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Citations sur Le garde, le poète et le prisonnier (14)

Avant que la guerre ne réduise ma vie en pièces, avant que le monde ne montre les dents et ne détruise mon existence, j’ai vécu dans une maison à un seul niveau surmontée d’un grenier, en périphérie de Kyoto, et dans une minuscule librairie défraîchie tenue par ma mère. Je passais des heures entre les vieilles étagères de bois chargées de poussière, entouré de papier. Des murs d’ouvrages nous protégeaient des inquiétantes nouvelles de la guerre. Rien ne franchissait le barrage des centaines de milliers de pages ; ni les rixes entre commerçants, ni le pas lourd des soldats, ni le froid des nuits d’hiver. Les livres me protégeaient des révoltes de l’époque et de mon angoisse quant à l’avenir.

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Cet homme torturait des détenus impuissants, mais il était le seul en mesure de redonner sa sonorité à ce piano. Quelle était sa véritable personnalité ?

– À quoi vous servent ces instruments ? demanda-t-elle prudemment.

– Qu’est-ce que ça peut vous faire ? demanda Sugiyama, ses pupilles vacillant telles des flammes de bougie dans le vent. À chacun son métier. Je maltraite les gens et vous les soignez. J’accorde le piano et vous en faites sortir de la musique.

– Que faites-vous, exactement ?

- Mon boulot consiste à purifier les cerveaux pourris de ceux qui croient sauver le monde, alors qu’en réalité ils souillent la société, comme les communistes, les nationalistes et les anarchistes. Alors ne vous en mêlez pas.

Il lui jeta un sourire froid et fila, la laissant seule dans l’obscurité épaisse, ses instruments métalliques s’entrechoquant dans son sac à chacun de ses pas.

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Midori joua Carry Me Back to Old Virginny, une interprétation étincelante qui évoqua au gardien des visions d’oiseau blanc, d’arc-en-ciel, d’ambre. Il laissa son regard s’attarder sur le front lisse et le nez de l’infirmière, qui ne quittait pas le clavier des yeux, ainsi que sur ses cheveux attachés par une épingle, sa nuque pâle, ses épaules et son dos droits, ses doigts, qui couraient sur les touches comme des papillons, ses chevilles fines sur les pédales. Il se sentit radouci, nostalgique.

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Il leva les yeux vers des nuages blancs, sur lesquels les peupliers semblaient appuyés, comme posés sur des couvertures rembourrées de coton.

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Je le tournai vers le mur où était écrit en bleu marine : "Ciel, vent, étoiles, poésie". Il esquissa un sourire, le même sourire que je lui avais vu lors de notre première rencontre, le même sourire qui embellissait son visage en temps normal. Mais à présent, tout lui avait été retiré. J'étais le seul à savoir qui il avait été. C'était un enfant d'une nation morte, un garçon qui avait vécu dans une maison avec un prunier et des mûres dans le jardin, et que le ciel reflété dans le puits avait comblé de joie, un enfant qui avait levé les yeux vers la croix penchée au sommet d'un haut clocher, attristé que sa patrie ait disparu, un adolescent qui avait aimé Tolstoï, Goethe, Rilke et Jammes, qui avait rapporté dans sa pension un livre précieux acheté dans une librairie miteuse, avec l'impression d'avoir conquis le monde, un jeune homme studieux qui avait lu cet ouvrage toute la nuit, l'auteur de brillants poèmes que personne n'avait jamais lus, quelqu'un qui aimait suivre un chemin tortueux, un garçon qui avait aimé une fille sans jamais le lui avouer, un homme dont le pays avait été colonisé et dont l'âme, bien que déchirée par cette ère sombre, avait continué d'émettre des étincelles, un voyageur qui était parti de chez lui et avait embarqué sur un navire pour étudier à l'étranger dans une pièce à six tatamis, un jeune homme qui attendait l'avènement d'une nouvelle époque, un contrevenant menotté pour avoir écrit des poèmes dans sa langue maternelle, un fils songeant avec nostalgie à sa mère restée dans la lointaine Mandchourie, un détenu redoutant le clairon signalant l'imminence de l'aube, dans cette prison glaciale, et maniant le cerf-volant quand le vent soufflait, un homme qui avait toujours eu le sourire aux lèvres.

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On souffre car on découvre l’amour trop tôt, parce qu’on apprend la vérité trop tard ou parce qu’on n’a pas vu quelqu’un depuis trop longtemps.

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Un dédale de papier m'attirait à l'arrière de la boutique. Je me terrais dans les égouts de Paris, à la veille de la Révolution, et je faisais la connaissance d'une femme dans la Sibérie glaciale et enneigée. Je m'aventurais dans le monde des héros et des dieux et visitais une île isolée, où était emprisonné un prince détrôné.

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Blotti dans mon sac de couchage, je me remémorai des noms oubliés, les visages correspondants aussi vivants que s'ils venaient d'être pris en photo : Fiodor Dostoïevski, André Gide, Lord Byron, Rainer Maria Rilke.

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Je passais des heures entre les vieilles étagères de bois, chargées de poussière, entouré de papier. Des murs d'ouvrages nous protégeaient des inquiétantes nouvelles de la guerre.

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Il commença à se demander si une phrase n'était pas capable de changer un homme, et si le monde n'était pas en train de changer, un homme après l'autre.

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