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Jean Talva (Traducteur)
ISBN : 2752904118
Éditeur : Phébus (04/06/2009)

Note moyenne : 3.95/5 (sur 74 notes)
Résumé :
A 18 ans, au lendemain de la Première Guerre mondiale, Judith Earle, une jeune fille de bonne famille du Sud de l'angleterre, regagne la grande maison familiale au bord de l'eau. Elle vient de terminer ses étude à Cambridge.
Elle est assiste au retour de ses voisins, les cousins Fyfe, qu'elle a idolâtrés tout au long de son enfance solitaire.
Dans une mosaïque faisant alterner passé et présent, Judith se souvient de leurs jeux, et des fantasmes induits... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
AgatheDumaurier
  05 novembre 2016
Remarquable et injustement méconnu, en tout cas en France !
Sur mon édition poche de 1966 (Droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays y compris l'URSS...), la couverture est digne d'un Harlequin (mais c'était la mode, je crois.) C'est celle que je vois sur Babelio, et j'espère qu'il y a eu des rééditions depuis, OMG ! Rosamund Lehmann était proche du groupe de Virginia Woolf, qui n'est pas vraiment à l'eau de rose...Enfin.
Judith, enfant unique élevée par deux parents assez distants et qui refusent de la scolariser, est fascinée depuis toujours par "les enfants d'à côté" : un groupe familial composé de cousins et frères : quatre garçons (Julian, Charlie, Roddy, Martin) et une fille (Mariella). Ils sont beaux, aristocratiques, à la fois proches et distants, ils acceptent de jouer avec elle et elle leur en est infiniment reconnaissante. Quand ils disparaissent de son horizon (la grand-mère qui les hébergeait ne bougeant plus de Londres), c'est comme une parenthèse enchantée qui s'évanouit pour Judith, et elle ne cesse de penser à eux, de rêver à eux, particulièrement, au début, à Charlie, ange blond d'une beauté parfaite. Ils se revoient brièvement à le fin de l'adolescence lors d'une partie de patins à glace sur la rivière (scène absolument remarquable), puis c'est la guerre. Elle entraîne des changements, des disparitions tragiques, mais fait revenir au bercail les " enfants d'à côté", grandis. Judith les attend avec une immense impatience. En même temps, à la fin de l'été, elle partira à Cambridge pour finir ses études...Comment faire revivre les moments enchantés d'autrefois, comment percer le mystère de ces sphynx fascinants ? Comment les rejoindre dans le monde réel et faire enfin partie d'eux ?
C'est l'histoire d'une jeune fille en manque, et qui veut, qui veut, qui veut dévorer, sans s'en rendre compte, tous ceux qui sont autour d'elle pour devenir quelqu'un. En même temps, il lui faut quitter le monde de ses rêves, où vivent des ombres à figures familières, mais qui n'existent pas,
pour accéder à la réalité.
L'écriture est magnifique, féérique, mélancolique. Judith erre dans les brumes de son esprit, dans sa fascination malsaine pour les autres, innocente et terrible, toujours demandant l'absolu à des amis qui ne peuvent le lui donner "vous souvenez-vous ? vous souvenez-vous ? M'aimiez-vous ? Faisiez-vous attention à moi comme je faisais attention à vous ? etc..." Assister à son évolution jusqu'à une seconde naissance est un spectacle à la fois enchanteur et cruel.
A lire !
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NCJ
  28 avril 2014
"Elle était affranchie enfin de sa faiblesse, de sa futile obsession de dépendance envers autrui. Elle n'avait plus personne qu'elle-même, et c'était mieux."
Voici ce qui résume l'essence même de ce livre ; l'histoire de Judith (enfant, adolescente, puis jeune femme) qui souffre de dépendance affective.
Dans un premier temps envers ses jeunes voisins, compagnons de jeux qui semblent tous psychologiquement fragiles.Dans un second temps, elle entretien une relation amicale très forte, à la limite de l'ambiguïté, avec une étudiante de Cambridge.
Et enfin, elle se perd dans ses amours, ne sachant plus très bien, ni qui, ni pourquoi aimer.
J'ai beaucoup aimé ce livre. le style est admirable.
A lire !!
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memma
  16 novembre 2016
Je lis actuellement le Rapport de Brodeck et l'étranger qui en est le centre est relié à "une fable pleine de poussière et de mots perdus". J'étais en train de profiter de l'expression, que je trouvais belle et je me suis souvenue de Poussière. J'avais aussi vu hier que ce roman faisait partie sur Babelio d'une très belle liste sur les livres oubliés. Bref, une sorte de processus analytique m'amène ici.
Tout a été dit sur l'histoire et même sur le caractère un peu désuet et oublié du roman. Je suis d'accord aussi sur le fait qu'il rappelle les "bandes" de jeunes gens des Jeunes filles en fleur, mais aussi celles de Promenade au phare et de Virginia Woolf de façon générale. le regard de Judith, regard de narrateur, se nourrit de ses personnages ; et le fleuve peut très bien faire office de frontière entre la réalité et le rêve ; entre l'âge adulte et l'enfance.
Mais ce qui m'a le plus frappée, ce sont les portraits de garçons. Je n'ai jamais lu quoi que ce soit qui s'en approche : ce moment, chez un jeune homme, d'extrême timidité ou, à l'inverse, de faconde insolente et verbeuse propre à masquer (ou à dire) les hésitations, la naïveté souvent profonde, les doutes et les angoisses. Il suffit d'avoir eu des fils ou simplement d'avoir aimé un jeune homme pour que chaque mot du roman porte. La narratrice - féminine - rend compte du mystère que c'est et de l'impuissance qu'on ressent et du silence que l'on a tendance à garder, même si ainsi on ne porte pas le secours qu'il faut.
J'ai été très émue par la suite de voir Jonathan Coe écrire La pluie, avant qu'elle tombe en souvenir de Rosamond Lehmann. Il a raconté, dans un article du Guardian, l'admiration qu'il avait pour elle, en particulier pour son "astonishing, unembarrassed emotionality that gives a visceral power to her recurring themes - thwarted love, faithlessness, the unbearable sadness of naive romantic feelings being crushed by the passage of time."
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summerday
  07 décembre 2010
J'ai lu Poussière et j'ai beaucoup aimé. Je ne m'attendais absolument pas à rencontrer un tel texte, quoiqu'en vérité je ne m'attendais à rien puisqu'il s'agissait de ma première lecture de Rosamond Lehmann.
Jai particulièrement apprécié le style délicat de l'auteur et ses descriptions très subtiles et élégantes. Elle nous donne à observer un mouvement calme qui suit la personnalité douce de son héroïne Judith, qui parfois s'autorise un petit sursaut de vie et que le style de l'auteur relaie avec un peu plus de force, pour parfaitement épouser l'attitude de la jeune fille. Les passages de l'enfance me sont apparus comme cotonneux et lointains, c'est très agréable. Et alors que la vie à Cambridge semble soudain plus vive, les parties suivantes s'imprègnent d'une fatalité bien grave sous le poids de la passion.
Sans trouver non plus d'empathie avec les personnages, j'ai tout de même réussi à m'attacher à eux, et en particulier Judith. Malgré toutes ces années, elle demeurera la jeune fille d'à côté, dont les Fyfe se jouaient. Tout au long du roman il semble exister un mur invisible, un voile qui les empêche tous de réellement se connaître. Les actions des garçons, la véritable personnalité de Mariella, et encore plus de Jennyfer, tout cela est confus pour Judith, qui ne voit que ce qu'elle désire voir. Innocence? Égocentrisme? Difficulté à saisir les autres alors qu'elle-même hésite sur ses désirs? J'ai l'impression qu'elle ne sait déjà pas qui elle est et qui elle aime. Je ne crois pas que cela soit dû à la force d'attraction des Fyfe. Si elle avait voulu résister à leur influence, elle aurait pu. Je crois que cela lui plaît au fond, de se jouer des mélodrames. Et la vie va lui apprendre qu'il n'est pas si bon de se faire des illusions au mépris des autres, et je pense au destin de Martin pour cela.
La fin me plaît, même si elle reste aussi ouverte que la lecture de chacun de ces personnages, et je me dis qu'en terminant seule, Judith a peut-être enfin la chance de s'affirmer un peu.
Tout est très mystérieux et j'ai aimé cela. Rosamond Lehmann joue sur les non-dits, et il faut souvent lire entre les lignes.
Sur la morale de l'histoire, je ne saurais me prononcer. le récit est tragique car tout le monde aime quelqu'un qui ne l'aime pas en retour. C'est une sorte de manège des sentiments, confus et virevoltant.
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nathys
  11 janvier 2011
Alors au début j'aimais vraiment beaucoup le roman mais sans plus, et la partie à Cambridge m'a moins plue car la famille Fyfe passait un peu au second plan, pour laisser la place à Jennyfer que j'ai détesté dès le début. Leur amitié était assez ambiguë même si Judith dans son innocence, ne se rendait compte de rien...je me demande si c'est la vie si proche que les étudiantes menaient 24h/24 ensemble qui fait que les sentiments même amicaux étaient si forts et si emprunts de tendresse, j'ai l'impression qu'aujourd'hui, même avec ses meilleurs amies, on reste quand même plus froides
Mais revenons au roman^^ A partir du moment où Judith n'est plus à Cambridge j'ai adoré de plus en plus, l'histoire avec Roddy m'a passionnée puis celles avec Martin et Julien aussi. Rosamond Lehmann décrit à merveille les sentiments, c'est incroyable l'impression qu'on a, en lisant qu'elle tombe toujours juste! Je me suis totalement retrouvée en Judith dans pas mal de moments et je me disais "mais c'est exactement ça que je ressentais!", elle l'explique en quelques phrases mieux qu'on ne pourrait le faire en des dizaines de pages. J'ai trouvé les sentiments des garçons (surtout ceux de Roddy) très bien expliqués aussi, même si c'était moins détaillé, tout parait absolument clair: j'ai adoré du coup la scène de la dernière soirée entre Roddy et Judith (terrible Roddy que je n'arrive pas à détester, comme Judith ), la lettre qu'elle lui envoit ensuite et leur scène d'adieu Judith est tellement juste à ce moment, tiraillée entre l'envie de s'arrêter pour repartir avec quelques morceaux de fierté encore et celle de se dévoiler entièrement, de tenter le tout pour le tout! Quelle héroine! Pas une superwoman, mais une vraie femme-enfant, remplie de qualités, entière, passionnée, qui se laisse toucher, blesser mais est capable de trouver la force de s'en sortir toute seule. Je me suis aussi beaucoup retrouvée dans sa tendance à rêver sa vie, à en changer le cours dans sa tête avec le retour parfois rude à la réalité ensuite.
Les cousins Fyfe étaient vraiment passionants: on les découvre vraiment tout doucement, parfois on a l'impression de les avoir compris et puis non, ce n'est qu'à la fin que tout est vraiment dit. Mariella par exemple était assez mystérieuse, insaississable et sa lettre à la fin la rend accessible et humaine. Je les ai tous aimés, sauf Charlie un peu moins, car c'est celui qu'on a le moins connu. Mais Roddy reste mon préféré: il est impossible à détester, il est beaucoup trop complexe pour susciter des sentiments manichéens.
Ce roman est au final vraiment triste car il donne l'impression d'un énorme gachis pendant des années entre ces personnes qui sont quasi toutes passées à côté d'un amour réciproque. Au final seul Charlie pendant sa courte vie a été heureux en amour.
Mais en même temps le paragraphe de fin donne quand même de l'espoir.
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
BrigidaBrigida   14 mai 2015
Lorsque les jalousies furent levées, lorsque le regard fixe et familier des vieux miroirs ovales, suspendus aux fenêtres des chambres, surveilla de nouveau le jardin,ce fut comme si ce long abandon n'avait jamais été, comme si les enfants d'à côté dussent être encore là, avec leur grand'mere, ces enfants d'à côté qui arrivaient, repartaient, mystérieux, saisissants ; tous cousins, sauf deux frères, tous garçons, sauf une fille ; et qui tombaient, par-dessus le mur garni de pêchers, dans le jardin de Judith, pour l'inviter à prendre le thé ou à jouer à cache-cache.
Mais en réalité, tout était différent aujourd'hui. La grand'mere était morte, peu de temps après avoir appris la mort de Charlie. C'était son chéri, son préféré. Il avait, chose étonnante, épousé Mariella, alors que tous deux avaient dix-huit ans et qu'il allait partir pour le front. Il avait ete tué tout de suite et, quelques mois après, Mariella avait un petit enfant.
Mariella avait vingt-deux ans maintenant, et elle était veuve de Charlie, et mère d'un enfant dont Charlie était le père. Cela semblait fantastique, quand on regardait en arrière et qu'on se les rappelait tous les deux. La grand'mere avait légué la maison à Mariella, et celle-ci revenait y vivre, y vivre agréablement, maintenant que la guerre était bien finie, et Charlie, selon toute apparence, oublié. P13
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NCJNCJ   09 mai 2014
Nager seule, sous le clair de lune, était un mystère sacré qui la passionnait. L'eau était amoureuse de son corps : elle s'abandonnait, tout en y résistant, à sa mordante étreinte. Elle la subissait, bientôt elle la désira ; elle était amoureuse de l'eau. Peu à peu, elle n'en sentit plus la rigueur, mais seulement l'appui et la caresse qui suivaient ses mouvements.
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BrigidaBrigida   14 mai 2015
La lumière acérée, blanche et bleue, de l'après-midi s'adoucissait avec le coucher du soleil. L'étang flamboyait, resplendissait de pure lumière. Au milieu s'élevaient en masse des roseaux flétris, des plantes et des herbes aquatiques, sèches et mortes de froid, des buissons chargés de baies, des petits saules, vision confuse aux tons de pastel bruns, pourpres, verts palissants, jaunes et roux, avec, ça et là, une tache enflammée et distincte, une éclaboussure d'incarnat, un trait d'or.
p 50
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BrigidaBrigida   14 mai 2015
Alors elle vit que le ciel se fleurissait des teintes du soir.Au-dessous des nuages rougissants, le soleil apparut, toutes les cimes des arbres s'allumerent et leur masse confuse, mouvante et balancée, baigna dans un flot d'or assombri. De l'autre côté de la rivière, les champs étaient somptueux et rêveurs, saturés de lumière, coupés de longues ombres violettes. L'eau courait d'une course un peu folle, jonchée de paillettes ardentes, semée d'opales enflammées. Pourtant tout s'adoucissait, s'apaisait ; les nuages se rassemblaient dans le lointain, le vent tombait ; le soir allait être aussi calme, aussi fixe que la mort.
p 38
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pavlovapavlova   09 mars 2010
Charlie la défia de traverser trois fois en courant le champ où était le taureau, et le traversa. Lui ne l'aurait pas fait. Elle pouvait marcher sans trembler sur cette partie du toit qui donnait la nausée à tous les autres ; et elle adorait les orages.
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