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Clément Baude (Traducteur)
EAN : 9782264073051
504 pages
Éditeur : 10-18 (15/10/2020)

Note moyenne : 4/5 (sur 18 notes)
Résumé :
South Central, Los Angeles. Le Ghetto. À la fois un lieu et un destin. Un quartier où les jeunes, noirs pour la plupart, sont souvent plus en sécurité en prison que dans les rues. Un état d’esprit, également, avec une culture bien implantée, où les plus violents sont les héros, et les victimes laissées pour compte. Sauf peut-être pour quelques hommes, qui considèrent encore ces victimes comme des fils, des frères, des êtres humains à part entière. Ces hommes, ce son... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
Sylviegeo
  14 avril 2018
Quel travail remarquable ! Une étude terrain des plus instructives. Je suis sidérée. Beaucoup de chiffres, beaucoup de noms, beaucoup de faits mais tellement révélateurs.
Jill Leovy est journaliste au LA Times et a créé un blogue titré The Homicide Report. Pour nommer les victimes d'homicides des quartiers chauds de LA. Pendant 2 ans, elle a chroniqué plus ou moins un millier d'homicides.
Jill Leovy a littéralement campé dans son auto et occupé un bureau dans les locaux de police de la 77e rue au sud de la IA-10 et dans le Southeast voisin.
Elle a parlé à tous ceux touchés par les meurtres. Elle est descendue dans les rues et colligé, noté, décrit. Une étude documentée, une recherche acharnée, référencée, appliquée, attentive surtout et approfondie. Une vision holistique. Elle nous explique ce qui se passe dans ces rues et pourquoi. de son bureau au commissariat ou de son auto, elle a vu tous ces chiffres se déployer et devenir vrais devant ses yeux. " Chaque cadavre, chaque parent en larmes, chaque inspecteur en manque de sommeil étaient relié à une donnée dans mon disque dur, comme si - en parcourant les quelques dix mille kilomètres carrés du comté- j'emmenais ma Ford escort à travers un immense fichier Excel." (P. 396) On comprend la complexité de sa recherche.
Elle nous parle de cette ségrégation des Noirs présente et permanente à travers toutes les générations. Cette ségrégation qui renforce les effets d'impunité et du faible taux d'élucidation des homicides . (Ben oui , pourquoi se casser la tête puisqu'ils se tuent entre eux !) Cette ségrégation résidentielle, cette promiscuité, ces interactions communautaires, cette non mobilité, cet apartheid qui favorisent les meurtres et les violences. Elle nous parle de la stigmatisation par le pays des meurtres de South Central tout en les ignorant (on ne fait pas les manchettes avec le meurtre d'un Noir par un autre Noir, on ne parle plus des guerres de rues des gangs) presque totalement.
Donc, Jill Leovy part de cette idée que quand "le système judiciaire ne parvient pas à affronter vigoureusement les morts et les blessures violentes, le meurtre devient endémique". (P. 17) Désolant!
Il aura fallu des milliers de morts, des inspecteurs et des enquêteurs pugnaces, des gestionnaires qui ouvriront leur esprit au travail terrain et qui donneront des moyens, des flics en uniforme qui s'intéresseront enfin à ce que les Noirs se font entre eux, un système qui finalement verra en cette victime le parent de quelqu'un pour que l'on assite à une baisse de la ciminalité.
Tout ce que nous révèle "Côté Ghetto" est cette incapacité de l'État à appréhender et punir les assassins dans les enclaves noires et comprendre que ce laxisme est en soi la cause de cette violence. C'est un véritable plaidoyer pour que cesse la banalisation de cette violence.
Je salue bien bas le travail exceptionnel de Jill Leovy qui nous fait mieux comprendre une trop visible et triste réalité.
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Stelphique
  17 novembre 2017
Ce que j'ai ressenti:
Côté Guetto fut une lecture difficile, forte, intense: certains passages m'ont brûlé les yeux, d'autres m'ont arraché le coeur…C'était tellement bouleversant, et d'autant plus, parce que réel, que je devais parfois fermer le livre, pour ne pas sombrer…Jill Leovy a réussi le pari de nous rendre une vérité déchirante, dans un travail d'investigation journalistique d'une qualité incroyable. On sent presque les heures s'écouler dans ces mots, la minutie du détail dans chaque ligne, l'importance de rendre justice à tous ses vies tombées dans le guetto, dans ce récit noyé de sang coagulé…On lit des centaines de noms, des centaines d'affrontements sanglants, des centaines de meurtres qui ne seront jamais résolus…Autant vous dire que c'est un déchirement que de se rendre compte de cette « peste américaine », la réalité de ses quartiers est juste insupportable…
« Il y a cette idée que les Noirs font ça entre eux, et que si je suis blanc ça ne m'affecte pas » dit-il. Ses yeux s'animèrent d'une colère soudaine. « Et bien, figurez vous que si: ça m'affecte. »
Bryant Tennelle, adolescent tué pour rien, vie fauchée dans les règlements de comptes nébuleux de ses gangs, devient la pierre angulaire de ce roman, une sorte d'exemple pour illustrer l'innommable, une sorte d'espoir face à l'océan d'indifférence des autorités légales. Lien conducteur pour expliquer le quotidien des rues de South Central, de voir l'investissement de ses policiers qui forcent le respect, de changer un tant soit peu les mentalités…Bryant, petite flamme, que Jill Levy a pris dans le creux de ses mains, et nous tend pour qu'elle ne s'éteigne pas dans l'oubli…
« Il croyait fermement que, à condition d'y mettre du sien, on pouvait améliorer les choses. »
Malgré les milliers de pertes, on sent un réel besoin d'enrayer ces faits divers effroyables, Jill Leovy dans son blog The Homicide Report , tente de faire sortir du néant, les noms et les visages de ses victimes, et dans ce livre, on sent toute son humanité, le cri courageux d'une femme qui souhaite voir un monde plus juste où chaque vie a de l'importance…Je peux vous dire que de mon côté, le message est passé en force, et que même si j'ai fini ce récit la gorge serrée, je vous le recommande chaudement. Indispensable.
Au contraire, il n'y avait en lui que de la souffrance. Les larmes lui tendaient des embuscades plusieurs fois par jour.
Ma note Plaisir de Lecture 9/10
Lien : https://fairystelphique.word..
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Franckync
  20 juin 2018
Titre : Côté ghetto
Auteur : Jill Leovy
Editeur : Sonatine
Année : 2017
Résumé : Pourquoi un jeune noir a-t-il quinze fois plus de chances qu'un blanc de se faire tuer dans certains quartiers des Etats-unis ? A partir de ce constat, de milliers d'heures d'enquêtes et de cas précis d'homicides, Jill Leovy dresse un constat implacable sur la criminalité qui frappe les quartiers sud de Los Angeles.
Mon humble avis : Los Angeles : ville tentaculaire où se côtoient criminalité, luxe, pauvreté, villas ostentatoires, précarité, parcs à thèmes, violence et quartiers tranquilles. Toutes les contradictions de l'Amérique posées au bord du pacifique, dans une cité aux rues sans fin bordées de palmiers centenaires. Jill Leovy est journaliste et blogueuse, de ceux qui suivent les patrouilles sur le terrain et squattent les commissariats jusqu'au bout de la nuit. Forte de milliers de témoignages accablants, l'auteur américaine dresse un portrait implacable des faillites de la société américaine. Vous l'aurez compris Côté ghetto n'est pas un roman, à l'image du monumental Baltimore de David Simon ( également publié chez sonatine et chaudement recommandé! ) il s'agit d'une somme d'enquêtes fouillées mais aussi d'une macabre litanie de destins contrariés et de récits de familles déchirées. Avec une minutie presque clinique Leovy s'attache à décrire la vie et le caractère de ces flics pétris d'idéaux, respectueux et travailleurs, ces flics qui ne lâchent jamais, même quand ils sont touché dans leurs propres chairs. A l'inverse elle dissèque les raisons historiques, sociales et économiques qui ont poussé à cet échec. C'est fort, souvent terrifiant et terriblement édifiant. C'est aussi parfois fastidieux, la longue liste des meurtres et des agressions tend à déshumaniser les affaires et même si l'auteur s'attache au cas particulier du meurtre d'un fils de flic , j'avoue m'y être parfois ennuyé alors qu'il y a quelques années je dévorais le pavé Baltimore de David Simon en seulement quelques jours. La multiplicité des affaires, les descriptions cliniques sans âme y sont-elles pour quelque chose ? Surement, et même si je ne peux que m'incliner devant le travail de l'auteur, ce livre ne restera pas dans mon panthéon des grands livres américains. Loin s'en faut.
J'achète ? : Vous l'aurez compris mon avis est mitigé. Certains loueront l'opiniâtreté de la démarche, pour ma part je m'y suis ennuyé tout en reconnaissant les qualités énoncées là-haut. Mitigé vous dis-je.
Lien : https://francksbooks.wordpre..
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Mimeko
  19 novembre 2017
Dans Côté Ghetto, Jill Leovy se livre à une enquête extrêmement fouillée sur la violence et le nombres vertigineux de meurtres d'hommes noirs aux États-Unis. Elle s'attache au destin de deux flics des quartiers sud de Los Angeles, Skaggs un flic blanc qui refuse de baisser les bras face aux vagues d'assassinats d'hommes noirs - souvent jeunes et Tenelle un flic noir, respectueux et consciencieux, qui a choisi sciemment de vivre dans le quartier où il travaille, histoire de confirmer son ancrage dans ce quartier difficile. Ces deux flics, entièrement dévoués à leur mission ne se connaissent pas. Pourtant, parmi les nombreux meurtres par armes, il y a le meurtre dans la rue, un soir de mai 2007, de Bryant Tenelle, un jeune de 17 ans, fils de Wally Tenelle, abattu alors qu'il se promenait dans la rue. Skaggs va devoir enquêter sur ce meurtre.
Côté Ghetto est un formidable récit-témoignage qui analyse les causes sous-jacentes de la criminalité et de mortalité extraordinairement élevée qui touchent la population des hommes noirs américains. Jill Leovy analyse au scalpel, à l'aide de nombreux exemples et des références tirées du réel, la situation catastrophique et devenue endémique de la criminalité effarante qui décime les hommes noirs américains. Elle rappelle l'ostracisation des quartiers devenant ghettos noirs, elle dépeint les mécanismes, l'absence de l'Etat qui devrait garantir une justice mais qui abandonne des zones entières, laissant les gangs exercer une loi parallèle édictant des codes qui s'appliquent face à une police dépassée, une culture de la vendetta entre gangs, l'absence totale de volonté politique, la difficulté d'obtenir des témoignages - les témoins n'étant pas exfiltrés ou n'étant protégés que quelque temps seulement, certains départements de police laissant faire les règlements de compte qui les arrangent, le manque de moyens, en hommes, en matériel.
C'est une plongée directe dans les arcanes de la violence et dans les services de la police.
Côté Ghetto se lit presque comme un roman policier et constitue un travail d'investigation remarquable et impressionnant, avec cependant un petit bémol, je n'ai pas toujours réussi à suivre les réorganisations des services entre les différents quartiers et les changements de noms des services de police, mais cela ne nuit en rien à l'intérêt et la force de ce récit.
Je remercie Babelio, opération Masse et critique et les éditions Sonatine, pour cette lecture extrêmement forte et circonstanciée.
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Azeline
  06 décembre 2020
Restitution de plusieurs années d'une enquête sur le terrain d'une journaliste au Los Angeles Times et son analyse sur le nombre excessivement élevé de meurtres d'hommes noirs commis par des hommes noirs à South Los Angeles (région du sud et sud-est de la ville), conséquence des rivalités entre gangs ou conflits personnels.
Si ce problème de société laisse indifférent les décideurs politiques, les médias, l'opinion publique (le terme "auto-régulation" est lâché), certains refusent de l'aborder par crainte de la polémique, d'être à nouveau stigmatisés pour les uns, d'être taxés de racistes pour les autres.
Dans Côté ghetto, Jill Leovy se base sur les statistiques, fait appel à L Histoire, la sociologie, rend leur identité aux victimes afin qu'elles ne soient plus confondues à cause de leur couleur de peau à leurs assassins.
Son fil conducteur c'est l'histoire de deux inspecteurs du LAPD (Tennelle et Skaggs) qui ont fait le choix de travailler aux homicides (quand le prestige revient aux patrouilleurs en uniforme), savent que derrière chaque victime il y a une famille, des amis en souffrance, et ne peuvent se satisfaire comme leurs supérieurs d'un taux d'élucidation de 40%. Skaggs, qui a fait sienne la devise de son chef "toujours conclure", va reprendre l'enquête sur le meurtre de Bryant Tennelle, le fils de son collègue.
Vu de la densité de cet ouvrage, il m'a manqué de pouvoirs situer les faits dans le temps.
La durée d'une enquête, d'un interrogatoire, d'un procès démontre une réalité très éloignée d'un épisode d'une série télé.
La proximité de l'auteure avec les personnes suivies et interrogées, son implication pour alerter sur la situation apportent de l'émotion au style journalistique.
Ses révélations m'ont abasourdie: le nombre de familles endeuillées, les victimes et coupables considérés d'office comme "personnes à risques" parce que Afro-américains , la discrimination au logement et à l'embauche subie par la population noire, l'insuffisance de moyens humains et matériels de la section des homicides et en opposition la ténacité des policiers à vouloir rendre justice (légalement) aux victimes , l'engrenage de la vengeance en l'absence de réponse des autorités, la peur des témoins et des jurés...
Son constat est alarmant: si une société laisse la violence se banaliser dans une communauté , une inter-dépendance se crée entre ses membres qui érigent leurs propres règles pour se faire justice.
La détermination est aussi impressionnante chez Jill Leovy que chez John Skaggs et si le nom de ce dernier n'est toujours pas connu de sa hiérarchie, j'espère que le travail de la journaliste aura provoqué un séisme d'un nouveau genre à Los Angeles.
#CôtéGhetto #NetGalleyFrance

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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
MimekoMimeko   19 novembre 2017
Pour citer une curieuse formule que l'on trouve dans les sources historiques, les Blancs "avaient la loi pour eux". Les noirs ne l'avaient pas. La loi officielle les frappait uniquement pour les contrôler, non pour les protéger. Les petits délits étaient sévèrement punis, les gros délits étaient tolérés - tant que les victimes étaient noires. John Dollard, un chercheur originaire du Mississipi qui travailla sur le sujet dans les années 1930, estimait que les conflits internes aux Noirs étaient le fruit d'une volonté délibérée des Blancs - ou du moins d'une forme de consensus instinctif. "On ne peut s'empêcher de se demander s'il n'est pas dans l'intérêt de la caste blanche d'avoir un niveau élevé de violence au sein de la population noire" écrivit-il.
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MimekoMimeko   17 novembre 2017
L'histoire de Jessica Midkiff était celle des prostituées du Southside : sordide, tragique monotone. Toutes ces histoires semblaient commencer de la même manière - par un viol ou des violences pendant l'enfance - et se conclure avec une prostituée vieillissante acceptant des passes toujours plus minables pour se finir en drogue. Pour finir, des clochardes épuisées et édentées erraient sur le trottoir et proposaient des pipes dans les ruelles.
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StelphiqueStelphique   14 novembre 2017
"Il y a cette idée que les Noirs font ça entre eux, et que si je suis blanc ça ne m'affecte pas" dit-il. Ses yeux s'animèrent d'une colère soudaine. "Et bien, figurez vous que si: ça m'affecte."
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MimekoMimeko   12 novembre 2017
Les tentatives de la société pour combattre cette épidémie de meurtres principalement commis entre noirs était inadéquates, fragmentaires, sous-financées, déformées par une série de préjugés idéologiques, politiques et raciaux.Quand les homicides attiraient l'attention, c'était par leur aspect spectaculaire - massacres de masse, assassinats de célébrités, bien loin des gens qui mourraient le plus : les hommes noirs.
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MimekoMimeko   13 novembre 2017
"Ce n'est plus une pute. C'est la gamine d'un père". Wally fit sienne cette philosophie. Quelle que fût la réaction du vaste monde, la vocation de l'inspecteur était de traiter chaque victime, si hors la loi soit-elle, comme l'ange le plus pur. Les personnes assassinées étaient intouchables. Elles méritaient toues la même justice.
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