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EAN : 9782070711888
655 pages
Gallimard (30/11/-1)
3.8/5   37 notes
Résumé :
1931. Invité par l'ethnologue Marcel Griaule, Michel Leiris se joint à la mission scientifique Dakar-Djibouti, pour un voyage de 21 mois à travers l'Afrique. Il est supposé tenir le carnet de route de l'expédition mais, bien vite, ses propres impressions prennent le dessus. Avec une subjectivité revendiquée, attitude inhabituelle pour l'époque, l'auteur découvre l'Afrique coloniale avec ses mystères mais aussi s... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Rebondissement dans l'affaire Griaule.
Dans « Dieu d'eau », Marcel Griaule ne parle pas à la première personne, il se met en scène : l'étranger, Le Blanc, l'Européen. Et a recours à un interprète. de là à présenter une vision personnelle faussée, il n'y a qu'un pas et on lui a reproché sa vulgarisation : Griaule a voulu donner une image concernant tous les aspects de la culture dogon, dépouillé du langage scientifique, et bien que sa fille Jacqueline Calame-Griaule atteste de son honnêteté, beaucoup ont dénoncé son côté égocentrique plus que scientifique.
Dans ces entretiens avec un sage aveugle, il mêle anthropologie et littérature, ce qui a fait son succès et a fait connaitre la culture dogon, mais, par ailleurs, a suscité de nombreuses critiques.
La plupart des ethnologues porte un regard critique sur Dieu d'eau, en France comme à l'étranger. Ils reprochent à son auteur d'avoir occulté l'histoire, le politique, la réalité sociale, le contexte de l'enquête et la diversité des discours pour construire, à partir d'un simple dialogue, une cosmogonie ou un système de pensée figé et homogène qui serviraient de référence à l'ensemble de la société dogon.
D'être parti en roue libre.
On peut aussi lui reprocher ce que Michel Leiris note au cours de leur Mission commune de 1931 à1934, de Dakar à Djibouti, lorsqu'il en est le « secrétaire-archiviste » : les vols, répétés, nocturnes, d'objets souvent religieux.
Un arrêté émanant du Ministère des colonies avait bien accordé « un permis de capture scientifique, valable pendant toute la durée de son voyage pour l'ensemble des Colonies de l'Afrique Occidentale Française à M. Marcel Griaule, chargé de mission”, ce qui revient à légaliser les pillages.

Cependant, cette « capture » se monte à 3 600 objets, plus de 300 amulettes et manuscrits éthiopiens, et Leiris dans « l'Afrique fantôme » note :
“On pille des Nègres, sous prétexte d'apprendre aux gens à les connaître et les aimer ».
Griaule décide, en plus de ses privilèges, de voler pendant la nuit, et utilise les menaces, les extorsions et la corruption pour enrichir son butin.
“Nous partons en hâte, au milieu de l'ébahissement général et parés d'une auréole de démons ou de salauds particulièrement puissants et osés. […] nous déballons notre butin : c'est un énorme masque à forme vaguement animale, malheureusement détérioré, mais entièrement recouvert d'une croûte de sang coagulé, qui lui confère la majesté que le sang confère à toutes choses”, raconte Leiris.
Bien évidemment, la parution du journal de bord de l'expédition, sous le nom suggéré par Malraux : L'Afrique fantôme, est fort mal vu par Griaule, qui n'a pas, on le comprend, envie de se faire traiter de voleur.
Il faut lire au moins l'introduction dans laquelle Michel Leiris, avec un phrasé proustien, met de plus en question son action même et ses illusions de Blanc voulant pénétrer dans l'âme noire, et la notion même d'ethnologie :
« Il n'y a pas d'ethnographie ni d'exotisme qui tiennent devant la gravité des questions posées, sur le plan social, par l'aménagement du monde moderne et que, si le contact entre hommes nés sous des climats très différents n'est pas un mythe, c'est dans l'exacte mesure où il peut se réaliser par le travail en commun contre ceux qui, dans la société capitaliste de notre XX siècle, sont les représentants de l'ancien esclavagisme. (Et toc, prends ça, Griaule)
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Michel Leiris, est invité en 1931 à participer avec l'ethnologue Marcel Griaule à la mission Dakar Djibouti , deux ans de tour d'Afrique pour y comprendre la vie, les moeurs et la richesse artistique. Il est supposé y tenir le carnet de route du voyage, mais ses écrits se transforment petit à petit en journal, avec ses propres sentiments et interprétations sur le sujet.
Extrait du roman "Colin Maillard au bord de la Falaise":
"Quand on part au Mali, surtout si l'on veut être un peu dans le coup, il faut savoir qui sont Marcel Griaule et Michel Leiris. Marcel Griaule, pionnier de la recherche française de terrain en Afrique, est parti de mai 1931 à février 1933 avec Michel Leiris son secrétaire archiviste, pour la plus grande expédition française d'ethnographie du XXe siècle : la mission Dakar Djibouti. L'aventure, pour le coup. Ceci dit, Leiris était empêtré dans ses perpétuelles crises de la maturité, qu'il a trimballé toute sa vie entre deux tentatives de suicide. C'est là où nos histoires convergent. La quête de la sérénité ! Griaule, ethnologue, interviewait le grand sage Ogotemmêli qui ouvrait pour la première fois à un blanc les secrets complexes de la cosmogonie Dogon. le premier n'a jamais acquis la voie de la raison et le deuxième a cherché toute sa propre vie à comprendre la sagesse africaine. Cela aurait du me mettre la puce à l'oreille : guérir sa crise de la quarantaine en quinze jour de Mali : carrément utopique!! Bien sûr, moi je n'ai rien vu venir... "
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Journal d'un périple transafricain en 1931, aux aspects bien fastidieux...

Publiée en 1934, cette première oeuvre de Michel Leiris est son journal intime rédigé lors de la mission Dakar-Djibouti de 1931, pour laquelle il avait été recruté par Marcel Griaule en tant que secrétaire archiviste, et qui marquait ses débuts "autodidactes" en ethnologie (qui le conduiront à sa célèbre et controversée thèse sur les Dogons en 1947).

Ce périple ethnogrpahique transafricain comporte trois moments au style et au contenu fort distincts : de Dakar au Soudan anglo-égyptien tout d'abord, un récit relativement classique de voyage et d' "information", parsemé de notes et d'impressions personnelles (au cours duquel se situent toutefois les éléments qui provoqueront, à parution, la grande brouille avec Marcel Griaule, furieux de voir exposées les méthodes plutôt brutales utilisées pour "acquérir" des artefacts traditionnels) ; d'un long piétinement à la frontière éthiopienne ensuite, où peu à peu s'installe l'ennui et où les considérations personnelles (dépression et névrose) prennent l'ascendant ; d'une immersion à Gondar, en Éthiopie, enfin, entièrement dominée par les innombrables tracasseries administratives et par une étude la plus méticuleuse possible du zar, cette sorte de vaudou existant sous forme chrétienne et sous forme musulmane, répandu dans toute la côte africaine de la mer Rouge, séjour éthiopien durant lequel les démons intérieurs de l'auteur finissent par envahir le récit...

Au total, même si ce journal marque à la fois l'éveil d'une vocation et contient de précieuses touches de ressenti sur l'Afrique de 1930, je dois hélas reconnaître que j'ai eu bien du mal à aller au bout, et que je me suis passablement ennuyé... Il est vrai que l'introspection névrotique romancée n'est pas mon genre préféré, surtout dans ce contexte de l'entre-deux-guerres ("Les mots" de Sartre comme "Si le grain ne meurt" de Gide ne figurent pas - du tout- dans mon panthéon)...

J'attendrai donc d'avoir lu "L'âge d'homme", réputé comme l'explosion de l'art autobiographique de Leiris, pour décider si ce laborieux préliminaire en valait vraiment la peine..
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Je viens de terminer la lecture de l'Afrique fantôme et le livre ne m'est pas tombé des mains.
Certes, il est long… comme ce voyage de Dakar à Djibouti. Inutile de faire ici un résumé, on les trouve ailleurs. Je trouve néanmoins utile de partager quelques éléments qui ont retenu mon attention : ce récit évoque sans fard la réalité vécue par Leiris au cours de cette mission. Je m'attendais à des rebondissements, des histoires hautes en couleur… mais il ne s'agit pas d'un roman d'explorateur. Alors que la réalité de la mission est souvent ennuyeuse, troublée par des difficultés administratives et opérationnelles. Les modalités d'acquisition des oeuvres sur place sont mesquines et « scandaleuses ». Bref, on nous dépeint la mission telle qu'elle s'est déroulée, avec le prisme de l'époque.
Et Leiris brosse aussi son voyage intérieur, avec ce qu'il dit et ce qu'il ne dit pas.
C'est un beau témoignage d'une époque !

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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
On pille des Nègres, sous prétexte d’apprendre aux gens à les connaître et les aimer.
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Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles.
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Vidéo de Michel Leiris
Le livre est disponibles sur editions-harmattan.fr : https://www.editions-harmattan.fr/livre-le_merveilleux_chez_michel_leiris_didier_saillier-9782140288579-74085.html ___________________________________________________________________________
Michel Leiris, écrivain et ethnologue, auteur de L'Âge d'homme et de l'autobiographie en quatre volumes, La Règle du jeu, appartenait à la génération fortement marquée par la Première Guerre mondiale et ses conséquences. Dès les années 1920, il s'engagea dans une démarche critique qui mettait en cause les fondements philosophiques du monde occidental. Il contestait la rationalité considérée comme le principe fondamental d'organisation de la société moderne et explorait les forces motrices irrationnelles et les courants sous-jacents. En recourant à la notion de « merveilleux », qui dans ses écrits littéraires et ethnographiques devient un outil d'analyse, Leiris explore « l'au-delà ».
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Bonnes lectures !
Crédit : école EMC, la prise de son, d'image et montage vidéo
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