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ISBN : 2804016897
Éditeur : Espace Nord (29/07/2002)

Note moyenne : 3.62/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Camille Lemonnier livre ici son témoignage de la bataille de Sedan de 1870. Sedan ou Les charniers est le récit de la guerre absurde, la mort pour rien, et un formidable appel à un monde pacifiste.
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
andreas50
  22 janvier 2019
Plus qu'un roman naturaliste, Sedan ou Les Charniers, est un témoignage.
Camille Lemonnier promène son regard sur un monde complètement bouleversé. Il faut tenter de comprendre la portée de ce qui s'est passé à Sedan, le 1er septembre 1870. Toutes les pages qui suivent mettent en évidence la maladresse, voire la mauvaise volonté de l'état-major français, et l'ensemble suggère ce que crient bien des personnages de Sedan : il y a eu trahison, les soldats délibérément envoyés au massacre. Lequel eut lieu, abominable:
" C'est comme l'apothéose sanglante de ce drame, commencé à l'aube. le plateau est sillonné d'obus; les débris des régiments en déroute sont écrasés, balayés, rejetés sur la place. Spectacle indescriptible, Sedan regorge de fuyards et de blessés [...].
Il est cinq heures. Tout est terminé. Vingt-trois mille hommes sont couchés par terre.
Les soldats de 1870 n'avaient pas exactement pour ennemi les Prussiens, mais le gouvernement français lui-même, prêt à tout pour anéantir la Commune.
En conséquence de quoi, ils ont tué et sont morts pour rien. La défaite militaire est aussi une défaite du sens.
On est accouru de loin à Sedan pour voir. Lemonnier évoque tels voyeurs déguisés en ambulanciers.
"On se donne rendez-vous pour aller voir les morts comme nocer, après l'Opéra, aux Provençaux".
Il arrive que l'on envisage de raconter Sedan pour se faire connaître. Il est possible qu'au moment où éclate Sedan, Lemonnier soit attiré simplement par la curiosité. En 1870, il n'a encore écrit que des comptes rendus de salons, publiés à compte d'auteur, et rêve peut-être de faire une entrée plus brillante dans le monde des lettres.
Le spectacle de Sedan n'a pas laissé Lemonnier indemne. Au moment de la bataille, il séjournait à Burnot, dans la vallée de la Meuse. Au bruit des canons, il accourt avec d'autres de ses amis, se font engager comme ambulanciers, enterrent les cadavres pendant trois jours atroces, reviennent hagards à Burnot où ils s'écroulent " à bout de courage, souillés, déchirés, empestant la mort."
L'horreur s'est comme figée en lui,et, l'idée d'écrire Sedan lui vient.
" J'écrivis Sedan d'un trait, comme on fait crever un abcès. Une ardeur farouche me poussait, le besoin de me déterger de toutes mes sanies pour retrouver le calme intérieur. Mes souvenirs avaient une précision coupante comme le glyphe d'un diamant sur une vitre."
L'auteur cherche à éviter la littérature. Ce livre, il le présente comme un simple recueil d'observations, un témoignage.
" L'auteur de ces lignes tient à garder leur caractère de notes, et, il ne veut ni philosopher, ni conjecturer, ni inventer."
Il raconte ce qu'il a vu, et comment il l'a vu, sans exagération, sans haine, sans partialité.
Sedan est un simple document; des notes prises sur la vie, ou plutôt sur la mort.
Il s'appuie sur sa nationalité belge pour écrire ce qu'un Français pourrait difficilement écrire, malgré sa grande sympathie pour la France.
Lemonnier considère les Français et les Prussiens unis dans les souffrances de l'agonie, après l'avoir été dans l'aberration de cette guerre.
Les Prussiens et les Français sont les victimes de la traîtrise de Napoléon et de Guillaume, nul n'est libre, nul n'est méchant.
Le lecteur suit les pas de ces personnages trois jours durant, de Neufchâteau à Bouillon, puis vers Florenville, pour arriver finalement à Bazeilles calciné.
A travers la plaine désolée, on gagne Sedan l'après-midi du deuxième jour.
On y passe une nuit terrible qui donne l'idée de la peur; puis l'on visite le camp de prisonniers; et chemine jusqu'à Givonne avec son église transformée en lazaret.
Tout le long du voyage, la nausée monte: les scènes d'amputations à lafin du livre sont insupportables à lire.
L'auteur ne suit pas le fil d'une histoire; c'est plutôt une suite d'anecdotes, de tableaux de souffrances, d'un défilé de visages.
Ces pages terribles ne racontent pas la guerre, mais réunissent de lamentables débris pour composer un paysage de débâcle. La plaine blafarde et défigurée, pestilentielle transpire le malheur et vibre sombrement du cri des agonisants. Des ambulances où s'entassent Prussiens et Français défilent, tentent d'éviter les charognes; les chirurgiens amputent; Lemonnier et son cousin recueillent les lettres des blessés et enterrent les morts. Tout lien est rompu : les maisons sont éventrées, les objets brisés, les corps mutilés, les cadavres pourrissent et l'odeur de la décomposition s'infiltre partout.
La description est menée parfois de telle manière que le regard torturé de l'écrivain détermine une vision qu'on peut bien appeler expressionniste. Camille Lemonnier sera toute sa vie hanté par les charniers, toute sa carrière sera consacrée au rétablissement du sens et de l'ordre.
Un livre terrible que celui de Lemonnier, et lorsque Zola le rencontrera un peu plus tard, il lui dira confiera ceci: avant d' écrire la Débâcle, j'avais pris soin de lire, de relire Sedan ou les Charniers.
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Sarah_DD
  06 juin 2008
Le récit transcrit bien une impression de désarroi, de guerre et de mort absurde. Il est divisé en petites parties, ce qui donne une impression de flashs successifs, de rapidité. Il ne s'agit pas de nous dégoûter par trop de réalisme, la misère est décrite, mais presque de loin. La description n'en n'est que plus forte. Il n'y a pas vraiment de noms précis de personnages, le récit vaut pour tous.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
andreas50andreas50   18 janvier 2019
Un bruit de musique retentit tout à coup au bout de la rue : c'était un régiment bavarois qui défilait. Je ,ai jamais vu de si laids hommes ni de plus beaux soldats. L'idéal de la discipline consistant dans la transformation de l'homme en automate marchant, tournant, s'arrêtant, se mouchant et éternuant au commandement, je déclare que je n'ai rien rêvé de plus discipliné que certaines troupes allemandes. Tous à la fois, du même pied, tête droite, œil fixe, le pas cadencé, comme ces soldats de bois que les enfants font manœuvrer sur des tringles, les voilà partis, le corps raide, pas une fibre ne vibrant sur la face ; et ils iront ainsi tant qu'on leur dira d'aller, en promenade ou devant le canon, mur vivant qui répare ses brèches en se resserrant.
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SZRAMOWOSZRAMOWO   19 mars 2018
Tout ce jour-là l’air fut en feu au-dessus de Sedan.

Les boulets décrivaient sans relâche leurs paraboles dans une atmosphère de fournaise, Une tempête de plâtras, de tuiles, de cheminées emportées, de maçonneries arrachées s’éparpillait avec fracas sur le pavé.

La fusillade se confondait avec la canonnade.

Ce bruit de la canonnade était si épouvantable que le prince Frédéric-Charles l’entendait devant Metz ; mais il l’entendait dans la direction de Montmédy.

Dans les rues ronflait tout à coup un grondement sourd et une masse noire, énorme roulait.

C’était un boulet ; et ils se suivaient à la file, comme des vols de grues, à l’automne.

Des gens qui traversaient d’un trottoir à l’autre tombaient foudroyés par les éclats d’obus.

On me montra une petite rue, non loin de la place Turenne, où une jeune fille, sortant de chez elle pour aller à l’épicier qui est vis-à-vis, eut les deux jambes coupées par le passage d’un projectile.

Quelques maisons souffrirent énormément. Un café qu’on appelle, je crois, le Café des Glaces, fut littéralement défoncé par la mitraille. Et des pans de murs s’émiettaient, mêlant à l’incessant tonnerre le bruit de leur écroulement.

La débâcle était tumultueuse.

Il arrivait à tout bout de champ des bandes de soldats sans sacs et sans fusils ; on les voyait accourir à toutes jambes, comme des gens poursuivis. Des compagnies entières rentraient avec leurs officiers et se bousculaient pour rentrer plus vite. Aux portes de la ville on s’écrasait : beaucoup de monde fut foulé aux pieds. Les plus pressés sautaient sur les épaules des autres et escaladaient cette fournée qui s’entassait.

Des hommes étaient précipités par dessus les chaînes dans les fossés pleins d’eau.
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