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EAN : 9782710388982
416 pages
La Table ronde (07/01/2021)
4.16/5   58 notes
Résumé :
Alors qu'un typhon dévaste l'Ile-de-France, l'éditeur Alexandre Garnier contemple le cataclysme meurtrier depuis son bureau, rue de l'Odéon : une rivière de boue coule sous ses fenêtres, des rats surgissent des égouts. Le passé aussi remonte à la surface. Devant ce spectacle de fin du monde, Garnier se souvient de sa jeunesse et surtout de son ami, le poète Adrien Vivonne, auteur entre autres de Danser dans les ruines en évitant les balles.
Garnier a publié s... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
4,16

sur 58 notes

Kittiwake
  24 avril 2021
Autour d'Adrien Vivonne, l'évanescent poète, gravitent quelques personnages qui seront les piliers de l'histoire. Alexandre, son éditeur et « ami » depuis le collège, Chimène, qui mute en Chimère lorsqu'elle rejoint les combattants de Nation Celte, mais aussi Béatrice la bibliothécaire de Doncières, ou Sophie, l'attachée de presse. Et sur un cercle concentrique encore plus distant , les innombrables admirateurs de celui que finalement on ne croisera pas jamais, le ratant de peu à chaque fois.
Et pour le décor, il faut imaginer notre pays dans un futur proche, alors que les mises en garde de plus en plus pressantes sont restées lettre morte, et au moment où nous faisons la connaissance d'Alexandre, un typhon dévaste Paris, tandis que les Dingues au pouvoir tentent de résister à l'assaut de la capitale par des hordes de tout poil, armées jusqu'aux dents.
Nous sommes donc plongés en pleine apocalypse. Tandis qu'Alexandre part sur les traces de son ami envers qui il éprouve des remords pour toutes les vacheries qu'il a pu lui faire par pure jalousie, il découvre peu à peu le charisme quasi surnaturel du poète. Une sorte de messie, qui sème un message d'amour et fait fondre les foules.
Même si le contexte et la construction du roman est différente, il y a quand même du Francis Rissin en filigrane de Vivonne, par l'influence qu'il exerce sur ceux qui l'approchent mais aussi par sa propension à disparaître.
Il fait un peu peur, ce roman, par les perspectives peu réjouissantes de notre avenir proche et que l'on perçoit comme inéluctables. Mais il fait aussi entrevoir des îlots radieux de paix retrouvée, autour des paroles du poète qui sont autant de textes sacrés.
Récit atypique, et envoûtant, avec peut être quelques longueurs cependant. Mais tout de même un excellent moment de lecture !
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JustAWord
  27 avril 2022
« On ne juge pas un livre à sa couverture », nous dit le proverbe populaire.
Il arrive assez souvent que la couverture d'un ouvrage ne reflète pas la qualité du texte qu'il renferme. Vivonne de Jérôme Leroy vérifie parfaitement cet adage. Publié en 2021 aux éditions La Table Ronde, le récit du français s'essaie à la science-fiction en imaginant un monde, et surtout une France, qui s'écroule. Plus habitué aux polars et aux romans jeunesse (voire à la poésie), Jérôme Leroy fait donc un détour par l'imaginaire et l'on s'imagine déjà la redites au sein de ce genre ultra-balisé qu'est le roman post-apocalyptique.
Que peut bien apporter de neuf un auteur de polar à la science-fiction ?
Des regrets
Commençons par situer le cadre.
Vivonne se déroule dans un monde à la dérive. Dans ce monde, pas si lointain et pas si proche à la fois, la France s'est balkanisée ou, si vous préférez, libanisée. Rongé à la fois par des catastrophes climatiques à répétition et l'arrivée d'un gouvernement extrémiste surnommé les Dingues au pouvoir, l'Hexagone s'effondre.
Mais la France n'est pas la seule à subir le contrecoup climatique et politique. La Californie est devenu un « incendie permanent », la Hollande est inondée et Amsterdam s'enlise dans le choléra. Plus proche de nous, Amiens et la Picardie sont pillés par des milices ultra-violentes, Paris se noie après le passage d'un monstrueux typhon et les rats envahissent les rues de la Capitale.
C'est en plein milieu de cette catastrophe que l'on fait la connaissance d'Alexandre Garnier, modeste et arrogant éditeur des éditions Grandes Largeurs, piégé dans un immeuble parisien alors que le déluge s'abat. Pour lui, tout avait déjà été prédit, il cite John Brunner et son Troupeau Aveugle, se souvient de Soleil Vert et de son monde terrifiant. Mais surtout, il se souvient d'un écrivain-poète qui fut jadis son ami : Adrien Vivonne.
Entre deux rafales de tempête et coupures d'internet, Alexandre est pris de remords. Comment lui, éditeur et proche d'Adrien, a pu finir par le jalouser autant et participer à son oubli auprès des masses ?
Il décide alors, en guise de pénitence, d'entreprendre une biographie d'Adrien Vivonne, seconde partie du roman plus formelle où l'auteur de la biographie, Alexandre, semble autant parler de lui que de son ami écrivain, Adrien. Avant que les Apôtres de la Grande Panne ne décident de détruire l'entièreté des réseaux de communications modernes, voici donc qu'un homme cherche à laisser une trace d'un autre.
Mais pour parfaire cette biographie, il lui faudra combler les vides, les périodes où Adrien, poète évanescent et insaisissable, s'est coupé du monde. Il va devoir parler et interviewer l'une des amantes de l'écrivain, Béatrice Lespinasse, modeste gérante de la médiathèque de Doncières, bled paumé dans un monde qui part à vau-l'eau. C'est au sein d'un aéroport en plein chaos qu'il la retrouve et qu'il croisera, hasard ou destin, la fille d'Adrien, Chimère (ou Chimène, c'est selon), ex-recrue d'une milice d'extrême-droite néo-païenne, Nation Celte. Tous semblent en quête du même homme-fantôme, cet Adrien Vivonne qui donne son titre au roman de Jérôme Leroy.
Un nouvel Espoir
Dans ce petit jeu de poupées russes qui n'est pas sans rappeler le fabuleux Cartographie des Nuages de David Mitchell, Jérôme Leroy nous brode un monde de désespoir, de violence et… de poésie. Au coeur de son idée géniale réside l'ébauche d'une nouvelle utopie appelée la «Douceur », sorte de communauté-philosophie-religion où règne la paix et l'harmonie, où la technologie ne sépare plus les hommes et où la Mort elle-même est vaincue.
Cette nouvelle civilisation construite quelque part dans les îles grecques s'inspire des écrits d'Adrien Vivonne, de son Mille Visages ou des Filles de Vassivière. C'est en lisant les poèmes et la prose de l'auteur qu'un étrange phénomène se passe, qu'une nouvelle compréhension du réel arrive à ceux qui tentent le voyage pour trouver une forme de plénitude qui dénie au monde extérieur sa violence et sa finitude.
Jérôme Leroy pousse le principe du Station Eleven d'Emily St John Mandel beaucoup plus loin, parce que survivre ne suffit pas.
Il invente de toutes pièces un auteur, Adrien Vivonne, et mélange sa propre histoire avec la sienne, tous deux anciens profs à Roubaix, tous deux baignés dans une certaine idée du communisme quand celui-ci avait encore un sens, tous deux passionnés par la poésie. le tour de force de Vivonne se situe là, quelque part, au milieu de cette langue d'une beauté renversante qui confirme encore une fois l'importance du style dans un imaginaire qui, parfois, le délaisse au profit de l'idéologie. L'idéologie, elle, le roman de Jérôme Leroy n'en manque pas. Au sein de sa biographie fictive jusqu'aux massacres de la Nation Celte en passant par les errements parisiens et provinciaux d'Alexandre Garnier, Vivonne nous parle d'un monde d'hommes sous perfusion technologique, un monde qui a oublié le vrai, un monde qui a oublié la douceur. Dans ce monde, les Dingues ont pris le pouvoir, imposant des lois de plus en plus asphyxiantes à un pays au bord de l'implosion. Quand celle-ci survient, les milices se déchaînent, de « ZAD Partout » au « Front Indigéniste » en passant par le « Front Socialiste Occitan » sans parler des barbus de l'« Alliance Salafiste ». Les personnages du roman se perdent dans la violence et l'absurdité d'un monde qui ne peut plus nier le changement climatique, un monde qui tente de survivre alors qu'il est condamné aux ténèbres barbares à nouveau.
De l'Autre Côté
Au lieu de nous chroniquer par le menu cette longue descente aux Enfers, Jérôme Leroy tente une folie, une folie à l'audace incroyable.
Il n'écrit pas un polar, quand bien même Vivonne n'arrête jamais de chercher son Poète, il n'écrit pas un livre de science-fiction, alors qu'il imagine la fin du monde et l'Après. Non. Jérôme Leroy tente autre chose, il tente l'hagiographie.
Adrien Vivonne, de petit poète inconnu à Prophète de l'Alliance du Vivant, nous est raconté par quelques uns de ses apôtres, des apôtres coupables et des acteurs plein de remords et de peurs. En entrelaçant les fils narratifs d'Alexandre, Béatrice et Chimène, Jérôme Leroy ne fait pas que construire un écrivain qui n'existe pas, il ne fait pas que rendre honneur et lettres de noblesse à la poésie, ce genre qui ne se vend pas mais pourtant essentiel aux hommes, il écrit une Bible nouvelle, un Livre Sacré où Dieu est partout dans l'insignifiant qui nous entoure, où le Saint n'a jamais conscience du malheur ou des horreurs des Autres, où enfin on trouve, apaisé, pardonné, un sens à une vie qui semble ne plus en avoir.
Jérôme Leroy, avec une grâce infinie, capture des personnages usés, des personnages coupables, des personnes nostalgiques. Il nous les restitue par des récits fictifs et pourtant si vraisemblables, regardant la France des années 60 tomber petit à petit vers la bêtise des années 2010 puis 2020 avant le naufrage. Même si la bêtise humaine semble survivre à toutes les apocalypses, et contrairement aux penchants actuels de la science-fiction, Jérôme Leroy entrevoit un espoir, il espère naïvement et intensément que la poésie sauve l'humanité, qu'on lira bien après la mort et qu'un jour, peut-être, nous serons capable nous aussi d'entrer dans la « Douceur ».
Plus qu'un récit science-fictif, Vivonne est une histoire sur la puissance de l'écrit et la puissance des mots, sur la façon dont nos vies elles-mêmes et nos rencontres vont changer le futur, aussi insignifiantes soient-elles. C'est un récit où l'on croise des personnes difficiles à cataloguer, où les niveaux de gris alternent avec le noir profond et le blanc immaculé d'un Adrien Vivonne qu'on dirait presque inhumain par sa bonté et son caractère éthéré. Comme un autre Messie qui vivrait dans le vent qui se glisse entre les arbres ou en contemplant tendrement la porte au fond du jardin. L'infinie douceur de Vivonne surprend derrière l'horreur des derniers jours de l'humanité, derrière les mesquineries banales et imprévisibles de l'homme. La mélancolie empoigne le coeur du lecteur à mesure que les pages se tournent et l'on en vient presque à verser une larme sur des vies que l'on sait fausses et qui, pourtant, nous semblent si authentiques.
Jérôme Leroy ne choisit donc pas le récit d'aventures mais celui d'évasion, dans sa forme la plus pure, la plus grandiose et la plus radicale.
Sublime roman-somme, Vivonne parvient l'exploit inattendu de fusionner en une seule expérience inoubliable le récit de science-fiction, la poésie d'un monde nouveau, le polar-enquête qui court après un auteur fabriqué de toute pièce et l'hagiographie d'un Poète devenu Saint. Jérôme Leroy offre un livre du beau qui dit le beau, et l'on en ressort certainement un peu meilleur une fois la dernière page tournée.
Lien : https://justaword.fr/vivonne..
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madameduberry
  02 avril 2021
Je rendrai compte ici, de ma première lecture, qui sera suivie de nombreuses relectures je pense, où je piocherai à l'envi dans les passages qui m'ont le plus émue.
Oui, c'est l'émotion, au singulier, qui demeure dominante, après avoir refermé ce volume au terme de trois jours de lecture fiévreuse. L'émotion qui touche au coeur, surtout quand il s'agit de la toute première rencontre avec un auteur prolixe, dont cependant j'ignorais jusqu'au nom. Pardonnez moi mon ignorance, Jérôme Leroy. Je fus entraînée par une critique enthousiaste d'une lectrice á qui rien n'échappe du talent, ni de la médiocrité littéraires. Et me voici embarquée dans l'univers de Vivonne, poète de génie, qui enchâsse dans des mots que tout le monde connaît la Beauté, le Calme et la Volupté de la vie, qui se sont séparés du Monde, mais que l' on peut retrouver par la magie de la lecture. Cet Univers qui survivra en actant la séparation de ce monde, jusqu'au "stroke" final qui abolit tout passage autre que littéraire, entre la réalité du monde et la réalité de la Poésie.
J'ai retrouvé dans ce livre aux accents Miltoniens (Paradis Perdu) tant de thèmes qui m'avaient enchantée dans d'autres livres : le traitement du rêve et de la réalité chez G. du Maurier, la liberté du créateur, les retrouvailles de mythes fondateurs, l'empreinte d'Arthur Rimbaud... Merveilles étincelantes, survivant à la barbarie, aux tyrannies païennes ou monothéistes, à l'horreur d'une Humanité à la dérive, oscillant entre l'uniformisation mortifère et les clivages meurtriers générateurs de guerres sans fin, sur une planète allant à la destruction de tous les biotopes.
L'histoire débute à Paris, chez un éditeur, avec un cataclysme annonciateur d'une catastrophe finale, et se termine là où la mer est allée avec le soleil.
Je lirai d'autres livres de Jérôme Leroy. Je ne sais pas s'ils me feront un effet aussi profond, aussi durable, la dernière page tournée. Un livre inoubliable, comme son personnage éponyme.. .
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SagnesSy
  25 janvier 2021
« Premier constat établi : la fin du monde devrait intervenir d'ici deux générations. »
Le 3 janvier 2017, aux éditions de la Table Ronde paraissaient trois livres de Jérôme Leroy, un inédit dans la collection Vermillon et deux rééditions en Petite Vermillon (poche), c'était l'occasion pour moi de le découvrir (je n'avais jamais entendu parler de lui, ou n'y avais pas prêté attention le cas échéant). J'ai commencé par « La minute prescrite pour l'assaut« , que j'ai beaucoup aimé :
« Il se releva du divan, faillit tacher son costume en lin et regarda les rayonnages de la bibliothèque qui occupait le seul pan de mur doit dans cet appartement mansardé : y étaient disposés une dizaine de manuels scolaires, une grammaire structurelle, un essai sur l'éducation, des dossiers cartonnés où devaient se trouver des minutieuses préparations de cours, trois livres de Philippe Delerm, mais pas de littérature. C'était normal, Fleur était professeur de français. »
La minute prescrite pour l'assaut de Jérôme Leroy
La Table Ronde, collection La Petite Vermillon, 2017, 377 pages
Précédemment édité par Mille et une nuits (Fayard) en 2008
Rien ne va plus nulle part : en ce futur pas si éloigné que ça, sous le gouvernement Dati 2 une loi Estrosi autorise le port d'arme pour tous les français, organisés majoritairement en Zatocs; le Kazakshtan a fait exploser une centrale nucléaire, furieux d'être ignoré du monde entier, et ne nuage se dirige droit sur nous; l'Inde et le Pakistan jouent à se nucléariser l'un l'autre, un virus foudroyant est découvert et dans le monde entier un jeu vidéo rend dinguo les préados qui parviennent au niveau ultime. J'en oublie sans doute mais l'issue est certaine : c'est la fin du monde. Kléber l'a sentie venir de longue date et a adopté la seule attitude possible selon lui : du vin, des femmes et des livres, dans l'ordre et le désordre. L'occasion pour Jérôme Leroy de nous offrir un roman hypnotisant où le mordant d'un style riche et d'une culture éblouissante ne nous laisse aucun répit. Volontiers réac et joyeusement provocateur, son double littéraire nous promène de posture en sincérité touchante et ça fait mouche. A lire !
« (…) l'euphémisation systématique, cette rhétorique préférée des vrais violents. »
« Kléber pense que le feu et les virus ont ce point commun qu'ils ne parviennent pas à résoudre dialectiquement une contradiction difficilement soutenable : comment ne pas tuer complètement ce qui les nourrit. Les hommes n'auront pas fait mieux. »
J'ai ensuite lu la parution brochée, « Un peu tard dans la saison » (254 pages), qui m'a moins plu.
« Il n'y a plus de calme aujourd'hui. Des accalmies. Et encore.«
C'est Agnès qui raconte, en 2033. A cette époque, en France règne une nouvelle civilisation nommé « La Douceur ». Elle a connu l'ancienne, la nôtre, qui a déraillé à partir de Charlie, partant rapidement en sucette entre terrorisme et révolte sociale, phénomènes aggravés par l'Eclipse : les gens se sont mis à disparaître, purement et simplement, très brutalement. N'importe qui, quelles que soient ses conditions de vie, son âge ou son sexe, partait, la plupart du temps sans un mot, vivre ailleurs et autrement. Ceux qu'on retrouvait disaient simplement « ça ne m'intéresse plus ». Agnès était capitaine des services secrets, ça consistait principalement à exécuter des gens sur ordre. En décembre 2014 elle s'est mise à espionner de très près Guillaume Trimbert, un écrivain un peu obscur sur le retour. Ils mènent alternativement le récit sans que l'on sache ce qui les unit… On retrouve ici les thématiques de Jérôme Leroy et tout ce qui constitue sa marque : les livres, le vin, le sexe (la mer, Lille,…) et évidemment la fin du monde, mais le registre est bien différent de « La minute prescrite pour l'assaut ». Il y a une lassitude qui imprègne tout le roman, quelque chose qui m'a semblé un peu factice, les révélations finales font un peu flop, on a du mal parfois à réprimer un petit bâillement, dû à une sensation de redite. Pas complètement convaincant.
« C'est toujours étrange de s'apercevoir que le bonheur a existé, ou à défaut, un certain bonheur d'être au monde.
– Tu trouves que c'était mieux avant, vieux réac ?
– Non, je dis juste que c'est pire maintenant.«
J'ai terminé ce cycle Jérôme Leroy par « Comme un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine » (230 pages), un recueil de nouvelles Précédemment édité par Mille et une nuits (Fayard) en 2007.
Dans lequel j'ai trouvé la genèse d' »Un peu tard dans la saison« , une nouvelle de sept pages intitulée : « Agnès s'en va« , ce qui m'a fait prendre conscience que j'avais vraiment tout lu à l'envers. Je préconise de commencer par ce recueil, puis le roman inédit, avant d'en terminer par « La minute prescrite pour l'assaut » (mon préféré) et de partir à la rencontre des parutions précédentes. C'est qu'on n'a pas envie de quitter la plume de Jérôme Leroy une fois découverte ! Avant toute chose, il donne envie de lire; ne cessant de citer et d'évoquer poèmes et romans diverses (allant de la SF au plus classique des classiques), on s'interrompt régulièrement pour noter un titre ou un auteur. Ensuite, sa fin du monde sans cesse déclinée impressionne, il met le doigt sur des dysfonctionnements réels et lance de saines interrogations. Enfin, sa plume est au service d'une vive imagination qui nous fait tourner les pages de ce recueil avec appétit, même si la systématisation du ressort « à chute » n'est pas très heureuse.
Lorsque l'opération Masse critique de Babelio a proposé "Vivonne", je me suis inscrite avec appétit, et j'ai eu de quoi l'assouvir : c'est un gros morceau. En racontant la recherche de Vivonne par son ancien camarade de classe Jérôme Leroy brasse ses thèmes habituels et creuse avec sagacité nos angoisses. Sortir du temps, voilà ce que semble offrir la poésie de Vivonne. À ses lecteurs il offre l'expérience ultime, de raconter avant qu'ils n'arrivent des évènements, de les emmener littéralement dans ses univers. Tandis qu'agonise le monde, entre factions ennemies, dingues au pouvoir et joyeusetés climatiques, la douceur ne résiste qu'un temps, et Alexandre cherche Vivonne. Il faut s'accrocher pour traverser la densité du propos et la construction éparpillée, peut-être plus encore pour encaisser la noirceur de ce futur hélas assez crédible. La poésie sauvera-t-elle le monde ? J'aimerais tellement le croire.
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arcade_d
  27 avril 2021
De la culture ?
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La culture est un champ intérieur, changeforme, dans lequel baigne toute personne humaines singulière, entrant en relation avec d'autre personnes humaines singulière et finissant par constituer ce même groupe riche ou rayonne entre eux et en permanence des désirs, des idées, des bonheurs et malheur et le désir de transformation et d'ouverture vers de l'inattendu.
La culture est un agrégat des agricultures, des spiritualités et leur rituel, des cultes, des arts poétique, arts physique, arts graphiques mais aussi de l'art politique, de la façon de consommer, de produire, d'échanger des biens et services, de vivre avec l'autre, avec Dieu, avec les dieux, avec le Dieu des autres. L'art de s'aimer, par le corps, par l'âme (psyché) et par l'esprit. La culture toujours se transforme, de manière organique.
La culture bourgeoise néolibérale actuelle, veut réduire la culture avec un grand « Q » à la production et consommation d'art. le pouvoir de la bourgeoisie néolibérale actuelle est un usage du pouvoir systématiquement Totalitaire. Elle Vise à contrôler et à organiser la totalité des interrelations des singularités humaines sur un même mode.
L'art c'est bien, et voici qui sont les artistes. Consommez-en.
La religion c'est mal ! Dieu n'existe pas et il faut être idiot pour croire, mais il est des cultes plus mauvais que d'autre, les méchants pas beaux. Allez plutôt consommer.
L'amour c'est le sexe, ne cherchez pas trop loin ! et puis il y a beaucoup de moyen d'en consommer en toute liberté. Attention aux produits non conformes.
La politique ? Pas touche ! C'est pour des experts. Vous n'y comprendre rien. Allez plutôt reprendre un match de foot sur vos chaines TV, YouTube et autre CANAL ou NETFLIX à divertissement industrialisé. Mesdames apprenez plutôt comment vous maquillez et messieurs regardez ce soir y'a encore match.
Les auteurs ? C'est bon, nous avons les organes de presse avec des célébrité dedans, des maisons d'édition tenu par la finance qui vous diront qui lire et qui éviter.
L'art ne doit jamais être politique. Où alors pour vous faire sentir que la politique c'est pour des experts. Même en vous disant que les politique sont tous pourri. Mais la politique se fait ailleurs. L'art c'est beau, c'est bon, consommez-en.
De ma cousine Maryse.
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Pardonne-moi ma cousine, je n'ai pas été à la hauteur de ce que tu m'as donné. Je t'aime et que Dieu nourrisse ton esprit, qu'IEL te garde dans sa lumière.
Ma cousine est une paysanne, une fille d'un couple de paysannes* (Les vieux chnoque blanc m'ont tellement agacé avec leur refus de l'écriture inclusive, j'ai décidé de suivre quelques précurseuses du jeu qui utilisent « joueuse » pour signifier le neutre et pas « joueur », ou quelques kendokates qui nous font aligner nos « men » sur notre voisine de droite, pas notre voisin. le féminin est devenu le neutre). Elle a grandi à la ferme, elle a épousé un ouvrier après l'avoir rencontré dans un bal.
Ma cousine, aimait son travail a la ferme, s'occuper, des vaches, des poules, des lapins, faire les foins et les vendanges, où nous étions nombreux. Elle aimait danser, oui pour sur, elle aimait danser, elle aimait chanter et écouter des chansons. Dans chansons qui la faisait danser, des chansons qui la fait pleurer, des chansons qui la mettait en joie. Elle aimait aussi les chants à l‘église. Elle aimait les sermons et en reparle à la sortie de l'église. Elle aimait Marie et Sainte Bernadette. Elle aimait Dieu. Elle aimait aussi faire l'amour. Son corps le disait. Quand elle monter revoir son mari, et même quand elle trayait quelques-unes de ses vaches aux pies fragiles. Pas avec moi évidement, j'étais son petit neveu et son filleul. Elle était de 18 ans mon ainée. Elle vivait les choses avec tout son corps, toute sa psyché tout son esprit, complétement. Elle savait des choses sur les fossés, les taillis, les herbes qui poussent dans les pieds noisetier du muré. Elle savait des choses sur les vaches et les lapins, les hommes (les mâles) et les blessures de sentiments. Elle savait des choses sur l'argent et les relations et le temps qu'on consacre aux autres, même au pauvre bougre, même au simplet du village. Elle avait des idées politique, sur le rôle qu'elle pouvait avoir en tant que femme. Elle ne cherchait pas le pouvoir, mais elle le comprenait. Elle comprenait que les hommes de pouvoir étaient des petits garçons apeurés et capricieux qui se servait du pouvoir pour cacher leur peur et qu'ils utilisaient également la peur des autres comme un instrument pour obtenir encore plus de pouvoir. Elle n'aimait pas ces hommes, mais elle les plaignait. Tous les dimanches au moment de la prière, elles priaient aussi pour eux.
J'espère que personne n'oserait dire que ma cousine n'était qu'une paysanne, elle était une paysanne et sa culture n'était pas médiocre. Ses voyages étaient Lourdes et Rome avec la paroisse, elle aurait aimé aller à Jérusalem.
Et bien, quelle autrice* serait capable aujourd'hui de faire sentir ne serait-ce qu'un millième de ce qu'était ma cousine. Une Giono ? Une Marcel Aymé ? Peut-être, Mais aujourd'hui elle ne serait pas publiée.
Car la culture bourgeoise néolibérale autorise évidement un premier Roman à Édouard Louis, car il va, dans ce premier roman, vomir sur la culture de sa région. Il sera reçu sur les beau plateau Parisien pour lui faire dire tout le mal qu'il pense de sa région. Les « divertisseurs » me font vomir à ce moment et j'en veux à Édouard Louis. Je me réconcilie avec lui quand il retrouve ses origines, ce qui le fait tenir debout dans « Qui a tué mon père ? »
Et maintenant la bourgeoisie néolibérale, critique.
Mais quel préambule pour un simple restitution de lecture.
Et bien c'est simple, ce roman est conforme à ce qu'attend la bourgeoisie néolibérale.
En pleine apocalypse, la bourgeoisie recherchera, un homme blanc, un mec, un poète qui écrit de la Bêlle Polésie qui ouvre la porte de là ou c'est comme avant.
Évidement, les femmes sont les objets sexuels et quand elles sont guerrières, elles ont des couilles. L'auteur ne restitue rien de sincère. Ce n'est pas la route de Cormac McCarthy, ni Ravage de Barjavel.
Un monde post apocalyptique est juste un décor, les personnages des figurant sans âme.
L'auteur se dit communiste, mais dans son roman rien de politique que du lieu commun de fin des temps et continuer à nourrir la peur du bourgeois que les hordes des sauvages moderne prennent le pouvoir. Islamistes, Nationalistes et tout autres extrémistes gauchiste que la bourgeoisie néolibéral utilise comme repoussoir pour rester centré sur elle.
Non, Si un tel évènement arrivait, ce sont des femmes comme ma cousine qui serait la lumière du monde. Et des hommes (l'homme est un humain qui ne peut pas avoir d'enfant) saurait alors qui suivre. Des femmes règneraient car régner ne veut pas dire user du pouvoir, mais être au service.
Ce roman m'a mis en colère et je suis heureux de l'avoir terminé ! Mais j'ai pensé à ma cousine.
Lien : https://tsuvadra.blog/2021/0..
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critiques presse (1)
LeSoir   12 janvier 2021
«Vivonne», le nouveau roman de Jérôme Leroy, est le récit d'une apocalypse transcendée par la grâce.

Lire la critique sur le site : LeSoir
Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
JustAWordJustAWord   27 avril 2022
Agnès et Adrien cherchaient tous les deux la même chose : ils voulaient voir. Et ils avaient raison, nous n'allions plus rien voir dans les décennies qui suivraient, nous allions de moins en moins éprouver la beauté immédiate du monde, nous serions d'éternels spectateurs de nos vies, condamnés à être connectés en permanence les uns aux autres dans un présent perpétuel jusqu'à la catastrophe en cours, inévitable, parce qu'à un moment ou un autre, le réel se venge d'avoir été réduit en esclavage par des algorithmes.
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dechosaldechosal   05 mars 2021
Les jeunes femmes qui travaillaient avec lui (...) sortaient de leurs sacs des téléphones portables, les effleuraient de gestes gracieux. C'était bien un des rares avantages des technologies digitales que d'avoir fait naître cette science de l'effleurement, cette nouvelle école de la caresse.
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JustAWordJustAWord   25 avril 2022
Paris était devenu une zone boueuse où on se tirait dessus, où on voyait des hommes en blanc sortir des cadavres sur des civières d'immeubles dévastés, où des campements de fortune abritaient sous des cartons des gens désorientés, devenus crasseux malgré leurs vêtements de marque.
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Charybde2Charybde2   14 février 2021
Tout un pan de l’œuvre de Vivonne n’avait échappé et m’échappe encore. Cela ne fut pas le cas de tout le monde. J’ai trouvé dans les pages de l’exemplaire des Filles de Vassivière que j’avais récupéré chez Amélie une chronique de Jean-Claude Pirotte datée de février 2010, provenant d’un magazine de littérature où il tenait son Journal d’un Poète.
« On ne lit pas assez Vivonne. Il a connu des éditeurs parisiens qui ne l’ont pas bien traité, qui l’ont parfois saboté. Comme s’il avait fait, ce poète à petite valise de nomade sous-préfectoral, de l’ombre. Cette ombre, c’est sa joie solaire, sa nostalgie active qui est une insulte pour les âmes grises, les Marie-Antoinette ou les Talleyrand de l’édition qui comprennent que la poésie représentera un jour ou l’autre une menace pour leur boutique de receleur de falsifications, et au premier chef une poésie comme celle de Vivonne, qui s’épanouit loin des laboratoires.
Les Filles de Vassivière disent le bonheur des rivages, même les rivages perdus sur le plateau de Millevaches. Vivonne célèbre les corps qui se baignent dans des herbes hautes et il est l’Ulysse nu qui les contemple. Il les désire, mais il les désire pour leur raconter son histoire, pour se reposer un peu entre leurs seins nubiles. Vivonne sait – de quelle science mystérieuse ? – que l’eau du lac de Vassivière et toutes les eaux vives sont un passage plus qu’un miroir.
La grande affaire de Vivonne n’est même pas de remonter le temps, c’est d’en sortir comme on sort d’une maison qui s’effondre sur vous. Tout vieux lecteur que je suis, ce poète m’a donné, ce qui est rare, l’impression physique que c’était possible. Comme savent me la donner, dans des instants de grâce, certains vins très vieux du Revermont. Davantage encore, peut-être. À se plonger dans Les Filles de Vassivière, par moments, on voit cette porte au fond du jardin dont il parle si souvent. Il lui suffirait de quelques pas pour passer de l’autre côté, pour toujours. »
Cette chronique de Pirotte ainsi que le prix délirant proposé par le vendeur de Mort du tirage papier, ajouté à quelques autres signes sur lesquels je reviendrai, me donnent à penser que Vivonne est devenu lentement mais sûrement un auteur culte. Je n’aime pas ce mot, je n’en vois pas d’autre pour l’instant même si je pressens que quelque chose de beaucoup plus profond se joue dans les circonstances présentes, quelque chose qui pourrait faire d’Adrien Vivonne, malgré lui, un prophète.
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Charybde2Charybde2   14 février 2021
Alexandre Garnier pleurait dans son bureau et il ne savait pas pourquoi.
Il ne pleurait pas parce que la rue de l’Odéon s’était transformée en rivière en crue qui charriait, de temps à autre, une voiture : il n’y croyait simplement pas. La vision d’une camionnette emportée comme un jouet le fit penser à sa vieille Jaguar. Elle restait dans sa maison de campagne près de Trouville et il ne l’utilisait que les week-ends avec Sophie pour des promenades sur les départementales du pays d’Auge. Aux dernières nouvelles, le Calvados n’était pas encore touché par les inondations, les pluies diluviennes et les typhons cataclysmiques ravageant méthodiquement, en ce mois de novembre, les Hauts-de-France, la Picardie et maintenant Paris.
On parlait de trois cents morts et s’il en jugeait par le spectacle qui se déroulait sous ses yeux, la tempête tropicale qui s’était déclenchée depuis deux heures allait faire un sacré nombre de victimes dans Paris. Personne n’avait prévu qu’elle arriverait si vite, même pas les services concernés. Il se revoyait quitter le matin son appartement du boulevard Raspail sous un ciel clair, par une température anormalement estivale. Heureux, léger, inconséquent.
L’appli météo de son smartphone ne cessait de sonner, on entendait des sirènes et des alarmes un peu partout malgré le bruit de torrent en contrebas. Il éprouva un fort sentiment d’irréalité devant l’ampleur de la catastrophe. Ce n’était pas de l’indifférence, c’était plutôt la sensation d’un rêve absurde dont il allait sortir à un moment ou à un autre. Alexandre Garnier avait remarqué que pas mal de ses contemporains, désormais, réagissaient de la même manière. Une forme de déni, une des étapes du travail de deuil, paraît-il. L’expression l’agaçait, elle était réservée aux magazines de psychologie ou de développement personnel. Pourtant, il n’en voyait pas de mieux adaptée à la situation : il était en deuil du monde d’avant, en deuil de l’élégance des temps endormis, en deuil d’une civilisation dont les restes étaient emportés par cette crue démentielle rue de l’Odéon.
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