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EAN : 9782846822664
160 pages
P.O.L. (06/11/2008)
3.45/5   21 notes
Résumé :

On peut tout exposer: quelques bibelots du second Empire, un recueil de photographies, un boudoir d'outre-tombe, une héroïne célèbre pour sa beauté, sa fatuité et sa fin lamentable. On peut tout exposer: une femme à la place d'une autre, la peur de son propre corps, une manière d'entrer en scène, l'ivresse de la séduction, un abandon, des objets qui rassurent, une ruine.

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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
topocl
  14 avril 2019
"On pourrait commencer l'exposition par l'oeuvre de Fischli et Weiss, der Lauf der Dinge (Le Cours des Choses nous, 1986 – 1987), filmées dans leur atelier. C'est un long plan séquence qui enregistre le déroulement d'une série d'événements : un pneu roule, une cuve déborde, une fumée s'échappe, un ballon s'élance, un liquide dévale, une toupie tourne, etc. Chaque événement possède des qualités propres, mais c'est la série qui compte, c'est la syntaxe, le moment de bascule d'un événement vers un autre : un pneu qui frappe une cuve qui libère un liquide qui ouvre une trappe qui lâche la fumée qui fait pression sur un verre d'eau qui déclenche un court-circuit, etc. L'oeuvre a l'apparence du chaos, les matériaux sont hétéroclites, les rapports inattendus, les effets inégaux, chaque incident menace à tout instant de rater son destin d'incident, et pourtant l'harmonie règne, ça avance, on est pris par le principe même de la composition, ce n'est pas la diversité des événements qui est exposée mais leur rigoureuse concertation, la manière dont l'un déclenche l'autre, c'est le passage de l'un à l'autre qui retient, passage toujours incongru et toujours implacable, presque invisible, obéissant à des lois impérieuses et énigmatiques, c'est-à-dire comme une existence : un peu d'eau sale s'écoule au sol."
On a ici l'explication de toute la démarche de Nathalie Léger. Un sujet qui n'est qu'un « événement », (qui s'intéresse à Barbara Loden, à Pippa Bacca , ou ici à la Comtesse de Castiglione)?) : ici une rencontre fortuite d'un catalogue de photos de la fameuse Comtesse dans les rayons d'une librairie, le temps d'organiser une exposition qui ne verra jamais le jour.
Autour de cet « événement » , Nathalie Léger écrit, elle aussi, je la cite à nouveau :« l'apparence du chaos, les matériaux sont hétéroclites, les rapports inattendus, les effets inégaux, », "et pourtant l'harmonie règne, ça avance, on est pris par le principe même de la composition, ce n'est pas la diversité des événements qui est exposée mais leur rigoureuse concertation, la manière dont l'un déclenche l'autre, c'est le passage de l'un à l'autre qui retient, passage toujours incongru et toujours implacable, presque invisible, obéissant à des lois impérieuse et s énigmatiques. » « Et la série, cette longue mise en branle de hasards et de savoirs qui ressemble à l'écriture, cet entrechoquement de matières et de qualités, s'achève comme un récit. »
L'ordonnancement de ce chaos, qui met en scène des faits intimes, culturels, réflexifs multiples, des références, citations et allusions, connaît une réussite variable : plus abouti dans La robe blanche et La vie secrète de Barbara Loden, alors qu' ici, on se surprend à se demander si l'auteure ne s'est pas trompée, si elle n'a pas fourni à un éditeur un peu inattentif le dossier de son travail compulsif de prise de notes, de relevé de citations, de références et allusions, digressions plus ou moins directes, en rapport avec son sujet.
Ce fameux sujet qui est autant un prétexte.
Elle parait bien singulière, cette Comtesse redoutée, avec sa curieuse compulsion (elle aussi), tout au long d'une vie, à mettre sa beauté inégalée en spectacle, par le biais de mises en scène photographiques. Mais au-delà de ce sacré personnage, Nathalie Léger va aborder plus généralement la beauté, l'image, le regard (de l'homme) et la photographie, la vérité et l'illusion qu'elle entretient ; et plus intimement l'écho que cela réveille dans sa vie personnelle et son rapport au couple de ses parents, dont elle conserve, comme nous tous, quelques photographies à bords crénelés.
Au passage, on touche du doigt une connaissance partielle de cette coquette narcissique du Second Empire qui a brièvement séduit l'Empereur, « dédaigneuse et hautaine », « isolée par sa perfection ». Son « effort incroyable à se représenter elle-même » , son apparente absence de coeur, ne sont que cache-misères face au « gouffre », à la « terreur » d'une femme qui cherche sa place au sein du monde « trépidant de la fête impériale », ce royaume du paraître, ce « règne absolu de la crinoline ». Elle finit seule, cloîtrée, « fatiguée de n'avoir pas été comprise », recluse dans « l'envers déraillé ».
Au-delà de cet effleurement, lié à la volonté déterminée de l'auteure de rester dans une sphère non-biographique, l'oeuvre prend par trop l'aspect d'un inachèvement, comme si elle était le brouillon d'une idée séduisante, un travail préparatoire pour les écrits à venir, une mission a priori alléchante, mais trop érudite, trop volontairement disparate dans son obsession, entraînant un étrange sentiment de vanité et de distance, où il paraît difficile de distinguer snobisme et sincérité. Mais elle est aussi pleine de la promesse que vont tenir les si attachantes oeuvres à venir.
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Rodin_Marcel
  02 mars 2015
Nathalie Léger «L'Exposition», éditions POL 2008 (ISBN 978-2-84682-266-4).
Entre ses réminiscences personnelles et la restitution historique, l'auteur tente d'expliquer pourquoi la comtesse de Castiglione, égérie du Second Empire, considérée comme la plus belle femme de sa génération, se livrait à d'interminables et quasi quotidiennes séances de pose photographique chez Pierre-Louis Pierson.
En son temps, Robert de Montesquiou, modèle du dandy proustien, se fit un devoir de collecter les vestiges de l'existence de cette femme. L'un des passages les plus intéressants concerne justement le choix que l'auteur doit faire d'un objet (pp. 69-74)
«ce que je veux saisir, c'est ce barnum miniature de la relique, ce que Montesquiou appelle son boudoir d'outre-tombe [...] ce qui se cherchait à corps perdu dans la matière des chers objets [...] ce n'était pas un souvenir de la vie mais la vie elle-même, l'imperceptible palpitation de la vie».
C'est un peu ce que l'on perçoit lorsque l'on sauve de la disparition l'un de ces objets usuels anodins, dont on sait cependant qu'il fut constamment utilisé par un(-e) cher(-e) disparu(-e).
Des mises en correspondance intéressantes, avec par exemple Truman Capote (p. 79), Zola et la photographie dans «la curée» (p. 92-94) ou cette fine allusion au film «la règle du jeu» de Renoir, lorsque La Chesnay dévoile sa boîte à musique avec tous ses automates (p. 138-139). Mais hélas, beaucoup de choses convenues, peu astucieuses comme l'évocation de l'Afrique fantôme de Leiris (p.140) ou la fin sur une phrase en anglais, véritable marotte de ce type d'intelligensia parisienne. Quelque peu décevant, mais il est aujourd'hui encore si difficile d'écrire sur l'image que la tentative reste méritoire.
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crapette
  28 octobre 2012
Les sujets et les formes littéraires ne cessent de s'entremêler dans ce petit livre. S'agirait-il d'un carnet de bord tenue par une fonctionnaire minutieuse du Ministère de la Culture ( direction des musées !) ou bien d'un extrait de thèse : une cocotte sous le second empire, ou encore de l' ébauche d'une Histoire de la photo de charme au dix-neuvième siècle?
L'auteur précise "De juillet 2005 à décembre 2007, j'ai voulu exposer, pour répondre à une carte blanche sur la ruine, une vie, la vie de cette femme la Castiglione. J'ai été happée, gobée par ce sujet-là. » Que dire de mieux sinon que je l'ai lu comme une réflexion sur l'image qu'on veut bien donner de soi et de ce que les autres en reçoivent, même sous la forme d'une photographie.
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
crapettecrapette   20 juin 2012
Sur le trajet un peu sinueux de la féminité, le caillou sur lequel on trébuche, c’est une autre femme (l’autre – c’était ainsi que nous avions nommé la femme pour laquelle mon père avait quitté ma mère – Lautre,c’était devenu son nom, un nom qui permettait d’annuler sa qualité pour ne s’attacher qu’à sa fonction ; Lautre, celle qui n’était pas la légitime, celle qui n’était pas la mère ; Lautre, quoi qu’elle fasse, on la hait, on la désire). p. 11
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crapettecrapette   28 octobre 2012
Janouch parlant de photographie disait un jour à Kafka :"Cet appareil, c'est un connais-toi toi-même automatique."...Et Kafka répond :"Vos voulez sans doute dire le Méconnais-toi toi-même! Toutes ces têtes penchées des portraits photographiques, ces têtes soumises à l'image."
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crapettecrapette   28 octobre 2012
A sa manière, chacun pense qu'au milieu du désordre général, le seul lieu possible, c'est l'enfermement dans la chambre noire, c'est là qu'on met de l'ordre, à tâtons, sans rien comprendre.
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