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Critique de Cigale17


Cigale17
  13 mars 2020
« Christy Lefteri est née à Londres de parents chypriotes » précise la très brève biographie de l'auteure proposée par les Éditions du Seuil. Je n'ai pu m'empêcher de penser à la partition de Chypre et à l'immigration qui a accompagné cet événement… de plus, comme elle a travaillé dans un camp de migrants, on comprend que le sujet lui tient à coeur. Elle va nous raconter la douloureuse aventure de Nuri, apiculteur accompli, passionné par son travail, et d'Afra, sa femme, peintre de talent, tous deux vivant à Alep avec leur fils Sami. Ils ont une vie confortable, dans un milieu aisé, jusqu'à ce que « la situation devienne intenable ». le cousin de Nuri, Mustafa, son mentor et associé, a déjà envoyé sa femme et sa fille en Angleterre, mais là, tous doivent partir, sans tarder, et dans des conditions qui n'ont rien à voir avec un voyage d'agrément…
***
Tous numérotés et décorés d'une abeille, chacun des 14 chapitres commence à Londres. Les 13 premiers chapitres nous font voyager dans l'espace et dans le temps. Nuri, narrateur à la première personne, nous explique leur présent de réfugiés, mais relate aussi les différentes étapes de leur périple. À peu près à la moitié de ces 13 chapitres, on découvre, seuls sur une page blanche, un ou deux mots en caractères gras, mots qui sont à la fois les derniers du récit « de Londres » et les premiers de celui « du voyage ». J'ai trouvé le procédé intéressant, en cela qu'il rend indissociables les deux parties et rattache les traumatismes subis au présent et à l'avenir de cette famille brisée. On sait très vite que Nuri et Afra ont tout perdu ; Sami, leur fils, est mort, et Afra est devenu aveugle. On soupçonne que les deux événements sont liés, mais on ne possède pas de détails. Parce que le roman commence à Londres, on comprend qu'ils sont arrivés sain et saufs (si l'on peut dire), mais on ne découvrira qu'au fil du texte à quel point le voyage a été éprouvant.
***
C'est un roman touchant et émouvant, éprouvant aussi par moment. J'ai trouvé particulièrement réussi la juxtaposition, parfois la superposition, des souvenirs heureux, des bonheurs apportés par les soins prodigués aux abeilles, des beautés d'Alep et de la Syrie, des moments partagés sans réserve avec ceux que l'on aime, et des horreurs de la guerre, des morts absurdes, des compromissions, des profiteurs, etc. J'ai trouvé habile aussi de nous présenter des gens aisés, qui pourraient voyager dans de bonnes conditions, mais qui, à cause des circonstances, vont se trouver à accomplir la plus grande partie du voyage dans les mêmes conditions de précarité que les autres migrants, quel que soit leur pays d'origine et les motifs de leur exil. J'ai compris aussi que le syndrome de stress post traumatique (SSPT) pouvait revêtir des formes extrêmement diverses, et à quel point il pouvait être tentant de se laisser submerger pour y échapper.
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