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EAN : 9782200350604
254 pages
Armand Colin (09/01/2013)
3.5/5   2 notes
Résumé :
L'histoire de Jérusalem à la fin de l'Empire ottoman a longtemps été oubliée et mérite d'être racontée. On y croise un maire arabe polyglotte, un député ottoman franc-maçon, des Juifs levantins, mais aussi des archéologues occidentaux occupés à creuser le sous-sol pour faire ressurgir les lieux saints de la "Jérusalem biblique"...
Vincent Lemire restitue cette période exceptionnelle en s'appuyant sur les recherches les plus récentes et sur de nombreuses sour... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
miriam
  26 janvier 2014
Il est banal d'affirmer que la question de Jérusalem est un des obstacles majeurs aux négociations de paix, que nul n'est prêt à renoncer à la ville sainte pour capitale, et que le partage de la ville, retour à la situation d'avant 1967 serait impossible .
Pourtant, l'auteur l'affirme, Jérusalem n'a pas toujours été le champ de bataille où s'affrontent Juifs et Palestiniens. Une autre histoire, oubliée, s'est déroulée à l'orée du XXème siècle:"Jérusalem 1900 - la ville sainte à l'âge des possibles". Au tournant du siècle, une municipalité réunissait musulmans, chrétiens et juifs sous l'empire ottoman la cité, pour gérer les adductions d'eau, la voirie, la santé publique, pour moderniser l'urbanisme d'une ville en expansion qui voyait sa population quitter les murailles de Soliman et s'étendre dans les quartiers de la ville nouvelle. La population, toutes confessions confondues, se massait à l'inauguration de la gare, ou d'une fontaine publique, ou de la Tour de l'Horloge. Il y eut même une révolution en 1908 avec le rétablissement de la constitution ottomane, "on s'appelle frère, on s'embrasse, on jure fidélité à la devise jeune-turque "Liberté, égalité, justice, fraternité".
jérusalemJérusalem n'était donc nullement "une province reculée sans loi ni administration. La vie s'y déroulait, dans le carcan de la tradition et au rythme du chameau" comme l'a écrit Tom Segev, distingué historien israélien.
Pourquoi cette histoire a-t-elle été occultée? C'est le propos de l'ouvrage de Vincent Lemire qui administre une magistrale leçon d'histoire.
Il commence par commenter les cartes de Jérusalem communément présentées avec une ville divisée en quatre quartiers correspondant chacun à une communauté: Musulmans, Chrétiens, Arméniens et Juifs. Dans le premier chapitre "Le dessous des cartes" il démontre que ces cartes ne correspondent aucunement au peuplement réel de la ville. Elles seraient plutôt des "cartes touristiques" destinées au pèlerins cherchant les lieux saints dans la vieille ville. Les autochtones utilisaient une toponymie tout à fait différente de celle que présente ces cartes aux 4 quartiers. L'analyse des recensements montre au contraire une grande mixité dans chacun de ces quartiers. Il compare cette utilisation des cartes à celle des plans que les offices de tourisme distribuent aux touristes Chinois ou Japonais à Paris. le manque de sérieux correspond-il à un présupposé idéologique privilégiant la séparation des communautés?
Le 2ème chapitre montre comment s'est construite la ville-musée à destination des pèlerins au cours du19ème siècle. Étrange invention d'une tombe du jardin - Saint Sépulcre-bis par les Protestants, privés de garde dans le vrai. Archéologie approximative : dans les fouilles du prétoire ou de la via Dolorosa, des monnaies du 2ème siècle après JC trouvées sous les dalles ne troublant pas la foi des croyants.
Ce chapitre reprend les écrits des écrivains-voyageurs. Il s'ouvre sur une citation de Pierre Loti qui "tourne le dos à la ville moderne" qu'il a découverte du chemin de fer. le réflexe folklorisant chez les pèlerins, les touristes et les écrivains n'a rien d'étonnant. Ils viennent chercher les Lieux saints qu'ils connaissent ou croient connaître. Déjà Chateaubriand en 1811 a ce regard empreint de préjugés, vision morbide quand il décrit ce boucher arabe :" à l'air hagard et féroce de cet homme, à ses bras ensanglantés, vous croiriez qu'il vient plutôt de tuer son semblable que d'immoler un agneau", cette scène renvoie à l'idée d'une cité-déicide.
Reconstruire l'histoire de Jérusalem à la lecture des écrivains romantiques est certes plus facile que de consulter les archives écrites en ottoman - graphie et même langue qui a disparu depuis Kémal Atatürk. La perception de l'histoire de Jérusalem doit beaucoup à ces préjugés. L'historien qui s'attache aux sources fiables fait des découvertes très différentes. Même quand il s'agit des lieux saints d'hybridation entre les différentes confessions est courante. L'enchevêtrement entre les traditions religieuses culmine quand il s'agit de la Tombe de David au sommet du Mont Sion, où les Franciscains sont expulsés en 1624 ; leur église est remplacée pour une mosquée entretenant le souvenir de Nebi Daoud, le "prophète juif". Étrange homophonie entre le nom du Roi Salomon et de Suleyman l'ottoman qui conquit la ville!
Il est aussi important de situer l'histoire de la ville dans le contexte de l'empire ottoman, qui n'était peut être pas aussi décadent qu'on a bien voulu l'affirmer "l'homme malade" . La Palestine était loin d'être "une terre sans peuple" et sans administration. "Orientalisme occidental, sionisme et nationalisme arabe se sont paradoxalement donné la main pour enterrer l'histoire de la Palestine et de la Jérusalem ottomane sous une "légende noire" qu'il est aujourd'hui urgent de revisiter.
L'auteur livre une galerie de portraits d'administrateurs compétents, polyglottes, modernes qui contraste avec les préjugés. Il détaille l'action municipale. Quoi de plus symbolique que cette horloge de 25m construite hors les murs en face de la Mairie neuve qui devait donner l'heure universelle alors qu'autrefois le muezzin, les cloches ou le chofar réglaient les prières des fidèles des confessions diverses!
Un livre passionnant, peut être un pas vers une histoire partagée, et une autre vision politique?

Lien : http://miriampanigel.blog.le..
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critiques presse (2)
LaViedesIdees   01 juillet 2013
Entre 1860 et 1930, la ville sainte n’est pas une belle assoupie, mais une métropole active, riche d’une opinion publique structurée, tenaillée par une soif de modernité, et qui vit à l’heure de l’empire ottoman.
Lire la critique sur le site : LaViedesIdees
Liberation   21 janvier 2013
A quelques jours des élections législatives en Israël, ce livre devrait être mis entre les mains de tous ceux (et celles) qui s’intéressent au conflit israélo-palestinien [...] parce qu’il apporte un éclairage historique nouveau sur ce qui constitue le cœur palpitant du conflit : Jérusalem.
Lire la critique sur le site : Liberation

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Vidéo de Vincent Lemire
«Moment pré-fasciste ». C'est avec ces mots que Benoît Hamon, ancien candidat socialiste en 2017 et fondateur du mouvement Génération.s, qualifie le moment que nous traversons. Il est venu le dire dans « À l'air libre » ; et lancer un appel au sursaut : « Ceux qui [...] jouent la défaite, je ne veux même pas entendre parler d'eux », a-t-il dit, à un an de la présidentielle, alors que les gauches naviguent dans les basses eaux.
Cette semaine encore, « À l'air libre » a tenté de vous permettre de comprendre. D'aller au-delà du brouhaha médiatique. de vous donner des perspectives.
Mardi, notre journaliste René Backmann et le chercheur Vincent Lemire, actuellement à Jérusalem, sont revenus sur la nouvelle déflagration au Proche-Orient, partie de Jérusalem, et qui s'aggrave chaque jour.
Lundi, nous avons longuement rencontré Morgan Large, journaliste bretonne menacée parce qu'elle fait son travail en décrivant l'empire de l'agrobusiness en Bretagne.
Il fut question d'un sujet majeur, jugé annexe par Emmanuel Macron : la levée des brevets sur le vaccin, pourtant souhaitée par le président états-unien...
Nous avons aussi raconté l'histoire de cette jeune femme, Sara Zemmahi, stigmatisée par son propre parti, La République en marche, dans la foulée de l'extrême droite, parce qu'elle porte le voile sur une photo de campagne.
L'ancien footballeur Ouissem Belgacem, lui, a dit « adieu ma honte », parlé avec justesse et émotion de l'homophobie dans le foot, et aussi de la détestation de soi qui l'a taraudé, avant de trouver son chemin.
Rendez-vous ce lundi 17 mai, 19 heures, pour une nouvelle semaine d'« À l'air libre », l'émission quotidienne de Mediapart.

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