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Marianne Véron (Traducteur)
EAN : 9782253064626
186 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (01/09/1993)
3.82/5   256 notes
Résumé :
Pour Harriet et David, couple modèle, qui a fondé une famille heureuse, l'arrivée du cinquième enfant inaugure le temps des épreuves. Fruit d'une grossesse difficile, anormalement grand, vorace et agressif, Ben suscite bientôt le rejet des autres enfants, tandis que les parents plongent dans la spirale de l'impuissance et de la culpabilité. La romancière du Carnet d'or, prix Médicis étranger 1976, mêle ici de façon impressionnante réalisme et fantastique, dans une f... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (44) Voir plus Ajouter une critique
3,82

sur 256 notes

berni_29
  30 avril 2021
♬ Famille nombreuse, famille heureuse ♬...
Dire qu'un livre vous touche paraît parfois être l'expression d'un lieu commun. Ici ce livre m'a touché au ventre, c'est-à-dire qu'il m'a fait mal et une fois que je me suis relevé, je ne sais toujours pas pourquoi il a eu cet effet, ou oui un peu bien sûr, mais pas vraiment et au moment où je vous écris je ne suis pas certain que ce que je vous révèle de mon ressenti soit celui que je pourrai vous avouer demain. Ce livre continue de cheminer en moi.
Ici chaque page du récit joue avec l'ambivalence.
Je suis sorti bousculé de ce récit qui paraît si simple au premier abord.
Au début du roman, c'est une histoire d'amour ordinaire, un bonheur simple dont rêvait David et Harriet. Ils s'aiment et dès les premiers jours qui fondent leur couple, ils rêvent d'une progéniture et pour cela ils achètent une grande maison. Cette famille en devenir s'annonce sous les meilleurs hospices, même si dans leur entourage plusieurs s'accordent à penser que ce serait bien de prendre un peu de temps avant ce projet de vie.
La vie suit son cours comme un long fleuve tranquille, quatre enfants vont ainsi naître à la suite, jusqu'au jour où vient une cinquième grossesse non désirée. Aïe ! Harriet ressent très vite que l'enfant qu'elle porte n'est pas ordinaire, mais un intrus qui lui déchire les entrailles, celui que toute la famille déteste déjà avant même l'instant où il va naître. Celui qu'on attend avec comme un monstre.
L'enfant naît, prématuré, mais ayant déjà un poids au-delà de la norme.
L'enfant, Ben, n'est pas anormal, mais ressemble à une sorte de gnome à la force prodigieuse. On voit qu'au début, chacun tend les bras comme pour conjurer une crainte malsaine, mais l'enfant n'exprime aucune tendresse, semble totalement indifférent à son entourage, froid, dénué d'émotion. Sa venue dans la famille, son attitude associale puis brutale plus tard, vont bousculer le cercle familial. Des actes vont être posés, je ne vous en dit pas plus...
Ce roman est ma première immersion dans l'univers de Doris Lessing. Je découvre un roman puissant, totalement déstabilisant, cruel aussi, cruel par le ressenti des personnages, les non-dits, mais aussi par le poids d'une tension qui monte, qui nous happe, qui nous saisit au bord d'un cauchemar... Qui peut nous mettre en défaut aussi.
Car Ben va grandir. Il pose des actes à sa manière, ne trouvant pas sa place auprès des siens. Comment lui répondre ? Que faire de lui ?
J'ai adoré ce roman concis qui dit plusieurs choses, mais ne serait-ce que la différence et la manière de l'accueillir...
J'ai adoré ce roman parce qu'il nous bouscule dans nos retranchements, met à nu nos incertitudes. J'ai particulièrement adoré le personnage de la mère, ballottée entre compassion et angoisse... Il peut se lire de plusieurs manière, un peu comme un conte ou une fable...
Et puis il y a l'écriture de Doris Lessing, finement ciselée, impitoyable, ayant par moment comme un goût de fantastique, qui passe au scalpel l'envers des relations familiales, mais aussi la société britannique des années soixante-dix.
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viou1108
  03 juin 2014
Lu dans le cadre du challenge Nobel.
Harriet et David étaient faits pour se rencontrer. Personnalités semblables, un peu ternes, même conception de la vie, conformistes, ils rêvent de fonder la famille idéale, nombreuse, chaleureuse, un vrai foyer de convivialité. Et donc, ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants.
Mais surtout ne vous imaginez pas que le reste de l'histoire est un conte de fées tout en roses et violettes. Cela n'aurait aucun intérêt. Sous des apparences heureuses, c'est au contraire le début d'une descente aux enfers.
Cela commence par la maison, immense, achetée sur un coup de coeur malgré la dépense déraisonnable. Puis Harriet qui tombe enceinte et doit renoncer à travailler. Mais le jeune couple peut compter sur l'aide de la famille. Et après quelques années, le rêve semble en passe de se réaliser, malgré l'épuisement d'Harriet et la crise financière des années 70 : les 4 enfants sont adorables, la maison grouille de monde à chaque période de vacances.
C'est alors que, malgré les précautions, Harriet comprend qu'elle attend un cinquième enfant, et que la grossesse va mal se passer. le foetus fait preuve d'une force et d'une rage inouïes, torturant sa mère de l'intérieur comme s'il voulait se venger de ne pas avoir été désiré. A sa naissance, cet enfant étrange provoque le malaise, puis la peur, de son entourage. Différent, froid, ne manifestant aucune émotion hormis des accès de rage destructrice, sa mère voit en lui un monstre venu des temps anciens.
Difficile d'en dire plus sur cette graine de sociopathe sans dévoiler la trame de l'histoire, mais sachez que ce roman est brillant. Mais brillant comme l'acier, et tout aussi glacial. En moins de 200 pages, il amorce plusieurs pistes de lecture : sort réservé aux enfants « différents » dans la famille, à l'école, dans la société. Dilemme d'une mère qu'on culpabilise d'avoir enfanté ce monstre, tiraillée entre un reste d'instinct maternel et une aversion pour son rejeton, entre cet enfant qui la phagocyte littéralement et le reste de la fratrie délaissée. Désarroi du corps médical, résistance du couple. On s'interroge aussi sur la nature du Mal, inné ou acquis, sur son origine. Pourquoi un tel coup du sort sur cette famille parfaite ? Critique féroce de la middle-class britannique trop orgueilleuse et condescendante ? Métaphore de la crise économique et des années sombres de l'IRA dans lesquelles le pays va bientôt basculer ?
Ce roman court mais très riche ne fait pas vraiment dans le bon sentiment. Réaliste et sans fioritures, il se lit comme un thriller. Angoisse et malaise suintent à toutes les pages. Il est saisissant, effrayant. En peu de mots, il vous marque pour longtemps. Je pense que c'est ce qu'on appelle le talent…
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palamede
  25 août 2014
Harriet et David travaillent dans la même société, elle est graphiste et lui architecte. Ils s'aiment, décident de se marier et se promettent d'avoir beaucoup d'enfants.
Pour accueillir leur future grande famille, leur choix s'est arrêté sur une immense bâtisse dans la banlieue de Londres. Rapidement les grossesses se succèdent dans une maison joyeuse toujours pleine, les fêtes de famille réunissant les parents ainsi que frères et soeurs du couple, chacun attiré par l'harmonie qui y règne. La naissance de Ben, le cinquième enfant, arrivé trop vite après la dernière naissance, fait basculer la vie de tous dans un malaise aussi puissant qu'indéfinissable. Déclaré normal par les médecins, Ben ne ressemble pas à un bébé classique et allie une force inouïe à une grande violence, d'ailleurs sa mère ne peut s'empêcher de le comparer à un troll.

Ce roman n'est pas sans rappeler Rosemary's baby, même si Ben n'est pas l'émanation du Diable comme dans la nouvelle d'Ira Levin, il transforme la vie familiale en enfer. Avec une tension allant crescendo, le Cinquième Enfant nous plonge dans un monde d'autant plus effrayant qu'il est banal : celui des enfants inadaptés, mal acceptés dans une société conservatrice et individualiste où l'animalité de Ben, présente en tout homme, ne peut s'exprimer que par la violence. Une très belle fable de Doris Lessing sur le mythe de la famille parfaite.
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Yassleo
  29 novembre 2015
La famille revue et corrigée par la grande Doris Lessing.
Harriet et David Lovatt forment le couple parfait. Envie d'une grande maison, ils achètent une grande maison. Envie d'être entourés de leurs proches, pas de problème on les réunit à Noël, Pâques et les vacances d'été dans la grande maison. Envie d'une grande famille, allez zou, on enchaîne les gosses, et un, et deux, et trois, et quatre.
Purée, mais ça demande du boulot tout ça quand même. Heureusement grand-mère Dorothy est là pour faire la nounou et grand-père James pour subvenir aux besoins.
Alors? Mais on continue pardi. Et hop, de cinq. Ben. L'enfant de trop... flûte, pas comme les autres celui-là. Laid, brutal, asocial, limite sociopathe. Et la théorie du bonheur vient de prendre un sacré coup dans sa face. 
La quiétude du foyer s'effrite, les rires s'éteignent, l'enthousiasme des premières années laisse place aux doutes et aux tensions, la famille explose. Boum.
Doris Lessing, par sa plume magique, nous entraîne dans la descente aux enfers de ce couple. Pas de grand discours, pas de jugement, juste un regard précurseur sur la place de la différence dans la société. Les liens sociaux et familiaux sont decortiqués jusqu'à la moëlle, les relations humaines apparaissent dans toute leur complexité.
Véritable tour de force en si peu de pages.
Et le personnage de Harriet, tiraillé entre amour et devoir maternels et son profond dégoût de ce cinquième enfant, est tout simplement une perle de la littérature contemporaine.
Famille digne de Confessions Intimes: au secours, notre foyer est en péril.
Mais surtout auteur digne d'une reconnaissance internationale. Genre un prix Nobel tiens. Ah c'est déjà fait?
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pyrouette
  14 septembre 2014
L'enfer de cette femme et mère est très bien décrit par l'Auteure. Pourtant Harriet et David énerve tout leur entourage. Ils veulent être heureux, habiter une grande maison et avoir beaucoup d'enfants. Un conte de fée moderne ou l'antichambre de l'enfer ? Tout commence bien : les grossesses d'Harriet se succèdent, grâce à l'aide financière de leurs parents, ils réussissent à acheter leur maison grandiose et cette dernière sert de maison familiale de vacances pour les cousins et la famille. Ils sont critiqués ouvertement et l'annonce de la cinquième grossesse d'Harriet n'arrange rien. Malheureusement après une gestation horriblement douloureuse et cauchemardesque, Harriet met au monde un enfant différent. Les médecins le trouveront normal année après année, il mange bien, grandit bien, est fort et vigoureux et le fait qu'il ne parle pas ne veut rien dire. L'aide qu'ils refuseront à cette femme décuplera son sentiment de culpabilité. Bon inutile de vous dire que la famille s'est détournée d'eux, la différence fait peur, et même les autres enfants feront tout pour quitter la maison. La cellule familiale va éclater après bien des aventures et malgré les années. J'ai souffert pour Harriet mais pas une seule page ne m'a donné l'envie de fermer le livre, bien au contraire. Je voulais savoir si, à un moment ou un autre quelqu'un tendrait la main à cette femme.

Challenge prix Nobel 7/12
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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
fanfanouche24fanfanouche24   27 mars 2014
Harriet et David partageaient cet instant avec eux, communiquaient avec eux par l'imagination et la mémoire, du fond de leur propre enfance : ils se voyaient clairement, deux adultes assis là, domptés, domestiqués, pitoyables même dans leur éloignement de la sauvagerie et de la liberté. (Albin Michel, 1990, p.117)
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pyrouettepyrouette   06 septembre 2014
Ils défendaient obstinément une certaine vision d'eux-mêmes, qui était la banalité et le droit à la banalité, sans pour autant avoir à subir de critiques pour leurs exigences émotionnelles et leur abstinence simplement parce que c'étaient là des qualités passées de mode.
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Peluche0706Peluche0706   15 novembre 2013
Ce matin-là, couchée dans le noir avant le réveil des enfants, elle avait senti des coups dans son ventre, réclamant son attention. Incrédule, elle s'était redressée à moitié pour regarder son ventre encore plat, mais mou, et avait senti le tapotement impérieux, comme un petit tambour.
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pyrouettepyrouette   12 septembre 2014
On eût dit que les tensions de sa vie l'avaient dépouillée d'une couche de chair - pas de vraie chair, mais peut-être d'une substance métaphysique et invisible, insoupçonnée jusqu'à sa disparition.
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VioletteBeauregardVioletteBeauregard   18 octobre 2011
L'offrande au monde de quatre petits humains ne l'avait guère changée. Elle trônait au bout de la table, le col de son chemisier bleu largement écarté, laissant voir un peu de son sein blanc veiné de bleu, et la tête de Paul qui tétait énergiquement. Elle serrait les lèvres dans une moue caractéristique, et observait tout, : c'était là une jeune femme saine et séduisante, pleine de vie. Mais fatiguée...
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Videos de Doris Lessing (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Doris Lessing
Chaque mois, un grand nom de la littérature française contemporaine est invité par la Bibliothèque nationale de France, le Centre national du livre et France Culture à parler de sa pratique de l'écriture. Javier Cercas, auteur de Terra Alta qui lui valut en 2019 le 68e prix Planeta, est à l'honneur de cette nouvelle séance du cycle « En lisant, en écrivant ».
QUI EST JAVIER CERCAS ? Né en 1962 à Ibahernando, dans la province de Cáceres, Javier Cercas est un écrivain et traducteur espagnol. Après des études de philologie, il enseigne la littérature à l'université de Gérone, pendant plusieurs années. En 2001, son roman Les Soldats de Salamine – sur fond de Guerre civile espagnole – remporte un succès international et reçoit les éloges, entre autres, de Mario Vargas Llosa, Doris Lessing ou Susan Sontag. Ses livres suivants, qui s'inspirent souvent d'événements historiques et de personnages ayant réellement existé, rencontrent le même accueil critique et sont couronnés de nombreux prix : Prix du livre européen (2016), Prix André Malraux (2018), Prix Planeta (2019), Prix Dialogo (2019). Son oeuvre est traduite en une vingtaine de langues. Il est également chroniqueur pour le quotidien El País.
De Javier Cercas, Actes Sud a publié : Les Soldats de Salamine (2002), À petites foulées (2004), À la vitesse de la lumière (2006), Anatomie d'un instant (2010), Les Lois de la frontière (2014, prix Méditerranée étranger 2014), L'Imposteur (2015), le Mobile (2016), le Point aveugle (2016), et le Monarque des ombres (2018). Son nouveau roman, Terra Alta, paraîtra en mai 2021.
En savoir plus sur les Masterclasses – En lisant, en écrivant : https://www.bnf.fr/fr/master-classes-litteraires
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