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ISBN : 2253013951
Éditeur : Le Livre de Poche (30/11/-1)

Note moyenne : 4.33/5 (sur 6 notes)
Résumé :
C'était le temps des Georges Milton, des Joséphine Baker, des Max Dearly, le temps idéal pour s'installer à Belleville. Quand on est arménien, quand on vient d'Istanbul avec une seule valise, quand on a économisé le prix du voyage pour connaître enfin le Paris des cartes postales, quand on prend la semeuse du timbre pour une jolie femme dont on ne s'explique pas le geste, quand on vient à Paris éclaircir ce mystère, Belleville est prêt à vous accueillir. Aram Tok... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
enjie77
  12 octobre 2018
Le décès de Charles Aznavour m'a remémoré un livre que j'avais en attente de lecture dans ma bibliothèque et que mon compagnon avait beaucoup aimé. Alors, en souvenir de Charles, j'ai ressorti l'Arménien de Clément Lépidis.
Clément Lépidis, de son vrai nom Kléanthis Tsélébidis, est un français, né à Paris en 1920, d'une famille ayant dû fuir l'Anatolie au moment du massacre de la population grecque orthodoxe. Il a passé son enfance et son adolescence à Belleville au milieu de tous ces déracinés qu'ils soient, juifs, arméniens, arabes, grecques, français. J'ai découvert cet auteur à la suite d'une balade dans Belleville avec un ami passionné, bénévole au sein de l'association Greeters.Paris.
C'est un livre bouleversant, et à la fois, extrêmement jubilatoire. L'auteur nous touche, nous insuffle ce sentiment de fraternité tant l'atmosphère de ce Paris populaire ou se côtoient arméniens, juifs, français, grecques est détaillée avec finesse, flanquée de ce petit rien de nostalgique qui nous étreint.
C'est aussi extrêmement émouvant tant la plume de Clément Lépidis possède le don de nous faire ressentir la difficulté de l'exil. « Quand il évaluait du doigt la qualité d'une peausserie, ses reflets argentés ou la chaleur de son velours ne lui parlaient pas comme au pays ; Malgré sa volonté d'oublier ce que furent les années d'autrefois, les souvenirs imprimés dans sa chair d'arménien réduisaient la distance entre Paris et Istanbul. L'air se parfumait différemment, la senteur d'une fleur ou d'un site oublié lui revenait soudainement et il se retrouvait ailleurs que dans les rues de Belleville » Page 79.
Lépidis connait bien son quartier mais aussi ses habitants, il les aime et cela se ressent tout au long de la lecture. Il a Belleville dans la peau. Il sait très bien dépeindre la difficulté de la cohabitation des cultures, leur différence les unes par rapport aux autres mais il sait aussi nous parler d'amitié, de fraternité. Cet amoureux de Belleville, comme tout bon parigot se sent atteint dans sa chair lorsque son quartier se modernise, lorsque les salles de cinéma sont détruites, ou bien le bal musette du coin de la rue.
Pour mieux nous conter Belleville et son immigration, Lépidis nous parle de l'Arménien, Avram Tokatlerian qui quitte Istanbul pour venir tenter sa chance à Paris, « ce pays de France où le soleil brille d'un même éclat pour tout le monde ». Il est attendu chez Yetwark Kilindjian en qualité d'ouvrier monteur en chaussures. Sur le quai à Istanbul avant son départ en bateau, Milonas qui l'a incité à s'embarquer pour Paris, lui dira :
- Quand tu seras en Europe, envoie-moi toutes les cartes postales que tu trouveras mais surtout renseigne-toi sur ce que la femme des timbres français transporte dans son sac…
Et c'est par le biais de l'histoire d'Aram que l'auteur nous restitue la vie de ce quartier, les bonheurs, les déceptions. Nous faisons la connaissance d'Eugène Gopic, plombier-zingueur, et de sa soeur Charlotte, petite main dans une usine de caoutchouc, de Charles Odjounian dit Poitrine d'Acier, de l'arméno-éthiopien, Garbiz Budurian, copte et ancien secrétaire du Négus, de Yelen le polonais, de Simon le juif allemand, de Rebourg qui part rejoindre les Brigades Internationales et reviendra un bras en moins pour ne parler que des principaux qui se retrouvent à discuter au bistrot du père Sabaut. Il y a les parties de poker et de tavlour, les salles d'où s'échappent des bouffées d'accordéon, des matchs de boxe, les chansons de Tino Rossi, « envoûtant sortilège d'un Paris avec lequel on faisait l'amour rien qu'à danser dans les bras d'une fille » et la rue de Lappe !
Mais Belleville n'est pas en reste pour le Front populaire et ses grèves. de même Belleville n'échappe pas à la période de l'Occupation et les pages consacrées à La rafle du Vel d'Hiv dont la description est minutieusement restituée, sont particulièrement douloureuses. Belleville comme ses habitants n'est pas épargnée par la guerre qu'elle subit jusqu'à la Libération de Paris.
C'est toute l'histoire d'Avram et de Belleville qui se déroule sous nos yeux, d'un Paris populaire qui n'existe plus. C'est nostalgique, vivant, stimulant, triste, jouissif, mais tellement humain !
Clément Lépidis a commencé à écrire sur le tard à quarante quatre ans. Auparavant, il s'est exercé au métier de la chaussure, à celui de représentant, photographe, c'est certainement toute cette expérience qui lui permet d'être au plus près de la réalité de la vie des habitants de ce quartier. L'Arménien fut couronné par l'Académie Française et par la Société des Gens de Lettres.
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tiptop92
  28 mai 2019
"L'arménien" est un joli roman presque autobiographique d'un écrivain d'origine arménienne immigré en France dans les années trente. C'est le quartier Belleville du front populaire, de l'occupation, des rafles et de la résistance qui nous est raconté à travers de nombreuses anecdotes pleine de bonne humeur et de nostalgie. Un petit monde peuplé de personnages pittoresques embrassant toutes les races et toutes les religions évoluent sous nos yeux, essayant chaque jour de réinventer le plaisir de vivre ensemble. Aram Tokatlérian est le personnage principal de cette histoire. Échappé du pays qui l'a vu naître suite aux épouvantables massacres perpétués par les turc, il va devenir un pion essentielle de cette communauté. D'abords en fabricant des chaussures pour un petit artisan, mais surtout en essayant quand il le peut d'atténuer la misère et la détresse qui l'environnent. il connaîtra ainsi les joies de l'amitié, la peur lors de la guerre et surtout les déceptions liés à un amour sans réciprocité. Même si ce livre est émaillées de moment tragiques, le lire c'est s'assurer de beaux moments d'émotion que seul la littérature peut nous fournir...
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
enjie77enjie77   08 octobre 2018
En ce temps là, chaque quartier de la capitale avait sa vocation : les girls à Montmartre, les peintres à Montparnasse, les diamantaires à Cadet et les morts au Père-Lachaise ; mais la chaussure, c'est à Belleville qu'on la trouvait.
………..
C'est dans ce Belleville de théâtre que l'arménien Aram Tokatlérian posa le pied pour la première fois. C'était un petit homme aux cheveux noirs, au teint sucre brûlé, au nez cassé à angle vif, l'œil percé d'un éclat de charbon ardent. Il portait une grosse valise entourée de courroies et un lourd paquet d'où dépassaient les franges d'un tapis.

Il arrivait d'Istanbul, la ville des six cents mosquées, des dix mille coupoles semblables à des assiettes creuses retournées. Quand le vent souffle, il imprime aux vagues du Bosphore un mouvement à la fois lent et brutal qui fait vaciller les barques de pêche en prolongeant son murmure jusqu'à la souche des colonnades du Palais Submergé de Yérabatan. Le monde avait fixé une pieuse auréole au-dessus de ce saint territoire, sans croire, pour autant, à l'impossible cohabitation de dieux multiples, en un lieu où les massacres avaient laissé des empreintes bien visibles. Chaque semaine des hommes contraints d'émigrer quittaient le pays.

Pages 12/13
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enjie77enjie77   09 octobre 2018
Eugène page 75

Hier encore, des militants d'Action Française avaient rossé des métèques à Montmartre.

Métèque! Aram crut ressentir le frottement d'un vêtement contre le sien, voir un homme coiffé d'un béret, un insigne à la boutonnière surgir brusquement dans la taverne. Il allait enfin savoir, grâce à Eugène, la signification de ce mot entendu pour la première fois le soir de la braderie. Devant trois paires d'yeux braqués sur lui, le plombier-zingueur parut sincèrement gêné. Métèque ? L'expression lui avait échappé. En vérité, ce n'est pas ce qu'il avait voulu dire. Après une gorgée de blanc sec afin de trouver l'inspiration, il força la lippe sur son mégot éteint.
- Métèque ? Quoi, c'est un mot pour désigner un crouilla, un rital, un espingouin, un mec qu'à les cheveux crépus et le teint basané.
- Mais alors, un arménien aussi?

Un vrai guêpier cette question. Et Eugène, croyant triompher à son tour, interrogea l'ami Aram, droit dans les yeux.
- Là bas, en Turquie, comment appelais-tu les turcs qui massacrèrent ta famille?

- Des turcs répondirent les trois hommes à l'unisson.
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enjie77enjie77   12 octobre 2018
En France, il était allé par trois fois au cimetière y conduire des compatriotes. Trois fois, à son tour, il s'était vu mort en terre étrangère et il en avait éprouvé une sorte de peur instinctive. Alors si mourir en terre étrangère, c'était mourir mal, au pays du gulchakar ce sera fondre lentement comme un morceau de sucre dans une tasse de thé.


Page 208 (gulchakar : confiture de roses)
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Video de Clément Lépidis (8) Voir plusAjouter une vidéo

Clement LEPIDIS évoque Belleville
Clément LEPIDIS se souvient du Belleville de sa jeunesse, un Belleville qui selon lui est mort.
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