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EAN : 9782757887868
336 pages
Points (06/05/2022)
4.02/5   279 notes
Résumé :
Nuri est apiculteur, sa femme, Afra, est artiste. Ils vivent tous deux avec leur jeune fils, Sami, dans la magnifique ville d'Alep, en Syrie. La guerre éclate et ravage tout, jusqu’aux précieuses ruches de Nuri. Et l'inimaginable se produit. Afra ne veut plus bouger de sa chambre. Pourtant, ils n’ont pas le choix et Nuri déploie des trésors d’affection pour la convaincre de partir.

Fous de douleur, impuissants, ils entament alors un long périple où il... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (74) Voir plus Ajouter une critique
4,02

sur 279 notes

Nuri est apiculteur et adore son métier qui lui a été enseigné par son cousin Mustafa et avec qui il le pratique. Sa femme Afra est artiste-peintre. Ils vivent à Alep avec leur jeune fils Sami. L'éclatement de la guerre civile va mettre fin à ce bonheur.

C'est l'histoire de ce couple que Christy Lefteri a choisi de nous raconter, ce couple qui va devoir fuir son pays la Syrie, les ruches sacrées de Nuri ayant été détruites et leur enfant Sami tué. Afra est devenue aveugle à la perte de son fils et Nuri doit tout tenter pour la convaincre de partir.

L'auteure va alterner le récit de cette vie à Alep et de l'exode entrepris pour fuir l'invivable avec la narration de leur vie actuelle dans une pension, tout au sud de l'Angleterre où ils attendent depuis deux semaines d'avoir terminé les formalités de demande d'asile.

Le premier chapitre du roman commence avec la description de l'attente au Royame-Uni. Il porte évidemment le chiffre 1 sous lequel se trouve une abeille. Il se termine sur une phrase inachevée à laquelle il manque un mot. Ce mot sera le titre du récit suivant, récit du périple pour arriver jusqu'en Angleterre. Il sera ainsi le dernier mot de la phrase et le premier du paragraphe suivant. Nous passons ensuite au chapitre 2 avec l'abeille puis un autre mot et ainsi jusqu'au chapitre 14 où les deux récits se rejoignent. Une façon très originale pour enchainer à la fois le présent et le passé.

Christy Lefteri a mis en opposition, d'une manière remarquable, la vie heureuse, avant la guerre, dans la magnifique ville d'Alep et la tragédie vécue tout au long du périple vers une autre vie. Elle a su transcrire à merveille les couleurs, les senteurs les odeurs, de même que l'amour de Nuri pour sa femme et pour ses abeilles, abeilles qui ne le quitteront jamais. Tout au long du roman, le thème des abeilles et des ruches sera omniprésent et aidera souvent Nuri à ne pas perdre pied complètement.

En convoquant ici une famille parmi la multitude des réfugiés, l'écrivaine parvient ainsi avec cette histoire personnelle à nous faire vivre et ressentir au plus profond de nous-mêmes, ce qu'est le calvaire de ces gens poussés sur la route malgré eux, alors qu'ils vivaient heureux jusque-là, vers un avenir complètement incertain en prenant des risques immenses, dans des conditions inhumaines.

Quel beau livre puissant de Christy Lefteri, née à Londres, livre qui lui a été inspiré, comme elle nous le dit en fin d'ouvrage par son travail de bénévole dans un camp de migrants à Athènes en 2016 et 2017. Il n'a pas été sans me rappeler le roman graphique de Fabien Toulmé : L'odyssée d'Hakim.

Ce roman, L'apiculteur d'Alep m'a touchée, émue, bouleversée et je ne trouve plus juste résumé que ce qui est écrit sur le bandeau : Une histoire d'amour fou, une odyssée vers l'espoir.

À noter la très belle couverture où deux mains nous présentent deux moitiés de grenade, ce beau fruit, cadeau de Nuri à Afra.

Je remercie Babelio et les éditions du Seuil pour m'avoir permis de découvrir ce magnifique deuxième roman de Christy Lefteri. J'ai par ailleurs bien apprécié le post-scriptum en bas de page de la lettre d'envoi dans laquelle l'équipe du Seuil mentionnait :"Nous ne pouvons être tenus pour responsable de toute envie de miel découlant de cette lecture".


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Christy Lefteri a été profondément marquée par son engagement bénévole auprès des réfugiés, à Athènes. Les rencontres, les histoires racontées par ces femmes, ces hommes, les dessins des enfants l'ont poussée à écrire ce magnifique roman, dur et émouvant : L'apiculteur d'Alep.

Nuri Ibrahim, le narrateur, vit heureux en famille, à Alep (Syrie) où, avec son cousin, Mustafa, ils possèdent de nombreuses ruches dont ils extraient un miel délicieux produit par ces abeilles merveilleuses, indispensables à notre survie.

Hélas, tout dérape. Guerre civile, intégrisme religieux, luttes politiques insensées, sécheresse et c'est le peuple qui souffre, des milliers d'innocents qui voient leurs vies brisées. Mort, destruction, toute une société s'écroule. Une seule solution pour tenter de survivre : la fuite vers notre Occident rêvé où il est si difficile d'être accepté.

D'autres écrivains comme Louis-Philippe Dalembert dans Mur Méditerranée, m'ont fait partager ce cauchemar, ces souffrances inouïes, la rapacité des passeurs mais aussi la générosité des bénévoles oeuvrant pour les organisations humanitaires et Christy Lefteri donne un autre éclairage qui m'a profondément ému, troublé, révolté parfois.

Il est indispensable de lire de tels livres dans ce XXIe siècle qui apporte aujourd'hui d'autres drames et nous fait oublier un peu trop facilement que, chaque jour qui passe, des enfants, des femmes, des hommes tentent de fuir la guerre, la famine, la misère, au péril de leur vie.

L'apiculteur d'Alep, sur les pas de Nuri et d'Afra, son épouse, sans Sami, leur fils, tué par une bombe avant leur départ, est un roman remarquablement construit. Comme d'autres avant moi, je remarque et j'apprécie cette liaison subtile entre le présent – Nuri et Afra sont en Angleterre et attendent une régularisation – et ce qu'ils ont enduré pour en arriver là. Une phrase se termine par un mot écrit en caractères gras au centre de la page suivante et ce même mot est le début d'une nouvelle phrase. C'est original et je pense qu'il faut saluer le travail de la traductrice, Karine Lalechère, qui a su respecter et transcrire en français l'écriture talentueuse de Christy Lefteri.


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Dans Alep dévastée par la guerre, alors qu'ils ont tout perdu, l'apiculteur Nuri finit par convaincre son épouse murée dans le chagrin qu'ils n'ont que trop tardé et qu'il leur faut partir. Avec pour seuls bagages la douleur de deuils impossibles et le traumatisme de la violence et de la peur, le couple entame alors un long et dangereux périple au travers de la Turquie et de la Grèce, dans le but de gagner l'Angleterre et d'y obtenir le statut de réfugiés.

Son expérience de bénévole dans un camp de migrants à Athènes a permis à l'auteur de recueillir les témoignages et les confidences de familles syriennes et afghanes réfugiées en Grèce : autant d'histoires bouleversantes qui ont nourri ce roman et lui ont donné un centrage émotionnel fort. Au-delà d'un aperçu des dramatiques conditions et obstacles qui jalonnent le parcours des migrants, le récit met l'accent sur l'intime et l'humain, nous faisant partager le désespoir engendré par le deuil et la perte, mais aussi l'extraordinaire résilience dont beaucoup de ces personnes déplacées savent faire preuve.

Ainsi, au beau milieu des drames et de la noirceur ambiante, l'on parvient tant bien que mal à se réchauffer le coeur à une petite flamme d'espoir et de vie, précairement entretenue par les souvenirs d'un passé serein et lumineux, par l'amour et la tendresse de deux époux accrochés l'un à l'autre, et par l'actif et continu soutien des populations locales et des organisations humanitaires.

Au travers de cette histoire particulière qui laisse perler l'espoir dans un chaos général où beaucoup de migrants se perdent, l'on devine la volonté de croire, pour les aidants bénévoles comme l'auteur, à ce que, heureusement, et en partie grâce à leurs efforts, un certain nombre de destins brisés puissent retrouver la lumière.


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J'étais bien partie avec ce roman. Une plume sensorielle avec des descriptions de grande beauté.

« Afra inhalait le monde comme si c'était une rose. Voilà pourquoi je l'aimais plus que la vie. »

Nuri est apiculteur et Afra est artiste peintre. Avec leur jeune fils Sami, ils auraient pu être tellement heureux dans leur pays qui sent si bon. Sauf que leur pays, c'est la Syrie et lorsqu'un pays est en guerre, plus rien n'est beau.

Malgré l'objection d'Afra à fuir, le couple n'aura d'autre choix que de tout quitter, soleil, abeilles, même les yeux d'Afra resteront clos à jamais sur un pays qu'elle n'arrivera jamais à oublier.

Quand je lis sur la couverture « une histoire d'amour fou », je suis à même d'espérer la voir et la ressentir cette histoire d'amour. Mis à part les quelques premières pages du début, je n'ai par la suite pas du tout ressenti cet amour. le couple est quasiment absent de cette histoire au détriment d'une odyssée vers l'immigration qui ne m'aura pas plus passionnée que cela. Pour que les nombreuses épreuves que vont vivre le couple me chavirent, je dois sentir l'ancrage et la force émotionnelle de ce couple. Et il n'en a rien été. C'est une multiplication d'épreuves, de pas en avant, en arrière, sans jamais voir Nuri tenir la main d'Afra.

Mes 3 étoiles je les accorde pour la beauté de la plume et de certains passages qui m'ont beaucoup touchée. Mais l'ensemble me laisse une impression de déséquilibre.

J'ai regardé de loin Nuri, Afra et tous les autres victimes de la guerre avec un coeur qui n'aura pas gercé comme il aurait dû.

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Dès les premières pages, j'ai perdu mes repères.

Du bonheur au malheur, d'heure en heure l'apiculteur se meurt.

Livre détresse, lecture frayeur.

Les prédateurs brûlent ses repaires.

Il a eu son heure.

Nuri, bombe et cauchemar, fuite essentielle et vitale, son parcours, lourd.

Quitter son pays, partir avec Afra son amour.

De Syrie au Royaume-Uni.

De migrant à réfugié, tout est écrit dans ce road-movie de la vie.

D'Istanbul à Lesbos sans pathos et d'Athènes à Londres à se morfondre.

Happy, apiculteur, quand la mort te susurre des serments veloutés, que rien n'est moins sûr,

que rien n'aura plus d'importance. Ni la chaleur, ni les piqûres…

Je me suis senti mal à l'aise dans cette fiction qui sent trop fort la réalité.

Personnages de création dans un environnement réel, actes glaçants : tu as envie de t'entraîner au tir ? Simple, deux soldats parient celui qui va tirer, c'est un jeu, pour abattre…un enfant de huit ans !

J'ai approché l'errance et ses souffrances dans les lignes de Christy, je ne me suis jamais posé, ni reposé. J'ai couru tout le temps, haletant à tâcher de trouver un peu de baume au coeur pour Afra et Nuri dans les parcs piégés laissés à l'abandon où ils sont abrités avec leurs compagnons. J'étais sans cesse sur le qui-vive pour tous ces gens qui bravent la mort chaque jour qui commence.

Merci Christy de ce témoignage qui va me hanter, je croyais m'y perdre, je m'y suis trouvé encore un peu plus d'humanité.

Merci à Bashung à qui j'ai emprunté quelques lignes de sa superbe chanson : L'apiculteur.

Merci infiniment à Babelio et Seuil pour leur cadeau de masse-critique privilégiée.

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critiques presse (2)
LeJournaldeQuebec
29 juin 2020
Une histoire d’amour et d’exil émouvante.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
Marianne_
23 juin 2020
Un livre vibrant de couleurs et d’empathie nous précipite dans le monde brisé d’un couple syrien en fuite. Avec "L’apiculteur d’Alep", la jeune romancière Christy Lefteri, qui travailla plusieurs années dans un camp de migrants à Athènes, brosse avec talent le tableau pudique et bouleversant d’un exil.
Lire la critique sur le site : Marianne_
Citations et extraits (96) Voir plus Ajouter une citation

Le bronze était la couleur dominante, quand on regardait la ville en contrebas. Nous vivions dans une maison de trois pièces en haut d'une colline. De là, on embrassait l'architecture anarchique, les dômes et les minarets élégants, avec à l'arrière-plan la citadelle qui se découpait sur le ciel.

La terrasse était agréable au printemps; le vent apportait l'odeur du désert et on voyait le disque rouge du soleil descendre sur l'horizon. En été, en revanche, c'était un véritable four. Nous restions à l'intérieur avec un ventilateur, une serviette mouillée sur la tête et les pieds dans une cuvette d'eau froide.

En juillet, la terre se craquelait, mais devant la maison nous avions des abricotiers et des amandiers, des tulipes, des iris et des fritillaires. Quand la rivière se tarissait, j'allais au bassin d'irrigation pour maintenir nos plantes en vie. En août, c'était une autre histoire : autant ressusciter un cadavre. Alors, je les laissais mourir et se fondre dans le reste du paysage. Dès que la température retombait, nous allions nous promener et nous regardions les faucons voler à travers le ciel, filant vers le désert.

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Où était notre foyer, désormais ? Et qu'est-ce que cela signifiait ? Dans mon esprit, c'était devenu un paysage baigné d'une lueur dorée, un paradis inaccessible.

Je me souvins d'un soir d'Aïd, une dizaine d'années auparavant. À la fin du ramadan, Mustafa et moi avions organisé une fête pour tous nos employés à l'Hôtel Martini Dar Zamaria. Le repas se tenait dans un patio décoré de palmiers, de lanternes, et de plantes suspendues aux balcons. Avec au-dessus de nous un carré de ciel nocturne étoilé.

L'hôtel avait préparé un vrai festin. On servit des plats de viande et de poisson accompagnés de riz, de céréales et de légumes. Après avoir prié, tout le monde mangea ensemble, employés, famille et amis.

Les enfants couraient autour des adultes. Afra, ravissante dans une abaya rouge et or, faisait le tour des tables, tenant Sami par la main, saluant chacun avec un sourire qui contenait toute la chaleur du monde.

Firas, Aya et Dahab étaient là, bien sûr, et le père de Mustafa était descendu de sa montagne pour l'occa sion, un homme tranquille et discret, qui ne ressemblait en rien à son propre père. Ce qui ne l'empêchait pas de rayonner de fierté devant la réussite de son fils, et d'apprécier la bonne chère et la compagnie. Il me parla longuement de son rucher. La scène était magique : les feuilles d'un vert brillant, la fumée de la chicha qui s'élevait en rubans de soie, les suspensions dont les fleurs semblaient s'être toutes ouvertes pour nous, répandant leur parfum dans la cour. Dans ma mémoire, c'était devenu un lieu enchanté comme on en trouvait dans les contes que ma mère me lisait dans la chambre au carrelage bleu.

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- Ou'est-ce que je dessine ?

Ce que tu veux.

_ Dis-moi. J'ai envie de dessiner pour toi.

- La vue du balcon, à Alep.

Je regardai ses doigts effleurer les marques de crayon sur le papier, suivre chaque ligne à la manière d'un chemin. Elle cligna des yeux et releva la tête. Ses paupières papillotaient, comme si elle était éblouie par une lumière trop vive.

- Est-ce que tu vois quelque chose, Afra?

- Non. Chut. Je réfléchis.

Le dessin prenait forme peu à peu. Je reconnaissais les coupoles, les toits plats. Au premier plan, elle ajouta des feuillages et des fleurs qui s'enroulaient sur la rambarde. Puis elle assombrit le ciel avec du violet, du brun et du vert. Elle ignorait quelles teintes elle uti-lisait, elle savait seulement qu'il lui en fallait trois pour le ciel. Elle suivait les contours du paysage du bout de ses doigts, pour s'assurer que la couleur ne débordait pas sur les maisons.

- Comment tu fais ?

- Aucune idée, répondit-elle, avec une brève lueur de joie dans le regard. C'est beau?

- C'est magnifique.

Bizarrement, elle cessa aussitôt de dessiner, si bien que la partie droite resta sans couleur. Je songeai aux rues grises détruites par les bombes. La guerre avait décoloré le monde. Tué les fleurs. Elle me tendit la feuille.

- Ce n'est pas terminé.

- Si.

Elle me donna le dessin et s'allongea, les mains sous la nuque, se murant dans le silence. Je restai un moment immobile, à contempler la vue d'Alep. Puis Neil passa la tête par la porte pour nous annoncer que nous devions partir.

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Le matin, je me réveillais très tôt, avant l'aube, avant l'appel à la prière du muezzin, pour arriver au lever du soleil. Lorsque je descendais de voiture, la note unique et pure de leur bourdonnement s'élevait au-dessus de la nature inondée de lumière.

À mes yeux, elles forment une société idéale, un petit paradis au milieu du chaos. Les butineuses voyagent loin, parcourant de grandes distances pour recueillir le pollen des fleurs du citronnier et du trèfle, de la nigelle et de l'anis, des eucalyptus, des cotonniers, des ronces et de la bruyère. Je prenais soin d'elles et protégeais les ruches contre les infestations et la maladie. Parfois, j'en construisais de nouvelles, divisais les colonies et élevais des reines. Pour cela, je prélevais une larve dans un autre nid et regardais les infirmières la nourrir de gelée royale.

Au moment de la récolte, je m'assurais qu'il y avait suffisamment de miel, puis je plaçais les rayons dans l'extracteur après avoir gratté l'opercule de cire, et je voyais le seau se remplir de liquide doré. C'était mon travail de protéger les insectes et de veiller à leur santé, pour qu'ils puissent se consacrer à la fabrication du miel et à la pollinisation, contribuant ainsi à la reproduction des plantes, et par extension à notre survie.

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Le matin, l'appel du muezzin invitait les maisons vides à la prière. Je sortis pour essayer de trouver de la farine et des œufs, car il n'y avait presque plus de pain. Je marchais dans la poussière. Elle était si dense qu'on avait la sensation de patauger dans la neige. Il y avait des voitures carbonisées, des cordes à linge avec des vêtements crasseux sur des terrasses abandonnées, des fils électriques qui pendouillaient dans les rues, des magasins éventrés, des immeubles au toit arraché, des tas d'ordures sur les trottoirs. Ça puait la mort et le caoutchouc brulé. Au loin, des serpentins de fumée s'élevaient dans le ciel. J'avais la bouche sèche, les mains crispées et tremblantes. Je me sentais prisonnier de ces rues distordues. Dans la campagne, les villages étaient incendiés et un flot humain se déversait sur les routes, les femmes terrorisées parce que personne ne contrôlait les milices et qu'elles craignaient d'être violées. Pourtant, ici, à côté de moi, il y avait un rosier de Damas en fleur. Je fermai les yeux, humant son parfum, et pendant un instant je pus faire comme si je n'avais pas vu ce que j'avais vu.

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Vidéo de Christy Lefteri
Nuri est apiculteur, sa femme, Afra, est artiste. Ils vivent tous deux avec leur jeune fils, Sami, dans la magnifique ville d'Alep, en Syrie. La guerre éclate et ravage tout, jusqu'aux précieuses ruches de Nuri. Et l'inimaginable se produit. Afra ne veut plus bouger de sa chambre. Pourtant, ils n'ont pas le choix et Nuri déploie des trésors d'affection pour la convaincre de partir.
Fous de douleur, impuissants, ils entament alors un long périple où ils devront apprendre à faire le deuil de tout ce qu'ils ont aimé. Et apprendre à se retrouver, peut-être, à la fin du voyage, dans un Londres où les attendent des êtres proches. Pour reconstruire les ruches et leur vie.
Christy Lefteri est née à Londres de parents chypriotes. Elle anime un atelier d'écriture à l'université Brunel. "L'Apiculteur d'Alep", son deuxième roman, lui a été inspiré par son travail de bénévole dans un camp de migrants à Athènes.
"Derrière l'immense tragédie impersonnelle des réfugiés, Christy Lefteri fait émerger une histoire personnelle subtile et bouleversante." Kirkus Review
"Impossible de ne pas être touché par cette ode à l'humanité." The Guardian
Traduit de l'anglais par Karine Lalechère
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