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EAN : 9782072946967
416 pages
Gallimard (06/04/2023)
4.1/5   144 notes
Résumé :
Jeune journaliste, Serena Monnier fait la connaissance de Jasmine Dooyum, une adolescente prostituée d'origine nigériane, qui a échappé à ses souteneurs et s'est réfugiée dans le bus d'une association caritative. Serena remonte la piste du réseau et se rend au Nigeria pour rencontrer les fondatrices de Free queens, une association qui lutte au quotidien sur le terrain.
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Critiques, Analyses et Avis (48) Voir plus Ajouter une critique
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« Je m'appelle Jasmine Dooyun. Je vais bientôt fêter mes quinze ans et je veux vivre ». C'est lors d'une enquête sur la prévention du sida dans le milieu de la prostitution que la journaliste Serena Monnier rencontre Jasmine, une rescapée, une fugitive prête à tenir tête aux souteneurs qui ont fait d'elle une esclave sexuelle à Paris. Bouleversée, Serena part au Nigeria, décidée à remonter le parcours de Jasmine et la piste du vaste réseau de proxénétisme franco-nigérian ... au même moment où le sergent Oni Goje découvre à Kaduna ( Nord du Nigeria ) deux corps de jeunes prostituées jetées nues au milieu d'ordures.

Est-ce qu'un mec bien fait un bon écrivain ? Est-ce que les bonnes intentions font les grands romans ? Après avoir refermé Free Queens, le « oui » s'impose avec force. Ce n'est pas la première fois que Marin Ledun trempe sa plume à la colère froide et l'indignation pour dénoncer les dérives et le cynisme d'un capitalisme éhonté. Son précédent roman, Leur âme au diable, s'attaquait à l'industrie du tabac. Ici c'est l'industrie brassicole et son côté obscur qui est dans son viseur.

Marin Ledun s'est inspiré de faits réels, plus particulièrement du reportage d'Olivier van Beemen, Heineken en Afrique, qui décrypte comment la multinationale néerlandaise s'est implantée dans le continent, travaillant avec les réseaux mafieux, s'alliant avec des politiciens et flics corrompus, tout un bataillon de prostituées à son service pour convaincre les clients des bars de consommer sa bière. La bière Primus est devenue First dans son livre, la Nigerian Breweries la Master Brewery Nigeria Inc.

Le récit est incroyablement dense, documenté, ancré dans le réel, dessinant le portrait sombre du Nigeria, pays ravagé, pêle-mêle, par la pauvreté endémique, le sida, la corruption des élites, les attaques terroristes perpétrées par Boko Haram et l'ISWAP ( Daech ). le Nigeria, « un enfant magnifique et insatiable né du viol colonial et de l'union forcée entre des peuples incapables de s'entendre. Depuis l'enfant avait grandi jusqu'à devenir un monstre incontrôlable, répandant rancoeur et haine dans le coeur des hommes ».

Les descriptions de la tentaculaire Lagos et de la non moins chaotique Kaduna, ville déchue du Nord du pays, sont saisissantes de réalisme et apportent beaucoup de profondeur à un récit à la construction virtuose. Les enquêtes parallèles de Serena Monnier et Oni Goje finissent par se croiser brillamment pour révéler la terrible vérité. le rythme monte crescendo sans aucune approximation, juste peut-être quelques longueurs ou sensation de redondances dans le troisième quart.

Mais ce qui frappe le plus, c'est la capacité de l'auteur à manier les personnages qui peuplent son intrigue. Malgré leur nombre assez impressionnant, ils sont tous formidablement incarnés, qu'ils s'agissent de ceux qu'on ne croise que sur quelques pages ( comme des prostituées nigérianes au service du système First ), ou les premiers rôles. Serena Monnier, la journaliste que l'on voit évoluer à mesure qu'elle saisit l'ampleur du crime, décillant ses yeux d'occidentale blanche privilégiée. Oni Goje, le flic intègre qui ne veut plus être aveugle ou sourd, et décide d'endosser la lourde mission de rendre identité, justice et dignité aux jeunes filles assassinées. Toutes les militantes de la Free Queens, l'association féministe qui guide Serena. Et surtout Ira Gowon, bras armé de la MB Nigeria Inc, tellement plus complexe que ses atours crades de flic corrompu de la SARS ( brigade spécial anti-vol ) le laissent entrevoir au départ.

Il y a clairement des bons et des méchants. Il y a clairement un auteur engagé qui sait choisir un camp. Et pourtant, son roman ne sombre jamais dans le manichéisme. Marin Ledun sait trouver la bonne distance. C'est avec lucidité qu'il pose les questions justes pour essayer de comprendre la violence du monde, sans chercher pour autant à imposer sa façon de voir les choses ou une pensée unique ou encore politiquement correcte. le lecteur est invité à réfléchir par lui-même et ça fait du bien ... même s'il en ressort indigné et sonné. Les derniers mots sont un uppercut dévastateur.

Un thriller politique ambitieux, maitrisé, remarquable.
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Je ne connaissais pas du tout Marin Ledun, et je suis enchantée d'avoir lu ce livre dont il est l'auteur.

Un roman pas simple à lire, je dois avouer qu'entrer dans le récit ne m'a pas été facile : beaucoup de noms de personnages, de sociétés, d'ONG…, beaucoup d'action dès le départ et une action rapide qui m'a tout de même amenée au coeur du problème du Nigéria : un de ces pays où les gouvernements se montent inactifs face aux difficultés d'une énorme partie de la population, un de ces pays où l'extrême misère côtoie l'extrême richesse, même si les groupes ont leur territoire, un de ces pays où la corruption bat son plein, où rien ne s'obtient sans bakchich, ou les jeunes femmes, voire adolescentes sont considérées par les « malfaisants » comme de la marchandise à livrer, un de ces pays où les droits humains sont plus que bafoués.

C'est dans ce contexte qu'évoluent les protagonistes : Serena, journaliste qui vient à Lagos afin d'enquêter sur la prostitution, qui se rendra compte de la situation des femmes, et comprendra le travail de Free Queens, ONG active qui milite pour le droit des femmes, Oni Goge, peut-être le seul policier honnête du pays, et qui découvre peu à peu les agissements de ses collègues et de a société qui commercialise la bière First en employant un grand nombre de jeune femme qui se prostitue afin d'écouler la marchandise.

Roman bien documenté, travail énorme de l'auteur, qui nous emmène dans les coulisses d'une société mafieuse pour laquelle tous les actes répréhensibles sont permis. Un roman basé sur des fait réels.

Un roman saisissant , une lecture accaparante, on se retrouve dans la peau de Serena, l'intrépide française qui comprendra vite combien la protection par autrui s'avère nécessaire, on prend en pitié ces adolescentes confrontées à la violence des proxénètes, on hurlera de rage face aux découverte du policier, on louera le travail admirable de personnes capables de se dévouer pour défendre une cause.

Effroyable terre que celle dont on sort à la fin du roman, pays où la pauvreté génère des comportement inhumains.

Un livre que je n'oublierai pas et que je conseille tout en me disant que le monde ne se porte pas si bien que cela, que je vis sans doute dans un cocon, et que la réalité est bien différente de ce que je perçois de la vie !
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Ca faisait longtemps que je n'avais pas lu un roman noir. Pas un roman policier où l'enquête se déploie selon une logique immuable menant à l'élucidation d'un crime. Pas un thriller dont on tourne les pages avidement et dont on ne garde plus aucun souvenir sitôt la dernière ligne avalée. Un roman noir. de ceux qui vous démontent les vices d'une société, vous fichent le nez dans le nauséabonde et le scandale ordinaire des laissés pour compte. de ces romans qui, s'ils mettent bien le crime au coeur de leur dispositif, ne vous laisseront jamais croire que l'identification de son auteur restaurera la bonne marche du monde pour autant. Un vrai roman noir, grinçant, dérangeant.
Free queens excelle en la matière et j'ai tout aimé : le style de Marin Ledun, élégant, précis, à la bonne distance de son histoire, sans surplomb théorisant ou condescendant, sans cette fausse familiarité gouailleuse qu'aurait pu autoriser à certains le thème de la prostitution. Non, un style à la sobriété efficace, d'une facture discrètement classique. On est chez Gallimard ça se sent.
J'ai aimé l'intrigue aussi. Ici, il va s'agir de ne pas trop en dire. de ne rien raconter en fait. Ce qui rend difficile le commentaire… quelques mots pour poser le cadre : prostitution, Niger, trafic, Blancs, alcool, misère, journalisme, sororité… Car ce que j'ai aimé, c'est que tout ce que ce sujet aurait pu avoir de périlleux à être traité par un homme blanc sur le mode du roman policier ait été désamorcé. La question de l'enquête, de l'enquêteur, de la victime et du coupable, la question de la parole des femmes, des femmes noires dans un monde où l'argent est aux Blancs, la question d'un cas singulier qu'on érigerait en symbole permettant de s'exonérer de tous les autres, tout est revisité de manière subtile et parfaitement appropriée.
Je sors de cette lecture encore habitée par son rythme, j'ai dans les yeux les scènes qui s'y sont déroulées. Cette fois, la narration n'aura pas eu de fonction cathartique et rien n'aura été apaisé. Mais j'aurais eu, outre le plaisir de lire une très bonne histoire, l'impression d'appréhender un peu plus justement l'ampleur et la complexité du tableau. Et puis, malgré le caractère très sombre du constat, reste l'espoir de la révolte, le bienfondé d'une indignation pleine de grâce et d'énergie.
J'ai eu la chance de découvrir ce livre avant sa sortie. Voilà qui me donne le privilège de vous le recommander chaudement et de vous inviter à guetter sa parution fin mars. Quant à moi, après cette première incursion dans l'oeuvre de Marin Ledun, nul doute que j'y reviendrai. Si vous avez des recommandations en la matière, je suis preneuse !
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Free queens
Marin Ledun
J'ai mis...une semaine à lire ce livre !
Alors oui, je lis peu en ce moment, trop de voyages, trop de...trop. Et puis la véritable raison: je me suis totalement enlisé dans ce livre interminable. Il cochait toutes les cases au départ, Marin Ledun est un très bon écrivain de romans noirs engagés, c'est un peu sa spécialité. Après le réquisitoire contre les lobbys du tabac, l'écrivain nous emmène au Nigéria enquêter sur la prostitution.
Là où j'habite, disons en banlieue résidentielle de Lyon, il y a toutes ces camionnettes disséminées dans la campagne. Des femmes, lourdement fardées, sortent en essaim des logements sociaux qu'elles occupent à plusieurs. Un van les récupèrent et les emmènent en rase campagne où elles vont taffer pendant des heures dans des conditions cloacales.
Free Queens, l'occasion de mieux comprendre...
Marin Ledun s'appuie sur les quelques articles du Monde ou du Gardian qui ont traité de la question et je pense qu'il a peut-être été faire un tour sur place. Il va, via une intrigue qui prend l'allure d'une enquête journalistique, dénoncé la collusion entre le pouvoir en place, l'implantation de gros brasseurs de bières néerlandais ( qui sont belges dans la réalité), et les réseaux de proxénétisme du Nigéria.
L'intrépide Sérena, pigiste au Monde (entre autres), va, aidée par quelques organismes nigérians militants dans le droit des femmes, révéler tout cela à la face du monde.
C'est courageux. Mais très, très redondant. le gouvernement, la bière, les prostituées, les flics tripoux et la corruption à tous les étages. Sur 500 pages.
Entre Lagos, la mégapole de tous les contrastes, Abuja, la belle capitale et Kaduna au nord, porte d'entrée en territoire dangereux.
On apprend l'implication du PSG(!) et de Total(!), les stratégies "commerciales" du proxénétisme à grande échelle, le nord musulman contre le sud chrétien, l'exagération des carnages imputés à Boko Haram (mais perpétrés par l'armée selon Marin Ledun) et on baigne en permanence dans la violence glauque et la misère.
Et puis le Covid débarque en Afrique et exacerbe les atrocités et les spoliations.
Bien sur Séréna saura faire vibrer nos petits coeurs d'occidentaux privilégiés, mais Mon Dieu que c'est long, peu écrit et constamment à charge.
Le dernier chapitre sauve malgré tout ce livre qui gagnerait à être beaucoup plus concis.
Bof,bof !
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« le sexe, le fric et une First » Telle est la sainte trinité en terme de stratégie marketing pour Peter Dirksen dans le Nord du Nigeria dont il a la charge. Pour développer sa marque de bière et ses parts de marché face à ses concurrents, le hollandais a mis en place une batterie de vendeuses habillées aux couleurs de la marque, qui vendent leur charme dans les bars de Kaduna afin d'aguicher le chaland voire plus si le client paie bien et boit beaucoup de First. Des prostituées au service de la marque qui sont surveillées de près par deux agents de la SARS -la Special Anti Robery Squad - à la solde de MB Nigeria Inc, filiale locale d'un célèbre brasseur hollandais. Gowon et Udo n'hésitent d'ailleurs pas à se débarrasser des filles qui parlent trop comme deux d'entre elles qu'ils ont dû abandonner à la hâte sur une aire d'autoroute.
C'est justement sur cette aire que le sergent Oni Goje, membre de la Federal Road Safety , découvre ces deux corps sans vie. Il a bien l'intention de mettre des noms sur ces corps et de les rendre à leurs familles mais aussi de faire payer très cher ceux qui ont commis ces crimes ignobles..
C'est dans ce contexte que débarque sur le sol du Nigeria , la journaliste française Serena Monnier, bouleversée par le témoignage d'une prostituée mineure nigériane qu'elle a rencontrée à Paris et bien décidée à enquêter sur place sur les réseaux de prostitution organisés depuis le pays d'origine.
Accueillie par une ONG locale , les Free Queens, des femmes décidées à défendre leurs droits et celui de leurs soeurs dans ce pays aux coutumes patriarcales ancrées dans les gênes, dont la plupart des strates de l'Etat comme dela Police sont gangrenées par la corruption . Alors, au nord du pays, loin de la capitale économique Lagos, l'existence d'une jeune femme violée puis victime de prostitution forcée n'a nécessairement pas le même prix qu'une bouteille de First.

Le choc de l'écriture pour réveiller les consciences ? Marin Ledun n'a sans doute pas cette prétention. Mais son roman est pourtant d'une force implacable. Dans un style romancée mais sans concession il dénonce les pratiques de ces industriels, peu scrupuleux des droits humains tant qu'ils peuvent écouler leur produit. Quitte à user et à abuser d'une main d'oeuvre bien dressée de prostituées pour en faire la promotion. Tant pis pour les dégâts collatéraux, tant pis pour les méthodes utilisées : la force et la corruption et quand il faut faire taire un témoin gênant ou un journaliste au fait de leurs combines l'utilisation de moyens …plus définitifs.
Passionnant, très fouillé et documenté , le récit nous embarque immédiatement dans les remous nauséabonds de ces juteuses affaires contrebalancées par ces deux enquêtes croisées, l'une journalistique, l'autre empreinte d'humanité et de justice. Construit autour de quelques personnages principaux, le récit n'en compte pas moins de multiples protagonistes jouant leur rôle et leur partition dans les nombreux écheveaux qui supportent les différentes histoires, celles-ci finissant comme on s'en doute par se rejoindre.
La fin n'est sans doute pas là pour nous réjouir mais pour confirmer que le combat doit continuer, malgré les risques, malgré la peur, malgré la pression afin que le rêve de liberté de toutes ces femmes deviennent un jour une réalité.


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critiques presse (4)
SudOuestPresse
26 juin 2023
Après un roman sur les mauvaises pratiques de l’industrie du tabac, Marin Ledun s’attaque aux liens suspects entre business de la bière en Afrique et prostitution
Lire la critique sur le site : SudOuestPresse
LeMonde
16 juin 2023
Une plongée dans ce que le capitalisme colonial peut produire de pire… Avec son nouveau roman noir, Marin Ledun montre quel degré de violence une multinationale peut atteindre pour conquérir des marchés.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Liberation
17 avril 2023
Marin Ledun nous fait découvrir les pratiques de certaines multinationales qui, de Kaduna à Lagos, se livrent à une véritable «privatisation du corps des femmes».
Lire la critique sur le site : Liberation
Culturebox
12 avril 2023
Marin Leduc livre un roman noir qui plonge dans les réseaux criminels de la prostitution, autour d'un industriel de la bière qui vend le corps des femmes pour mieux écouler ses produits.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
Au Nigeria, le code criminel de 1990 prévoit que les femmes victimes de violences sexuelles portent à elles seules le fardeau de la preuve. Alors même qu’elles viennent de subir les pires sévices, elles doivent pouvoir trouver la force psychologique, physique et les ressources pour financer la procédure judiciaire, fournir le transport aux agents d’enquête et payer les tests médicaux qui prouveront qu’elles ont été violentées. Très peu de victimes ont les moyens de payer tout cela. Quand elles les ont, elles doivent encore trouver un agent de police qui accepte d’enregistrer leur plainte et qui ne soit pas trop gourmand en pot- de-vin.
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Les restrictions imposées par le président Buhari viraient au jeu de massacre. Le confinement était prolongé de quinze jours supplémentaires. « Cinquante millions de personnes testées positives à la faim au Nigeria : où en est le vaccin ? » Le message tournait en boucle sur les ondes radio et sur toutes les lèvres. À Kaduna, le Covid-19 chinois avait été rebaptisé Hunvid-20, littéralement en anglais le « hunger virus », le virus de la faim. La veille le gouverneur de l'État avait annoncé la mise en place de marchés alimentaires d'urgence et d'une dizaine de banques alimentaires pour distribuer des vivres aux populations les plus démunies, mais tout le monde savait qu'il s'agissait d'une goutte d'eau dans un océan de pauvreté.
Les déplacements étaient en théorie interdits, sauf pour se procurer à manger, un jour sur deux, mais rien n'arrêtait des ventres vides. La faim poussait la population sur les routes à la recherche de nourriture, au risque de se faire arrêter ou pire. Ces derniers jours, les forces de sécurité nigérianes avaient exécuté dix-huit personnes pour non-respect des mesures de confinement. Goje avait vu les vidéos de violences policières qui circulaient sur les réseaux sociaux. Sa fille aînée les lui avait montrées avant de lui faire jurer qu'il n'était pas impliqué et ne le serait jamais.
On y voyait des policiers de Kaduna détruire des étals de marché ou tabasser des femmes tentant de vendre un peu de marchandise. On percevait la corruption et la colère. Mais personne ne filmait les parties de golf des privilégiés des beaux quartiers, leurs réfrigérateurs garnis jusqu'à la gueule de brochettes suya, d'okpa et de boulettes de foufou, leurs piscines turquoise, ni les poids lourds et les camions-citernes de Shell, de la Nigerian National Petroleum Corporation et de grosses sociétés comme la firme australienne Cornet Minerals Limited, spécialisée dans le pillage des ressources de nickel des sous-sols de Kaduna, qui continuaient de circuler en toute liberté d'un État à l'autre sans se soucier de ceux qui crevaient sur le bas-côté.
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— Je crois que nous n'avons pas été présentés.
La femme tapota la table du bout des ongles.
— Adaeze Abdullahi, directrice du service communication du président.
Peter intervint.
— Quel magnifique prénom ! Que signifie-t-il ?
Abdullahi manqua de s'étrangler. Elle se retourna vers lui, comme si elle découvrait son existence, et le dévisagea, l'air offusqué.
— Voilà bien une question condescendante ! rétorqua-t-elle, dans un anglais parfait. On s'en fiche de ce que signifie mon prénom ! Poseriez-vous seulement cette question à l'un des hommes ici présent ? Cela vous a sans doute échappé, mais le temps des stéréotypes sur la « femme noire », les compliments sur l'exotisme de nos prénoms, les gazelles et autres qualificatifs animaliers racistes et sexistes est révolu, monsieur Dirksen. Même les Nigérianes ont un nom de famille et peuvent prétendre à des postes à responsabilité. Certaines gagnent même plus que vous.
Ses cinq collègues pouffèrent.
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Le confinement était prolongé de quinze jour suplémentaires. «Cinquante millions de personnes testées positives à la faim au Nigeria: où en est le vaccin?» Le message tournait en boucle sur les ondes radio et sur toutes les lèvres.
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‘Au Nigeria, le Code criminel de 1990 prévoit que les femmes victimes de violences sexuelles portent à elles seules le fardeau de la preuve. Alors même qu'elles viennent de subir les pires sévices, elles doivent pouvoir trouver la force psychologique, physique et les ressources pour financer la procédure judiciaire, fournir le transport aux agents d'enquête et payer les tests médicaux qui prouveront qu'elles ont été violentées.
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Avec son roman « Free Queens » publié dans la série noire de Gallimard, Marin Ledun nous embarque sur la route de la bière, la First, destination corruption au Nigeria. Témoin d'une tentative d'enlèvement d'une adolescente par deux proxénètes, la journaliste Serena Monnier décide d'enquêter sur les réseaux de prostitution à Lagos et Kaduna et rejoint l'ONG « Free Queens », qui oeuvre pour le droit des femmes. Elle retrace alors les chemins nauséabonds de l'argent qui asservissent la jeunesse. Un ange gardien, Oni Gojé, flic qui a choisi la circulation pour éviter la répulsion face aux atrocités de son métier, ne tarde pas à percer de son côté, le mystère qui plane sur deux jeunes filles assassinés, abandonnées sur les bas-côtés.
Marin Ledun propose un grand roman noir avec un discours clair. Il a bénéficié d'une aide à la création du CNL et a reçu cette année le prix « Polar Derrière les murs » du festival Quais du polar, attribué par les détenus des centres pénitentiaires et des maisons d'arrêts de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
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