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EAN : 9782290364109
672 pages
J'ai Lu (02/03/2022)
3.91/5   133 notes
Résumé :
L'histoire commence le 28 juillet 1986 par le braquage, au Havre, de deux camions-citernes remplis d’ammoniac liquide destiné à une usine de cigarettes. 24 000 litres envolés, sept cadavres, une jeune femme disparue.
Les OPJ Nora et Brun enquêtent. Vingt ans durant, des usines serbes aux travées de l’Assemblée nationale, des circuits mafieux italiens aux cabinets de consulting parisiens, ils vont traquer ceux dont le métier est de corrompre, manipuler, contou... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (52) Voir plus Ajouter une critique
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Kirzy
  07 mars 2022
Plonger le lecteur dans le monde de l'industrie du tabac en mettant en fiction les stratégies de manipulation organisées par une armée de lobbyistes tout en décortiquant un système totalement métastasée par la corruption et des liens mafieux ... Une gageure car cet univers repose entièrement sur la maitrise de l'opacité , met en branle des enjeux très complexes dépassant l'univers industriel pour embrasser le politique, bref du « pas très romanesque » pour un auteur de thriller.
Marin Ledun a bien fait de se montrer téméraire et ambitieux. Il nous offre un roman-fleuve très convaincant qui démarre en 1986. Pas un hasard, les permissives années 1980 marquent une bascule avec la montée en puissance de préoccupations sanitaires ( la loi Evin se prépare dans les esprits ) obligeant les cigarettiers à renouveler leur discours pour continuer à vendre grâce un marketing cyniquement adaptable. La scène inaugurale, pied au plancher, est celle d'un braquage au Havre de deux camions citernes remplis d'ammoniac ( intrant indispensable à la fabrication des cigarettes, favorisant l'absorption de la nicotine et augmentant ainsi les risques de dépendance ). Bilan : sept cadavres, une jeune femme disparue ( la petite amie d'un des chauffeurs abattus ).
L'intrigue, tentaculaire, se déploie sur une vingtaine d'années, de la France à la Serbie sur la route du tabac clandestin. J'ai été totalement embarquée dans cette fiction qui colle de très près à la réalité grâce à un travail documentaire sous-jacent incroyablement précis. La lecture, très dense et exigeante, demande un effort de concentration pour suivre le fil de l'enquête policière sur une vingtaine d'années. Rien
n'est mâché. Marin Ledun ne donne jamais toutes les clefs d'explication. Il maitrise avec brio des ellipses temporelles qui enjambent le récit ( ici les années 1990 ) tout en pointant des événements historiques fondateurs comme marqueurs contextuels, sans pour autant que n'apparaissent un lien intuitif avec l'enquête. En fait deux enquêtes qui se rejoignent dans le dernier tiers.
Forcément, pour incarner un tel récit il fallait le bon casting. Chaque personnage incarne un stéréotype mais la longueur du récit leur permet de s'en échapper. Tous solidement charpentés sans que pour autant l'auteur ne donne accès à leur parcours psychologique. Tous sont des êtres agissants ; c'est dans leurs actions et leurs paroles que le lecteur se forgent son opinion sur eux.
Face à l'impunité des cigarettiers et de leurs sbires, les deux flics incarnent notre bonne conscience et notamment l'officier de la brigade financière Nora : l'incorruptible méticuleux qui épluche obsessionnellement tous les comptes pour remonter les pistes. de l'autre côté, il y a entre autres le salaud, le criminel en col blanc, cocaïnomane et violent : le lobbyiste Bartels. Les plus intéressants sont à mon sens Valentina et Muller. Valentina, la maquerelle qui utilise son agence d'umbrella girls pour corrompre milieux sportifs et politiques ; celle qui a décidé de croire au mythe de la femme forte pour se faire une place de lionne mais qui est tout aussi victime que ses filles. Et surtout Muller, le tueur mercenaire au service de Bartels, celui qui au tout début du roman prend une décision qui semble anodine et qui va accélérer le dénouement.
Un thriller politique palpitant qui m'a fait penser à La Griffe du chien de Don Winslow ( sur le trafic de cocaïne et les cartels ). D'autant plus intéressant que la déconstruction du récit imaginaire, vieux de plus d'un siècle par les cigarettiers, se fait sans manichéisme tout en faisant réfléchir puissamment sur les mécanismes d'influence de l'industrie du tabac. Très sombre au final et glaçant.
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Jeanfrancoislemoine
  13 août 2021
" Dieu fumeur de Havane , L'amour c'est comme une cigarette , Je fume pour oublier que tu bois " , autant de titres célèbres qui nous rappellent combien " l'herbe à Nicot "a pu occuper le devant de la scène il n'y a pas si longtemps avant de connaître le déshonneur. Et si le monde de la variété véhiculait partout les paroles , il n'était pas le seul . le cinéma, les héros de BD , l'environnement sportif , les émissions télévisées portaient sans équivoque " LE message , " fumer " fait " de vous un homme " .Et même les femmes , peu à peu , se laissaient convaincre . Souvenez - vous , Gainsbourg , Lucky LuKe, Maigret , Gabin , Brel , Brassens , Piccoli , etc....La liste serait trop longue et non exhaustive. Les discussions passionnées subissaient , où qu'elles aient lieu ,l'assaut de volutes de fumée auxquelles on trouvait alors plus de vertus que d'inconvénients . Pénétrer dans un bar ou certains lieux public s'avérait aussi périlleux que de pénétrer dans la jungle et pourtant...
On distribuait des cigarettes aux troufions désoeuvrés, on disait que " fumer donnait de l'assurance , " faisait bien " et ne coûtait pas ( très ) cher ...Ouais ...Ça, c'était avant , avant des lois hypocrites de gouvernements préférant " toucher le jackpot " de taxes démesurées plutôt que de songer à la santé d'une population bien naïve et " prise dans les filets " ...Même un célèbre président, " le pote Jacques " a porté " la bonne parole " , c'est dire....et Pompidou avant lui...
C'est cette addiction poussée dont parle ce roman de Martin Ledun et c'est passionnant . On fumait en ignorant qu'une organisation rigoureuse et sans pitié permettait aux cigaretiers , aux buralistes ,et " à certains " politiques de s'en " mettre plein les poches " , pensez - donc ,même le trafic clandestin etait régulé par des gens " bien placés " et jamais rassasiés.
Que faire contre un rouleau - compresseur qui écrase tout sur son passage ? C'est l'objet de la longue enquête des OPJ Nora et Brun. Et mettre le doigt dans cet engrenage va faire ressortir de sous les tapis , des poussières nauséabondes et ennuyeuses .
Les six cents pages de ce passionnant roman relatent ce combat a priori disproportionné. La première partie est emballante , la seconde un peu moins spectaculaire , un peu moins " concrète " pour le lecteur . J'avoue avoir éprouvé parfois un peu de lassitude tant " l'affaire " me semblait " tourner en rond " mais force m'est de reconnaitre que l'envie d'arrêter ne m'a jamais effleuré.
Les personnages , quels qu'ils soient ,vont vous happer.Pas forcément par leur charisme , mais , parfois , pour certains , au contraire, pour leur hypocrisie , leur cynisme , leur ravageuse détermination...Étant donné que l'on va passer un long moment avec eux , on va forcément s'interroger sur leur devenir et vouloir savoir.
De nombreux et savoureux dialogues parsèment le récit et lui donnent un rythme soutenu .
le sujet abordé , le tabac , présente un intérêt qui semble universel ( fumeurs , anciens fumeurs , non fumeurs ) Il ne faut pas craindre de trouver des " leçons de morale " , non , pas du tout , il faut plutôt s'attendre à mieux comprendre comment et pourquoi cette " plante" intéresse autant " certains puissants " qui n'hésitent pas à sacrifier ....
Un roman noir contemporain bien mené , d'autant plus intéressant qu'il " nous touche " de près et nous donne une image bien crue et désespérante de notre époque et de ceux qui ....la dévoient.
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Zephirine
  25 avril 2021
Marin Ledun revient avec un roman noir, un roman dense qui dépiaute la machinerie capitaliste et le lobbying du tabac, le tout étalé sur une vingtaine d'années.
Lorsqu'on plonge dans ces 600 pages, la longueur n'existe plus, il se créé une forme d'addiction et on ne lâche plus le bouquin. C'est foutrement bien documenté, et d'un réalisme cynique. La fiction, qui court de 1987 à 2007, est émaillée d'évènements historiques, politiques.
Les cigarettiers et leur pouvoir immense s'immiscent partout et font la loi. Même la loi Evin de 1991 n'aura pas raison d'eux, ils s'adapteront pour poursuivre leur commerce juteux même si fumer provoque 7 millions de morts chaque année. Ils gouvernent le monde grâce au lobbying en direction des hommes politiques, des sportifs et des artistes. Fumer, c'est cool, c'est la liberté, c'est tendance et tout est fait pour faire oublier les effets nocifs et mortifères de cette cigarette qui ne contient pas que du tabac.
Menaces, chantage et manipulation des politiques, crimes commandités, prostitution, contrebande … tout est bon pour vendre toujours plus et faire de l'argent et tout cela fait froid dans le dos.
Deux flics vont enquêter sur les évènements pas nets : Patrick brun tente de remonter la piste des sept cadavres et des camions d'ammoniaque subtilisés tandis que Simon Nora, de la brigade financière, traque les manipulateurs et épluche tous les comptes des sociétés écran de l'European G. Tobacco.
Ils vont s'intéresser à David Bartels, ce lobbyiste ambitieux et sans scrupules aux méthodes discutables. Il les mènera à Valentina, escort-girl qui dirige un réseau de prostitution de luxe sous couvert d'une société qui gère l'évènementiel sportif. Elle travaille pour les gros clients de Bartels.
On croise de nombreux personnages, complices où rivaux, mais tous dévorés par la même ambition et dénués de scrupules.
Malgré quelques longueurs, l'intrigue est rythmée. le style sobre, alerte de l'auteur qui mêle intimement documentation et fiction, nous entraîne tambour battant jusqu'à l'ultime page de ce roman haletant et ô combien terrifiant. On en redemande, à quand le prochain, M Marin Ledun ?

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Patsales
  02 juillet 2021
Polar très documenté, « Leur âme au diable » propulse ses lecteurs atterrés loin des volutes romantiques d'un Dieu fumeur de gitanes : non seulement la cigarette tue, mais elle engraisse des psychopathes qui n'ont rien à envier au Parrain scorcesien.
Par exemple, et ça paraît évident dès qu'on y réfléchit, les firmes cigarettières auraient aussi la main sur le tabac de contrebande, engrangeant profits légaux et illégaux.
Mais bon, évidemment, il ne suffit pas de s'être documenté, encore faut-il construire une intrigue qui tienne la route, servie par des personnages crédibles. Et c'est là que le bât blesse, en tout cas qu'il blesse la lectrice que je suis -ce bouquin étant par ailleurs très bien noté. Si je me suis si souvent endormie dessus, c'est qu'il redondance (du verbe « redondancer » qui n'existe peut-être pas mais qui manque à la langue française, comme chacun l'aura noté).
Ainsi, le gars qui gagne (très bien) sa vie à vendre par tous les moyens nicotine et additifs en s'asseyant sur toute morale est-il un affreux pas beau, je crois que c'est assez clair. Et bien, le jour où, incidemment, il se retrouve avec une arme en main, il tire et découvre qu'il adore ça. Bien sûr. Des fois que ça nous aurait échappé qu'il était méchant. Il me semble pourtant que la banalité du mal de l'employé modèle qui agit pour la plus grande gloire de son entreprise et de son propre portefeuille d'actions est autrement plus glaçante que la figure de l'énième psychopathe qui se délecte de ses déviances.
Quant à Patrick, flic obstiné, intègre, et solitaire (oeuf corse), il a des intuitions qui me laissent pantoise: « L'autre scénario possible est qu'Hélène a juste décidé de couper les ponts avec ses parents parce qu'ils la faisaient chier, de reprendre sa vie en main et de bâtir elle-même son propre conte de fées. Ça arrive tous les jours, Patrick pourrait s'en contenter. Sauf que ça ne colle pas avec un détail, griffonné dans son petit carnet pendant l'interrogatoire des parents. Le jour où elle a quitté son studio de Bagnolet en compagnie d'un grand costaud, elle avait l'air bien et surtout, elle riait. » Ah, d'accord. On ne peut pas à la fois quitter ses parents au bras d'un grand costaud et rire. C'est suspect. Moi, ce sont les ficelles narratives de Marin Ledun que je suspecte.
Ou bien: « Un homme plutôt mince, la trentaine, planté au milieu d'un flot continu de passagers qui s'écartent pour ne pas le percuter. Cheveux courts plaqués en arrière, barbe de trois jours, costume bon marché. Ni valise ni attaché-case. Il n'est pas là par hasard. Ses yeux sont braqués sur elles, comme si le reste n'existait pas. Une aura de malveillance se dégage de lui. » « elles » en italiques et « aura de malveillance »(hyper pratique, le méchant facile à identifier) : c'est tout ce que je déteste, tous ces pseudo-effets qui ne servent à rien sinon à rallonger le nombre de pages et à rassurer le lecteur sur le fait qu'il peut très bien tourner les pages tout en réfléchissant aux chemisettes en promotion qu'il a repérées en rentrant du bureau parce que tout est fait pour qu'il parvienne quand même à suivre.
Ou bien « Brun est pris de vertiges. Son carnet lui tombe des mains et glisse sous le siège. Il suffoque. Il baisse la vitre à bloc pour laisser entrer un peu d'air. » Là, c'est pour que le lecteur comprenne bien que c'est important. Au millénaire dernier, on avait l'inspecteur Bourel qui s'exclamait « Bon sang, c'est bien sûr » quand il finissait par résoudre l'énigme, désormais les flics doivent frôler l'AVC pour que le lecteur distrait comprenne qu'il se passe un truc important. C'est vous dire si on a progressé quant au temps de cerveau disponible.
Après, on peut préférer la musique poussée au maximum, les rires enregistrés dans les sitcoms et la littérature fléchée (Attention! Là! Ici! Indice!). Y'a pas de mal à ça.
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Ziliz
  03 avril 2021
« Dans le monde de la publicité, il existe un vieux dicton : il n'y a pas plus de rapport entre le tabac et une cigarette qu'entre un sapin et un numéro du New York Times. » (p. 185)
Comme pas mal de trucs qu'on avale (cf. les AUT, aliments ultra-transformés), la clope contient des additifs dangereux*, auxquels s'ajoutent les substances toxiques qui se libèrent au moment de la combustion.
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Du milieu des années 1980 au milieu des années 2000, c'est l'âge d'or de la cigarette en France. La loi Evin et celles qui ont suivi, avec la croissance vertigineuse des taxes, y ont mis fin.
Dans cet ouvrage très documenté, Marin Ledun raconte « vingt ans d'un travail de lobbying acharné. » (p. 582)
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La filière du tabac dans les 80's, ce sont des agriculteurs français, des scientifiques dans les centres de recherche, des ouvriers dans les usines de production, des camionneurs pour les livraisons, des commerciaux, des buralistes. Et aussi des avocats d'affaires pour les procès.
Ainsi qu'un « imposant service publicité et marketing pour diffuser la bonne parole dans les médias et sur les dizaines de milliers de panneaux d'affichage [en] Europe. »
Au coeur de cette mécanique parfaitement huilée Marin Ledun place le lobbyiste David Bartels (nom fictif), de European G. Tobacco. Comme l'homme pressé de Noir Désir, il contrôle tout, bosse sans relâche, 24/24, 7/7, soutenu par des sbires à surveiller, et quelques remontants - sexe & clope & coke.
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De leur côté, depuis la disparition de camions transportant de l'ammoniac, et quelques meurtres directement liés, les OPJ Nora et Brun sont sur les dents. Ils disposent d'éléments épars, la tâche s'avère ardue & longue pour les rassembler et relier les ramifications du réseau.
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Le lecteur, quant à lui, voit les liens entre politiciens, chercheurs, sport, pub, cinéma, prostitution, opérations caritatives. Un levier commun : la corruption. La filière est juteuse, il y a de quoi faire des cadeaux en espèces, en natures, soutenir des candidatures électorales, etc.
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Tout ça pour un produit 'inutile' (et meurtrier), que la publicité et le cinéma s'emploient à présenter comme essentiel, associé
- au plaisir et à la liberté pour tous
- au glamour pour les femmes
- à la virilité et à l'aventure sportive pour les hommes.
Tennis, golf, poker, paris hippiques, courses automobiles & moto... Autant de fabuleux domaines à sponsoriser, où de petites hôtesses - alias 'umbrella girls' - affichent des corps de rêve aux côtés des vainqueurs ou dans les tribunes, T-shirts au logo de la marque... ou avec messages/couleurs subliminaux lorsque les lois se durcissent.
Le rôle de ces femmes-objets ne s'arrête pas là, elles font partie des cadeaux offerts aux partenaires de ces opérations promotionnelles. Là aussi, Bartels veille...
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C'est donc l'histoire d'un lobby...
... qui ressemble à celle d'autres lobbys (automobile, nucléaire...)...
C'est l'histoire de gouvernements et de ministres de la Santé, de l'Intérieur, de la Culture... qui privilégient le bizness, le fric...
... qui ressemble à celle d'autres scandales, plus ou moins actuels...
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J'ai été captivée pendant plus de 200 pages (sur 600), j'ai adoré retrouver les années 80 et quelques personnages phares de la vie publique (politique, médias...). Puis je me suis sentie larguée et agacée quand l'espionnage, la traque, les affaires de contrebande l'ont emporté. Les parties autour de A.M. m'ont paru longues, lourdes, chiantes, et les piétinements des enquêteurs sont pénibles à suivre, a fortiori lorsqu'on a une longueur d'avance sur eux.
Ce n'est pas la première fois que je peine à lire cet auteur (dont j'aime beaucoup les idées, pourtant) : trop fouillé, ardu, aventure-'couillue' avec des protagonistes aux comportements excessifs - truands en col blanc, ceux qui y mettent les poings ; picole & défonce chez gendarmes & voleurs...
.
J'espère néanmoins donner envie de lire cet ouvrage, cette bible sur le lobbying et la cigarette. Je vais faire circuler autour de moi.
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PS : Mauves-en-Noir, JB Pouy, Frédéric Paulin, Marin Ledun... cette année comme en avril 2020, vous allez nous manquer... 😕
Et sinon, la question qui me brûle les lèvres : M. Ledun, fumez-vous toujours ?
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• Je remercie Babelio, les éditions Gallimard, et l'article du Canard enchaîné qui m'a donné envie de découvrir l'ouvrage.
Je ne regrette rien, même si j'en ai bavé pendant 10 jours... 😉
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* les additifs :
- des ingrédients sapides (mélanges d'arômes, épices, sucre, miel, extraits végétaux)
- des agents humectants (glycérine, propylèneglycol, acide phosphorique),
- des produits de blanchiment des cendres (alun, hydroxyde et sels d'aluminium, oxyde d'aluminium et de magnésium, talc, acide silicique, acides, sels d'ammonium),
- des agents conservateurs (acide benzoïque, acide formique, acide propionique), des adhésifs et des liants (collodion, cellulose, gomme laque).
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critiques presse (5)
SudOuestPresse   14 mai 2021
Dans sa dernière Série noire, Marin Ledun livre un réquisitoire implacable contre l’industrie du tabac.
Lire la critique sur le site : SudOuestPresse
SudOuestPresse   03 mai 2021
Une plongée dans l’industrie du tabac, prétexte à la critique du capitalisme galopant
Lire la critique sur le site : SudOuestPresse
FocusLeVif   19 avril 2021
Soit une fresque crépusculaire et tentaculaire de 1986 à 2007 autour de la toute-puissante industrie du tabac.
Lire la critique sur le site : FocusLeVif
LeMonde   29 mars 2021
L’écrivain projette une lumière noire sur les maîtres de l’opacité que sont les industriels du tabac. Un roman toxique.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Telerama   15 mars 2021
Il oppose à la fiction glamour déroulée par l’armada communicante de cette industrie mortifère, un fascinant contre-point.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (45) Voir plus Ajouter une citation
ZilizZiliz   23 mars 2021
Fini le temps où l'on distribuait des cigarettes gratuitement aux militaires et où certains médecins conseillaient aux femmes de fumer pendant leur grossesse pour se détendre. Et pour que la cigarette reste une affaire rentable.
La 'santé' est devenue en peu de temps un enjeu majeur du business.
(...)
Depuis plusieurs mois, [ce consultant] est mandaté par European G. Tobacco, en partenariat avec son comité scientifique, pour soutenir financièrement le plus grand nombre possible de programmes de recherche en lien avec le tabac et ses effets sur la santé.
C'est un travail de longue haleine.
L'idée consiste à soutenir la science et à l'étouffer. Il s'agit de dépenser plus pour promouvoir la cigarette que pour en étudier les effets sur la santé.
(...)
Le génie, là-dedans, consiste à savoir utiliser la 'bonne' science pour faire diversion et pour gagner du temps, histoire de pouvoir dire : 'Vous voyez, nous sommes des gens responsables, regardez toutes les recherches que nous finançons !' A cet effet, il faut identifier et recruter des scientifiques pour le compte de Fox & Reynolds Consulting. Afin de mieux les contrôler. Ou de préférence les corrompre, lorsque c'est possible.
(p. 38-39)
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ZilizZiliz   30 mars 2021
Il balance un exemplaire du quotidien 'Le Monde' sur le lit en souriant. En une, un portrait du Premier ministre Chirac qui annonce depuis l'hôtel de Matignon sa candidature à l'élection présidentielle [1988]. [Il] s'esclaffe :
- Chirac est le meilleur allié des fumeurs. Nous misons tout sur lui et ses amis éminemment corruptibles, le directeur de campagne Charles Pasqua et le porte-parole Alain Juppé. Ce type est un don du ciel pour les affaires et une star chez les jeunes. En août dernier, cet enfoiré de première a autorisé un concert de Madonna au parc de Sceaux contre l'avis du maire pour se faire de la bonne publicité. Il l'a reçue en grande pompe, si j'ose dire, à l'hôtel de ville et, en échange, elle lui a offert un baiser et un chèque des 500 000 francs* pour ses bonnes oeuvres.

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* soit environ 130 000 euros - merci au convertisseur Insee !
"Compte tenu de l'érosion monétaire due à l'inflation, le pouvoir d'achat de 500 000,00 Francs en 1987 est donc le même que celui de 130 270,77 Euros en 2020."

>> https://www.insee.fr/fr/information/2417794
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ZephirineZephirine   25 avril 2021
- Puis Clark Gable, Spencer Tracy, Joan Crawford et Claudette Colbert. Jusqu'en 1951. L'industrie du tabac dispensait plus de fric en cigarettes sur les plateaux de cinéma qu'Hollywood en publicité pour ses propres films, mais le véritable âge d'or, ce sont les années 80. Le fric pleuvait. Les règles n'étaient pas encore définies. Les sociétés comme celle pour laquelle je travaille n'avaient que l'embarras du choix . Les producteurs s'arrachaient leurs chèques. Big Tobacco recevait des centaines de scénarios par an, accompagné d'un petit mot qui disait en substance: Nos acteurs fumeront ce que vous voulez, pourvu que vos allongiez la monnaie.
+ Lire la suite
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ZilizZiliz   01 avril 2021
20 mars 1987 (...)
L'information du jour, c'est l'interdiction à la vente des magazines érotiques et pornographiques. Le sujet mobilise l'ensemble du spectre politique. La gauche invoque les méthodes liberticides du ministre de l'Intérieur, Charles Pasqua, et crie au scandale. Le président Mitterrand en personne se fend d'un communiqué de presse pour se prononcer contre toute censure dans cette affaire. (...)
François Léotard*, un balai dans le cul : 'Le premier principe fondamental dans une société comme la nôtre, c'est celui de la protection de l'enfance.' Réponse de Jack Lang** par média interposé : 'Il faudrait que M. Pasqua se calme et qu'il s'intéresse aux vrais problèmes du pays. (...) Franchement, que Pasqua fiche la paix aux artistes, aux créateurs, aux journalistes et aux lecteurs !'
(p. 130-131)

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* F. Léotard, ministre de la Culture de mars 1986 à mai 1988
** J. Lang, ministre de la Culture de mai 1981 à mars 1986 puis de mai 1988 à mars 1993
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Charybde2Charybde2   25 janvier 2022
Tout est détaillé dans le rapport de police que Nora a sous les yeux : les balles de 9 mm dans le crâne des braqueurs, les casiers longs comme le bras des cinq cagoulés, les voitures calcinées retrouvées à proximité, le cadavre du chauffeur allongé dans le coffre, les traces de pneus de deux autres camions-citernes identifiées sur les lieux, l’enquête dans une impasse.
Sept morts au total, ça fait tache.
Même si, en vérité, Nora s’en fiche.
Il se fiche des braquages et des morts – ça, c’est le boulot de la criminelle. Il se fiche de l’ammoniac. Il se contrefiche de Yara et des états d’âme de ses dirigeants. Il n’est pas là pour juger qui que ce soit. La justice française est faite pour ça. Nora est dans le camp de ceux qui appliquent la loi.
Lui, ce qui l’intéresse, ce sont les causes et les conséquences dissimulées.
Les usines de Yara fabriquent à grande échelle tout un tas d’immondices chimiques telles que de l’ammoniac, de l’urée, des nitrates, des produits azotés, ainsi que de l’acide phosphorique et des phosphates. Leur principal client : l’agriculture intensive moderne, celle du rendement et des gros profits, dont les producteurs de tabac et les cigarettiers, parce que sans ça, les plantes pousseraient trop lentement et les clopes auraient un goût de paille séchée.
Or, aucun cagoulé ne braque les convois de phosphate ou de nitrate.
Pourquoi ?
L’employée qui lui sert son expresso connaît sa leçon par cœur. Elle est aussi calée en ammoniac qu’elle est nulle en café. Elle est passée à côté d’une vocation de chimiste. Elle lui explique tout, en long, en large et en travers. Elle pèse chacun de ses mots :
– L’ammoniac est une denrée abondante et stratégique.
Les usines de « recon » fonctionnent comme des usines de pâte à papier ou des labos d’héroïne. « Recon » comme reconstitution. Des feuilles de tabac sont écrasées et transformées en pâte dans d’énormes cuves, puis transformées en plaques de 3,70 m de large qui, après séchage, sont aspergées de nicotine et de divers arômes et conservateurs. En cuisine tabagiste, c’est ce qu’on appelle le sauçage. De l’ammoniac y est ajouté pour favoriser la transformation des feuilles et rendre la fumée moins acide. Le résultat est un arôme sucré délicieux qu’on nomme american blend, davantage chargé en nicotine. Le résultat, c’est tout simplement le tabac blond, celui qui est fumé par des centaines de millions de consommateurs dans le monde.
Voilà pourquoi l’ammoniac est précieux.
Comme il fallait s’y attendre, les comptables de la SEITA ont cherché à faire traîner pour indemniser la société Yara en compensation des stocks partis en fumée, au motif que les sept braquages n’étaient pas de leur fait et ne relevaient pas de leur responsabilité.
Bien sûr, l’argent n’est pas le problème. Les sept morts non plus. Le problème, c’est le manque à gagner à court terme et la perte de parts de marché. Car les fumeurs n’attendent pas. Ils se comportent comme des junkies impatients, en manque de leur dose quotidienne. Si leurs cigarettes blondes ne sont pas disponibles, ils se rabattent sur une autre marque. Chaque camion-citerne brûlé, ce sont des millions de cigarettes que les Français ne fument pas aujourd’hui et qu’ils achètent à la concurrence.
Évidemment, les avocats de Yara ne l’entendent pas de cette oreille. Ils soupçonnent une manoeuvre de leurs concurrents visant à déstabiliser le marché ou une magouille financière de la SEITA, peut-être même une entente entre la SEITA et l’un de leurs concurrents pour faire baisser le prix de l’ammoniac. Qui sait ? Ça s’est déjà vu. Ils portent donc plainte, huit mois après le premier vol d’ammoniac. C’est là que Nora et la brigade financière interviennent.
Quelqu’un en voudrait-il à Yara ?
Une entité capable d’organiser sept braquages avec le matériel, la logistique et les méthodes de professionnels, et, pour ce faire, susceptible d’assumer sept morts violentes.
Nora s’étire et se frotte les yeux. L’employée lui sert un autre café. Nora décline. Il n’apprendra plus rien ici. Il referme le carnet de commandes qu’il était en train de consulter et ramasse ses affaires. L’employée fait mine d’être contrariée. Nora a une idée dont il se garde bien de lui parler.
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Vidéo de Marin Ledun
Entretien avec Marin Ledun à l'occasion de la parution de “Leur âme au diable” dans la collection Série Noire. Découvrez les 5 mots choisis par l'auteur pour évoquer ce livre.
Découvrez le livre : http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Serie-Noire/Leur-ame-au-diable Feuilletez les premières pages : https://bit.ly/3DhJnHa Retrouvez toutes les critiques de “Leur âme au diable” sur Babelio.fr : https://www.babelio.com/livres/Ledun-Leur-ame-au-diable/1299084
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