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Critique de moussk12


moussk12
  16 janvier 2022
La leçon d'allemand fut pour moi une leçon littéraire. La plume est riche mais sans difficulté de compréhension. La difficulté s'est trouvée ailleurs. 572 pages d'attention, de persévérance et de concentration. D'ailleurs, il m'a fallu une dizaine de jours pour en venir à bout mais en même temps, il m'était impossible de le lâcher. Je voulais absolument connaître l'histoire du jeune Siggi Jepsen, pourquoi il était arrivé dans un centre de rééducation pour délinquants.

1943. le père de Siggi, officier de police, est non seulement chargé de transmettre à son ami d'enfance, le peintre Max Nansen, un ordre du Reich lui interdisant de peindre, mais de le faire appliquer. Un ordre se devant d'être suivi, le devoir interdisant toute considération personnelle, l'officier Jepsen mettra tout en oeuvre pour faire appliquer la loi. Il infligera au peintre une surveillance constante de jour comme de nuit, au point que cela en deviendra une obsession maladive.

Pour Siggi, le peintre Nansen qui est également son oncle, devient très vite une seconde figure paternelle avec laquelle il peut se libérer de ses craintes, parler sans retenue et surtout observer la naissance des tableaux. Personnages de la vie de tous les jours, figures expressives décuplées par une richesse de couleurs qui donnent toute l'intensité aux scènes décrites.

Tiraillé entre son père qui lui ordonne d'être son espion personnel et entre le peintre à qui il voue une admiration sans borne, Siggi sera témoin, comme nous lecteurs, de scènes difficiles, de la mort, de conversations malsaines, de tensions quasi constantes et n'aura plus qu'un seul désir : préserver les tableaux de la folie grandissante de son père.

Ce très beau roman est fort singulier dans sa conception car il est constitué de très nombreuses descriptions. Siggi nous raconte son histoire en détaillant chaque pièce, chaque paysage, chaque scène, sans rien omettre. Il prépare le lecteur à bien visualiser les lieux, comme si c'était des tableaux. En fait, il nous aide à aborder la lecture des tableaux de sa vie.

Un livre qui demande donc une attention soutenue. Mais l'histoire de ce jeune Siggi, autant éprouvante qu'émouvante, est tellement belle, le sujet du livre et le contexte sont si intéressants, que je ne peux que le recommander.

Et pour ceux qui s'intéressent à la petite histoire, après la lecture, je me suis interrogée sur l'existence réelle ou non du peintre. Après une brève recherche sur Internet, j'ai pu lire que l'auteur s'est inspiré de la vie d'Emil Nolde, pour le peintre Max Nansen. Un article du journal le Monde, en 2019, reprend  d'ailleurs :

« 63 ans après sa mort, Emil Nolde est sommé de rendre des comptes. A titre posthume. Celui qui a été le peintre le plus populaire de la République de Weimar avant de devenir le symbole de « l'art dégénéré » pour les nazis puis, après la seconde guerre mondiale, une icône de la modernité, est en train de tomber de son piédestal. 
(...)
Peu après sa mort, la Fondation avait présenté dans une salle spéciale Les Tableaux non peints, série d'aquarelles réalisées alors qu'il lui était interdit d'exercer par les nazis. Surtout, le roman La Leçon d'allemand, de Siegfried Lenz, publié en 1968 et devenu un classique de la littérature allemande, a fait de ces Tableaux non peints un symbole de la résistance artistique face à la tyrannie : le livre, qui s'inspire de la vie d'Emil Nolde, raconte les déboires d'un certain Max Ludwig Nansen sous le nazisme, contraint de peindre des « peintures invisibles ».
 
Intéressant, non ?
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