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EAN : 9791036000997
384 pages
L'Atalante (20/01/2022)
3.38/5   8 notes
Résumé :
Zoé est lycéenne lorsque le mouvement social devient insurrectionnel. À force d’assassinats et de disparitions, la révolte est écrasée par le régime. Les révolutionnaires se dispersent alors que l’autoritarisme se renforce.
Subtil béton n’est pas l’histoire de cette insurrection, mais de ce qui reste après la défaite. Colères et tendresses se mêlent en de multiples tentatives pour reconstruire espoirs et solidarités.
Cette anticipation parcourt les que... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Lenocherdeslivres
  24 janvier 2022
La France s'est enfermée dans les discours de haine et de rejet de l'autre. Elle est sortie de l'Union européenne. À l'occasion est née la Franco. Pas un pays où l'on aimerait vivre : répression, flicage permanent grâce aux moyens technologiques qui progressent régulièrement et permettent de savoir presque en permanence qui fait quoi. Face à cette société orwellienne, des individus (ou plutôt, pour être dans la tonalité de l'ouvrage, des individu.e.s) résistent. Passivement, activement, à la ville, à la campagne, ouvertement, clandestinement. Mais iels résistent. Et cela donne Subtil béton, une ode à la liberté.
Subtil béton n'est pas un roman ordinaire. On le découvre dès la recherche du nom de l'auteur : Les aggloméré.e.s. Qu'est-ce donc ? La réponse, ou plutôt, une piste de réponse, nous est proposée en fin d'ouvrage, dans une partie d'une dizaine de pages retraçant de façon précise (les étapes de leur histoire apparaissent clairement) et floue à la fois (pas de noms, pas de lieux, mais des dates). C'est un collectif mouvant, aux frontières inexistantes, aux membres fluctuants. Ce que l'on sait, c'est que c'est avant tout un groupe de femmes qui supportent mal ce monde empli d'hommes cis qui ne posent aucune question sur la légitimité des hiérarchies en place. Des personnes qui veulent bouger et faire bouger et qui ont trouvé dans l'écriture une manière d'exprimer leurs idées en même temps que de les faire connaître.
Subtil béton est donc un roman écrit à plusieurs. Et cela se ressent dans la narration et, surtout, dans le style. C'est même légèrement perturbant au début, quand on passe d'un chapitre à un autre, donc d'un personnage à un autre, mais, vraiment pour certains, d'un univers à un autre. Y compris dans la façon d'écrire. Même l'écriture « inclusive » n'est pas formatée de la même façon : usage de majuscule finale (« AucunE »), des points (« tout.e.s »), des apostrophes (« certain'e's »). Parfois, cela va plus loin : virgules laissées de côté dans les énumérations, points et majuscules supprimés. Chaque personnage possède son identité dans l'histoire et dans la façon dont il est écrit. Mais que cela ne vous fasse pas peur. Même pour moi, qui suis très sensible à ce genre de détails, passées quelques pages de surprise, tout se met en place très vite dans l'esprit et la narration reste éminemment fluide.
C'est bien beau de parler de style et de norme, mais l'intérêt de Subtil béton, c'est tout de même son histoire. Et là aussi, on est gâté. le monde décrit ici n'est que le nôtre dont on a poussé un peu les limites. Les discours de haine qui fleurissent dans les médias et aux tribunes des hommes et femmes politiques ont définitivement porté leurs fruits : la France s'est refermée sur elle-même et fait la chasse à ceux qu'elle considère comme étrangers, déviants ou indésirables. La répression est d'une violence sans commune mesure. Les évènements de 2037, avec la mort de plusieurs manifestants, marque les esprits et déclenche les peurs. Comme dans pas mal de dictatures, le pouvoir a tous les droits et la police multiplie les exécutions, plus ou moins légitimes. On est loin de l'utopie dont parle Fredric Jameson dans ses Archéologies du futur. D'autant que la technologie permet un « flicage » plus intensif : on sait quand vous avez pris tel ou tel transport, on sait ce que vous avez acheté, où et quand (les emballages contiennent des puces), on sait ce que vous consommez comme eau, électricité. Et tous les mois, on récupère vos données personnelles afin de les sauvegarder. Bref, chaque individu est une série de données stockées et utilisées pour assurer le pouvoir des classes dirigeantes.
Les personnages que nous suivons sont en désaccord avec cet état de fait. Et ils veulent soit tenter de changer les choses, soit, au moins, ne pas vivre de façon moutonnière et ont choisi la clandestinité. Et, surtout, la vie en communauté.
Et c'est le point essentiel, selon moi, de ce roman. Comment parvenir à cohabiter avec d'autres personnes. Avec des gens qui n'appartiennent pas à votre famille, mais que vous avez choisis car ils ont avec vous des idées communes, des plans communs. le récit donne à voir des dizaines de scènes du quotidien de ces lieux de vie partagés entre personnes pas toujours réellement compatibles, mais qui veulent un avenir différent. Et la gestion de ces endroits est une telle source de tensions, de conflits ! On a l'impression d'assister à certaines réunions qui durent, qui tournent autour du pot pour ménager toutes les susceptibilités. Qui prennent des heures pour finalement aboutir à pas grand-chose pour certains, à un pas de géant pour d'autres.
Un objectif lie toutes ces personnes et sert de fil rouge à Subtil béton. Objectif qui peu à peu prend de l'ampleur et culmine dans la dernière partie, dont la structure change (plus de chapitre par personnage, mais des chapitres où chaque changement de paragraphe introduit la vision d'un des personnages qui vit la scène : procédé à peine déstabilisant, voire enrichissant, car la narration est fluide). Mais en attendant, les groupes se font, se défont, se fondent, se scindent. Les individus s'apprivoisent, se supportent malgré, parfois, de lourds contentieux. Les autrices sont parvenues à relier de façon convaincante plusieurs histoires et, ainsi, à former un récit qui tient la route. Quelques temps morts ralentissent le rythme au milieu du livre, mais sans que cela soit rédhibitoire.
Pour ne rien gâcher, Subtil béton est un beau livre. Pour visualiser un peu mieux les lieux du récit et leurs liens, une carte de type IGN, mais légèrement modifiée, avec des dessins, des textes,est proposée en fin d'ouvrage. Et pas une petite carte. Elle mesure pas loin d'un mètre de haut ! de quoi prolonger l'immersion. D'autant que le roman est accompagné d'illustrations dont on comprend le sens vraiment sur la fin, mais qui apportent un vrai plus à cette histoire.
Subtil béton est une expérience intégrale, qui plonge le lecteur dans le quotidien plus ou moins réaliste, plus ou moins fantasmé, de la vie en communauté, loin de la tyrannie imposée par un gouvernement de plus en plus prescripteur. Un regard profond sur une autre façon de vivre ensemble.
Lien : https://lenocherdeslivres.wo..
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kadeline
  01 avril 2022
Il y a des concepts prometteurs dont le résultat ne nous convient pas, Subtil béton fait partie de cette catégorie pour moi. 
L'histoire se déroule dans un futur très proche, tellement proche que sa classification en science-fiction laisse perplexe. Une insurrection a été anéantie, c'est l'événement prétexte à la mise en place d'un régime totalitaire répressif. La moindre différence jugée inappropriée a pour conséquence un séjour dans un camp de rééducation pour permettre l'assimilation. Tout refus d'obtempérer retire la nationalité et désactive la puce implantée dans le bras de chacun. Une puce active est nécessaire pour vivre et contient entre autres l'état du compte en banque. Sans puce ou sans argent, il n'y a plus d'accès possible au moindre commerce même de premières nécessités. Et bien entendu sous couvert de sécurité, il faut régulièrement fournir à l'Etat les données qu'elles contiennent ce qui permet aux autorités de connaitre le moindre déplacement réalisé. Surveillance de masse, mal logement, violence policière, racisme, transphobie, sexisme… le quotidien des personnes dans le système n'est pas glorieux alors que dire de celui des personnes sorties du système ?
Une des forces des classiques de l'anticipation comme 1984 ou Fahrenheit 451 est dans la prise de conscience du protagoniste, ici tout le roman choral est du côté des personnes déjà anti-système ce qui perd de son piquant. Subtil béton est un roman choral donnant la parole à première vue à une galerie variée de personnages, mais il apparait rapidement qu'un seul type est présent : les minorités oppressées ou plutôt une partie. J'apprécie la présence de diversité et le fait de donner la parole aux minorités discriminées mais comme d'habitude on oublie les personnes handicapées. La seule mention est très clichée, la personne handicapée est un poids pour sa famille ce qui l'empêche donc d'être aussi militante que souhaitée. C'est usant ce type de représentation d'autant plus venant d'un collectif se voulant inclusif et défenseur des opprimé.e.s.
Le ton du récit est très culpabilisant d'autant plus qu'ils hiérarchisent les discriminations. Se soumettre au régime pour garder une vie sans clandestinité ou vouloir retourner dans le système est très mal perçu. La vision est manichéenne et la moindre tentative de déviation de l'idéal est jugée, jamais comprise ou excusable. le ton est hyper accusateur de manière frontale ou via une manipulation sous couvert d'arrondir les angles. le message est simple et peut faire grincer des dents : si tu es un poil moins discriminé que le voisin tu dois t'autoflageller à jamais et être corvéable à merci, vilain privilégié, va.
Niveau écriture la volonté d'inclusivité est forte mais la mise en application ne l'est pas. La décision de ne pas utiliser un langage inclusif homogène tout le long du récit rend la lecture, en particulier pour les personnes dys, compliquée. Il n'y a aucun moyen de s'habituer aux choix d'écriture.
Enfin ce qui est pour moi le soucis majeur c'est l'absence complète d'utilisation du « montrer plutôt que dire » (le fameux « Show don't tell »). Comme le dit la postface écrite par les membres du collectif, « Subtil béton est le lieu de nos décharges émotionnelles et politiques » et ça se sent. Je suis pour les romans militants mais jamais au détriment de l'histoire comme c'est le cas ici.
Pour finir sur une note plus positive, le travail éditorial bon. Les illustrations sont belles et une très grande carte est incluse dans un rabat.
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Yuyine
  02 février 2022
Subtil béton est un roman imparfait mais indéniablement intéressant que ce soit dans son élaboration, dans ses intentions ou dans son essence-même. C'est un projet épatant d'une richesse folle qui questionne les utopies et dystopies, qui explore l'âme humaine et les luttes et qui hisse en banderole un appel au collectif d'une rare force. C'est difficile de vous en parler avec clarté tant il y a de choses à en dire. Si vous êtes à minima curieuses et curieux, tentez l'aventure…
Critique complète sur yuyine.be!
Lien : https://yuyine.be/review/boo..
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eterlutisse
  27 avril 2022
Ce roman imagine une sorte d'uchronie où la "Franco" a sombré dans une dictature raciste et sécuritaire dont il semble impossible de s'extirper même si elle ne permet qu'un quotidien où l'on survit. Il raconte les luttes clandestines, les joies et les difficultés du vécu en collectif, des réunions, de la convergence des luttes.
On éprouve tous les murs qu'il nous faudrait briser pour sortir du capitalisme et de sa société normée.
Aucune grande puissance ne viendra nous sauver dans la réalité, il faudra se contenter de fissurer le béton mais, tout est possible à ceux qui savent transiger avec leur égo pour faire un corps commun semble nous chantonner les pages pleines de vie de Subtil béton.
C'est une histoire de potes, avec des personnages drôles, des gosses rebels, des nanas fabuleuses de tous les âges avec leurs histoires complexes, et des "Jean-Mich"...
Et, plus qu'un livre ce qui m'a attirée d'abord c'est cette fabuleuse carte qui l'accompagne ; elle s'accorde parfaitement avec l'hyperréalisme et les nuances surréalistes de cette fiction.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
YuyineYuyine   02 février 2022
Il y a des choses que je ne peux pas laisser passer, et chaque jour j’en laisse passer plein: plein de discours du Premier ministre, plein de nouvelles lois et de nouvelles prisons, plein d’expulsions et de crimes policiers, plein de travaux pénibles pour des salaires de misère, plein de maux mal soignés, de gens déportés, plein d’agressions racistes et de violences sexistes, homophobes, transphobes…Et je ne suis même pas sûr d’en empêcher une seule. Nous nous rassemblons, nous cherchons à constituer une force, et c’est au coeur de ce tourbillon que je me dilue dans la puissance collective. Je connais cette force et elle me remplit de joie.
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LenocherdeslivresLenocherdeslivres   14 janvier 2022
La vieille ? Mais j'suis pas vieille ! [...] Je n'ai que 57 ans, bon sang, j'suis encore à 14 ans de la retraite !
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LenocherdeslivresLenocherdeslivres   19 janvier 2022
Onik retrouve l'odeur poussiéreuse que les habitations de sa mère ont toujours, les odeurs déménagent avec les gens.
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YuyineYuyine   02 février 2022
Je crois qu’au fond on n’a pas besoin qu’on nous bande les yeux: on les garde fermés de nous-mêmes…
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eterlutisseeterlutisse   27 avril 2022
Croire que ce monde est vaste,
Moins prévisible qu'on ne l'imagine,
Propager l'idée.
Repousser les limites aux confins,
S'attendrir des quotidiens qui changent,
S'enhardir des lendemains qui dansent,
Et des belles journées.
Chanter.
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