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EAN : 9782070711888
655 pages
Gallimard (30/11/-1)
3.9/5   30 notes
Résumé :
1931. Invité par l'ethnologue Marcel Griaule, Michel Leiris se joint à la mission scientifique Dakar-Djibouti, pour un voyage de 21 mois à travers l'Afrique. Il est supposé tenir le carnet de route de l'expédition mais, bien vite, ses propres impressions prennent le dessus. Avec une subjectivité revendiquée, attitude inhabituelle pour l'époque, l'auteur découvre l'Afrique coloniale avec ses mystères mais aussi s... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Valnoise
  04 septembre 2022

UN SNOB À LA COLONIE
C'est un garçon de trente ans, on le dit snob. Soucieux de son vêtement, le moindre accroc le désolerait. Il a horreur des détonations, déteste les insectes. L'Afrique, alors ? Pour s'oublier sans doute, se trouver peut-être. Michel Leiris part là-bas avec ses pantoufles, son pyjama, les affaires de toilette dans une musette, et pas un livre.
Marié en 1926, et en psychanalyse depuis deux ans, il est engagé comme secrétaire-archiviste de la Mission ethnographique Dakar-Djibouti (1931-1933) que dirige Marcel Griaule, un disciple de Marcel Mauss. Pendant la Mission il va tenir un journal qui sera publié en 1934 par Jean Paulhan, sous le titre L'Afrique fantôme.
Greffier méthodique des découvertes ethnologiques comme des péripéties administratives de la MDD, le diariste ne se contente pas de décrire méticuleusement ce qu'il voit (par exemple, un Bambara qui se plante carrément une lame dans le crâne), il consigne ses hauts et ses bas, de façon très gidienne (la perte de la pince à épiler le contrarie à l'excès). Sa psychanalyse continuant à bas bruit, il note ses pollutions nocturnes et ses productions oniriques, rêve qu'il devient chauve, ou qu'une jeune fille lui caresse l'anus dans le métro…
Les problèmes d'organisation, d'approvisionnement et les questions d'argent ne retiennent pas son attention, la logistique n'étant pas son affaire, même si au fil des pages on découvre avec pas mal d'étonnement tout le fourniment de la Mission. Dotée de deux camions et d'une Ford avec remorque, l'équipe s'est lancée dans la traversée de l'Afrique avec un barda des plus hétéroclites : une grande échelle, une mitrailleuse, un phonographe et une quarantaine de disques, un stock de cartouches, un tuyau de poêle, un fusil Beretta, une machine à fabriquer de la glace, de nombreux flacons d'eau de Cologne, quantité de poudre de riz, un groupe électrogène, etc.
L'eau de Cologne et la poudre de riz sont offertes aux indigènes à l'occasion de transactions plus ou moins forcées, l'objectif de Griaule, qui bénéficiait d'un permis de capture scientifique (sic), étant de rapporter le maximum de butin (peintures, manuscrits, instruments de musique, instruments aratoires, ustensiles de toute sorte), sans craindre d'aller jusqu'au sacrilège et au pillage.
Avec les traducteurs et les boys, tout ne va pas sans heurt. On s'énerve, ça crie, des coups pleuvent. À l'occasion du transbordement du matériel sur un train, Leiris l'avoue : « Dans le feu du déménagement, j'ai donné, le matin, une gifle au malheureux Makan. » Ailleurs il écrit, à propos d'un boy : « S'il m'emmerde encore, je lui casse la gueule. À voir combien je suis moi-même impatient avec les noirs qui m'agacent, je mesure à quel degré de bestialité doivent pouvoir atteindre, dans les rapports avec l'indigène, ceux qui sont épuisés par le climat et que ne retient aucune idéologie… Et qu'est-ce que cela doit être chez les fervents du Berger et du whisky ! »
Les Européens rencontrés traînent leur ennui d'apéritif en apéritif. On joue au tennis, plus rarement au polo. Les administrateurs réunissent ces messieurs en costume blanc pour des dîners présidés par des maîtresses de maison en robe du soir. La colonie, quoi ! le secrétaire-archiviste déchante, le désespoir guette. D'autant que sur le vieux continent, rien ne va plus : « En Europe, note-t-il en janvier 32, tout semble aller de mal en pis. Cela sent la guerre mondiale. »
Ce premier livre, qui apporte à l'auteur un début de notoriété, amorce la grande entreprise autobiographique qui en toute impudeur sera l'oeuvre de Michel Leiris.
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Charybde2
  17 mars 2013
Journal d'un périple transafricain en 1931, aux aspects bien fastidieux...
Publiée en 1934, cette première oeuvre de Michel Leiris est son journal intime rédigé lors de la mission Dakar-Djibouti de 1931, pour laquelle il avait été recruté par Marcel Griaule en tant que secrétaire archiviste, et qui marquait ses débuts "autodidactes" en ethnologie (qui le conduiront à sa célèbre et controversée thèse sur les Dogons en 1947).
Ce périple ethnogrpahique transafricain comporte trois moments au style et au contenu fort distincts : de Dakar au Soudan anglo-égyptien tout d'abord, un récit relativement classique de voyage et d' "information", parsemé de notes et d'impressions personnelles (au cours duquel se situent toutefois les éléments qui provoqueront, à parution, la grande brouille avec Marcel Griaule, furieux de voir exposées les méthodes plutôt brutales utilisées pour "acquérir" des artefacts traditionnels) ; d'un long piétinement à la frontière éthiopienne ensuite, où peu à peu s'installe l'ennui et où les considérations personnelles (dépression et névrose) prennent l'ascendant ; d'une immersion à Gondar, en Éthiopie, enfin, entièrement dominée par les innombrables tracasseries administratives et par une étude la plus méticuleuse possible du zar, cette sorte de vaudou existant sous forme chrétienne et sous forme musulmane, répandu dans toute la côte africaine de la mer Rouge, séjour éthiopien durant lequel les démons intérieurs de l'auteur finissent par envahir le récit...
Au total, même si ce journal marque à la fois l'éveil d'une vocation et contient de précieuses touches de ressenti sur l'Afrique de 1930, je dois hélas reconnaître que j'ai eu bien du mal à aller au bout, et que je me suis passablement ennuyé... Il est vrai que l'introspection névrotique romancée n'est pas mon genre préféré, surtout dans ce contexte de l'entre-deux-guerres ("Les mots" de Sartre comme "Si le grain ne meurt" de Gide ne figurent pas - du tout- dans mon panthéon)...
J'attendrai donc d'avoir lu "L'âge d'homme", réputé comme l'explosion de l'art autobiographique de Leiris, pour décider si ce laborieux préliminaire en valait vraiment la peine..
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rouxmc
  12 août 2021
Je viens de terminer la lecture de l'Afrique fantôme et le livre ne m'est pas tombé des mains.
Certes, il est long… comme ce voyage de Dakar à Djibouti. Inutile de faire ici un résumé, on les trouve ailleurs. Je trouve néanmoins utile de partager quelques éléments qui ont retenu mon attention : ce récit évoque sans fard la réalité vécue par Leiris au cours de cette mission. Je m'attendais à des rebondissements, des histoires hautes en couleur… mais il ne s'agit pas d'un roman d'explorateur. Alors que la réalité de la mission est souvent ennuyeuse, troublée par des difficultés administratives et opérationnelles. Les modalités d'acquisition des oeuvres sur place sont mesquines et « scandaleuses ». Bref, on nous dépeint la mission telle qu'elle s'est déroulée, avec le prisme de l'époque.
Et Leiris brosse aussi son voyage intérieur, avec ce qu'il dit et ce qu'il ne dit pas.
C'est un beau témoignage d'une époque !
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
WilliamineWilliamine   13 juin 2018
Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles.
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Vidéo de Michel Leiris
La littérature s'écrit à travers les revues. En miroir de celles qu'ont fondé Bataille et Leiris, discussion autour des revues d'aujourd'hui.
>Géographie générale>Géographie de l'Afrique>Zanzibar (ex-) (Géographie) (14)
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