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ISBN : 2702149200
Éditeur : Calmann-Lévy (03/02/2010)

Note moyenne : 3.9/5 (sur 752 notes)
Résumé :
Alain Delambre est un cadre de cinquante-sept ans anéanti par quatre années de chômage sans espoir.

Ancien DRH, il accepte des petits jobs démoralisants. À son sentiment de faillite personnelle s’ajoute bientôt l’humiliation de se faire botter le cul pour cinq cents euros par mois…

Aussi quand un employeur, divine surprise, accepte enfin d’étudier sa candidature, Alain Delambre est prêt à tout, à emprunter de l’argent, à se disqualifie... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (165) Voir plus Ajouter une critique
Marple
  22 juin 2014
Il y a des écrivains qui racontent toujours la même histoire et dont on se lasse au 3ème livre... Ce n'est pas le cas pour Pierre Lemaitre qui m'a emballée avec Cadres noirs, plus encore qu'avec Robe de marié ou Alex !
Pourtant, on retrouve des points communs avec ses autres livres, à savoir un certain machiavélisme et beaucoup de tendresse. Machiavélique, cette histoire d'un quinquagénaire ex-DRH et désormais chômeur de longue durée qui dérape ? Oh oui, sans aucun doute, mais je vous laisse découvrir vous-mêmes en quoi ! Tendre aussi, dans la peinture de ce vieux couple uni et amoureux, ou de ce père lucide mais plein d'amour pour ses grandes filles. Cette vision douce et chaleureuse du couple m'avait déjà frappée dans Robe de marié, là c'est pareil avec juste 25 ans de plus...
Au-delà de ces marques de fabrique de Pierre Lemaitre, le livre est très surprenant, plein de rebondissements, d'enquêtes et de jeux de pouvoir, mais aussi de réflexion sur le monde de l'entreprise et du travail. Étant moi-même cadre (avec la même formation qu'un des cinq cadres noirs... mais un poste bien moins prestigieux) et fondamentalement favorable à l'entreprise privée classique (après une mauvaise expérience dans un établissement semi-public), je dois avouer que le livre m'a fait réfléchir à certaines de mes convictions, notamment sur la discrimination anti-senior, le prêt-à-manager sans morale ou les activités aberrantes en séminaire. Même si le monde de l'entreprise tel que je le connais est bien loin de Cadrz noirs, et heureusement !
Bref, je vais terminer par le jeu de mot éculé : avec ses Cadres noirs, Pierre Lemaitre montre qu'il est vraiment le maître, du suspense, des héros brillants mais un peu cinglés et des histoires compliquées. J'en veux encore !
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Jolap
  25 juin 2018
DANS LE VIF DU SUJET :
JE VOULAIS SEULEMENT TRAVAILLER;
« Je m'appelle Alain Delambre. J'ai cinquante-sept ans. Je suis cadre au chômage. »
« Au début, ce boulot du matin, aux messageries pharmaceutiques, je l'ai pris pour m'occuper. du moins c'est ce que j'ai dit à Nicole mais ni elle ni les filles n'ont été dupes. A mon âge, on ne se lève pas à 4 heures du matin pour 45% du SMIC dans le seul but de faire bouger ses articulations. »
L'ENGRENAGE
« Papa, je suis désolée je ne peux pas »
« J'ai honte mais je suis efficace »
« Je ferme les yeux parce que j'ai conscience de mon ignominie. Ce que le système social est entrain de me faire, je ne le pardonnerai jamais.
D'accord, je plonge dans la boue, je suis ignoble, mais en échange, que le dieu du système me donne ce que je mérite. Qu'il me permette de revenir dans la course, revenir dans le monde, être humain de nouveau. Vivant. Et qu'il me donne ce boulot. »
« Mais il était dit que rien ne se passerait tel que je le prévoyais. »
« Pour trouver un job, je croyais que j'étais prêt à tout, mais c'était sans penser à la prison. J'ai tout de suite vu que je n'avais aucune des qualités génétiques nécessaires pour survivre dans un pareil endroit. Dans la généalogie darwinienne de l'adaptation au milieu carcéral, je suis tout en bas de l'échelle. »
LE VIN EST RENVERSE
« Me vider la tête. M'abrutir de mots. Ne penser à rien de concret. Se maintenir au niveau des idées. Conceptualiser……..trouver une issue. Je ne trouve rien. Quoi d'autre ? Contourner l'obstacle ; Je ne trouve rien. Quoi encore ? Proposer une alternative. Je ne trouve rien.
UNE CONCLUSION OFFICIELLE SURPRENANTE .
« Tous les médias sont là. Ça crépite de partout »
« Dès que l'avocat général intervient, le public gronde sourdement. On dirait l'entrée en scène de Judas dans un mystère du moyen-âge. »
« Les jurés reviennent. Il est onze heures. Silence solennel. le président intervient. Les mots défilent. Les questions résonnent. »
RETOURNEMENT DE SITUATION IMPRESSIONNANT.
« Je vais me battre jusqu'au bout. Je le sais, par bonheur, ce que je vais lui rapporter va la réconcilier avec tout, soigner toutes les plaies, effacer tous les stigmates. Je rentre la retrouver, riche d'une vie réconciliée avec son avenir. Je rentre avec la solution à tous nos problèmes, sans exception. »
Et moi? ce que je viens de lire? J'en pense quoi?
Pierre Lemaître plane au-dessus de la logique et joue avec nos nerfs. Son personnage principal Alain Delambre nous est présenté, anéanti, vouté, humilié. Mais il mijote Alain Delambre. Il va aller très loin. Il prend des risques, manipule, tricote un scénario avec des mailles tellement serrées qu'il nous est impossible de voir à travers ! Perdu pour perdu autant jouer le grand jeu..
Avec ce thriller au rythme soutenu nous parcourons les chemins noirs et caillouteux d'une des condamnations les plus douloureuses qui soient : la privation d'emploi. De rebondissement en rebondissement nous sommes ahuris. Nous n'en revenons pas.... ou difficilement!
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caro64
  02 avril 2011
Quatre années de chômage pour un cadre de cinquante sept ans, Alain Delambre, ancien DRH, quatre années de galère, de démarches infructueuses pour trouver du travail, de petits boulots décrochés pour survivre, de vie de couple qui se délite et puis miracle : un employeur accepte d'examiner sa candidature pour un emploi dans les ressources humaines ; il va être mis en concurrence dans un drôle de « jeu » (une prise d'otages simulée) pour obtenir le poste convoité. Comme un forcené Alain va utiliser tous les moyens pour décrocher le poste et tous les moyens sont bons : jusqu'à trahir les siens, les tromper, les abuser. Mais les dès sont pipés et le jour de l'entretien les choses dérapent. La suite des événements n'est pas du tout favorable à Delambre. À moins qu'il ait encore des cartes en main…
Si Cadres noirs, comme Robe de marié (que j'ai préféré), tient du thriller psychologique, la trame sociale est ici omniprésente, et en particulier le monde du travail, dans ce qu'il a de plus aliénant et de plus impitoyable, dominé par le rapport de forces, les luttes de pouvoir, la compétition effrénée.
Très bien orchestré, ce polar net, précis, m'a emmenée sur des sentiers inattendus ! le principe du page-turner fonctionne à merveille : on est véritablement happé dans la machine mise au point par Lemaitre, qui décidément s'y entend en intrigues bien ficelées.
Rebondissements et retournements de situation alimentent généreusement le suspense, la tension monte comme une poussée de fièvre et les pages défilent sans qu'on y prenne garde.
Bref, largement de quoi passer un excellent moment de lecture.
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gruz
  02 septembre 2012
L'évaluateur : bonjour et bienvenue à votre entretien d'évaluation annuel.
P. Lemaitre : bonjour.
L'évaluateur : cet entretien aura pour objectif d'évaluer votre travail intitulé « Cadres Noirs » et qui a pour paysage le monde de l'entreprise.
P. Lemaitre : j'ai en effet souhaité prendre comme cadre (si je puis dire, humour d'entreprise) le milieu des grandes entreprises, ainsi que les graves problèmes d'emploi engendrés par la crise (et dans ce cas précis, sur l'emploi des séniors).
L'évaluateur : je tiens tout d'abord à vous décerner un satisfecit pour ce travail remarquable. J'outrepasse sans doute le cadre (humour d'entreprise) de notre entretien, mais je suis admiratif devant une telle réussite. Votre histoire arrive en effet à conjuguer thriller haletant et étude sociale, sans jamais faire perdre le rythme à votre récit.
P. Lemaitre : j'ai effectivement tenté d'intégrer le récit dans le contexte de crise actuel (avec ses répercutions), sans jamais oublier l'objectif premier de ce travail qui a pour cadre (humour d'entreprise) un vrai thriller.
L'évaluateur : en effet, après le thriller familial qui est le cadre (humour d'entreprise) de la plupart de vos confrères, ou le thriller juridique, vous avez inventé une nouvelle façon de traiter le thriller, avec ce qu'on pourrait appeler le thriller d'entreprise.
C'en est d'autant plus magistral, que votre récit fait montre d'une tension de tous les instants, avec une construction en trois étapes, d'une intelligence rare.
D'aucuns raillent les écrits à la première personne, soutendant que ce serait plus aisé à écrire. Je ne peux que m'inscrire en faux, tant votre style est admirable, éblouissant par son coté acerbe. Vous arrivez même à faire rire (noir) avec un sujet grave.
Je tiens également à souligner votre bonne connaissance des techniques managériales, bien maîtrisées et intégrées dans le récit.
P. Lemaitre : j'ai voulu que par sa construction, le récit soit prenant et par mes connaissances managériales, qu'il soit crédible.
L'évaluateur : oui, et quelle construction ingénieuse du récit !
P. Lemaitre : merci, avec une morale qui, j'espère donne à réfléchir.
L'évaluateur : étant dans le cadre (humour d'entreprise) de cet entretien, je ne ferais pas de commentaire sur la morale dont vous parlez.
Je crois que nous pouvons clôturer là, vous l'aurez compris, ce travail mérite d'être largement diffusé et doit rencontrer le succès et l'admiration qu'il mérite. Vous être devenu un maître en la matière (humour d'entreprise)
P. Lemaitre : merci (très drôle la blague...). Je peux y aller maintenant ?
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cardabelle
  17 mai 2017
Difficile à écrire ce billet après tant de louanges déjà exprimées !
Mais, encore une fois j'aime être " un petit colibri " et puisse ma modeste participation contribuer à rendre les honneurs à un grand écrivain.
Encore une fois, Pierre Lemaitre nous offre un sujet parfaitement travaillé, ciselé par la perfection du détail. On frôle l'oeuvre d'art tant les arcanes de la pensée et du pouvoir hiérarchique sont apprivoisés, étudiés, maîtrisés.
En se coulant dans l'ombre de ce DRH au chômage on adhère parfaitement à son ressenti ,épousant ses émotions et, d'actions en rebondissements , la compassion, l'effarement, la peur puis l'effroi laisseront le lecteur médusé, pantelant...
Comme à son habitude ,l'auteur use et abuse du machiavélisme et de la perversité qui, portés à leur paroxysme, produisent une bonne dose de la toxicité nécessaire à la qualité un thriller !
Même , s'il s'agit d'une fiction on ne peut s'empêcher d'y voir un message clair : c'est une mise en lumière de l'inhumanité de certaines entreprises , des difficultés bien réelles rencontrées par des cadres vieillissants ,de la méconnaissance des réelles compétences aussi.
C'est certes un fait de société que nul n'ignore mais ce roman offre un moyen de réflexion comme un autre sur ce sujet grave et toujours préoccupant.
A ne pas manquer donc !
Je viens aussi de terminer" Alex " .
Encore un succès, encore un énième billet à écrire ! et si j'ai bien compté , il ne me reste que trois ouvrages à lire du maître.
A suivre ...
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Citations et extraits (145) Voir plus Ajouter une citation
ladesiderienneladesiderienne   29 mai 2015
J'ai tout de suite vu que je n'avais aucune des qualités génétiques nécessaires pour survivre dans un pareil endroit. Dans la généalogie darwinienne de l'adaptation au milieu carcéral, je suis tout en bas de l'échelle. Il y en a d'autres comme moi, qui ont atterri ici par hasard, par accident ou par connerie (moi, c'est les trois) et qui se débattent dans l'anxiété la plus complète. C'est comme s'ils se baladaient avec un panneau indiquant : "Proie idéale : servez-vous !" C'est parmi ces victimes du "choc carcéral" qu'on recrute les premiers suicidés.
Il suffit de faire un pas hors de sa cellule pour comprendre à quelle strate sociale on appartient : moi, je fais partie du groupe de ceux qui prennent immédiatement un coup de poing dans la gueule et qui se font piquer tout ce que l'administration ne leur a pas déjà pris. Je n'ai même pas eu le temps de voir venir le type : je me suis retrouvé par terre, le nez explosé. Il s'est penché sur moi, il a pris ma montre, mon alliance, il est ensuite rentré dans ma cellule et il a raflé tout ce qui l’intéressait.
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ladesiderienneladesiderienne   25 mai 2015
Depuis quatre ans qu'on se connait, forcément, je considère mon conseiller du Pôle emploi comme l'un de mes proches. Il m'a dit récemment, avec une sorte d'admiration dans la voix, que j'étais un exemple. Ce qu'il veut dire, c'est que j'ai renoncé à l'idée de trouver du travail, mais que je n'ai pas renoncé à en chercher. Il croit voir là le signe d'un fort caractère. Je ne veux pas le démentir, il a trente-sept ans et il faut qu'il conserve ses illusions le plus longtemps possible. Mais en fait, je suis plutôt soumis à une sorte de réflexe d'espèce. Chercher du travail, c'est comme travailler, comme je n'ai fait que ça toute ma vie, ça s'est incrusté dans mon système neurovégétatif, quelque chose m'y pousse par nécessité, mais sans projet. Je cherche du travail comme les chiens reniflent les réverbères. Sans illusion, mais c'est plus fort que moi.
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JolapJolap   25 juin 2018
Depuis quatre ans qu'on se connait, forcément, je considère mon conseiller du Pôle emploi comme l'un de mes proches. Il m'a dit récemment, avec une sorte d'admiration dans la voix, que j'étais un exemple. Ce qu'il veut dire, c'est que j'ai renoncé à l'idée de trouver du travail, mais que je n'ai pas renoncé à en chercher.
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caro64caro64   02 avril 2011
Je mesure mon utilité sociale au nombre de mails que je reçois. Au début, d’anciens collègues de chez Bercaud m’envoyaient des petits mots auxquels je répondais tout de suite. On papotait. Et puis, je me suis rendu compte que les seuls qui m’écrivaient encore étaient ceux qui s’étaient fait virer. Des copains de promo en quelque sorte. J’ai arrêté de répondre. Ils ont arrêté d’écrire. D’ailleurs, globalement, tout s’est raréfié autour de nous. (…) Les gens se sont peut-être un peu fatigués de nous. Et nous d’eux. Quand on n’a pas les mêmes soucis, on n’a pas les mêmes plaisirs.
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FRANGAFRANGA   29 avril 2014
Au début, le chômage, pour Mathilde et pour Nicole, c'était une idée, un concept : ce qui est écrit dans les journaux, ce dont parle la télévision. Ensuite, la réalité les a rattrapées : comme le chômage s'est répandu, il a été très vite impossible de ne pas côtoyer quelqu'un directement touché ou de ne pas croiser le proche d'un chômeur. Cette réalité est restée toutefois brumeuse, c'était une circonstance indubitable mais avec laquelle on peut vivre, on sait que ça existe, mais ça concerne seulement les autres, comme la faim dans le monde, les sans-logis, le sida. Les hémorroïdes. Pour ceux qui ne sont pas directement concernés, le chômage, c'est un bruit de fond. Et un jour, alors que personne ne s'y attendait, le chômage a sonné à notre porte.
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