdits, de codes et de choses étranges, Lasciate, qu'on peut traduire de l'italien par  oubliée ou abandonnée. Après quelques jours dans sa nouvelle résidence qui n'a pourtant aucun attrait tant elle est quelconque, grise, désespérante, il éprouve le besoin de s'y installer définitivement, mais sa vie ici ne peut être que clandestine parce que les étrangers y sont indésirables. Il s'ingénie donc à y devenir invisible dans une cité vouée à l'immortalité grâce à une immunisation, lui le mortel parmi les immortels, mais une opportunité s'offre à lui qu'il saisit spontanément autant par volonté de rendre service que de consolider son nouveau statut. Il se rend donc indispensable, ce qui lui vaut l'estime de tous et une bonne situation financière dans cette ville de l'éternelle jeunesse où la mort est l'exception et l'éternité la règle générale, mais où il choisit volontairement de me pas profiter de l'opportunité offerte à tous. Il trouvera l'amour, se mariera, fera sa vie, vieillira et mourra comme un humain ordinaire, ce qui ne sera pas sans l'amener à s'interroger sur cette société lascebberote et sur lui-même, sur ses contradictions existentielles, sur ses choix, sa culpabilité.
C'est une fiction dans laquelle je suis entré de plain-pied et où, toutes choses égales par ailleurs, je me suis trouvé nombre d'affinités personnelles, malgré le fait que je ne perdais pas de vue que ce microcosme citadin n'existait évidemment pas, que la situation décrite étaient pleine d'extravagances et de paradoxes. Au fil des pages, je me suis installé dans cette contradiction tout en me disant que si l'histoire racontée était imaginaire, la vie des habitants de Lasciate avec leurs phobies, leurs fantasmes, leurs hypocrisies, leurs mensonges et leur désespoir n'était peut-être pas si différente de la nôtre et cela méritait réflexion. L'immortalité est un fantasme distillé par certaines religions qui imaginent un mode meilleur que le nôtre pour nous aider à accepter cette vallée de larmes qu'est notre parcours terrestre. Nous autres, pauvres mortels, nous vivons en faisant semblant d'oublier que nous ne sommes que les usufruitiers de notre vie et qu'elle peut nous être enlevée sans préavis, que la mort n'est que son terme, qu'elle en fait donc simplement partie, mais cet aspect des choses, à travers la maladie et les accidents, les suicides, est aussi présent dans ce microcosme lascebberote qui connaît aussi la lassitude de vivre. A l'issue de sa vie choisie entre liberté et destiné, Tomas, malgré les obstacles qui se dressent devant lui, ouvre volontairement ses bras à la camarde comme un dernier sommeil, comme une parenthèse enfin refermée sur un cheminement terrestre parfois hasardeux, comme une délivrance qui tient à la fois de la fascination et du mystère, accepte pour lui le néant tout en confiant son exemple aux vivants qui jugeront ses choix et ses actions, les rejetteront ou les respecteront d'autant plus aisément qu'eux sont éternels. Sa attirance pour les cimetières me paraît significative. En effet, les traces qu'il laisse après lui, son exemple parfois cahoteux, des milliers de mots écrits par lui, inspirés par sa vie transitoire, ses réflexions, ses états d'âme, confiés au fragile support du papier et légués post mortem aux vivants qui le suivent et à leur appréciation, existent néanmoins. Ils en sont désormais les maîtres et son immortalité à lui dépend d'eux. Je choisis d'y voir quelque chose qui ressemble à des remarques personnelles de l'auteur sur le fait d'écrire et surtout ce qui reste de nous-même après notre mort.
Avec de courts chapitres dont le titre est emprunté à des oeuvres d'autres écrivains, Baptiste Ledan, dans ce qui est son premier roman, balade son lecteur, avec son écriture fluide et agréable à lire, dans une fable un peu folle mais qui n'est pas sans rappeler, avec humour et réflexion, notre condition humaine, la vanité des choses. Cela tient de la science-fiction et de la métaphysique mais me paraît être un miroir assez fidèle de notre société qui se referme sur elle-même et qui refuse la différence.
Le livre refermé, l'acceptation de la mort par Tomas, son refus volontaire d'une éternelle jeunesse tout en cherchant une autre forme d'immortalité ramènent les choses à leur vraie dimension, interrogent sur nous-mêmes, sur notre démarche, sur ce qui reste de nous.
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Je vais devoir me surveiller pendant toute l'écriture de cette recension pour ne point divulguer le fameux secret de Lasciate et ne rien dire qui pourrait faire que quelques lecteurs du blog -si tant est que leur nombre soit supérieur à 2- perspicaces ne le découvrent ou ne le subodorent. Ce premier roman de Baptiste Ledan est avant tout une histoire incroyable, celle de Tomas Fischer qui préfère vivre à Lasciate ville triste et morne pour anesthésier les douleurs de la perte de sa femme et ses enfants. D'où la question quasi permanente du livre : vaut-il mieux vivre une vie courte et virevoltante faite d'expériences, de sensations, de créations ou une vie plus longue et plus calme voire plus terne ? Chacun aura sa propre réponse et ses arguments et loin de moi l'idée de donner une réponse définitive et catégorique. Nous ne sommes pas tous des Mozart qui "était tellement précoce qu'à 35 ans, il était déjà mort." (Pierre Desproges). Il est donc beaucoup question de la mort, sans que le livre soit triste ou plombant. Pour être général, c'est une question sur le sens que l'on veut donner à sa vie.

"C'est un autre monde, c'était une autre vie. Plus intense. Plus douloureuse aussi, forcément. Je suis venu ici comme on prend un somnifère. Je ne vais pas me plaindre d'être endormi mais je ne sais pas si c'est mieux." (p.158)

L'écriture de Baptiste Ledan m'a emballé, dès le premier chapitre qui est un régal -pourtant pas joyeux puisqu'il narre l'accident de la femme de Tomas- qui enchaîne les personnages très habilement, comme une caméra passerait d'untel à untel en s'y arrêtant quelques secondes, et qui débute par ces phrases : "Jusqu'à l'âge de quarante ans, Tomas Fischer eut le goût des cimetières. Il s'y promenait comme l'on se rend à la campagne, pour trouver le calme et la sérénité. "Il y fait bon vivre : les gens sont polis, les allées bien entretenues et personne n'y parle trop fort, disait-il. L'endroit résume ce que nous sommes, pas grand-chose, et ce que nous serons, rien." (p.7) La suite ne m'a pas déçu, quasiment tous les noms propres dérivent de noms d'écrivains célèbres, le ton est volontiers mordant, critique sur nos sociétés qui ne prônent plus l'accueil et se renferment sur elles-mêmes, sur la sécurité à tout prix quitte à se priver de plaisirs, sur la volonté de descendance, sur celle du pouvoir.

Ce passage sur la cuisine est savoureux et tellement vrai : "La cuisine n'a qu'un seul secret : l'harmonie des mélanges. L'aliment le plus fin est condamné à décevoir sans vis-à-vis pour exalter ses saveurs. Toute recette qui n'évolue pas est vouée à fatiguer le palais. Si notre cuisine est triste, c'est parce que nous avons peur des échanges. Nous nous tenons loin du vaste monde et nous nous protégeons avec un excès de précautions contre les influences étrangères, trop jaloux de notre secret." (p.12)

Un fabuleux roman qui sort tout juste et dont je ne peux que vous conseiller vivement l'achat et la lecture et de n'en point trop lire dessus -sauf ma recension- qui pourrait vous en dévoiler le secret. Une fois éventé, le roman resterait excellent, mais ce serait se passer d'une délicieuse surprise.
Lien : http://www.lyvres.fr/
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« La Vie suspendue » est le livre des maturités. Exceptionnel, réfléchi, le hasard n'existe pas. Baptiste Ledan est un virtuose.
« Jusqu'à l'âge de quarante ans, Tomas Fischer eut le goût des cimetières. »
Quel incipit ! Et pourtant nous sommes à mille mille d'Harold et Maud. Dans un entre-monde d'anticipation, visionnaire, dont l'échappée est une mise en garde plausible. Baptiste Ledan dévoile « La Vie suspendue » avec brio, pertinence et intuition. Nous sommes dans la cour des grands. Ce roman sensible, humain, est une courte-échelle pour atteindre l'existentialisme et affronter nos propres réalités. Tomas Fischer vit un drame irrévocable. Celui de la disparition de sa femme et de ses enfants. Chute de trente mètres depuis le pont de Langrais. Suspension, le temps d'avant est aboli. Poussières dans les yeux et rêves brisés, la solitude aux abois. L'écriture est alliée et va tourner la page. Laissez venir à vous le style absolument réfléchi, d'équerre et de rectitude. Tomas fuit à Lasciate.
« Vous voulez rester ici des années ? Nous n'avons pas d'immigration. le ministère est très strict et les Kouffoys trouvent la ville ennuyeuse. - Les quoi ? Les Kouffoys. C'est le terme que nous utilisons pour désigner les étrangers. Ce n'est pas péjoratif, c'est notre façon de marquer une frontière. »
Tomas fait les démarches. Refus. le voici clandestin devenu. Lasciate est un emblème. Ville semblable aux mouvances de notre contemporanéité. Mais sous ses faux-airs, les grandes importances et les fléaux du monde moderne  sont dévoilés en pans utopiques. Lasciate est le macrocosme d'une société rigoureuse, procédurière, étrange, aux diktats de régulation et de vie et de mort. Point de suspension, cette ville rassemble l'épars de nos cosmopolites écueils. Ville entre l'ombre et la lumière, la fraternité et l'altruisme, les oppressions et les devoirs d'une cité qui dépassent les normalités. Cette fable judicieuse est une mise en abîme des utopies ravageuses. le secret lourd d'une cité suspendue aux battements des coeurs. Ce livre souverain est une déambulation entre deux rives. Sommes-nous nos choix ? Sommes-nous libres ?
« C'est la fin d'une longue nuit. J'ai connu une belle journée de ciel bleu et cent cinquante années de nuit . »
« La Vie suspendue » est crucial. Sa double lecture est l'hémicycle d'honneur. Ses interpellations sont des murs porteurs. Sociétal, ses signaux bousculent et donnent à réfléchir. C'est un livre perpétuel tant il est dans son ultime profondeur nos quêtes et nos survivances. Son âge est lucidité. En lice pour le prix Hors Concours 2022. « La Vie suspendue » est un premier roman qui dépasse largement ses grands frères. Un nom à retenir celui de Baptiste Ledan lauréat du prix du jeune écrivain en 2003 pour sa nouvelle « Le Cahier » et en 2011 pour « L'Eldorado » ainsi que du prix Don Quichotte de la nouvelle de la ville de Rueil-Malmaison en 2015. Publié par les majeures Éditions Intervalles.
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
Qu'est-ce qu'une statue ou un nom dans un dictionnaire ?
Une image. Or de notre vivant, nous ne sommes que des images pour les autres. Des images animées, qui produisent du son et qui, parfois nous distraient, mais qui n'existent pas vraiment. Seulement pour ceux qui nous aiment. Qui nous aiment profondément. Nos parents. Nos enfants. Une ou deux femmes, deux ou trois amis. Ils sont rares ceux qui se rendent compte que vous existez. Il y a ceux qui apprécient passer du temps avec vous, qui aiment votre conversation, qui rient à vos plaisanteries, ou que vous instruisez. Ce sont les amis les plus vertueux. Le plus souvent, vous n'êtes qu'un pâle reflet, un réceptacle qui leur permet de parler d'eux. Mais passons sur ceux-là. Même pour vos amis les plus dévoués, vous êtes un visage, des habitudes, des anecdotes. Vous n'existez pas vraiment. Ils ne se représentent jamais vos peines et vos joies, ils n'y pensent pas. Ils établissent une frontière claire entre vous, qui appartenez au reste du monde, et eux qui sont tout. (p233)
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Chez moi, on dit que l'on demeure vivant tant que quelqu'un continue de penser à vous, tant que quelqu'un qui vous a connu demeure sur terre. (p232)
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Ce qui manque cruellement aux derniers plumitifs qui ont encore le courage d’aligner des mots sur des centaines de pages en échange d’une rémunération dérisoire, c’est le questionnement. Ils ne connaissent ni le mystère de la vie ni l’angoisse qu’elle suscite.
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Nous avons cru à la jeunesse infinie. Nous étions naïfs. Car si nos corps ne nous ont pas trahis, nous sommes vite devenus vieux, les uns après les autres. C'est cela qui est terrible, Lasciate voulait devenir une ville éternelle, nous sommes devenus des fossiles.
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Le pire ennemi du couple, c'est la comparaison.
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